lundi 18 février 2008

Mais non! Le clou qui dépasse n'appelle pas le marteau au Japon, mais pas du tout!!!

J'ai le Dictionnaire de proverbe et diction édité chez le Robert, et j'y trouve ce proverbe japonais: "Clou qui dépasse sera enfoncé".
C'est un Robert. Ca a l'air sérieux. Mais il n'y a pas d'explication.
J'ai trouvé un site qui parle de ce proverbe toujours japonais: "Le clou qui dépasse appelle le marteau". Explication: Un problème, une difficulté appelle une solution simple et radicale. Le site s'appelle Internaute Encyclopédie. Ca a l'air sérieux. Mais il me semble que l'explication n'est pas bonne.
Un prêtre français qui s'appelle André L'Héronet a écrit un livre intitulé Le Clou qui dépasse, qui parle de ses expériences au Japon. Je n'ai pas lu ce livre, mais peut-être ce religieux se trouvait-il dans la place du clou qui dépasse, quelqu'un d'exceptionnel qui n'est pas aimé au Japon. Ca a l'air sérieux. Et je peux imaginer la situation.
Mais ce n'est pas sérieux. Mais pas du tout. J'hal-lu-cine!!!
Il y a bien un proverbe japonais qui est écrit ainsi: 出る杭は打たれる. La transcription phonétique peut être "Déru kui-wa utaréru". Mais il y a pas mal de Japonais qui mémorisent ce proverbe à tort et à travers: 出る釘は打たれる. "Déru kugi-wa utaréru." La consonne g est une consonne nasale prononcée comme ng dans le mot anglais sing, et cette consonne faible risque la confusion dans certaines expressions, comme pour ce proverbe. Ce mot "kugi" veut dire le "clou", alors que le proverbe correcte dit "kui", le pieu. Et le clou n'est pas la même chose que le pieu.
L'explication du vrai proverbe est comme suit. Quelqu'un veut faire une haie, et il enfonce plusieurs pieux au sol. Mais il y en a un qui est plus haut que les autres. Donc il bat la tête de celui-ci afin qu'il soit à la même hauteur que les autres. Ce proverbe montre la mentalité des Japonais qui n'acceptent aucune exception. Par exemple, ils veulent plutôt l'absence, voire l'exclusion forcée, de génie exceptionnel, que de se voir gêner par la diversité. Les profs d'école "corrigent" les élèves exceptionnels pour qu'ils soient "normaux".
Vous vous dites peut-être: "Mais ça ne change rien. Avec la traduction 'Le clou qui dépasse appelle le marteau', je comprenais la même chose". Mais est-ce que c'est vrai? Quand on parle du clou, on n'imagine pas d'autres clous qui ont tous la même taille. Donc le mot doit être le pieu.
Je suis vraiment consterné de constater que ce faux proverbe est cité à plusieurs endroits. Il faut que les nipponophiles le sachent au moins. Le vrai proverbe japonais est "Le pieu plus haut que les autres sera enfoncé".

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vendredi 15 février 2008

L'origine du mot yakuza

Ce mot yakuza qui veut dire mafieux japonais vient d'un jeu de cartes, ce qui n'étonne personne sans doute. Mais de quelle sorte de jeu s'agit-il?
C'est un jeu appelé oïchokabu qui ressemble au jeu de baccara. Le but est d'avoir neuf (ou dix-neuf) point, et dix ou vingt points égalent zéro point.
Le mot yakuza peut être divisé en trois éléments: ya, ku et sa (la transcription recommandée du mot reste néanmoins yakuza), qui impliquent respectivement 8, 9 et 3. Les débutants de la langue japonaise doivent y faire attention. A l'exception du vrai mot ku (ou kyu) qui est le chiffre 9, ya et sa ne sont pas des mots, mais des éléments composants.
Alors, pourquoi la suite 893 peut signifier un mafieux? Vous devez imaginer le jeu. Vous avez la carte 8 au début, ce qui n'est pas du tout une mauvaise main. (En argot, ce chiffre 8 est appelé oïcho. Ça vient de l'espagnol par hasard?) Vous pouvez en rester là, mais vous êtes joueur. Si vous aurez l'as par la suite, vous aurez neuf points (kabu). Mais c'est le 9 que vous tirez, vous avez maintenant 17, c'est-à-dire 7 points. Vous n'êtes pas content, car vous avez perdu 1 point par rapport à la main précédente. Vous ne perdrez pas, mais vous ne gagnerez pas non plus avec cette main. Par conséquent, vous tirez une autre carte en attendant l'as ou le 2, mais vous tirez le 3, ce qui vous fait perdre le jeu.
Donc la suite la plus mauvaise 893 de ce jeu veut dire "la main qui ne vaut rien". Le yakuza, c'est un vaurien.

Article précédent: Qu'est-ce que le mot arigato veut dire vraiment?
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mercredi 13 février 2008

Scandale Japan Airlines

Le fait a été découvert que la compagnie aérienne Japan Airlines (JAL) avait fait une enquête sur la vie privée des hôtesses de l'air à leur insu, et elles ont porté plainte à l'encontre de l'employeur pour les dommages moraux. Le rapport secret disait par exemple: "Elle a un problème. Elle est divorcée." "C'est une mère célibataire." "Il paraît que c'est une libertine." On ne sait pas vraiment pourquoi ils ont mené cette enquête.
La compagnie a accepté de payer les indemnités de 48 millions de yens (300.000 euros), tout en précisant qu'elle ne donnait pas du tout raison aux plaignantes, mais qu'elle le fait seulement pour le confort des clients (de quel confort parlent-ils?). Pourquoi alors que les dirigeants n'écoutent pas ce que les hôtesses de l'air disent? C'est "parce que ce qu'elles allèguent est non fondé, et pas clair". Mais bien sûr...
C'est impressionnant que les hommes peuvent être bêtes. Elles ont porté plainte pour le comportement sexiste des dirigeants, qui leur répondent cette fois "ce que les femmes disent n'est jamais clair, mais bon, nous vous paierons, donc soyez belles et taisez-vous". Les hôtesses ont fait appel. L'affaire continue...

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mardi 12 février 2008

Faut parler anglais, Audrey Tautou!

La chaîne nationale NHK passe l'émission de trente minutes "Faut parler anglais" une fois par semaine vers 23 heures. Le problème est que ce programme n'a rien d'éducatif, mais c'est une émission vaguement divertissante, plutôt bizarre et incompréhensible.
La séquence la plus space est l'interview des stars hollywoodiennes. Franchement, ça ferait pâlir Raphaël Mezrahi. Chaque semaine, une personnalité "degré zéro de célébritude" fait un entretien avec une star hollywoodienne, tout en ânonnant l'anglais approximatif. Le pire est qu'on est sérieux. Peut-être que ces célébrités sont très bien payées pour cette séquence, mais je me sens perplexe devant l'écran. Bien sûr qu'on ne pose que des questions très bêtes dans ces interviews, mais il est connu qu'au Japon, même les journalistes de cinéma bien professionnels ne posent que des questions qui n'ont rien à voir avec la carrière des stars (genre: comment gardez-vous votre minceur?), donc ce n'est pas grave.
Hier, l'invitée était Audrey Tautou. C'est une célébrité hollywoodienne bien sûr. Le garçon (probablement un comique, mais je ne le connais pas) a demandé à Audrey "Comment arrive-t-on à parler anglais?". Je répète qu'on est sérieux, même si l'intervieweur est un comique dans sa vie. Elle lui a répondu, souriante mais un peu énervée apparemment, "When you are forced!!! Si tu es entouré des gens qui ne parlent qu'anglais, tu es forcé de parler anglais!", avec son accent impeccable...ment frenchy. Le sous-titre japonais disait "quand tu as besoin", non pas "forcé". Ce mot ne convient pas très bien à l'attente des téléspectateurs, j'imagine.
Je crois qu'Audrey Tautou n'a rien compris, mais tous les étrangers (surtout s'ils sont "blancs") sont censés parler anglais couramment une fois qu'ils se trouvent dans ce pays insulaire. On SAIT bien que l'anglais n'est pas la langue natale d'Audrey tautou, mais on ne se rend pas compte.
J'ai lu un courrier de lecteur français sur le journal Asahi (c'était la première fois de ma vie), et il disait que les jeunes japonais n'ont dans leur tête que les Etats-Unis comme les pays étrangers (le courrier n'était malheureusement pas trop intéressant). Il a partiellement raison, mais ce n'est pas seulement les jeunes. C'est les quadras et quinquas qui ne veulent parler qu'anglais quand ils voient les étrangers. Ils sont très paresseux, ils croient du fond du coeur qu'ils n'ont "besoin" que de parler anglais quand ils parlent avec les étrangers. Il faut que ce Français le sache. D'ailleurs, si tu te présentes comme un traducteur, les Japonais ne te demandent jamais "Combien de langues parles-tu?". Mais, "Ah, tu es traducteur? Tu parles anglais, c'est génial!", c'est ce qu'ils te disent.

