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mercredi 17 décembre 2008

Les fleurs du poncirus

 Le compositeur ENDÔ Minoru est mort le 6 décembre à l'âge de 76 ans. Il était le premier compositeur des variétés japonaises qui ait eu l'honneur d'être "Grand Contributeur à la Culture", décoré par l'empereur. Il est surtout connu pour les tubes de style enka. Le enka est souvent faussement considéré comme le style traditionnel des variétés japonaises, mais son rythme le plus typique est une variation de la habanera cubaine (La Paloma). Certains disent "演歌は日本の心です" (Enka-wa nihon-no kokoro-désu, le enka est l'âme du Japon", mais en réalité, il n'est pas tellement japonais, et je me doute que la stylisation de enka ne date que des années 70, si je parcours vite la carrière de ce compositeur décédé.
 Le enka est le genre des variétés particulièrement détesté par les fans du rock, à cause de son image trop "autochtone". Je suis de la génération post-punk, et je ne partage pas trop la rock'n'roll attitude ;) Le problème est qu'enfin, il n'y a pas grand'chose à remarquer dans ce genre enka. Endô Minoru, que je n'apprécie pas plus que les autres faiseurs de tubes, a au moins laissé une chanson mémorable. (Avant la Deuxième Guerre mondiale, le mot enka voulait dire les chansons "sociales", le genre guère prisé par les Japonais d'après-guerre. Le enka d'avant-guerre n'a rien à voir avec le enka qu'on connaît maintenant.)
 La chanson est intitulée からたち日記 Karatachi nikki ("Journal du poncirus [citronnier épineux]") (1958). Le titre n'est pas vraiment compréhensible. Est-ce que la plante écrit? C'était un grand tube, mais c'est vraiment étonnant, parce que le rythme est complètement irrégulier. C'est du Frank Zappa? Endô était-il originaire d'un pays balkanique? lol Bien sûr que ça n'a rien n'a voir, mais on se demande d'où sont venus ces arrangements rythmiques trop bizarres, surtout pour un tube. La chanteuse s'appelle SHIMAKURA Chiyoko. La chanson de Endô Minoru, chantée par Shimakura Chiyoko doit être un enka selon l'image, mais elle échappe à la catégorisation. Je pensais que Shimakura Chiyoko était une Françoise Hardy japonaise, mais elle chante beaucoup mieux qu'Hardy tout de même.



からたち日記

 Comme c'est un slow, l'irrégularité musicale n'est pas trop soulignée, mais l'impression musicale reste très étrange. Si cette chanson a été bien accueillie par le peuple, on peut supposer que c'est parce que la mélodie respectait le rythme intérieur de la langue japonaise, au dépens de la musicalité normale. Mais l'honneur de cette innovation musicale n'est pas attribué à Endô Minoru. D'ailleurs, s'il s'agissait d'une autre plante que le "citronnier épineux" (karatachi), cela n'aurait jamais été un tube. Déjà, la maison de disque aurait refusé de faire chanter cette chanson bizarre à la jeune star (l'image de YouTube est de 1975).
 Le génie de la musique japonaise contemporaine, YAMADA Kôsaku, alias Kósçak Yamada (1886-1965), avait composé からたちの花 Karatachi-no hana (Fleurs du poncirus), avec la parole du grand poète KITAHARA Hakushû. C'est parce que cette chanson existait déjà que celle de Shimakura Chiyoko est intitulée Karatachi nikki, bien que le refrain répète karatachi-no hana.
 Yamada Kôsaku, bon observateur de la langue japonaise, a même inventé sa propre transcription alphabétique du japonais (dont son prénom Kósçak), et composé quelques oeuvres expérimentales pour faire valoir le rythme intérieur du japonais parlé. Karatachi-no hana fut un grand scandal musical. Yamada Kôsaku a également composé des dôyô et des shôka, mais cette chanson est une oeuvre "sérieuse" (kakyôku, air musical). C'est que les Japonais aimaient ce morceau que la chanson de Shimakura Chiyoko a pu être un grand tube. L'intro de Karatachi nikki cite une parcelle de la mélodie de Karatachi-no hana. (Malheureusement, la transcription alphabétique de Yamada Kôsaku était trop fantaisiste, mais c'était une bonne tentative.)



