Ca doit être maman qui fait ce bruit en faisant pipi debout.
Papa est rentré, tout couvert d’écailles,
En sortant du brouillard.
C’est une bonne pêche!
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jeudi 20 mars 2008
L'aube (poème de Takagi Kyôzô)
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La tempête de neige (poème de Takagi Kyôzô)
Allez faire dodo tout de suite!
Eh!
Ca, c'est le hurlement du loup blanc
Qui court dans les parages.
Mamie et papy morts vous guettent
Du coin du grenier.
Les enfants,
Allez faire dodo tout de suite!
***
C'est une particularité étrange de ma région: Les berceuses font peur aux enfants. Ce court poème et son ton puisent l'inspiration de cette tradition populaire.
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mercredi 19 mars 2008
Quatre poèmes de Takagi Kyôzô
(Cliquez sur le titre pour écouter la récitation. Le site est MySpace.)
Calendrier noir de suie (Susukeda koyomi)
Le jour où est partie ma soeur, mariée,
Les fruits de l’éléagnus étaient tout rouges dans le jardin,
Et le jour où est partie maman, morte,
La neige humide tombait, me semble-t-il.
Le moment où est parti papa, mort,
Etait le temps où le gel fondait sur le toit,
Et le soir où je suis parti de chez moi,
Il y avait feux d’artifice du kermesse au ciel.
***
Eléagnus
☆☆☆
Cette pluie froide tout prête à changer en neige, et cet épi maigre.
Néanmoins, je dois battre le bidon pour chasser les moineaux piaillards.
Il paraît que la mer s’agite, une volée de mouettes vient criailler.
Papa, au visage étourdi, ne fait que relire les lettres de sa fille partie à la filature,
Maman veut encore cuire les bouts de patates ramassés au champ, mais il n'y a pas suffisamment de feu dans le foyer qui fume,
Et il n’y a plus d’allumettes.
La fumée s’étend dans toute la maison et le bébé crie à tue-tête, ce sera une soirée chiante encore une fois...
***
Tu vois que la mer s'agite,
On dit que la pêche est maigre.
Mais maman où est-elle partie?
Le bébé pleure dans le séjour.
Pourquoi ne pas allumer la lampe?
Caillou (Ishiko)
Esprit tordu,
Caillou qui se tait même écrasé.
Si je restais silencieux, ne serais-je pas caillou un jour?
Une vie dans l'égout qui ferait pulluler les vers.
N'y a-t-il personne pour me jetter là-haut vers le ciel?
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vendredi 14 mars 2008
Drapeau contre le vent (poème de TAKAGI Kyôzô)

Drapeau battant au bout du mât,
C'est l'heure de quitte ma ville natale.
Le vent fondant la neige se fait froid à mes oreilles,
Les branches nues de la saule pleureuse tremblotent sur la rive.
Ah! là-bas, il n'y a pas une ombre pour me souhaiter bon voyage,
Et le toit du temple brille au loin.
Ah! la ville où je suis né!
Ceci est un berceau désormais trop petit pour moi.
Regarde la face de cette ville glaciale.
Elle ricane telle une marâtre.
Ah! j'aimerais tout rejeter mais...
Drapeau flottant!
J'ai un je ne sais quel ressentiment
Qui couperait mon doigt.
Le sifflet a sonné.
Maintenant, tout est fini.
La proue tourne pour montrer sa poupe à ma ville.
Fort est le vent une fois au large.
Ah! drapeau battant,
Déchire-toi et envole-toi
Vers la mer criante!
***
Poète sur le point de quitter la ville d'Aomori.
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mardi 11 mars 2008
Village sans soleil (poème de TAKAGI Kyôzô)

Village sans soleil - A Horodzuki, péninsule de Tsugaru
Est-ce que le soleil a brillé
Une seule fois sur ce village ?
Les assises de la maison sont toutes rongées par les bestioles
Et il paraît qu'elle s'incline vers la mer, l'arrière écrasé par la haute montagne écrasante.
Regarde
Le mont Madsumé là-bas sous le soleil.
Est-ce que cette belle lumière a éclairé
Une seule fois notre village?
Tout le monde sent la pauvreté.
Leur corps sent le poisson.
Les jeunes se sont tous enfuis d'ici.
Il ne pullule que des pépés et mémés dont on dirait que ce sont les algues qui poussent à leurs têtes.
Ah! nos fils qui sautaient dans la mer comme les dauphins,
Où sont-ils passés?
Tout ce qui est rejeté dans la rue est les coquilles d'autrefois.
Un seul arbre pousserait-il si les arêtes de poisson pourrissaient?
Il ne traîne que le brouillard matin et jour,
Et la nuit, les morts sanglotent au large.