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jeudi 7 février 2008

Profs vs Prince Hotel

L'union des enseignants japonais (Nikkyôso) est le syndicat des enseignants le plus important au Japon. Le taux des syndiqués était plus de 80 pour cent il y a cinquante ans, mais maintenant il n'est que moins de 30 pour cent, surtout à cause de la scission (départ des sympathisants communistes) à la fin des années 80.
Le Nikkyôso, à tendance désormais socialiste modérée, reste un des ennemis principaux de l'extrême droite. Chaque année au moment de leur réunion annuelle, les gens d'extrême droite font la protestation étourdissante avec les haut-parleurs. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'une protestation. Je crois que c'est une sorte de fête annuelle à eux, qui ne savent plus pourquoi ils le font. D'ailleurs, ce qu'ils crient est tout simplement bruyant, et complètement privé de sens. S'ils n'aiment pas les communistes, il devraient le faire pour la réunion des dissidents, mais c'est toujours le Nikkyôso qui est leur cible. On ne doit pas trop chercher à comprendre au Japon.
Le Nikkyôso a réservé le Prince Hotel à Tokyo pour la réunion de cette année-ci, et elle aurait dû avoir lieu cette semaine. Il a effectué la réservation il y a presque un an, mais l'hôtel l'a annulée de peur du bruit fait par l'extrême droite. L'union a porté plainte, et le tribunal a jugé que l'hôtel avait enfreint le contrat. Donc, les profs ne se doutaient pas du tout que l'hôtel insisterait, mais il leur a fermé la porte au nez, prétextant la sécurité des clients. J'ai vu le représentant du syndicat des profs à la télé, mais il avait l'air ahuri de ne pouvoir rien comprendre. Il disait justement: "C'est les gens d'extrême droite qui seraient la menace pour la sécurité des clients, et c'est nous les profs qui sommes chassés? D'ailleurs, peut-on négliger la décision de la cour comme ça?"
Par conséquent, la réunion n'a pas eu lieu cette année-ci. C'est la première fois depuis la fondation de l'union en 1951.
Je n'appelle pas les touristes français et francophones au boycottage du Prince Hotel, parce que tu peux être coupable de la diffamation même si ce que tu dis es vrai, selon la loi au Japon. L'entreprise porte plainte, et c'est elle qui gagne la cause obligatoirement, puisque c'est la loi qui le dit! C'est pas la faute des juges! Les bloggueurs en ont peur. Sinon, je crois que j'ai tout dit. Ah oui, j'ajoute qu'on ne doit pas croire que le Prince Hotel soit un suppôt de l'extrême droite, car il a ainsi privé à ces gens le moyen de dissiper leur frustration. Ils ne peuvent pas gueuler dans la rue cette année-ci. Pauvre extrême droite.
J'ajoute également que le Prince Hotel est un établissement privé. Il n'a rien à voir avec l'empereur. Il faut le savoir.

samedi 2 février 2008

La gare de Shinagawa sous la pluie (poème de NAKANO Shigéharu)

Au revoir, Shin
Au revoir, Kim
Vous montez en train à la gare de Shinagawa(1) sous la pluie

Au revoir, Lee
Au revoir, l'autre Lee
Vous retournez au pays de vos parents

Les rivières de chez vous gèlent en hiver dur
Votre coeur rebelle gèle au moment de cette séparation

La mer hausse son grondement dans le crépuscule
Le pigeon, humide de pluie, redescend du toit de garage

Humides de pluie, vous repensez à l'empereur japonais qui vous chasse
Humides de pluie, vous repensez à cet homme moustachu aux lunettes, au dos voûté(2)

Sous la pluie battante, le signal vert se lève
Sous la pluie battante, vos regards sont aigus

La pluie tombe sur les dalles pour se précipiter dans la mer sombre
La pluie disparaît sur vos joues ardentes

Vos ombres noires passent l'accès aux quais
Vos habits blancs flottent dans les pénombres du corridor

Le signal change de couleur
vous montez en train

Vous partez
Vous nous quittez

Au revoir, Shin
Au revoir, Kim
Au revoir, Lee
Au revoir, Lee la femme

Là-bas, cassez le gel, épais et lisse
Faites jaillir l'eau endiguée depuis longtemps
Boucliers d'avant et d'arrière du prolétariat japonais
Au revoir
Jusqu'au jour où nous rirons en larmes de la joie de notre revanche

Poème de NAKANO Shigéharu (1929), traduit par moi.

(1) La gare qui se trouve dans le quartier sud de Tokyo. Le train va les emmener au port de Yokohama probablement.
(2) Ces deux lignes ont été censurées à l'époque.

Inutile de préciser que ce sont les immigrés coréens qui sont chassés du Japon. Même si je préfère "Le chant" à ce poème, je pense que celui-ci est très émouvant, d'autant qu'il n'y a pas beaucoup de poèmes de ce genre.

Article précédent: Le chant (poème de Nakano Shigéharu)

KY, le mot qui fait peur

Le néologisme japonais qu'on entend le plus souvent au média actuel est probablement "KY", abréviation de "Kûki Yomé". Kûki veut dire l'air à la lettre, et yomé est l'impératif du verbe lire. Donc cette expression voudrait dire littéralement "Lisez l'air", ce qui signifie "Il faut s'assimiler et s'adapter à l'ambiance de la situation". Ça peut être l'abréviation du qualificatif "Kûki Yoménaï", "Qui ne sait pas lire l'air".
Le média a commencé à employer cet argot des "djeunes" au sujet du premier ministre précédent Abé, qui n'avait pas démissionné juste après la défaite du Parti Libéral-Démocrate aux élections sénatoriales. Tout le monde pensait qu'il devait quitter son poste, mais il ne l'a pas fait tout de suite. On entendait le cri du peuple contre lui "Kûki Yomé!", ce qui veut dire "Tu dois comprendre l'air du temps". Il a dû démissionner dans le chœur du peuple, mais il a très mal choisi le moment tout de même, donc il a gardé la réputation du politique le plus KY au Japon.
Dans la vie quotidienne, celui ou celle qui chante une ballade au karaoké, et celui ou celle qui dit des blagues nulles sont KY. Ça reste dans la mentalité normale, mais ce mot péjoratif peut vite changer en la négation de la liberté individuelle au nom de la collectivité.
L'écrivain YAMAMOTO Shichihei a écrit Les Etudes de l'Air il y a trente ans. Dans ce livre, il dit que tout le monde savait qu'il était absurde d'envoyer le grand navire Yamato à Okinawa à la fin de la Guerre du Pacifique, mais on l'a finalement fait, parce que personne ne pouvait résister à "l'air", ce qui se passe souvent au Japon. Yamamoto dit que cet "air" est LE critère impérieux du jugement qui a une autorité absolue, et que celui qui y résiste est considéré comme un "hérétique". C'est un "pouvoir surnaturel" (c'est l'expression de Yamamoto) qui exclut socialement les "KY", les personnes qui ne savent pas s'adapter à "l'ambiance".
J'admire mes compatriotes qui savent toujours lire l'air. Mais ils refusent de comprendre que cet air puisse vite être l'air fasciste.

Article précédent: Asahiru

jeudi 31 janvier 2008

Le meurtre de Kanoko (poème d'ITOH Hiromi)

Le meurtre de Kanoko [1]

« Voilà la jambe. Pour connaître la période de la grossesse, un des quatre membres est le mieux approprié. Dans ce cas-ci, le foetus avait exactement quinze semaines. »

Sa taille est de trois pouces à peu près. La chose est faite de cuisse arrachée, genou, mollet, pied, et de cinq orteils.

« Des bébés sont nés vivants deux fois en une semaine. Le vagissement s’est fait entendre dans la salle où toutes les femmes voulaient calmer le désir d’avorter. »

Lorsque je lisais ce livre, ma sœur

M’a dit

J’ai fait couler un môme il y a quelques jours

Elle a fait couler un môme

Selon son vocabulaire

Le môme s’est fait couler

Félicitations

Kanoko ne s’est pas fait couler

Comme ma sœur m’a demandé

Est-ce que tu l’as déjà fait, Hiromi-chan ?

J’ai répondu

Affirmative

Mais faire couler un môme

N’est pas dans mon vocabulaire

Kanoko ne s’est pas fait couler

Moi

J’ai interrompu la grossesse d’un fœtus qui devait ressembler à Kanoko

Il eût été possible que j’aie

Un enfant vivant qui devait ressembler à Kanako

Si le fœtus qui devait lui ressembler eût grandi

Mais il ne s’agit pas de Kanoko

Félicitations de l’avoir détruit[2]

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

J’ai déjà artificiellement interrompu la grossesse

Félicitations de l’avoir détruit

Le docteur m’a dit "Vous aurez du lait

Car votre bébé était grand"

Il me le dit mais je ne sais pas comment réagir autrement que de rire bêtement

Rire bêtement

Tout bêtement

Hi hi

Hi hi

Mais félicitations

Le lait est vraiment sorti de moi

C’était seulement à tel point que du liquide blanc bavait si je pinçais fort

Mes seins ne gonflaient pas

Ils ne démangeaient pas du tout

Ce n’était pas drôle du tout

Félicitations

Malgré tout

Il est à féliciter que le lait sort de moi

Car une chose douce qu’on peut boire

Jaillit

D’un endroit où il n’y avait rien

Car on peut grossir en la buvant

Car je sécrète

Une chose pareille

Au LAIT qu’on achète en payant

Car je la sécrète comme le pipi

Car je la sécrète comme la salive, les larmes et la sécrétion vaginale

Car le lait abondant jaillit

De mon anus de ma bouche de mon urètre de mon vagin

Ça me rend heureuse

Ça me rend joyeuse

Donc, félicitations

J’ai déjà interrompu la grossesse à la période moyenne

J’ai demandé si le bébé était garçon ou fille mais

Ce n’est pas exact de parler de bébé

Il faut dire fœtus

C’est normalement un règlement de ne pas le dire

Parce que le choc est grand

De la part du corps maternel

Le corps maternel pense

J’ai déjà eu l’intoxication de la grossesse

D’un fœtus qui ressemblait à Kanoko, garçon ou fille

J’ai déjà eu la grossesse multiple anormale

J’ai tout vu les boutons abondants dans mon utérus

Ils devraient ressembler à Kanoko comme les autres

J’ai déjà fait le cancer d’utérus

J’ai déjà fait l’ablation d’utérus et d’ovaire

J’ai déjà accouché

J’ai déjà fait l’accouchement d’absorption aux douleurs faibles

J’ai déjà fait l’hystérotomie

J’ai déjà fait la grossesse amusante

Mon utérus était content

Tout mon corps était turgescent

J’ai eu la boulimie sans pouvoir arrêter

Je pouvais me masturber sans fin

En pensant à l’accouchement

Imaginant le moment de la parturition paroxystique

Le mouvement des doigts d’une femme enceinte qui s’amuse

J’ai donc déjà allaité

Félicitations de l’avoir détruit

Six mois sont passés

Des dents poussent à Kanoko

Elle mord le mamelon et veut l’arracher

Elle cherche toujours le moment de l’arracher

Kanoko dévore mon temps

Kanoko dérobe ma nourriture[3]