からたちの花(Maki Mori)

 Yamada est un vrai casse-pied pour les chanteurs. Par exemple, le compositeur a mis l'indication ppp sur le na de shiroï shiroï hana-ga. Vous voyez que c'est carrément impossible à chanter, et cette cantatrice ne respecte pas la volonté de l'artiste ici.
Les fleurs du poncirus se sont épanouies.
Ce sont des fleurs toutes blanches.

Les épines du poncirus piquent.
Ce sont des épines toutes vertes.

Le poncirus, c'est la haie du champ.
Je passe toujours par ce chemin.

Même le poncirus porte des fruits en automne.
Ce sont des fruits dorées tous ronds.

J'ai pleuré aux côtés du poncirus.
Tout le monde était gentil.

Les fleurs du poncirus se sont épanouies.
Ce sont des fleurs toutes blanches.

(Texte original)
 Ma traduction n'a aucune saveur ;-(
 Je mets l'image pour me faire excuser.

samedi 13 décembre 2008

Chansons pour enfants au Japon: shôka

 Le mot shôka 唱歌 voudrait dire "chansons à chanter" à la lettre, parce que ces deux idéogrammes signifient respectivement "chanter" et "chansons". Mais ce mot a un sens spécifique. Ce sont des chansons pour enfants, composées au cours d'environ cent ans, dès l'ère Meiji jusque dans les années 1950-1960 au plus tard, mais le mouvement a fini de facto avec la Deuxième Guerre mondiale. C'est le gouvernement qui a pris l'initiative de ce projet musical, tandis que le dôyô 童謡 "chansons enfantines" était un mouvement littéraire et musical des artistes qui n'étaient pas contents du shôka trop formaliste. Déjà, les paroles de shôka sont souvent difficiles à comprendre, parce qu'elles sont écrites en japonais "littéraire" (bungo 文語, "langue écrite" à la lettre), alors que le talent des poètes excellents comme KITAHARA Hakushû (1885-1942) (le premier poète symboliste au Japon, malheureusement mal connu à l'étranger) et NOGUCHI Ujô (1882-1945) s'exerçait pour le mouvement dôyô. Je préfère de loin le dôyô au shôka, mais je donne quelques exemples de shôka d'abord. Le slogan du gouvernement Meiji était "sortir de l'Asie, entrer en Europe", et le projet de shôka en faisait une partie importante pour changer la sensibilité japonaise. Cela ne veut pas dire que ces mélodies sont franchement occidentales, mais elles montrent les efforts de l'émulation. Il faut connaître un minimum de shôka et de dôyô pour comprendre la sensibilité des Japonais modernes. (Les Japonais confondent très souvent ces deux genres. Ils croient que le shôka et le dôyô veulent dire la même chose, mais ce sont des catégories historiquement distinctes l'une de l'autre.)
 Vous pouvez probablement constater que, si certains Japonais montrent l'allergie à être confondus avec les Chinois, cela concerne souvent la sensibilité musicale. Ils crient: "C'est une mélodie chinoise, ça n'a rien de japonais!" C'est qu'on donne l'éducation musicale à l'école toujours avec le shôka, qui porte la trace de la modernisation de l'ère Meiji. Même à présent, Kim Jong-Il donne beaucoup d'importance à la politique musicale, et les Japonais d'avant-guerre étaient un peu comme les Nord-Coréens actuels. C'est peut-être la particularité de l'Asie de l'Est.
 La première tentative pour émuler la musique européenne était "Hana (Fleur)" (1900) de TAKI Rentarô (1879-1903). Ce n'est pas un shôka proprement dit, vu que cette chanson n'a pas été composée pour enfants, mais elle est maintenant considérée comme un morceau qui représente le genre. D'ailleurs, Taki a composé beaucoup de shôka pendant sa vie trop courte.
 Les arrangements sont trop bizarres, mais je ne peux trouver mieux :(



花/滝廉太郎/無伴奏女声三部合唱
Sur le fleuve Sumida dans la douceur du printemps,
Montent et descendent les bateliers.
Même les gouttes d'eau tombent comme les pétales de leurs rames.
A quoi doit-on comparer le cours d'eau?
 "Utsukushiki tennen (La Belle Nature)" est la première valse composée au Japon (1905). L'interprétation est de Soul Flower Mononoke Summit, un des mes groupes favorits. La mélodie est plutôt connue comme la musique de cirque maintenant.