Aomori est la région la plus pauvre du Japon, et le revenu moyen n'est que la moitié de Tokyo même maintenant. J'habite dans une grande ville, mais les petits villages au nord de la péninsule de Tsugaru comme Horodzuki sont complètement privés d'agréments modernes. Le mont Madzumé (Matsumaé) se trouve à l'île de Hokkaïdô, plus riche qu'Aomori. Le poème date de 1931, mais presque rien a changé.
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Ce ne sont pas des haïkus
咳をしてもひとりHôsaï était un alcoolo solitaire qui souffrait de tuberculose.
Même si je tousse, je suis seul.
Séki-o shi-té-mo hitori. (9 syllabes)
Emu par ce haïku, Tanéda Santôka (1882-1940), l'autre représentant de ce courant du haïku libre, répliqua à Hôsaï.
からすないて私もひとりLe premier est beaucoup mieux que le second sans conteste, mais cela ne veut pas forcément dire que Hôsaï soit un meilleur poète que Santôka, poète vagabond, beaucoup plus ouvert que Hôsaï, ermite à la fin de sa vie.
Corbeau croasse et moi aussi, je suis seul.
Karasu naï-té watashi-mo hitori. (13 syllabes)
La poésie japonaise a connu un renouveau moderniste presque en même temps que ces deux haïjin (poète de haïku). Même si la poésie moderniste ressemble au haïku, il faut que vous compreniez qu'elle soit indépendante du renouveau du haïku, mouvement solitaire qui n'a pas eu de portée culturelle auprès des poètes contemporains. Par contre, ce modernisme japonais était une réponse de l'Extrême-Orient aux poètes occidentaux comme les futuristes et les imagistes.
Le poème moderniste le plus connu est d'Anzaï Fuyué (1898-1965).
春 Le printempsLa grande différence avec le haïku est que la poésie moderniste a un titre, "Le printemps" pour celle-ci. Le détroit de Tartarie se situe entre l'île de Sakhaline et le continent.
Haru
てふてふが一匹韃靼海峡を渡っていつた。
Un papillon traversait le détroit de Tartarie.
Chôchô-ga ip-piki Dattan-kaïkyô-o watat-té it-ta.
Kitagawa Fuyuhiko (1900-1990), ami d'Anzaï, était doué pour ce genre de poèmes courts. Ces deux habitaient la Chine à l'époque. Je cite son poème le plus connu.
馬 Le ChevalCe poème énigmatique a suscité beaucoup de discussions, mais il ne s'agit pas de métaphore ici. Le poète se trouvait sur la colline au bord de la mer, et il contemplait le port militaire. Là, un cheval apparut, et il entrava sa vue.
Uma
軍港を内蔵している。
Contient le port militaire.
Gunkô-o naïzô-shi-té-iru.
Takahashi Shinkichi (1901-1987) fut le premier poète dadaïste au Japon. C'est le seul poète au monde qui ait pratiqué le dadaïsme bouddhique autant que je connaisse.
るす L'absenceJe cite le poète de ma ville Takagi Kyôzô (1903-1987) pour finir. Takagi sensei commença à écrire des poèmes sous l'influence du modernisme, mais il s'est fait connaître par Marmelo (Coing), le premier recueil de poèmes écrits en patois.
Rusu
留守と言へ
ここには誰も居らぬと言へ
五億年経つたら帰つて来る
Dis qu'on est absent
Dis qu'il n'y a personne ici
Je reviendrai dans cinq cent millions d'années.
Rusu-to ié / Koko-ni-wa daré-mo ora-nu-to ié / Go-oku-nen tat-tara kaét-té kuru
百姓 Le paysanL'oeuvre de Takagi continue à inspirer les poètes des provinces japonaises qui souffrent toujours de la centralisation excessive.
Hyakushô
吾の鼻穴がら
蝗コアはねだでばせ
Tu vois,
La sauterelle est sortie de ma narine.
Wa-no hanaana-gara / Torabo-koa hané-da débasé
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samedi 8 mars 2008
Japonais fous d'Obama
Déjà, cette indifférence politique presque cynique ne peut être quelque chose de bien. Et puis, je ne crois pas du tout qu'ils feraient la même chose, si une ville japonaise avait le même nom qu'un candidat caucasien à la présidentielle américaine. Ils croient montrer la sympathie à l'égard de Barack Obama, mais au fond d'eux, ils ont un mépris racial, bien qu'inconscient. Les Japonais étaient fiers d'être "blancs d'honneur" sous l'apartheid sud-africain. Ils montrent seulement le manque de ce fameux respect japonais, pourtant habituel à eux, à l'égard d'Obama. C'est un pays où un journaliste qui présente une émission politique depuis plus de vingt ans ose prononcer au petit écran: "Je ne dois pas le dire, mais Obama est noir." Oui, tu ne dois pas le dire, car j'ai honte qu'un beauf franchouillard à la sauce de soja soit un journaliste reconnu de mon pays. Vous vous demandez peut-être: "Comment ça? Les Japonais n'ont pas la solidarité des gens de couleur?" Mais non. Depuis que Fukuzawa Yukichi, le penseur fondateur de l'idéologie du Japon moderne, a dit qu'il fallait que le Japon soit un pays européen et qu'il sorte de l'Asie, les Japonais véritablement schizophrènes se prennent pour Occidentaux. Je dois dire que ce n'est pas quelque chose de ridicule en soi, et ce fondement idéologique n'est pas loin de la latinisation de Kemal Pacha pour les Turcs. Le journal Marianne s'est moqué une fois de Bolkestein qui a déclaré qu'il était contre la permission d'entrée du Japon à l'UE, tout en s'abstenant de prononcer sur le problème turc, mais c'est une question sérieuse pour certains Japonais.