Kanoko menace mon appétit

Kanoko arrache mes cheveux

Kanoko m’a exigé le nettoyage de toutes ses fèces

Je veux jeter Kanoko

Je veux jeter Kanoko sale

Je veux ou jeter ou tuer Kanoko qui arrache mon mamelon à ses dents

Je veux ou la jeter ou la tuer

Avant qu’elle ne fasse couler mon sang

J’ai déjà fait l’infanticide

J’ai déjà abandonné un cadavre

C’est facile si vous le faites juste après l’accouchement

C’est plus facile que l’avortement si vous n’êtes pas trahie

J’ai une énorme confiance en moi

Pour que je le fasse sans se faire découvrir

Je peux enterrer Kanako sans façon

Félicitations, Kanoko enterrée

Félicitations

Des coïts que je ne peux m’empêcher de faire

Dizaines de Kanoko que je ne peux m’empêcher de concevoir

Dizaines de Kanoko que je ne peux m’empêcher d’avorter

Sauf une seule

Qui est la Kanoko actuelle

Qui veut arracher mon mamelon

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Supplice amusant de l’enfant adopté

Meurtre amusant de l’enfant adopté

Je l’ai déjà fait

Mon propre enfant est le plus adorable

Abandon joyeux d’un enfant

Je l’ai déjà fait

Je suis la plus adorable moi-même

Félicitations félicitations

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations félicitations

Tout le monde me félicite

Médoc de Gen’ichirô-san[4]

Roses de Higuchi-san

Lapin de Kôhei-san

Ourson d’Ishizéki-san

Sac de couches de Miyashita-san

Chien de papier mâché de Shirôyasu-san[5]

Argent d’Abé-san et d’Iwasaki-san

Gâteau de Non-chan

Super 8 de Kanéko-san

Télégramme de Kozaki-san

Tout le monde me félicite

Merci merci

Kanoko contente

M’arrache le mamelon

Je veux jeter Kanoko

Dans la joie

Sans pleurs ni remords

Je veux abandonner Kanoko joyeusement à Tôkyô

Félicitations

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Téruko-chan

Félicitations d’avoir avorté

Mihoko-chan

Félicitations d’avoir jeté Také-chan

Kumiko-san

Félicitations d’avoir tué Tomo-kun

Mari-san

Pourquoi pas abandonner Nonoho-chan également ?

Mayumi-san

Ton fœtus était un garçon ? ou une fille ?

Riko-chan

Il est bientôt le temps de jeter Kôta-kun aussi

Que tout le monde jette

Les filles

Les fils

Qui font du bruit avec leurs dents voulant arracher le mamelon

Le mobile du suicide d’une amie “Hiromi”-san qui a sauté

Il y a trois ans à ce moment de l’année

Était

Probablement

“Le problème des hommes”

Mais il semble qu’elle ait aussi souffert des

“Champignons”[6]

C’est pour cela que “Hiromi”-san

S’est étendue

Sur le sol

Ayant sauté

En cachant soigneusement ses orteils aux “champignons” et

En mettant son jean

J’imagine encore aujourd’hui après trois ans

Deux jambes mortes et le ventre

D’une femme bien jolie de vingt-quatre ans

Bien que je ne l’aie pas vue

Deux jambes mortes et le ventre

Deux jambes mortes et le ventre

Félicitations de l’avoir détruit

Je me suis emportée malgré moi

Et j’ai frappé la tête de Kanoko (6 mois)

Avec le réveil qui se trouvait à côté

Elle a perdu son souffle

Et elle ne bougeait plus du tout

Même si je l’appelais, secouais ou frappais

J’ai donc pensé que je l’avais tuée et que j’avais fait quelque chose d’irrémédiable

J’ai eu peur

Je suis sortie

En la laissant dans cet état

Lorsque je suis retournée à peu près dans deux heures

Il me semblait qu’elle était toujours morte

Que tout son corps était couvert de fourmis

Et qu’elle s’est un peu déplacée

De l’endroit où je l’avais posée au début

Et ensuite j’ai trouvé un bébé moineau

Qui se débattait sur la route

Comme il faisait trop chaud

Je l’ai posé une fois à un endroit humide à côté de la route

En pensant que c’était mieux que de le laisser sur la route desséchée

Mais comme il s’agissait bien d’une autoroute

J’ai cru qu’elle était dangereuse puisqu’il n’y avait pas d’abri

J’imaginais qu’un endroit aux herbes

Sur la terre serait mieux

Au moins

J’ai trouvé une telle place où je l’ai posé

Et j’ai regardé de nouveau en rentrant

Félicitations de l’avoir détruit

Probablement

Avant que je ne voie le bébé moineau

Je m’étais aperçu qu’il y avait beaucoup de fourmis

Mais je ne pensais pas qu’il y ait des rapports

Tout son corps excepté sa tête

Était couvert des insectes

Et ils montaient même sur cette partie du corps sans s’arrêter

Le bébé oiseau remuait

Ses ailes sans poil qui exposaient la partie charnelle

Et il voulait s’échapper des fourmis qui étaient sur tout son corps

En criant

Nerveux

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Je pouvais

Toucher le bébé moineau qui n’était pas couvert de fourmis

Mais je ne pouvais toucher le bébé moineau couvert de fourmis

J’ai fui ce lieu

Sans pouvoir rien faire

Bien sûr que la responsabilité directe est à moi mais

Probablement

Ce n’est pas que j’ai peur de Kanoko

Parce que j’imagine le bébé abandonné

Couvert de fourmis

J’ai peur des fourmis innombrables

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit

Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit

Poème d'ITOH Hiromi (1955), traduit par moi. Le poème date de 1985.
Ses poèmes "sexuels" ont fait un grand scandale dans le petit monde qui lisait les poèmes. J'avais une grande aversion envers elle quand j'étais adolescent, mais curieusement, elle est ma poétesse préférée depuis une dizaine d' années. Je cite ce poème pro-avortement comme un exemple des variations de la poésie contemporaine japonaise.

[1]Prénom de la fille d'Itoh Hiromi.

[2]C’est une parodie de la salutation du nouvel an.

[3] Itoh Hiromi était anorexique.

[4]TAKAHASHI Gen’ichirô : Romancier japonais. Il s’est fait connaître comme le porte-drapeau du roman pop, avec son roman Adieu, les gangsters.

[5] SUZUKI Shirôyasu (1935-) : Poète japonais. Sa série de poèmes absurdes et vulgaires en apparence, « Puapua », est une métaphore de la condition de la littérature moderne.

[6]Itoh Hiromi elle-même souffre de vilains champignons à ses orteils.



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samedi 26 janvier 2008

Le chant (poème de NAKANO Shigéharu)

Ne chante pas.

Ne chante ni des fleurs de renouée ni des ailes de libellules.

Ne chante ni du murmure de vent ni de l'odeur des cheveux de femme.

Repousse toutes les fragilités,

Toutes les irréalités,

Et toutes les langueurs.

Chasse tous les raffinements.

Chante seulement tes vrais sentiments,

Ce qui parle à ta faim,

Les pointes qui remontent à ta gorge.

Le chant qui rebondit quand tu es frappé,

Le chant qui puise le courage du fond de ta honte,

Tu chanteras ces chants en vers sévères,

Avec ta corde vocale vibrante.

Enfonce ces chants

Dans la poitrine des gens qui passent.


Poème de NAKANO Shigéharu (1902-1979), écrit en 1926, traduit par moi.


Nakano est un écrivain japonais, qui représente la "littérature prolétarienne". Il fut sénateur du Parti Socialiste après la Deuxième Guerre mondiale. Ce mouvement littéraire très important d'avant-guerre est injustement méconnu des traducteurs français. Est-ce parce que les Français attirés par la culture japonaise sont souvent bourges? "La sensibilité endurcie" de Nakagiri rime avec ce poème, souvent étudié au lycée.



Les fleurs de renouée sont appelées "riz rouge" dans ce poème. On fait le riz rouge, violet en réalité, pour les festivités et certaines occasions comme les premières règles de filles. Les enfants jouent à la dinette avec ces petites fleurs qui font penser à ce plat.

Article suivant: La gare de Shinagawa sous la pluie (poème de Nakano Shigéharu)

vendredi 25 janvier 2008

Inoxydable / Femme au suçon / Inondation (poème de SUZUKI Shiroyasu)

Tu as des sentiments envers la route asphaltée, s'agit-il donc de ton « amour » ?

Je ne veux pas l'expliquer, c'est la réponse pour l'« amour », il est gênant que tu aies désormais connu mes sentiments envers la route asphaltée, je voulais en faire l'axe principal de ma vie sans en parler, ce n'est pas une chose à dire, la question si ces sentiments porteront un quelconque fruit ou non ne concerne que la personne qui les portent


Est-ce que tu t'imagines que la femme au suçon marche sur la route asphaltée ?


Cette question telle que j'imaginais m'ennuie, une telle association d'idées ne fait qu'éloigner de moi-même, tu vas ensuite poser des questions sur le camion, et puis le soleil d'été brûlant, la pluie, le brouillard de la nuit, et encore la vie humaine, c'est bien moi qui serai perdu à cause de ces « mots » arrogants,


Tu veux dire que tu n'aimes pas les humains


Arrêtons la conversation maintenant, si dorénavant tu poses tes pieds sur la route asphaltée, je te conseille de mesurer soigneusement tes propres sentiments sur les humains, tout en étant bien conscient de tes plantes des pieds, et tu verras alors, jusqu'où tu es allé, c'est presque tout ce que je peux te dire, et tu peux comprendre ce que tu veux, mais tu sauras bien laquelle chose est l'asphalte, et alors, cette affaire sur moi t'aura été bien transmise


J'ai une expérience, je n'ai pas été amoureux de cette femme au suçon, mais j'ai été ému, et pourtant je ne pensais pas du tout que je voulais une partenaire à qui coller un suçon, ou que je regrettais qu'une telle femme ne soit pas sur place, la femme au suçon était une créature vraiment superbe, mais c'était…


C'était quoi ?