美しき天然

 "Sôshunfu (Début de printemps)" (1913). L'image est tirée d'une émission de NHK "Minna-no uta" (Chansons pour tous). Le dessin est de HAYASHI Seiichi (Sékishoku Elégie, L'Elégie rouge).


早春賦
C'est le printemps sur le calendrier, mais le vent est froid.
Bien que le rossignol uguisu dans la vallée veuille bien chanter,
Il reste muet en se disant que ce n'est pas encore le temps.
 "Oboro-dzukiyo (Soir à la lune vague)" (1914). La chanteuse ISHIKAWA Sayuri dit que c'est un dôyô. Bon exemple de confusion, mais le problème est qu'elle n'est pas bête.


日本の情景・春 朧月夜 石川さゆり 1993年 Ishikawa Sayuri
Le crépuscule s'assombrit sur le champ de colza.
La brume est dense partout sur les cimes de la colline.
Je vois le ciel où la bise printanière souffle,
Et trouve la lune de soir qui brille légèrement.
 "Fuyu-géshiki (Paysage d'hiver)" (1913). L'interprétation est comme il faut, mais pas plus. Une bonne partie de shôka est appelée "monbushô-shôka", shôka du ministère de l'éducation nationale. Et souvent ni le parolier ni le compositeur ne sont identifiés. Cette chanson en est un exemple.



冬景色
Au port où le brouillard léger disparâit,
Le givre matinal est blanc sur le bateau.
On n'entend que le chant d'oiseaux de mer,
Et la maison au bord ne se réveille pas encore.
"Umi (La mer)" (1913). Un autre monbushô-shôka. Ne tenez pas compte de l'image inexistante. Je préfère toujours les chœurs de jeunes filles pour ce genre de shôka.




Là au loin où le bois des pins disparaît,
On voit une voile blanche qui flotte.
Les filets sont hauts, séchés au bord de mer,
Les mouettes sont basses, volant à fleur des vagues.
Regarde la mer sous le soleil.

 "Hamabé-no uta (Chanson de la plage)" (1918). L'enregistrement est de 1941, chanté par Li Xianglan (Ri Kôran). Li Xianglan était le pseudonyme de YAMAGUCHI Yoshiko, Japonaise née en Chine. Li Xianglan était une grande star en Chine pendant la Deuxième Guerre mondiale. Elle se faisait passer pour une vraie Chinoise de peur de décevoir les Chinois et les Japonais. Accusée de trahison contre l'Etat de Chine, elle a avoué qu'elle était japonaise et en a été acquittée. Faisant son mea culpa, elle a été élue sénatrice socialiste. Elle a joué dans les films de Samuel Fuller sous le nom de Shirley Yamaguchi. Née en 1920, elle est toujours vivante. C'est un grand personnage respectable malgré son passé ambigu.


浜辺の歌 李 香蘭
J'erre sur la plage le matin,
Et je me souviens d'autrefois.
Le vent, le bruit, la forme de nuages.
Les vagues qui s'abordent, la couleur de coquillages.
 Elle chante 風よ音よ (kazé-yo oto-yo, le vent, le bruit) fidèlement à la parole originale, mais le sous-titre est 風の音よ (kazé-no oto-yo, le bruit du vent), plus compréhensible en effet, mais qui ne respecte pas l'auteur. Il est vrai que tous les Japonais chantent kazé-no oto-yo à présent, mais cela veut dire que ce peuple ne respecte pas leur patrimoine culturel.

 "Yashi-no mi (Noix de coco)" (1936). La parole est de SHIMAZAKI Tôson (1901), mais le gouvernement au temps de guerre en a fait une chanson particulièrement ambiguë, sous la politique de l'expansion vers l'Asie du Sud-Est.
 La chanteuse s'appelle UA. C'est une bonne chanteuse.