Je dois ajouter que ce qu'a dit Fukuzawa n'était pas vraiment stupide. Dans les circonstances historiques où il vivait, il a jugé que l'Europe était un continent des pays indépendants, et l'Asie leurs colonnies. S'il a dit qu'il fallait que le Japon soit un pays européen, cela voulait dire qu'il devait garder son indépendance, et sa pensée a bien eu une utilité historique dans la situation urgente juste après l'ouverture des frontières du pays. Mais maintenant, les soi-disant héritiers de la pensée de Fukuzawa ne comprennent plus ce que le penseur voulait dire, tout comme les islamistes qui insistent à comprendre le Coran à la lettre, voire à leur façon arbitraire.
Personne n'est conscient de ce racisme subreptice des Japonais envers la personne d'Obama, même ces journalistes américains et européens qui viennent parler de la fièvre de la ville d'Obama, qui se moquent à leur tour, consciemment ou non, de la niaiserie des Japonais, fous d'Obama, mais qui ne comprennent rien du tout à la politique.
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mardi 4 mars 2008
Fleurs de colza
Contrairement à Bashô qui avait une grande notoriété déjà dans sa vie, Buson était considéré comme un haïjin de second rang jusqu'à ce qu'il ait été redécouvert par Masaoka Shiki (1867-1902). Selon Sakutarô, les haïkus de Buson font penser à la peinture occidentale pleine de couleurs vives, alors que ceux de Bashô sont d'encre de chine. Comment qualifie-t-on généralement les haïkus de Buson? Sakutarô fait le bilan.
- Les haïkus de Buson sont réalistes et impressionistes à la fois.
- Buson est plus technique que Bashô inspiré.
- Bashô est un poète de la vie, alors que Buson est un poète du paysage.
- Bashô est un haïjin subjectif, alors que Buson est un haïjin objectif.
Pour ma part, je vais tenter l'analyse phonétique d'un haïku de Buson, comme j'ai déjà fait avec le haïku de Shiki sur le kaki du temple Hôryûji.
Fleurs de colza. La lune est à l'est, le soleil à l'ouest.Nanohana (fleurs de colza); ya (particule de césure qui montre l'émotion: ah!); tsuki (la lune); wa (particule pour l'opposition dans ce cas); higashi (l'est); ni (particule du locatif); hi (le soleil); nishi (l'ouest).
菜の花や 月は東に 日は西に
Nanohana-ya tsuki-wa higashi-ni hi-wa nishi-ni
On imagine la scène ainsi. Le poète se promène dans la campagne un peu montagnarde. Mais un champ vaste de colza appraît soudain devant ses yeux. L'heure est crépuscule. Il regarde la lune et puis le soleil couchant. On doit imaginer le mouvement de son regard. Une sorte de travelling: un peu en bas juste devant ses yeux, un peu en haut et à droite, et puis à gauche. La couleur dominante est le jaune assombri par le crépuscule.
Buson commence ce haïku par la voyelle claire a: nanohanaya. 4 sur 5 voyelles sont le a. Cette voyelle évoque la lumière restante, douce et printanière. Mais la répartition des voyelles des sept syllabes prochaines est ainsi: 2 a, 4 i et 1 u. La voyelle i croissante annonce le coucher du soleil. Cette voyelle sombre occupe 4 syllabes sur 5 pour la troisième partie.
Ainsi, ce haïku décrit-il phonétiquement la gradation du coucher du soleil et sa couleur changeante.
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samedi 1 mars 2008
Quelques mots japonais mal traduits
Certains reprochent l'ambiguïté des Japonais, en disant que leur "oui" ne veut jamais dire "oui". Ce reproche est injuste parce que c'est la traduction qui est mauvaise. La faute appartient à la personne qui a fait répandre cette traduction. Le mot japonais "haï" est une réponse qui veut dire "J'ai bien entendu ce que tu m'as dit". Il est vrai que les Japonais pseudo-francophones traduisent tout simplement "haï" dans leur tête par le mot oui, ce qui engendre la confusion.
Tu demandes à un Japonais "Tu peux me prêter un peu d'argent?", et il te répond par un "oui". Cela ne veut pas dire qu'il te prête l'argent. Il te répondrait "Je t'écoute", s'il était conscient de ce problème de traduction.