Arrêtons la conversation maintenant, tu dois savoir ce que je veux dire, mais des sentiments envers la route asphaltée ne sont pas nés en moi… ou bien, je peux penser aux traces des pneus dont on ne sait plus le propriétaire, imprimées sur la route asphaltée,


Une telle spéculation insignifiante n'a rien à voir avec moi, une telle réduction à la matière ne peut être même un jeu de mots, et même si je parlais des sentiments envers la plaque inoxydable, mes sentiments originaux ne se perdraient pas complètement, je ne veux pas expliquer, c'est une route asphaltée, je crois qu'il vaut mieux que tu arrêtes d'être intrigué par autrui,


J'admets que tu as des sentiments envers cet inoxydable, mais c'est que je veux communiquer avec beaucoup de gens, je sais que cela t'ennuie, mais c'est que le vide serait insupportable si je ne me mêlais pas entre beaucoup de gens et toi autant que possible,


Je n'ai pas de protestation à ce que tu occupes ton rôle, mais pour le moment, je ne suis tombé qu'à l'inondation dans la ville, et je recherche l'odeur acide de la sueur de femme, mais non pas une femme, je ne pense pas aux humains, on se verra s'il y a occasion, peut-être que c'est toi, l'«amour».


Poème de SUKUZI Shiroyasu (1935-), traduit par moi.


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mercredi 23 janvier 2008

Nouveaux "gallicismes" au Japon

Les Japonais empruntent de plus en plus des mots d'origine française, et ce, d'une façon plus ou moins ridicule. Je donne quelques exemples. Les mots dont il est question sont en majuscules.

1. Le SOMMELIER des légumes

C'est un métier à la mode pour les jeunes filles. Il sélectionne les légumes bio pour les consommateurs. Je ne sais si ça fait gagner. J'ai l'impression que c'est un passe-temps pour les filles à papa.

Il y a aussi SOMMELIERS des fleurs, SOMMELIERS des céréales, SOMMELIERS des serviettes (?), SOMMELIERS des thermes (conseillers touristiques?), SOMMELIERS de lessive (je ne sais pas du tout ce que c'est), SOMMELIERS des sons, SOMMELIERS des voix, SOMMELIERS de la nature, SOMMELIERS des livres, SOMMELIERS des étoiles, et SOMMELIERS des horreurs pour finir la liste. J'ai l'impression d'avoir écrit un poème surréaliste, mais je n'ai fait que citer les articles que j'ai trouvés à Google avec le mot SOMMELIER.

Je pense qu'en japonais, le SOMMELIER est quelqu'un qui donne les informations précises sur un domaine. Alors, pourquoi pas tout simplement "spécialiste"?

2. PATISSIERS

Ils font des gâteaux occidentaux. Ils prétendent être PATISSIERS, pour souligner qu'ils ont effectué un stage à Paris (Il n'y a que Paris en France pour les Japonais). Mais ils ne connaissent pas le mot "pâtisserie". Par contre, ils fabriquent des SWEETS, anglicisme cette fois. Au Japon, il ne faut pas trop se poser de questions.

3. CONCIERGE

C'est bien un métier à la mode au Japon, je vous assure. Le mot est français, ça doit être chic. Par exemple, on a un CONCIERGE des cadeaux. C'est un employé de grand magasin qui donne le conseil aux clients au rayon cadeaux. J'ai peur que les touristes japonais ne choquent les Français, en traitant tout le monde de concierges. Selon eux, quelqu'un qui se trouve à l'accueil doit être un concierge en France. Le mot "réceptionniste" n'est pas connu.

J'ai su que ce mot était à la mode au Japon avec un news qui parlait du CONCIERGE de l'hôpital. Non, on ne parle pas du tout du concierge ici, mais d'une sorte de réceptionniste à l'accueil.

C'est un synonyme du SOMMELIER en japonais ultramoderne, mais tandis que le SOMMELIER est une profession libérale, Le CONCIERGE est un employé. Je consulte Google.

CONCIERGES du bien-être (fonctionnaires, j'imagine), CONCIERGES du Mont Fuji mdr, CONCIERGES de la livraison, CONCIERGES de l'espace (c'est très space ), CONCIERGES du logement (ce sont des conseillers!), CONCIERGES des bijoux, CONCIERGES des médicaments, CONCIERGES des boulettes de riz (onigiri)...

Je suis cent pour cent japonais, mais j'avoue que quelques nuances m'échappent.

4. GRAND' VERGE

C'est un nom de restaurant français, mais je le cite, car il m'a fait tellement marrer. Mais pourquoi GRAND' VERGE? Savent-ils ce qu'ils disent? En réalité, ils auraient voulu dire "Grande Vierge", mais la transcription en caractères japonais a malencontreusement donné GRAND' VERGE (on peut mieux transcrire). Au Japon, Louis Vuitton est VITTON par exemple. De toute façon, le restaurant Grande Vierge serait toujours bizarre comme un nom de resto. Apparemment, c'est un restaurant gastronomique de luxe, non de luxure.

P.S.

Je viens de lire l'article de Wikipédia japonais. J'ai appris avec stupéfaction que le SOMMELIER des légumes est "l'appellation courante" de cette profession. Le vrai nom est VEGETABLE AND FRUITS MEISTER!!! Oui, MEISTER est un mot allemand!

lundi 21 janvier 2008

Si je me fâche (poème de NAKAGIRI Masao)

D'abord, je ne lis pas de journal, car je me fâcherais d'autant plus.

Et puis, je prends le temps de me baigner dans l'eau pas trop chaude.

J'écoute le jazz pour vider ma tête,

Ou je regarde la télé sans son.


Si je rencontre un imbécile ou un homme que je n'aime pas,

Je me dis qu'il a la tête d'un singe enrhumé.

Si je lis une critique incompréhensible,

Je pense que c'est une copie d'un étudiant.


Je vais casser sa mâchoire,

Et la mettre dans un pot.

Je déguste la glace à quatre heures du matin.

Mon coeur reprend un peu sa vie sur ma langue engourdie d'ivresse.


Je joue de mon propre biniou.

Si on y danse ou pas, je m'en fous.


Poème de NAKAGIRI Masao, traduit par moi.

Article précédent: Ressources humaines (poème de Nakagiri Masao)

samedi 19 janvier 2008

Ressources humaines (poème de NAKAGIRI Masao)

"Je vous assure que vous serez le prochain président de la succursale."

Vous le flattez en scrutant le visage.

L'interlocuteur vous sert en souriant:

"Allez, prenez ce verre pour moi."


"Ce chef de service ne sait pas comment gérer."

"On dit qu'il ne pourra pas être promu directeur général."

Comme le Japon est plein d'entreprises,

On ne parle que des ressources humaines même dans les bars.


Bientôt, vous vous séparerez pour être chacun à son compte.

Le vent de soir au début de printemps vient caresser vos joues.

L'ivresse vous quitte, et vous êtes maintenant triste.

Vous donnez des coups de pieds aux cartons vides de cigarettes et aux cailloux.


Vous aviez des rêves quand vous étiez petit.

Vous aviez de l'idéal avant d'être embauché.


Poème de NAKAGIRI Masao (1979), traduit par moi.

Article précédent: La sensibilité endurcie (poème de Nakagiri Masao)

Article suivant: Si je me fâche (poème de Nakagiri Masao)

jeudi 17 janvier 2008

La sensibilité endurcie (poème de NAKAGIRI Masao)

Plus la vie qui me reste est courte, plus je suis irritable.

Ces jours-ci, je suis prompt à la colère.

Le bracelet de ma montre n'est plus serré.

C'est peut-être la preuve que ma sensibilité est endurcie.


Le saké est follement doux désormais.

Sciences et commerces ne sont plus dignes.

Autrefois, c'étaient les capitalistes qui serraient le cou des ouvriers,

Aujourd'hui, chacun s'étrangle comme il veut.


Pas mal de jeunes croient qu'eux seuls ont raison.

Pas mal de profs font le clin d'oeil aux étudiants comme des geishas.

Les critiques de deuxième rang n'épargnent pas de compliments

Même aux poètes qui ne fabriquent que de belles images.


Tant qu'il y a des gens qui meurent de guerre et de faim,

Je ne suivrai jamais la voie de l'élégance.


Poème de NAKAGIRI Masao (1919-1983), poète japonais, traduit par moi.

Nakagiri a notamment traduit W.H. Auden en japonais.

"La sensibilité endurcie" n'est pas du tout son meilleur poème, souvent omis de recueil, mais beaucoup d'amateurs de poèmes apprécient ce murmure amer d'un poète déçu.

La "voie de l'élégance" fait référence à Basho (1644-1694), le poète le plus connu du haïku, "épigramme élégant".

Le mot de Basho pour l'élégance est fûga en japonais. Nakagiri pense que c'est une "fuite" de la réalité, même si je ne sais s'il était conscient de ce jeu de mots latent.

Mur de plomb (poème de KAWASAKI Hiroshi)

Le mot pense
Avec les mots
Qu'il n'eût pas voulu naître mot
Il se doute
Qu'il eût voulu être mur de plomb
Et puis
Il pousse un soupir qui n'est pas un mot

Poème de KAWASAKI Hiroshi (1930-2004), poète japonais, traduit par moi

mardi 15 janvier 2008

Un nouveau tube français au Japon!!!

Chaque matin, de 8h15 à 8h30, de lundi à samedi, la chaîne nationale NHK passe un feuilleton depuis plus de quarante ans. Ce n'est pas Amour, gloire et beauté, on change de programme tous les six mois. D'avril à septembre, c'est la production de Tokyo, et d'octobre à mars, elle est d'Osaka. Ce feuilleton matinal est toujours présent dans le top 5 du palmarès d'audimat. Le trait caractéristique: le personnage principale est toujours une femme, le plus souvent jeune et jolie. Et elle est très optimiste. Elle fait un mariage heureux, et réussit dans la vie malgré tous les revers. Son mari est toujours compréhensif.

Il est intéressant de le comparer aux téléfilms américains que TF1 diffusent tous les après-midi. Là aussi, le personnage principal est toujours une jolie femme, mais elle a fait un mariage malheureux avec un homme "on ne sait pourquoi elle était mariée à cet homme macho et violent", mais elle veut recommencer sa vie avec un gentil garçon. On peut imaginer que les Américaines commettent une erreur de choix inconnue des Japonaises, qui rencontrent forcément un homme de rêve dès le début.

Mais l'heure d'émission n'est pas trop tôt? Non, car l'école commence à 8 heures et demie, et la maman n'accompagne pas les enfants jusqu'à l'école au Japon. Je ne le dis pas pour le réseau international des kidnappeurs pédophiles. Et le papa part travailler à six heures du matin (j'exagère).