UA ううあ やしのみ 椰子の実

 Pas mal de parents et de profs veulent désormais que ces chansons shôka n'apparaissent plus dans le manuel scolaire, parce que les paroles sont trop difficiles pour les enfants selon eux. Il y a quelques mois, une petite fille de douze ans a écrit au journal Asahi Shinbun, pour dire qu'elle voulait bien apprendre les mots difficiles par ces belles chansons... Bien que ce ne soit que des produits de la politique musicale du gouvernement impérial d'avant-guerre, je pense qu'il faut transmettre ce patrimoine culturel à nos enfants.

dimanche 7 décembre 2008

Momoyama Harué

 La musicienne chanteuse MOMOYAMA Harué 桃山晴衣 est morte à l'âge de 69 ans le 5 décembre. Joueuse de shamisen, elle est surtout connue pour son album de 1981 "Ryôjinhishô" 梁塵秘抄, qui fait ressusciter les paroles des chansons populaires du 12e siècle, purement considérées comme des œuvres littéraires jusque là, avec la musique originale, composée selon l'hypothèse de la musique pan-orientale, qui traverse la bande géographique qui passe des pays maghrébins jusqu'au Japon.

 Elle a également su donner le nouveau souffle à d'autres chansons populaires du Japon. Elle a joué avec beaucoup de musiciens orientaux, notamment avec le joueur de oud égyptien Hamza El Din. Elle a fait la musique de La Tempête, mise en scène par Peter Brooke. Elle a écrit des livres sur la musique traditionnelle japonaise. Son mari est TSUCHITORI Toshiyuki, le percussionniste.

 Ryôjinhishô est le recueil des poèmes anonymes édité par Goshirakawa jôkô vers 1180. La plupart des paroles sont d'inspiration bouddhiste, mais elles ne sont nullement dogmatiques, car elles relèvent de la foi plus ou moins naïve du peuple. Le recueil contient également des poèmes érotiques. Malheureusement, la plupart des poèmes ont disparu. Complètement oublié pendant plusieurs siècles, le recueil a été redécouvert à l'aube du 20e siècle par le poète SASAKI Nobutsuna, également connu comme le savant qui a établi l'édition critique de Man'yôshû. Tout en étant jôkô ("empereur en retraite") à la fin de l'aristocratie à l'ère de l'avènement des samouraïs, Goshirakawa était follement amoureux des chansons populaires de l'époque. Il y a plusieurs empereurs qui ont laissé des œuvres littéraires, mais il est tout à fait exceptionnel pour son amour de la musique populaire.
 Le recueil contient également des notices musicales, mais elles sont difficilement déchiffrables, car la tradition est complètement perdue. Personne n'a osé mettre ces poèmes en musique à cause de cela, mais Momoyama l'a fait avec sa musique originale. Profanation des œuvres médiévales? Mais non. Car les mots les plus connus de Ryôjinhishô sont ainsi:
遊びをせむとや生まれけむ Peut-être est-on né pour jouer.
戯れせむとや生まれけむ Peut-être est-on né pour s'amuser.
 Ce premier vers 遊びをせむとや生まれけむ (Asobi-o sé-n-to-ya umaré-ken) était le titre original de l'album de Momoyama. Ces deux lignes sont bien ma citation favorite de la littérature japonaise :-)

lundi 13 octobre 2008

Musique traditionnelle et populaire du nord du Japon


 Je crois que ce sont des musiciens amateurs, mais leur interprétation est très bien. Le titre de la chanson est 'Yosaré-bushi'. 'Fushi (bushi)' veut dire l'air, la mélodie. Ce 'bushi', altération phonétique de fushi (plus précisément de pushi en ancien japonais), n'a rien à voire avec le guerrier.


 'Jongara-bushi' est l'air le plus connu de ma région de Tsugaru (ancien nom d'Aomori). Le sens des mots yosaré et jongara m'est inconnu. La chanteuse (ISHIKAWA Sayuri) est très connue, mais ce n'est pas une chanteuse du min'yô (chant traditionnel et populaire, souvent de labeur). Son interprétation n'est pas sublime, mais largement passable. (C'est une bonne chanteuse dans un autre registre.)


 L'enregistement doit dater des années 80. Ce chanteur ITO Takio est un innovateur du genre, qui fait un mélange du min'yô avec le jazz, mais malheureusement son aventure reste plus ou moins orpheline. La chanson s'appelle 'Sôran-bushi' (chanson de pêcheurs d'Hokkaïdô). Une fois de plus, je ne connais pas la signification du mot Sôran. Je ai vu ce chanteur en scène le mois dernier.
 Et voici son image récente, un peu tristounette à vrai dire, mais la musique est excellente. Le titre du morceau est 'Akita ondo'. Akita est une région à côté d'Aomori que j'habite. Si 'fushi (bushi)' veut dire plutôt la mélodie, 'ondo' est la musique pour danse.