Sayônara ne veut pas dire "Au revoir".
Déjà, ce n'est ni "Bonjour" ni "Salut".
L'emploi de ce mot est délicat. Dans les situations où une certaine formalité est exigée, ce mot veut dire "Au revoir" en effet. Mais si ta petite amie te dit Sayônara, cela veut dire "Adieu, c'est fini entre nous". Mais on ne peut pas généraliser, car ça dépend des personnes au fond. En tout cas, si quelqu'un utilise ce mot pour la personne qu'il connaît très bien intimement, il y a souvent une nuance de plaisanterie (ou bien une sorte de gêne). Pour dire "Au revoir" en japonais, "Sorédéwa mata" (A la prochaine fois) est préférable.
Konnichiwa n'est pas un mot passe-partout.
D'abord, il faut utiliser Ohayô (gozaïmasu) dès le réveil jusqu'à midi, et Konban'wa dès le coucher du soleil jusqu'à l'heure du sommeil. Donc, on ne dit pas Ohayô à une heure du matin, mais on dit Konban'wa. Mais même pendant la journée où le mot Konnichiwa est censé être utilisé comme une salutation, on doit le prononcer avec précaution.
Il y a une certaine familiarité, gênante pour certains, dans cette salutation. Si tu veux adresser la parole à un Japonais dans la rue, lui dire Konnichiwa est plutôt malpoli. Si tu veux absolument lui parler japonais, tu lui dis "Sumimasen", qui veut dire "Excusez-moi, je vous demande pardon". Mais la meilleure façon par-dessus tout est de lui dire "bonjour" en français, si vous vous trouvez dans un pays où on parle français. Si vous êtes au Japon, vous dites "Sumimasen".
Le mot passe-partout en japonais est plutôt "Dômo", dont la signification est à peu près "Je ne sais que dire". Il peut remplacer bonjour, au revoir et merci. Mais malheureusement, il ne peut être utilisé comme un mot que tu adresses à un passant. Le mot recommandé dans ce cas est toujours "Sumimasen" (se-mi-ma-sé-n).
Itadakimasu ne veut pas dire "Bon appétit".
Ce mot veut dire "Je prends la chose que vous m'offrez avec humilité". La chose peut être un repas, mais elle peut être également une récompense à votre service. Ainsi, c'est les convives qui disent "Itadakimasu", mais jamais le serveur (ce serait absurde). Celui-ci peut dire aux invités "Dôzo méshiagaré", "Veuillez accepter de prendre ce repas".
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Libellés : Japonais
jeudi 21 février 2008
Kunio intraduisible
En 2003, treize personne ont été arrêtées à la ville de Shibushi dans le département de Kagoshima à l'extrême sud du Japon (Kyushu), pour l'achat des votes. Mais il s'est avéré que l'affaire avait été une pure fabrication de la police, qui avait mis en garde à vue certains suspects pendant plus d'un an! :-o
Cette affaire est connue de la façon bien singulière de l'"investigation" de la police de Kagoshima. Le flic a écrit sur une feuille des phrases comme "Papy, je veux que tu redevienne honnête" avec le nom du petit-fils du suspect par exemple. Le policier a pris les pieds de l'accusé à la main, et il lui a forcé d'écraser le papier. Les journalistes n'en parlent pas plus, mais je crois que ce geste voulait dire: "Vois ce que tu fais! Tu écrases les sentiments de ta famille!".
Pour mieux comprendre le caractère ignoble de cette affaire, il faut un peu connaître l'histoire de Japon. Au seizième siècle, les Portugais et les Espagnols ont divisé le monde en deux, et la ligne passait exactement sur l'île de Honshu. J'habite au nord-est du Japon, qui aurait été territoire virtuellement espagnol, mais le sud-ouest du pays appartenait aux Portugais. Vous pouvez facilement imaginer que les Espagnols ne sont jamais venus à ma région, car il aurait été difficile de venir au Japon en passant par l'Amérique. L'équipe de Magellan, portugais tout de même, a failli faire ce parcours, mais ils sont allés plutôt aux Philippines.
Par contre, l'île de Kyushu a été la région qui connaissait un bon nombre de visites des Portugais. C'est la seule région où certains nombres de Japonais ont été christianisés à l'époque. Mais dès le dix-septième siècle, le shogunat de Tokugawa a fermé les frontières du pays pour exclure les étrangers, et le christianisme a été interdit. Les saints du Japon sont ceux qui ont été martyrisés à cette période de l'histoire. Et pour prouver qu'ils n'étaient pas chrétiens, les habitants de cette région devaient écraser l'image de la sainte famille. Ceux qui n'y arrivaient pas ont été tués. Cette affaire de Shibushi a fait rappeler aux gens de la région cette histoire sanglante.