Comme je n'ai pas encore trouvé de boulot fixe, je regarde cette émission tous les matins. Il fait très froid et il neige beaucoup à ma région, et curieusement on vit ici généralement sans chauffage central. Par conséquent, il faut que je reste toujours dans la salle principale avec un grand poêle. On en a plusieurs, mais le pétrole est trop cher actuellement. Je suis souvent forcé de regarder la télé, au moins de l'entendre. En tout cas, même si je ne suis pas du tout téléphage, ça ne me déplaît pas de la regarder du point de vue sociologique.

Le feuilleton qui a commencé au mois d'octobre est un peu différent d'habitude, car l'héroïne n'est pas aussi "positive" que les autres héroïnes qui continuaient à donner de l'espoir aux femmes au foyer japonaises. Elle voit toujours le côté noir des choses. Mais la mise en scène est volontairement comique pour souligner ses imaginations noires. Dans la mode de sit-com façon Ugly Betty, l'héroïne est moche, mais son intérieur est plus ou moins beau. Au Japon, on a inventé une héroïne dont les apparences sont toujours mignonnes, mais l'intérieur n'est pas toujours beau. Apparemment, cette émission est appréciée par les gens qui ne regardent pas souvent cette sorte de programmes. Mon avis est que ça se regarde comme les Frères Scott.

J'ai lu récemment un article qui disait qu'un tube est né de ce feuilleton. J'ai vu le titre de la chanson, mais je croyais ne pas la connaître, car il était traduit en japonais. Je me suis posé la question: mais a-t-on passé des chansons dans ce feuilleton? Je ne me souviens pas. Il n'y a même pas de chanson de générique! Mais cet article disait que c'était une chanson en français qu'un Japonais androgyne (Boy George ou Antony?) qui avait étudié le chant en France chantait. Le disque est sorti il y a quelques années, et les téléspectateurs téléphonent NHK pour demander le titre de cette chanson, et on pressent que ce sera un tube énorme...

Ah oui! En effet, j'ai entendu quelques fois "Paaaarlez-moiiii d'amouuuur, rediiiteees-moi des choseees tendreeeees" dans cette émission!

jeudi 10 janvier 2008

Obscénité ahurissante de la douane japonaise

La douane japonaise caviarde les grivoiseries de la BNF | Rue89
Mais quelle stupidité! Quand ces douaniers japonais comprendront-ils enfin que c'est leur censure qui est obscène, plutôt que les images des organes génitaux? A quoi ça sert de bloquer un catalogue de la BNF avec des images érotiques pour l'usage privé, prétextant qu'elles sont licencieuses, tandis qu'on peut regarder et télécharger librement les images et vidéos pornographiques sur internet? Ce n'est même pas une hypocrisie, ce n'est que l'automatisme robotique des fonctionnaires, qui est la négation totale de l'humanité.
Cependant, ce qui m'a fait le plus marrer dans cette histoire est que ce Japonais qui a été victime de la censure est un lecteur assidu de Rue89. C'était peut-être pour cela Ah ah
J'ajoute que le lecteur DVD au standard japonais ne peut pas lire les disques étrangers pour cette raison "pornographique", mais bien sûr qu'on peut les regarder sur l'ordinateur. Et l'importation des lecteurs multi-zones est interdite. Je dois regarder les DVD que j'ai achetés en France sur l'ordinateur pour cela. Amen.

samedi 5 janvier 2008

Explication d'un haïku

柿食へば鐘が鳴るなり法隆寺

子規

Le haïku de Masaoka Shiki (1867-1902) "Kaki kué-ba, kané-ga naru-nari. Hôryûji" est considéré comme l'aboutissement du haïku moderne. La traduction en français est ainsi: "Croquant un kaki, la cloche résonne - Hôryûji." Pourquoi ce court poème est-il la perfection de ce genre littéraire? J'ai jeté un oeil à un blog en anglais qui énumère les traductions de ce haïku, mais la discussion est carrément hors sujet, car ils ne mettent en cause que la sémantique, mais non pas la phonétique qui est normalement des plus important de la poésie, surtout quand elle est courte. Pour moi, il s'agit de faire apprécier l'essence de ce haïku. Je ne proposerai pas une meilleure traduction. Je vous conseille de recopier le haïku pour suivre mon argument.
D'abord, je donne les sens de ces mots. Kaki - le kaki (fruit); kué - le mode "parfait" du verbe kuu (manger); ba - particule pour la conséquence; kané - la cloche; ga - particule pour le cas sujet; naru - le mode indicatif du verbe naru (sonner); nari - "verbe auxiliaire" (particule en tant que fonction grammaticale) qui montre l'émotion (Ah!); Hôryûji - le temple le plus ancien et le plus représentatif de la ville de Nara, la capitale du huitième siècle qui a connu la floraison des architectures bouddhiques. (La voyelle u du japonais se situe quelque part entre u, ou, eu, e français.) Le mode "parfait" a désormais disparu de la langue japonaise, et il doit être traduit comme "dès que" par exemple. Il ne faut pas le confondre avec la forme moderne de l'hypothétique "si". Une traduction littérale de ce haïku peut être donc : "Dès que j'ai mangé un kaki, ah, la cloche sonne au temple Hôryûji.
Il n'est pas si difficile d'apprécier ce chef-d'oeuvre, même si vous ne parlez pas japonais. Ce haïku commence par la succession de la consonne k: kakiku. Ce son dur veut suggérer que le fruit n'est pas encore mûr, par l'ajout d'un autre k après le nom du fruit. Et le passage de la voyelle a jusqu'au u en passant par le i, montre le mouvement de la bouche qui "croque" le kaki. Pour ceux qui ne connaissent que le kaki dégoulinant, le verbe peut être étonnant, mais je pense que ce mot français a bien sa place dans cette traduction, alors que le verbe japonais kuu n'est qu'un verbe neutre pour "manger" en vérité.
Après la consonne b qui montre la fermeture momentanée de la bouche, le poète va donner un coup de dent encore une fois. Mais cette consonne k du mot kaki passe immédiatement au même son k de la cloche kané. C'est désormais cette résonnance métallique qui attire l'attention du haïjin (poète de haïku). La consonne n qui apparaît dans ce mot kané est repris par le prochain mot naru-nari. Dès le premier son de la cloche, Shiki regarde la cloche qui se trouve loin de lui. (Il ne faut pas oublier non plus que la consonne g qui ne se trouve pas au début du mot est nasale en japonais, comme le mot sing en anglais. Elle est assez proche du n.)
Cette fois-ci, je voudrais que vous imaginiez le bonze dans votre tête. Il porte une longue corde dans ses mains, pour donner des coups de marteau de bois à la vieille cloche. Il tire le marteau vers son arrière, et la corde dessine une grande courbe. Ce mouvement lent est évoqué par l'alternance des consonnes linguales et liquides, n et r de naru-nari. Shiki aurait bien pu répéter le verbe naru (kané-ga naru naru), mais le haïku serait complètement banal dans cas : la cloche sonne, sonneeee...
Maintenant, le poète écoute attentivement le son traînant de la cloche. Toutes les deux voyelles o et u dans le nom du temple Hôryûji sont longues, et elles sont comptées respectivement pour deux syllabes. Donc le mot Hôryûji a bien cinq syllabes (2-2-1). La voyelle courte i, guère prononcée, finit ce poème sans trop gâter le lecteur avec la voyelle longue.
Ce haïku est déjà étonnant avec cette phonétique, mais ce n'est pas tout. Les Japonais localisent facilement Hôryûji dans la ville de Nara, mais ce nom n'est pas indiqué dans ce haïku en apparence. Mais le mot naru-nari répète la sonorité du nom de l'ancienne capitale.
Et puis, ceux qui connaissent ce que c'est que le haïku doivent savoir que ce poème doit évoquer une saison. Le mot kaki n'est pas mûr ici. Cela veut dire que c'est le début d'automne, où il fait toujours chaud à Nara qui se trouve dans une cuvette (la ville se trouve loin de la mer, et Nara est également le nom du bassin). Et Shiki, connu pour ses proses sur le bienfait des fruits pour la santé, désaltère sa soif avec le kaki dur qui n'est pas encore sucré.
Shiki (c'est son nom de haïjin, tandis que Masaoka est son nom de famille), qui était le meilleur ami de Soséki, a perfectionné le haïku moderne. Il a voulu "croquer" la nature avec ce court poème, sans l'altérer avec la subjectivité. N'étant pas poète, je l'apprécie surtout comme un écrivain du journal intime, dont la précision et la simplicité sont exceptionnelles dans le paysage de la littérature japonaise. C'est dommage qu'on ne traduise pas ses proses en français.

Article prochain: Fleurs de colza

mercredi 2 janvier 2008

Mystère Fujiyama

Je vous souhaite une bonne année l'an 2008. Et je remercie tous ceux qui lisent mon blog.