 Et ceci est une version traditionnelle (et touristique). Dans les années 80, pas mal de Japonais ont pensé à Akita ondo en découvrant le rap...


A l'ère Meiji, le gouvernement a fait censurer la parole de ces chansons. Il pensait que le texte vulgaire, voire obscène, pour ainsi dire 'gaulois', devait choquer les Occidentaux. Donc, la parole actuelle, qui n'est que touristique, ne veut presque plus rien dire. Les mots originaux, transmis par la tradition orale, sont difficiles à reconstituer. Et même maintenant, quand ces musiciens donnent le concert en France, ils présentent souvent la version 'sophistiquée' pour le public occidental. (Cliquez ici pour voir un exemple.) Je me demande pourquoi. La France est un objet de fantasme pour les Japonais, qui n'ont jamais entendu parler des gauloiseries.
J'ai entendu à la radio André Manoukian dire que le français est la langue la moins appropriée à la musique au monde avec le japonais. Je crois qu'il a seulement répété ce qu'il avait entendu ailleurs, mais je suis sûr qu'il n'a jamais écouté le min'yô. Comme il ne peut avoir la merde dans ses oreilles, il doit savoir apprécier cette musique.

vendredi 29 août 2008

Chanteuses japonaises

 Pendant mon séjour en France, j'idéalisais un peu dans ma tête l'image de TOGAWA Jun, chanteuse actrice qui a créé le type des filles japonaises style New Wave. C'est pratiquement depuis mon retour au Japon que j'ai commencé à surfer sur Internet, et j'ai été choqué par le kitch de des chansons de cette chanteuse des années 80 sur YouTube. L'exception est le duo excellent Guernica (Officiellement le trio, car le parolier faisait partie du groupe tout comme King Crimson.) Malgré toutes les différences, elle est une sorte de Catherine Ringer japonaise comme statut. Je ne sais trop comment cette fille excentrique a pu se faire connaître au Japon. Les années 80, c'était un peu différent. Elle est un peu le fantasme de ma génération. Curieusement, c'est sa soeur cadette, également chanteuse actrice, dont on disait souvent "C'est la soeur de Togawa Jun, mais elle est normale!" qui s'est suicidée, mais pas cette fille qui a l'air d'être tout le temps sur le point de craquer. Elle vient de sortir un best of. Elle ne s'est pas calmée.
 Le pianiste UENO Kôji fait la musique de cinéma actuellement. Il est beaucoup plus doué que Joe Hisaïshi, mais il se contente d'être un génie incompris.











 PHEW est une chanteuse qui n'est pas connue au public, mais elle chante depuis trente ans. Son groupe Aunt Sally partageait la même ambiance post-punk avec Joy Division à l'envers de la terre.






 Son premier single en solo en 1980.





Malheureusement, je ne peux trouver ses chansons plus récentes avec image sur YouTube. Elle ne s'est pas calmée non plus.

 KOJIMA Mayumi a commencé en 1996. J'adore cette chanteuse, mais je ne trouve pas grand'chose sur la Toile. Je ne sais pourquoi elle n'a jamais eu de succès commercial.






 Je ne connais pas la nouvelle génération, mais j'aime bien cette chanteuse KOIKE Mitsuko du groupe Beautiful Humming Bird. Ici, le groupe World Standard qui l'accompage n'est pas du tout de la nouvelle génération. Elle est un peu trop jeune fille modèle à mon goût.






 Peut-être qu'aiko est actuellement la meilleure chanteuse des variétés commerciales qui se vendent beaucoup. Ah non, je ne suis pas tellement ironique que ça... D'ailleurs, ce n'est pas comme certains chanteurs et chanteuse des variétés françaises qui se limitent à deux ou trois accords ;-p Il y a bien une différence évidente entre Kojima Mayumi et elle, et c'est probablement ce qui fait vendre.





mardi 26 août 2008

Musique du bon vieux underground japonais






HAÏNO Keiji est un chanteur guitariste phare de la scène underground depuis les années 1970. Il a joué avec pas mal de musiciens étrangers.