Et Kunio a dit par rapport à cette affaire: "A mon avis, il ne s'agit pas d'une fausse accusation pour l'affaire de Shibushi", ce qui a indigné les concernés. Forcément. Il a expliqué son propos. "Pour moi, une 'fausse accusation' est un cas où le concerné est faussement condamné. Dans cette affaire, ils n'ont pas été jugés coupables. Donc, ce n'est pas une 'fausse accusation' pour moi." D'accord. En fait, même si ce mot japonais enzaï est généralement traduit comme "fausse accusation" et que presque tous les Japonais comprennent le mot dans ce sens, il a donné sa version comme un légiste. C'est acceptable à la rigueur, même s'il oublie probablement que certains ont passé un an dans la prison sous le nom de garde à vue.
Mais dès le lendemain, il ajoute des choses pas du tout nécessaires. Il a dit: "Ce mot enzaï n'a pas de définition..." Mais qu'est-ce que c'est que ça? Alors, pourquoi a-t-il dit que l'affaire de Shibushi n'était pas un cas d'enzaï? Ca n'a aucun sens!
On lui a posé la question sur cette affaire au parlement, à laquelle il a répondu: "J'ai compris. Je n'utiliserai plus ce mot!" Tout comme un enfant. C'est dommage qu'on ne lui ait pas reposé cette question: "Alors comment faites-vous s'il y a vraiment affaire de fausse accusation?"
Et le plus grand parti d'opposition, le Parti Démocrate du Japon, ne lui demande pas sa démission. Est-ce parce que Kunio est le frère chéri de Hatoyama Yukio, un des chefs triangulaires de ce parti?
Article précédent: Kunio - internautes racistes au Japon
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Libellés : Politique
lundi 18 février 2008
Mais non! Le clou qui dépasse n'appelle pas le marteau au Japon, mais pas du tout!!!
C'est un Robert. Ca a l'air sérieux. Mais il n'y a pas d'explication.
J'ai trouvé un site qui parle de ce proverbe toujours japonais: "Le clou qui dépasse appelle le marteau". Explication: Un problème, une difficulté appelle une solution simple et radicale. Le site s'appelle Internaute Encyclopédie. Ca a l'air sérieux. Mais il me semble que l'explication n'est pas bonne.
Un prêtre français qui s'appelle André L'Héronet a écrit un livre intitulé Le Clou qui dépasse, qui parle de ses expériences au Japon. Je n'ai pas lu ce livre, mais peut-être ce religieux se trouvait-il dans la place du clou qui dépasse, quelqu'un d'exceptionnel qui n'est pas aimé au Japon. Ca a l'air sérieux. Et je peux imaginer la situation.
Mais ce n'est pas sérieux. Mais pas du tout. J'hal-lu-cine!!!
Il y a bien un proverbe japonais qui est écrit ainsi: 出る杭は打たれる. La transcription phonétique peut être "Déru kui-wa utaréru". Mais il y a pas mal de Japonais qui mémorisent ce proverbe à tort et à travers: 出る釘は打たれる. "Déru kugi-wa utaréru." La consonne g est une consonne nasale prononcée comme ng dans le mot anglais sing, et cette consonne faible risque la confusion dans certaines expressions, comme pour ce proverbe. Ce mot "kugi" veut dire le "clou", alors que le proverbe correcte dit "kui", le pieu. Et le clou n'est pas la même chose que le pieu.
L'explication du vrai proverbe est comme suit. Quelqu'un veut faire une haie, et il enfonce plusieurs pieux au sol. Mais il y en a un qui est plus haut que les autres. Donc il bat la tête de celui-ci afin qu'il soit à la même hauteur que les autres. Ce proverbe montre la mentalité des Japonais qui n'acceptent aucune exception. Par exemple, ils veulent plutôt l'absence, voire l'exclusion forcée, de génie exceptionnel, que de se voir gêner par la diversité. Les profs d'école "corrigent" les élèves exceptionnels pour qu'ils soient "normaux".
Vous vous dites peut-être: "Mais ça ne change rien. Avec la traduction 'Le clou qui dépasse appelle le marteau', je comprenais la même chose". Mais est-ce que c'est vrai? Quand on parle du clou, on n'imagine pas d'autres clous qui ont tous la même taille. Donc le mot doit être le pieu.
Je suis vraiment consterné de constater que ce faux proverbe est cité à plusieurs endroits. Il faut que les nipponophiles le sachent au moins. Le vrai proverbe japonais est "Le pieu plus haut que les autres sera enfoncé".
Article précédent: L'origine du mot yakuza
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Libellés : Japonais
vendredi 15 février 2008
L'origine du mot yakuza
C'est un jeu appelé oïchokabu qui ressemble au jeu de baccara. Le but est d'avoir neuf (ou dix-neuf) point, et dix ou vingt points égalent zéro point.
Le mot yakuza peut être divisé en trois éléments: ya, ku et sa (la transcription recommandée du mot reste néanmoins yakuza), qui impliquent respectivement 8, 9 et 3. Les débutants de la langue japonaise doivent y faire attention. A l'exception du vrai mot ku (ou kyu) qui est le chiffre 9, ya et sa ne sont pas des mots, mais des éléments composants.