Je l'ai souvent entendu de mes élèves qui avaient un peu appris le japonais avant de suivre mon cours. "Les Japonais appellent le mont Fuji Fuji-san, et Fujiyama est son nom pour les étrangers." Mais un instant, s'il vous plaît. Pourquoi les Japonais auraient-ils dû inventer une nouvelle appellation de la montagne pour les étrangers???
Franchement, je suis profondément consterné par le manque de culture, même rudimentaire, des Japonais qui disent cette connerie. Fujiyama n'est qu'un ancien nom de la montagne, désormais désuet. Si le nom Fuji-san est le nom géographique, Fujiyama est un nom "poétique". Pourquoi mes compatriotes ont-ils carrément oublié cette appellation, que les "étrangers" ont gardée? D'où vient cette "haine" de la culture japonaise, qui engendre le refus d'apprendre les choses si élémentaires?

vendredi 28 décembre 2007

L'origine de l'empire du Japon (suite)

Depuis que le prince Shotoku a adopté le bouddhisme comme la religion d'Etat, le Japon a connu une floresence de la culture bouddhiste surtout à Nara. Le premier chef religieux à qui on peut attribuer le titre d'empereur est Monmu (règne 696-707). Nara fut la capitale pendant le huitième siècle, avant de transférer à Kyoto. Et Murakami (r.946-967) était le dernier chef religieux qui ait eu le titre de l'empereur (tenno) après sa mort pendant 900 ans. Les chefs religieux suivants n'avaient qu'un titre bouddhiste comme les autres en tant que personnes décédées.
Celui qui s'est fait donner cette appellation archaïque au dix-neuvième s'appelle Kokaku (r.1779-1817, mort en 1840). Il a succédé à Gomomozono, mort à l'âge de 22 ans. La famille de chef religieux n'avait plus d'enfants mâles, et la mère de Gomomozono, Gosakuramachi est la dernière femme dotée de pouvoir religieux en date.
Cependant, Araï Hakuseki (1657-1725), savant et politique, avait fondé une branche de famille impériale pour prévenir cette situation. Kokaku est un arrière-petit-fils du chef religieux Higashiyama (r.1687-1709). Kokaku a voulu fortifier le statut de sa famille, et il a fait ressusciter beaucoup de "traditions" disparues au haut moyen âge. Et il a choisi le shintoïsme comme sa première religion.
Il faut comprendre le contexte historique. Le dix-huitième siècle a connu un renouveau nationaliste, et il y avait des érudits comme Kamo-no Mabuchi (1697-1769) et Motoori Norinaga (1730-1801), qui avaient découvert la mythologie japonaise avant la rencontre avec la civilisation chinoise. Même si le Japon avait fermé ses frontières depuis le début du 17e siècle pour se mettre à l'abri de la christianisation par les Européens, les Japonais admiraient la Chine sans conditions comme le modèle de la culture, et ils ne croyaient pas qu'il y avait eu des corpus de leurs propres mythes avant la rencontre avec le continent. Mais ces savants "nationalistes" ont voulu démontrer que les Japonais avaient bien leur propre culture. Ces hommes de lettres "nationalistes" ont fait quelque chose qui me feraient penser à la fois à Martin Luther et à Nietzsche, et j'ai bien du respect pour eux.
Mais c'est Kokaku, issu d'une nouvelle branche de la famille de chef religieux, qui a pleinement profité de cette redécouverte par les érudits. Ses ancêtres s'étaient contentés de se donner le titre de bouddhiste après leur mort comme tous les communs pendant 900 ans, mais il a voulu récupérer le titre éminent de l'empereur (tenno). Il existe des senryu (petits poèmes satiriques ayant la même forme que le haïku) de l'époque qui s'étonnent de la réapparition inattendue de cette appellation désuète.
Auparavant, le shintoïsme était une croyance populaire accessoire du bouddhisme, mais Kokaku a renversé l'ordre. Désormais, c'est cet animisme qui est la première religion d'Etat. Kokaku a pu le faire grâce aux études méticuleuses des savants nationalistes (des "humanistes" au Japon?). Le shogunat de Tokugawa qui gardait le pouvoir depuis le début du 17e siècle s'affaiblissait à cause de famines répétées et de demandes des Occidentaux. pour une ouverture des frontières. Et le peuple déçu par le shogunat en appelait de plus en plus au nouvel empereur qui a choisi le shintoïsme. Il ne faut pas oublier que la religion de ces guerriers était le bouddhisme du courant zen.
C'est à l'occasion de sa mort en 1840 que Kokaku a eu le titre de l'empereur. Et l'an 1854 connaît l'ouverture des frontières. La "restitution" du pouvoir politique au chef religieux, désormais appelé l'empereur (tenno) sans surprendre personne, a été faite en 1867, après presque 700 ans de règne de samouraïs. L'empereur Meiji, qui s'est fait déclarer chef d'Etat, est l'arrière-petit-fils de Kokaku. C'est pour préparer son règne qu'on a fait clairement séparer le bouddhisme et le shintoïsme. (Les religieux shintoïstes vivaient souvent aux temples bouddhistes jusqu'en 1867.) Mais son règne était plutôt tempéré. C'est sous le règne de Showa, connu sous le nom de Hirohito, qu'est arrivée la folie.
Akihito, l'empereur actuel, est le septième empereur de la dynastie au plus, qui n'est nullement la plus ancienne du monde, mais une des plus récentes. Plus sérieusement, il n'est que le quatrième empereur depuis la "restitution".
Vous ne devez pas reprocher aux Japonais que vous connaissez s'ils n'ont jamais entendu parler de Kokaku. C'est ce qu'on apprend jamais aux écoles...

L'article précédent: L'origine de l'empire du Japon

mardi 25 décembre 2007

Les Japonais ne fêtent pas Noël

D'abord, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année à vous tous, quoi que soit votre confession, croyants ou non croyants.

Non, les Japonais ne fêtent pas Noël, à moins qu'il s'agisse d'une campagne commerciale. La preuve est assez simple. Personne ne se dit ni "Joyeux Noël" ni "Bonnes fêtes" à cette période d'année. Par contre, on se dit (traduction approximative) "On est occupés", "Vous devez être occupé vous aussi". Ce qui veut dire qu'on prépare activement la festivité du nouvel an. Et la télé ne transmet même pas la bénédiction urbi et orbi au Japon, alors que le pape prononce bien la bénédiction également en japonais. Je suis désolé pour lui. Le 25 n'est pas chômé, mais le 23 est bien un jour férié. C'est l'anniversaire de l'empereur actuel.
Il est vrai que les Japonais fassent la décoration de Noël dans les quartiers commerçants des villes très grandes (il n'y a pas d'arbre de Noël, de caractère public, à Aomori que j'habite, une ville de 300.000 habitants tout de même), mais on enlève le sapin dès le matin du 25 décembre. L'arbre de Noël n'est qu'une grande publicité pour faire acheter des cadeaux pour les enfants.
On suppose que les Japonais ont commencé à imiter Noël, seulement pour cadeaux, depuis l'occupation américaine. Ils étaient très démunis après la Deuxième Guerre mondiale, et les Américains faisaient parade de leur richesse surtout à cette période d'année pour Noël. Les Japonais les ont enviés, et dès qu'il leur a été possible d'acheter des cadeaux aux enfants, ils ont été prompts à le faire. Ce nouveau comportement de consommateurs a été un symbole du développement économique des années 50-60.
Vous ne devez pas demander aux Japonais "Comment dit-on Joyeux Noël en japonais?", car vous serez déçu par la réponse. Ils vous répondent "Merry Christmas", puisqu'il s'agit d'une simple imitation des Américains, sauf pour les chrétiens qui représentent moins d'un pour cent de la population. (Le pape dit à urbi et orbi "Christmas omédéto", mais personne ne le dit en réalité). Il n'y a pas non plus de chansons de Noël. Et je me suis aperçu que, curieusement, la plupart des Japonais ne disent pas la vérité aux Français. Je veux dire qu'ils n'avouent pas franchement que ni une expression qui corresponde à Joyeux Noël ni des chansons de Noël n'existent pas en japonais. J'ai bien du mal à comprendre mes compatriotes. Je parle souvent de l'affabilité hypocrite des Japonais.
Une fois, j'ai entendu à la radio, RTL ou Europe 1, un quiz: "Les Japonais ne fêtent pas Noël, mais quelle fête célèbre-t-on le 24 décembre là-bas?" Bien que je sois un bon Japonais presque exemplaire, je ne connaissais pas la réponse, et j'en étais très curieux. Et la réponse fut "la fête des amants"... Mais quel imbécile aurait pu fournir cette réponse stupide?
Je vais donner l'explication. Pendant la période de la "bulle" économique des années 80-90, on a construit beaucoup d'hôtels sur le littoral de Tokyo. Et les étudiants passaient le nouvel an généralement chez leurs parents dans les provinces suivant les traditions. Comme la "bulle" était une folie, même les étudiants étaient assez aisés. L'hôtellerie n'a pu manquer de le remarquer, et elle en a profité. Elle a fait la promotion du genre: Désormais, passez la nuit romantique du 24 décembre dans une chambre d'hôtel. Et des étudiants ingénus, pour ne pas dire naïfs, ont été facilement abusés par cette campagne commerciale. Le comble du ridicule est qu'il y avait des étudiants mâles, n'ayant pas de succès auprès des filles, qui réservaient une chambre pour Noël prochain plusieurs mois avant, pour se donner la motivation d'en séduire une. On dit qu'il existe toujours des garçons de ce type. Il vaudrait mieux qu'ils mettent en cause leur sexisme... (Le problème est que les filles ne sont pas meilleures qu'eux. Les Japonaises ne sont pas du tout "fémistement éveillées", et j'ai l'impression qu'elles refusent elles-mêmes d'ouvrir les yeux. Il y a quelque chose de désespéré chez elles. Philippe Sollers (je garde toujours du respect pour lui, mais je ne peux nier qu'il était beaucoup mieux autrefois) a dit dans H: Le plus grand ennemi de la libération des femmes est les femmes.)
On ne peut donc pas parler de la fête des amants au Japon, et si c'est une fête, ce n'est qu'une fête de l'hôtellerie au littoral de la baie de Tokyo, qui regrette la "bulle" des années 80-90. Il y a quelque chose de triste là-dedans. Ah, oui. Noël est souvent quelque chose de triste, nan?
Ainsi, le Noël représente-t-il le pire du capitalisme au Japon. Comme un athée, je ne connais pas l'esprit de Noël, mais je pense que cette caricature est un peu trop exagérée.