Là, il chante, accompagné de YAMAJI Kazuhidé.






Chanteur folk d'Aomori, MIKAMI Kan. Il continue depuis le début des années 1970. Il accompagne la récitation de TAKAGI Kyôzô.






La chanson la plus connue de Mikami, qui est une reprise d'un tube avec sa parole originale. NHK a censuré le passage qui parlait de la masturbation et celui où il traitait d'ISHIHARA Shintarô, le gouverneur actuel de Tôkyô de voyou (la chanson est des années 1970). Mais pourquoi ne nous laisse-t-on pas nous concentrer à la chanson sans interruption?






(La musique est de 1:28 à 4:31.)
Totsuzen Danball, alias les frères Tsutaki, le groupe japonais que je scrobble le plus souvent sur Last.fm a fait une apparition surprise dans une émission consacrée aux musiciens amateurs au début 1990 (une émission d'audition). Le présentateur dit à la fin du morceau qu'il y avait des téléspectateurs qui appelaient que c'était un groupe professionnel (c'était en direct), mais Tsutaki Eiichi, le percussionniste, a répondu qu'ils n'étaient pas tellement pro, car ils n'ont jamais beaucoup gagné. Ils ont commencé en 1977 (premier disque en 1980). Ils ont enregistré des albums avec le saxophoniste Lol Coxhill ou le guitariste Fred Frith.






Totsuzen Danball en 1981.






Le batteur Eiichi est mort de crise cardiaque, mais son frère guitariste Shunji continue tout seul. J'adore la choré.






Friction est un autre groupe qui représentait la scène new wave de Tokyo fin 1970 avec Totsuzen Danball. C'est un très bon groupe, mais ils n'ont sorti que trois ou quatre albums depuis trente ans. Le bassiste chanteur Reck (Friction, c'est lui) faisait momentamément partie de Teen Age Jesus and Jerks de Lydia Lunch et James Chance and the Contorsions avant de former Friction.






Un autre morceau de Friction. L'enregistrement de ces deux clips est récent.

jeudi 5 juin 2008

Anti-Jap Rap

Ces jours-ci, pas mal de Japonais ont peur de l'expansion économique de leurs voisins chinois. Ces gens raisonnent de cette façon. "Les Occidentaux sont chrétiens. (Hein?) Nous autres Japonais, nous avons notre religion bouddhiste et shintoïste. (Ah bon?) Mais les Chinois n'ont aucune éthique religieuse." C'est une idiotie absolue, d'autant que les Japonais eux-mêmes étaient qualifiés d'"economic animals" par leurs meilleurs copains, les Américains, dans les années 80.
Je déteste ces "paysans parvenus" du fond du coeur, donc je traduis la parole d'"Anti-Jap Rap", écrite dans les années 1970 par des terroristes "rouges". Le titre original est "Notre départ". L'auteur est le Groupe FK du Front Anti-Japon de l'Asie de l'Est, connu pour avoir perpétré l'attentat terroriste contre Mitsubishi Heavy Industries, qui a fait huit morts en 1974. Mitsubishi est considéré comme le centre de l'impérialisme japonais. (Ce n'est pas le même groupe que la fameuse Armée rouge japonaise.)

Notre départ

Adieu le Japon
Mon pays maudit
Je romps le gros cordon ombilical
Qui nous lie
Je te refuse l'assujettissement spirituel
Je te restitue l'assimilation culturelle
Je fuis ton champ magnétique idéologique
Je déchire ta malédiction ethnique
Je te nie l'appartenance étatique
Je me dévêtis même de l'embrouillement de la classe
Je pars en voyage en appelant mes amis

Adieu le Japon
Mon pays arrogant
Tu parcours toute la terre
Pour dérober la richesse du monde
Et tu étends tes membres pour saccage et exploitation
Allez, que tu sois fier
De ta renaissance miraculeuse et de ton développement économique
Que tu te vantes bien
Du système hiérarchique qui se trouve au sommet du monde
Je te défie d'entendre
Le cri des opprimés
Je te défie d'entendre
Le cri des démunis
Je te défie d'entendre
Le cri des affamés
Je te défie d'entendre
Le cri des gens abattus
Je te défie d'entendre
Le cri des fantômes errants
Je te défie d'entendre
Le cri de la terre déchirée