Alors, pourquoi la suite 893 peut signifier un mafieux? Vous devez imaginer le jeu. Vous avez la carte 8 au début, ce qui n'est pas du tout une mauvaise main. (En argot, ce chiffre 8 est appelé oïcho. Ça vient de l'espagnol par hasard?) Vous pouvez en rester là, mais vous êtes joueur. Si vous aurez l'as par la suite, vous aurez neuf points (kabu). Mais c'est le 9 que vous tirez, vous avez maintenant 17, c'est-à-dire 7 points. Vous n'êtes pas content, car vous avez perdu 1 point par rapport à la main précédente. Vous ne perdrez pas, mais vous ne gagnerez pas non plus avec cette main. Par conséquent, vous tirez une autre carte en attendant l'as ou le 2, mais vous tirez le 3, ce qui vous fait perdre le jeu.
Donc la suite la plus mauvaise 893 de ce jeu veut dire "la main qui ne vaut rien". Le yakuza, c'est un vaurien.
Article précédent: Qu'est-ce que le mot arigato veut dire vraiment?
Article suivant: Le clou qui dépasse
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Libellés : Japonais
mercredi 13 février 2008
Scandale Japan Airlines
La compagnie a accepté de payer les indemnités de 48 millions de yens (300.000 euros), tout en précisant qu'elle ne donnait pas du tout raison aux plaignantes, mais qu'elle le fait seulement pour le confort des clients (de quel confort parlent-ils?). Pourquoi alors que les dirigeants n'écoutent pas ce que les hôtesses de l'air disent? C'est "parce que ce qu'elles allèguent est non fondé, et pas clair". Mais bien sûr...
C'est impressionnant que les hommes peuvent être bêtes. Elles ont porté plainte pour le comportement sexiste des dirigeants, qui leur répondent cette fois "ce que les femmes disent n'est jamais clair, mais bon, nous vous paierons, donc soyez belles et taisez-vous". Les hôtesses ont fait appel. L'affaire continue...
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Libellés : Société
mardi 12 février 2008
Faut parler anglais, Audrey Tautou!
La séquence la plus space est l'interview des stars hollywoodiennes. Franchement, ça ferait pâlir Raphaël Mezrahi. Chaque semaine, une personnalité "degré zéro de célébritude" fait un entretien avec une star hollywoodienne, tout en ânonnant l'anglais approximatif. Le pire est qu'on est sérieux. Peut-être que ces célébrités sont très bien payées pour cette séquence, mais je me sens perplexe devant l'écran. Bien sûr qu'on ne pose que des questions très bêtes dans ces interviews, mais il est connu qu'au Japon, même les journalistes de cinéma bien professionnels ne posent que des questions qui n'ont rien à voir avec la carrière des stars (genre: comment gardez-vous votre minceur?), donc ce n'est pas grave.
Hier, l'invitée était Audrey Tautou. C'est une célébrité hollywoodienne bien sûr. Le garçon (probablement un comique, mais je ne le connais pas) a demandé à Audrey "Comment arrive-t-on à parler anglais?". Je répète qu'on est sérieux, même si l'intervieweur est un comique dans sa vie. Elle lui a répondu, souriante mais un peu énervée apparemment, "When you are forced!!! Si tu es entouré des gens qui ne parlent qu'anglais, tu es forcé de parler anglais!", avec son accent impeccable...ment frenchy. Le sous-titre japonais disait "quand tu as besoin", non pas "forcé". Ce mot ne convient pas très bien à l'attente des téléspectateurs, j'imagine.
Je crois qu'Audrey Tautou n'a rien compris, mais tous les étrangers (surtout s'ils sont "blancs") sont censés parler anglais couramment une fois qu'ils se trouvent dans ce pays insulaire. On SAIT bien que l'anglais n'est pas la langue natale d'Audrey tautou, mais on ne se rend pas compte.
J'ai lu un courrier de lecteur français sur le journal Asahi (c'était la première fois de ma vie), et il disait que les jeunes japonais n'ont dans leur tête que les Etats-Unis comme les pays étrangers (le courrier n'était malheureusement pas trop intéressant). Il a partiellement raison, mais ce n'est pas seulement les jeunes. C'est les quadras et quinquas qui ne veulent parler qu'anglais quand ils voient les étrangers. Ils sont très paresseux, ils croient du fond du coeur qu'ils n'ont "besoin" que de parler anglais quand ils parlent avec les étrangers. Il faut que ce Français le sache. D'ailleurs, si tu te présentes comme un traducteur, les Japonais ne te demandent jamais "Combien de langues parles-tu?". Mais, "Ah, tu es traducteur? Tu parles anglais, c'est génial!", c'est ce qu'ils te disent.