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P.S. Le 1er janvier est la fête du nouvel an normalement. Mais traditionnellement, les femmes ne célèbrent que le "petit nouvel an" le 15 janvier, car ce sont elles qui préparent la grande festivité. Elles n'ont pas le temps de la fêter le jour même, affairées à servir les hommes. Je parle d'une tradition désormais désuète depuis quelques décennies, mais on garde la mentalité. Malheureusement.

vendredi 21 décembre 2007

L'origine de l'empire du Japon

Ce fut une question sur l'émission de Jean-Luc Reichmann. Le quantième empereur est l'empereur japonais actuel Akihito?
(Au fait, ça me fait toujours marrer d'entendre ces noms "imprononçables" de la bouche des Français. Ce que je veux dire par le mot "imprononçables": Ces noms de dieux vivants, Mutsuhito ou Hirohito, ne devaient pas être prononcés par leurs sujets avant la fin de la guerre du Pacifique, un peu comme le nom de Yahvé. C'était une lèse-majesté. Donc, il arrive que les abolitionnistes de l'empire les prononcent ostensiblement au Japon aujourd'hui. Le nom du prince actuel Naruhito était marqué sur les journaux français. Franchement, je ne savais pas comment il s'appelait. Laurent Ruquier a dit une fois à la radio que Hito était leur nom de famille, mais je ne sais pas s'il plaisantait ou non. Pour le nom de famille de l'empereur, il faut j'écrive un autre article.)
La réponse à cette question fut le 125e. Il est vrai que c'est marqué partout ainsi, même sur les encyclopédies qui ont l'air sérieux. Mais cela ne veut pas dire que cette réponse n'est pas polémique pour les Japonais, car elle suit sans réflexion sérieuse l'histoire "officielle" du Japon d'avant-guerre, qui prétend que la lignée familiale de l'empereur est ininterrompue depuis 660 avant Jésus-Christ.
Du moins sait-on désormais que les neuf premiers empereurs n'ont jamais existé. Ce sont des personnages mythiques. Les manuels d'histoire en tiennent compte généralement dorénavant, bien qu'il existe toujours des gens qui croient au mensonge.
Par exemple, le 11 février est un jour férié au Japon, qui commémore la fondation du pays par l'empereur Jinmu en -660. Les historiens critiquent le gouvernement, mais il leur répond par un sophisme incompréhensible: Ce jour férié ne s'appelle pas l'anniversaire de la fondation du pays, mais l'anniversaire de fondation du pays. En plus, beaucoup de jours féries qu'on fête aujourd'hui, comme le jour de la culture ou le jour du travail (le 23 novembre au Japon), correspondent curieusement à ceux d'avant-guerre qui avaient rapport avec l'empereur, mais le gouvernement prétend que ce n'est qu'un hasard...
On peut soupçonner plusieurs interruptions de dynastie dans l'histoire, mais la plus évidente est celle de l'époque de Deux Cours au quatorzième siècle.
Depuis la fin du douzième siècle, l'empereur n'avait plus de pouvoir politique, et c'était le shogun, le leader des samouraïs, qui était le chef d'Etat. Un empereur s'applant Godaïgo a voulu récupérer le pouvoir en profitant de la fragilité du shogunat, à qui un général ASHIKAGA Takaüji a donné la main. Mais celui-ci a trahi celui-là juste après le renversement du shogunat. Ashikaga lui-même a voulu prendre le siège du chef d'Etat, mais il lui fallait un empereur, chef religieux, qui lui accorde officiellement le pouvoir divin. Donc il a fait fabriqué une autre cour pour lui-même. Godaïgo a fui Kyoto (le nom voulant dire la Capitale) pour fonder une autre cour qui serait normalement authentique à Yoshino dans la péninsule de Kii (actuellement dans le département de Nara). Cette cour, authentique mais non légitime, va disparaître dans moins de cent ans.
L'empereur actuel est descendant de la cour fabriquée par Ashikaga. Au Japon "démocratique" après la Deuxième Guerre mondiale, est apparu un homme, soi-disant descendant de la cour authentique de Godaïgo, en prétendant qu'il serait l'empereur authentique, mais il a perdu son procès, victime du sophisme abracadabrant "L'empereur ne peut pas être soumis au procès". D'ailleurs, il avait été déjà dit que la cour de l'empereur Meiji, qui continue jusqu'à nos jours, était inauthentique déjà en 1911, par la déclaration de Meiji lui-même. L'hystérie nationaliste, qui a nié tout le rationalisme, n'a commencé que dans les années 1930... (à suivre)

P.S. J'ai donné l'an 702 comme la date de la naissance du pays du Japon, mais je précise que l'argument est fondé sur la découverte archéologique relativement récente de la fin des années 1980. En tout cas, même s'ils ne sont pas au courant de la nouvelle tendance de l'histoire du Japon, les Japonais sérieux doivent dire que le pays du Japon n'a été fondé qu'au haut moyen âge, à peu près du sixième siècle au huitème siècle.

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lundi 17 décembre 2007

Depuis quand le Japon existe-t-il?

Les gouvernements des pays asiatiques, qui ont été victimes de l'expansionnisme du Grand Empire du Japon à la première moitié du vingtième siècle, critiquent souvent les dirigeants japonais, en disant que ceux-ci refusent de reconnaître leurs atrocités pendant la guerre. Mais je dois dire que ce sont plutôt les Japonais qui seraient la première victime de cette attitude du gouvernement japonais, car ils sont obligés de rester dans l'ignorance de leur propre histoire. Le gouvernement impérial de la seconde moitié du dix-neuvième siècle a fabriqué une histoire pleine de mensonges, et on n'a pas rétabli la vraie histoire du Japon, même maintenant, pour les manuels d'histoire qu'on utilise aux écoles.
Première question importante. Depuis quand le Japon existe-t-il? La réponse est simple et assez claire. On peut dire que le pays du Japon n'existe que depuis 702 après Jésus-Christ. Non, ce n'est pas un pays tellement ancien. Mais qui connaît cette réponse? Demandez à un Japonais, si vous en connaissez un. Je parie qu'il ne la connaît pas. Au pire, il vous répondra que le Japon existe depuis la nuit des temps. S'il vous dit que ce nom puise son origine dans la lettre du prince Shotoku datant de 607, je peux vous dire que vous connaissez un bon Japonais. Mais le règne de ce prince se situe au berceau du pays. Il faut attendre encore presque cent ans pour que le pays porte diplomatiquement le nom du Japon (Nihon ou Nippon en japonais).
L'an 702 est la date où le gouvernement japonais a envoyé un messager auprès de l'impératrice chinoise Wu Zetian, avec une épître qui portait le nom du Japon dans laquelle il est précisé qu'il est dominé par l'empereur, appelé le roi auparavant. C'est avec cette lettre que le gouvernement japonais a déclaré auprès de la Chine que c'était désormais un empire appelé le Japon dont le nom avait été Yamato jusque là. Et puis, on a interrompu l'utilisation du titre d'empereur depuis la fin du dixième siècle jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, parce que tous ceux appelés empereurs par l'histoire révisionniste étaient plus bouddhistes que shintoïstes pendant ces 900 ans. L'empereur moderne qui n'existe que depuis 150 ans est représenté comme le chef du shintoïsme. C'est pour cela que les gens ont inventé le mensonge qui prétendait que tous les chefs religieux au Japon étaient plus shintoïstes que bouddhistes. (En réalité, ces deux religions n'étaient pas clairement séparées jusqu'en 1868, le début du règne de l'empereur Meiji, autrement appelé Mutsuhito.)
Les Japonais ont presque inventé le révisionnisme. Dès la seconde moitié du dix-neuvième siècle, ils ont fabriqué une histoire du peuple japonais dont le seul centre est l'empereur depuis la fondation du monde. Mais ce ne sont que des mensonges qui ne pourraient tromper personne normalement. Il est curieux que même les Occidentaux nipponophiles y croient sans se poser trop de questions!
D'ailleurs, les Japonais ne connaissent même pas la date d'armistice de la guerre du Pacifique qui commence par l'attaque de Pearl Harbor. La date exacte est le 2 septembre 1945, mais on croit généralement que l'anniversaire de la fin de guerre est le 15 août. Mais ce n'est que le jour où l'empereur est apparu pour la première fois à la radio pour ordonner à ses sujets d'arrêter la guerre. La fin de guerre doit être un accord entre les pays, mais les Japonais ne le savent même pas.

P.S. Les études récentes veulent prouver que le prince Shotoku n'a jamais existé. Il sera probablement un personnage fictif (qui serait un autre nom donné à Soga-no Umako par hasard) dans quelques années.

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vendredi 14 décembre 2007

L'anniversaire du massacre de Nankin

Le 13 décembre était le 70e anniversaire du massacre à Nankin par l'armée japonaise. On aurait le droit de le comparer aux atrocités des nazis, mais je dois préciser qu'il existe une différence importante que ce massacre n'a pas été une tuerie froide par les fonctionnaires sous l'ordre de l'Etat. Par contre, ce fut un dérapage du grand nombre de soldats excités. On peut toujours supposer que ce dérapage a été cautionné par le gouvernement japonais, mais on ne peut pas les confondre au fond. Ce sont deux phénomènes distincts du fascisme du vingtième siècle. D'ailleurs, les Chinois qui vivaient dans leur pays envahi par les Japonais et les Allemands d'origine juive n'ont pas le même statut historico-sociologique. En tout cas, ça ne change pas grand'chose pour les personnes inhumainement violées et tuées.
Le Japon est un pays où les négationnistes n'ont pas besoin d'avoir honte. Il y aurait des Français qui nous envieraient. Le média ne parle presque pas ici au Japon de cette atrocité perpétrée par nous-mêmes. Je cite des articles sur cet anniversaire (en anglais).
Reevaluating the Rape of Nanjing
China recalls war massacre with sirens
China marks 70th anniversary of Nanking Massacre

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mardi 11 décembre 2007

Kunio - Internautes racistes au Japon

Le ministre de la Justice Kunio Hatoyama a fait exécuter trois condamnés à mort. Mais quelle est sa motivation? Depuis le début du nouveau gouvernement de Fukuda au mois de septembre, il disait qu'il voulait l'exécution "automatique" comme le tapis roulant. Je ne sais si cette comparaison est de lui-même ou de journalistes. Il ne voulait surtout pas signer le papier, alors que la signature du garde des sceaux est obligatoire pour l'exécution actuellement. Tout le monde a supposé que c'était à cause de sa lâcheté, sans le dire publiquement. Pour être journalistes politiques, il faut être ami-ami avec les politiciens au Japon. Ils sont trop polis pour dire ce qu'ils pensent. Ce ministre au petit coeur voulait montrer qu'il n'était pas lâche par ces exécutions. Oui, j'admets qu'il n'est pas lâche. C'est un homme ignoble et infâme pour avoir donné la mort pour son petit amour-propre.