Adieu le Japon
Que tu sois ruiné
Le Japon de l'empereur conquérant
Construit avec la chair et les os des autochtones conquis
Dans la mer du sang des autochtones conquis
Je pars en voyage avec mes amis
Pour que je t'anéantisse
Pour te faire disparaître de la terre à jamais
Nous partons au voyage de la victoire
Sur la longue route de la révolution mondiale
Les armes de la fureur à la main
Les poèmes armant notre coeur
Réunissez-vous
Mes amis
Pour le départ de notre voyage contre le Japon

Je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qui est dit dans ce poème un peu simpliste. Il y a une distanciation dans la musique du groupe A-Musik (lien au blog précédent), qui n'empêche pas de m'émouvoir.

A-Musik, groupe de jazz rock japonais

A-Musik est un groupe de jazz rock japonais, clairement positionné à gauche, comme Henry Cow et Art Bears. Le leader s'appelle TAKEDA Ken'ichi. Il joue du taïshô-goto, instrument à cordes, qui est généralement considéré comme un hobby des vieux. (Leur site officiel) Ceci est le taïsho-goto.

Dans la lignée de Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, ce groupe interprète les chansons des peuples du monde. Ils sont toujours en activité, mais ils n'ont laissé qu'un seul album E ku iroju (1985). J'ai bien le vynyl que j'ai acheté à la sortie, et je suis trop content de découvrir ce site. Photo de la pochette.
Si vous cliquez sur ce lien, vous verrez cette image, et ensuite reconduit à la photo de la pochette de derrière avec les titres de chansons cliquables (les titres sont écrits en lettres latines). Vous pouvez écouter tous les morceaux contenus dans cet album. Vous verrez les cases RealAudio Stream, MP3 Download, Wave Data dans la fenêtre pop-up, mais malheureusement le lien Download ne déclenche que le streaming sur Firefox (Avec IE, ça marche apparemment). (Je les ai tous téléchargés avec DAP. Sur la pochette originale, c'est bien marqué "Il est vivement conseillé de copier ces enregistrements sans autorisation".)
J'ajoute les liens (Real Player) de mes morceaux favoris pour ceux qui risquent de se perdre dans le site japonais. (Ca ne marche pas non plus avec Firefox apparemment... :-( IE conseillé.)
El Pueblo Unido Jamas Sera Vincido (chanson de la résistance chilienne)
Anti-Jap Rap (parole d'un groupe terroriste "Front Anti-Japon de l'Asie de l'Est")
Vous pouvez également écouter d'autres morceaux inédits sur leur site officiel, mais les titres ne sont écrits qu'en japonais, malheureusement pour ceux qui ne parlent pas cette langue.
Je ne peux te voir aujourd'hui (chanson de la résistance polonaise)
Londonderry (chanson pas connue de Julien Clerc :-o)

dimanche 27 avril 2008

Smoke on the water au shamisen





Cette interprétation a été diffusée il y a tout juste un an dans une émission de dimanche matin "Concert sans titre", qui dure depuis 1964. Le clip est uploadé au mois de janvier 2008.
Le style s'appelle Tokiwadzu, un genre du jôruri, conte chanté. L'histoire du jôruri est parfois illustrée par les marionettes. (Le film Dolls de Kitano Takéshi est inspirée du jôruri aux marionettes, autrement appelé bunraku.)
Le titre de la chanson est changé en "Ô-Édo-no hikéshi", Sapeurs du grand Édo. Cela parle d'un incendie sur le lac Biwa, le plus grand lac au Japon. Les sapeurs d'Édo qui passaient au lac Biwa comme des touristes en vacances éteignent le feu. Comme il s'agit d'une parodie, la parole ne veut pas dire grand'chose.

We Will Rock You





Un peu moins bien que Smoke on the Water, mais bon. L'intérêt principal de cette interprétation est qu'ils ont inséré un passage du jôruri, Masakado (c'est le titre), le rebelle du 10e siècle qui s'est autoproclamé le nouvel empereur. En effet, c'est un personnage assez rock'n'roll dans l'histoire du Japon. Je n'ai pas pu trouver Jailhouse Rock, qui a été joué dans la même émission.