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Libellés : Société
jeudi 7 février 2008
Profs vs Prince Hotel
L'union des enseignants japonais (Nikkyôso) est le syndicat des enseignants le plus important au Japon. Le taux des syndiqués était plus de 80 pour cent il y a cinquante ans, mais maintenant il n'est que moins de 30 pour cent, surtout à cause de la scission (départ des sympathisants communistes) à la fin des années 80.
Le Nikkyôso, à tendance désormais socialiste modérée, reste un des ennemis principaux de l'extrême droite. Chaque année au moment de leur réunion annuelle, les gens d'extrême droite font la protestation étourdissante avec les haut-parleurs. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'une protestation. Je crois que c'est une sorte de fête annuelle à eux, qui ne savent plus pourquoi ils le font. D'ailleurs, ce qu'ils crient est tout simplement bruyant, et complètement privé de sens. S'ils n'aiment pas les communistes, il devraient le faire pour la réunion des dissidents, mais c'est toujours le Nikkyôso qui est leur cible. On ne doit pas trop chercher à comprendre au Japon.
Le Nikkyôso a réservé le Prince Hotel à Tokyo pour la réunion de cette année-ci, et elle aurait dû avoir lieu cette semaine. Il a effectué la réservation il y a presque un an, mais l'hôtel l'a annulée de peur du bruit fait par l'extrême droite. L'union a porté plainte, et le tribunal a jugé que l'hôtel avait enfreint le contrat. Donc, les profs ne se doutaient pas du tout que l'hôtel insisterait, mais il leur a fermé la porte au nez, prétextant la sécurité des clients. J'ai vu le représentant du syndicat des profs à la télé, mais il avait l'air ahuri de ne pouvoir rien comprendre. Il disait justement: "C'est les gens d'extrême droite qui seraient la menace pour la sécurité des clients, et c'est nous les profs qui sommes chassés? D'ailleurs, peut-on négliger la décision de la cour comme ça?"
Par conséquent, la réunion n'a pas eu lieu cette année-ci. C'est la première fois depuis la fondation de l'union en 1951.
Je n'appelle pas les touristes français et francophones au boycottage du Prince Hotel, parce que tu peux être coupable de la diffamation même si ce que tu dis es vrai, selon la loi au Japon. L'entreprise porte plainte, et c'est elle qui gagne la cause obligatoirement, puisque c'est la loi qui le dit! C'est pas la faute des juges! Les bloggueurs en ont peur. Sinon, je crois que j'ai tout dit. Ah oui, j'ajoute qu'on ne doit pas croire que le Prince Hotel soit un suppôt de l'extrême droite, car il a ainsi privé à ces gens le moyen de dissiper leur frustration. Ils ne peuvent pas gueuler dans la rue cette année-ci. Pauvre extrême droite.
J'ajoute également que le Prince Hotel est un établissement privé. Il n'a rien à voir avec l'empereur. Il faut le savoir.
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Libellés : Société
samedi 2 février 2008
La gare de Shinagawa sous la pluie (poème de NAKANO Shigéharu)
Au revoir, Kim
Vous montez en train à la gare de Shinagawa(1) sous la pluie
Au revoir, Lee
Au revoir, l'autre Lee
Vous retournez au pays de vos parents
Les rivières de chez vous gèlent en hiver dur
Votre coeur rebelle gèle au moment de cette séparation
La mer hausse son grondement dans le crépuscule
Le pigeon, humide de pluie, redescend du toit de garage
Humides de pluie, vous repensez à l'empereur japonais qui vous chasse
Humides de pluie, vous repensez à cet homme moustachu aux lunettes, au dos voûté(2)
Sous la pluie battante, le signal vert se lève
Sous la pluie battante, vos regards sont aigus
La pluie tombe sur les dalles pour se précipiter dans la mer sombre
La pluie disparaît sur vos joues ardentes
Vos ombres noires passent l'accès aux quais
Vos habits blancs flottent dans les pénombres du corridor
Le signal change de couleur
vous montez en train
Vous partez
Vous nous quittez
Au revoir, Shin
Au revoir, Kim
Au revoir, Lee
Au revoir, Lee la femme
Là-bas, cassez le gel, épais et lisse
Faites jaillir l'eau endiguée depuis longtemps
Boucliers d'avant et d'arrière du prolétariat japonais
Au revoir
Jusqu'au jour où nous rirons en larmes de la joie de notre revanche
Poème de NAKANO Shigéharu (1929), traduit par moi.
(1) La gare qui se trouve dans le quartier sud de Tokyo. Le train va les emmener au port de Yokohama probablement.
(2) Ces deux lignes ont été censurées à l'époque.
Inutile de préciser que ce sont les immigrés coréens qui sont chassés du Japon. Même si je préfère "Le chant" à ce poème, je pense que celui-ci est très émouvant, d'autant qu'il n'y a pas beaucoup de poèmes de ce genre.