Un site aux news qui s'appelle "News stupides" publie un article: En Corée du Sud, des ordinateurs des personnes qui ont téléchargé des logiciels de jeux Nintendo par le site P2P ont été contaminés par le virus. Certains parmi eux soupçonnent que c'est Nintendo qui l'y a mis exprès. Qu'est-ce que vous en pensez? Pour moi, leur réaction est compréhensible, tout en admettant que le téléchargement illégal n'est pas vraiment recommandé. Et quels sont les commentaires des internautes? Je ne pense pas que ce site soit un site particulièrement raciste, mais je pensais que c'était un site "fun". Son hôte de service "2ch" n'a pas bonne réputation, son patron est connu de ne jamais payer l'amende pour les incitations aux crimes par des internautes sur ses sites, mais le service a toujours une haute popularité. Et il est curieux que ce chef de service attire sur lui l'adulation des gens de l'informatique...
J'ai vu tous les commentaires qui ne sont pas moins nombreux que 500 pour ce fait divers. Et 100 pour cent, je répète, 100 pour cent des commentaires étaient de caractère plus ou moins raciste envers les Coréens. (Moi, je n'ai pas ajouté de commentaire, et je crois qu'il y a pas mal de gens comme moi.) "Les Coréen n'ont pas de cerveau." "Nintendo a eu tort d'avoir mis les pieds en Corée." "On ne doit pas vendre les produits japonais aux Coréens." "Je regrette pour Nintendo. Il fallait qu'ils prennent garde des Coréens." C'est carrément incroyable. Je sais que le racisme envers les Coréens est bien ancré dans la mentalité de certains Japonais, mais c'est trop. Cela n'a rien à voir avec l'adversité entre la France et l'Angleterre. Beaucoup pire que le racisme de certains Français envers les Maghrébins. Il est vrai que les Japonais ordinaires ne soient pas vraiment conscients que le racisme est honteux.
Je me souviens que certains de mes amis commençaient à dire qu'il ne fallait pas fréquenter un ami quand j'avais dix ans. Je ne savais pas pourquoi, et d'ailleurs je ne le voyais plus cause embrouilles d'enfants. Il m'a fallu plusieurs années pour comprendre que son patronyme soit d'origine coréenne. Les Japonais croient que les enfants sont ingénus et qu'ils disent la vérité. C'est le comble du ridicule pour moi, mais ce sont les enfants qui prononcent les allocutions aux cérémonies d'anniversaires des bombes atomiques ou de la bataille d'Okinawa. Mais en réalité, les enfants sont méchants et stupides comme ça.
Mais je précise que ce racisme envers les Coréens est beaucoup plus grave dans l'Ouest du Japon que dans ma région du Nord, où ce racisme est le moins senti dans le pays. Je pense que c'est parce que c'est une province délaissée par le développement économique après la Deuxième Guerre mondiale, pays des laissés-pour-compte. En plus, elle restait indépendante de facto du pouvoir central pendant très longtemps, probablement jusqu'à la fin du seizième siècle.
Tokyo a connu un grand séisme en 1923, et une rumeur s'est fait répandre que c'étaient les Coréens qui ont mis le feu pour aggraver la situation. Les autosurveillants ont commencé à faire le lynchage des Coréens. Ils ont demandé aux passagers de prononcer une phrase en japonais au hasard, et tué les gens avec l'accent coréen. Les gens de ma région ont été victimes de cette infamie, car notre accent ressemble à ceux des Coréens.
Mais en tout cas, je suis content que ma région Aomori est citée dans des brochures de certaines agences de voyage en Corée, comme un des dix meilleurs sites touristiques au monde. Je ne pense pas qu'ils connaissent cet épisode tragique dans l'histoire, on dit qu'ils apprécient seulement la nature de ma région, mais qu'importe. Il n'y a qu'eux qui aiment ma région, car le nom d'Aomori n'est qu'un objet de moquerie pour les Japonais, puisque c'est la région la plus pauvre au Japon. Ah, oui, c'est la mentalité des Japonais.

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samedi 8 décembre 2007

Drapeau et hymne japonais (suite)

J'ai été choqué par un jeu télévisé une fois en France. On demandait aux invités de citer les drapeaux avec une ou des étoiles. Quelqu'un a mentionné le drapeau japonais, mais on lui a refusé cette réponse en disant que le rond sur ce drapeau est rouge, alors que le soleil est jaune. Mais le soleil est bien rouge au Japon. Il ne faut pas imposer la culture occidentale aux autres. Par exemple, les feuilles sont "bleues" en japonais. La ville que j'habite s'appelle Aomori, qui veut dire la forêt bleue.
Sinon, je n'aime pas du tout ce drapeau japonais dont l'origine est assez ambiguë. Les Français croient que l'appellation l'Empire du Soleil Levant est poétique, mais en réalité, c'est un nom arrogant pour les Japonais. Vers la fin du sixième siècle, le prince Shotoku, le personnage fétiche de Monsieur Chirac, a envoyé une lettre à l'empereur chinois, qui commence par ces mots: "Du prince du pays au soleil levant au prince du pays au soleil couchant. Salut." C'est cette épître qui a déclaré l'indépendance du Japon par rapport à la Chine.
Le nom du pays du Japon a l'origine chinoise. En mandarin contemporain, le nom est Ripen, mais la prononciation du r chinois est assez proche du j. Le Japon, Nihon ou Nippon en japonais, est un nom diplomatique. L'ancien nom à l'intérieur du pays était auparavant Yamato, qui correspondrait un peu à la Gaule en France. Ce nom du Japon veut dire l'endroit où se lève le soleil. Mais un peu de réflexions évoquent le doute. Pour les Japonais, le soleil se lève-t-il dans leur pays? Mais bien sûr que non. Donc ce nom a été fait du point de vue des Chinois. On peut dire que ce drapeau avec le soleil rouge garde le complexe des Japonais envers les Chinois.
Certains Japonais qui continuent à vivre dans l'idéologie fasciste aiment dire que le Japon existe depuis la nuit des temps, mais en réalité, ce nom a été officiellement utilisé pour la première fois en 702 après Jésus-Christ, cent ans après la lettre du prince Shotoku. C'est également le début de l'empire, mais pas avant, car c'est à cette année que l'on a donné le nom de l'empereur au prince. Eh oui, le Japon n'est pas un pays tellement ancien...
Ensuite, quant à l'hymne Kimigayo (Ton règne), l'origine de la parole est beaucoup plus obscure.
Le texte est très court: "Que ton règne dure mille générations, huit mille générations, jusqu'à ce que les cailloux sur la plage forment une roche et que la mousse pousse dessus." L'interprétation du titre est assez difficile. Veut-il dire vraiment "Ton règne" ou "Le règne du prince"? Le "tu" et le "prince" sont homonymes en japonais. D'où vient ce texte d'ailleurs?
Apparemment, l'origine n'est pas tellement noble. Une hypothèse dit que c'était la parole d'une chanson des geishas. Donc, il ne s'agit pas forcément du prince, mais elles la chantaient pour leurs clients qui étaient souvent des commerçants riches. "Que tes commerces marchent aussi bien mille générations après..." Alors là, je n'aurais plus besoin de détester cet hymne que je croyais impérialiste...
Mais en tout cas, si vous connaissez des Japonais, il faut bien faire attention à leur idéologie. Ils gardent assez souvent l'idéologie d'histoire d'avant-guerre vraiment fantaisiste, à cause de l'éducation. C'est pour cela que je dis que le Japon est un pays du tiers monde dont un trait caractéristique est l'ignorance du peuple sur sa propre histoire.
P.S. J'ai mis un gadget de Google "Le saviez-vous" sur la page de mon iGoogle. Il y avait un article qui disait: "Saviez-vous que les geishas n'étaient pas des prostituées au Japon auparavant?" Je sais bien que les geishas ne l'ont jamais été... Le mot déjà désuet en français "mousmé" veut dire simplement "fille". Il n'y a aucune nuance suspecte en japonais.

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jeudi 6 décembre 2007

Drapeau et hymne japonais

Peut-être que vous ne le saviez pas, mais les drapeau et hymne japonais que vous connaissez ne sont officiels que depuis 1999. On continuait à les présenter aux compétitions sportives comme les JO, mais ce n'était que des conventions. Mais les conventions officieuses peuvent être obligatoires de facto au Japon où la sensibilité démocratique n'est pas bien développée.
S'ils n'ont pas été officialisés depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu'à la fin du vingtième siècle, il y avait bien une raison. Le drapeau montre le soleil, le symbole de l'indépendance de l'empire du Japon par rapport à l'empire de Chine, et l'hymne est intitulé "Ton règne", où il est question du règne de l'empereur. Ils étaient de l'usage depuis la fin du dix-neuvième siècle, et ils portaient le traumatisme de la période de guerre pour les Japonais. Certains voulaient de nouveaux hymne et drapeau officiels, mais personne n'a osé les créer dans la situation où on continuait à les utiliser comme les symboles du pays. En plus, il y a des substituts officieux de la police, mafieux qu'on appelle yakuzas, qui n'hésitent pas à punir les traîtres d'Etat qui haïssent l'empereur, au lieu du pouvoir officiel. D'ailleurs, on a tendance à oublier le passé qu'on ne veut plus revoir, et les gens de droite ont besoin des symboles de la nation.
C'est un phénomène inconcevable en France, mais le ministère de l'éducation nationale a voulu depuis le début des années 1980 que ces drapeau et hymne nationaux d'avant-guerre, désormais nullement officiels, soient présents aux cérémonies dans toutes les écoles. Le syndicat des professeurs traditionnellement communiste, a levé la voix contre cette mesure absurde et extravagante.
Et puis au mois de mars 1999, un proviseur de lycée à Hiroshima s'est suicidé le matin de la cérémonie de la fin de l'année scolaire, où certains profs ne voulaient ni voir le drapeau sur la scène ni chanter l'hymne. On croit qu'il a été déchiré entre le sentiment nationaliste des parents et la demade orthodoxe de profs.
Après cet incident tragique, le parti libéral-démocrate éternellement au pouvoir a eu l'amabilité de diminuer la peine psychologique de proviseurs, et il a enfin officialisé le drapeau blanc et rouge et l'hymne national le plus lugubre du monde. Et je fais partie de 8 pour cent de la population japonaise qui n'aiment pas ces drapeau et hymne d'avant-guerre. C'est carrément étonnant de constater à quel point les Japonais actuels portent la mentalité nationaliste. (à suivre)