Article précédent: Le chant (poème de Nakano Shigéharu)
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Libellés : Littérature, Poésie
KY, le mot qui fait peur
Le média a commencé à employer cet argot des "djeunes" au sujet du premier ministre précédent Abé, qui n'avait pas démissionné juste après la défaite du Parti Libéral-Démocrate aux élections sénatoriales. Tout le monde pensait qu'il devait quitter son poste, mais il ne l'a pas fait tout de suite. On entendait le cri du peuple contre lui "Kûki Yomé!", ce qui veut dire "Tu dois comprendre l'air du temps". Il a dû démissionner dans le chœur du peuple, mais il a très mal choisi le moment tout de même, donc il a gardé la réputation du politique le plus KY au Japon.
Dans la vie quotidienne, celui ou celle qui chante une ballade au karaoké, et celui ou celle qui dit des blagues nulles sont KY. Ça reste dans la mentalité normale, mais ce mot péjoratif peut vite changer en la négation de la liberté individuelle au nom de la collectivité.
L'écrivain YAMAMOTO Shichihei a écrit Les Etudes de l'Air il y a trente ans. Dans ce livre, il dit que tout le monde savait qu'il était absurde d'envoyer le grand navire Yamato à Okinawa à la fin de la Guerre du Pacifique, mais on l'a finalement fait, parce que personne ne pouvait résister à "l'air", ce qui se passe souvent au Japon. Yamamoto dit que cet "air" est LE critère impérieux du jugement qui a une autorité absolue, et que celui qui y résiste est considéré comme un "hérétique". C'est un "pouvoir surnaturel" (c'est l'expression de Yamamoto) qui exclut socialement les "KY", les personnes qui ne savent pas s'adapter à "l'ambiance".
J'admire mes compatriotes qui savent toujours lire l'air. Mais ils refusent de comprendre que cet air puisse vite être l'air fasciste.
Article précédent: Asahiru
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jeudi 31 janvier 2008
Le meurtre de Kanoko (poème d'ITOH Hiromi)
Le meurtre de Kanoko [1]
« Voilà la jambe. Pour connaître la période de la grossesse, un des quatre membres est le mieux approprié. Dans ce cas-ci, le foetus avait exactement quinze semaines. »
Sa taille est de trois pouces à peu près. La chose est faite de cuisse arrachée, genou, mollet, pied, et de cinq orteils.
« Des bébés sont nés vivants deux fois en une semaine. Le vagissement s’est fait entendre dans la salle où toutes les femmes voulaient calmer le désir d’avorter. »
Lorsque je lisais ce livre, ma sœur
M’a dit
J’ai fait couler un môme il y a quelques jours
Elle a fait couler un môme
Selon son vocabulaire
Le môme s’est fait couler
Félicitations
Kanoko ne s’est pas fait couler
Comme ma sœur m’a demandé
Est-ce que tu l’as déjà fait, Hiromi-chan ?
J’ai répondu
Affirmative
Mais faire couler un môme
N’est pas dans mon vocabulaire
Kanoko ne s’est pas fait couler
Moi
J’ai interrompu la grossesse d’un fœtus qui devait ressembler à Kanoko
Il eût été possible que j’aie
Un enfant vivant qui devait ressembler à Kanako
Si le fœtus qui devait lui ressembler eût grandi
Mais il ne s’agit pas de Kanoko
Félicitations de l’avoir détruit[2]
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
J’ai déjà artificiellement interrompu la grossesse
Félicitations de l’avoir détruit
Le docteur m’a dit "Vous aurez du lait
Car votre bébé était grand"
Il me le dit mais je ne sais pas comment réagir autrement que de rire bêtement
Rire bêtement
Tout bêtement
Hi hi
Hi hi
Mais félicitations
Le lait est vraiment sorti de moi
C’était seulement à tel point que du liquide blanc bavait si je pinçais fort
Mes seins ne gonflaient pas
Ils ne démangeaient pas du tout
Ce n’était pas drôle du tout
Félicitations
Malgré tout
Il est à féliciter que le lait sort de moi
Car une chose douce qu’on peut boire
Jaillit
D’un endroit où il n’y avait rien
Car on peut grossir en la buvant
Car je sécrète
Une chose pareille
Au LAIT qu’on achète en payant
Car je la sécrète comme le pipi
Car je la sécrète comme la salive, les larmes et la sécrétion vaginale
Car le lait abondant jaillit
De mon anus de ma bouche de mon urètre de mon vagin
Ça me rend heureuse
Ça me rend joyeuse
Donc, félicitations
J’ai déjà interrompu la grossesse à la période moyenne
J’ai demandé si le bébé était garçon ou fille mais
Ce n’est pas exact de parler de bébé
Il faut dire fœtus
C’est normalement un règlement de ne pas le dire
Parce que le choc est grand
De la part du corps maternel
Le corps maternel pense
J’ai déjà eu l’intoxication de la grossesse
D’un fœtus qui ressemblait à Kanoko, garçon ou fille
J’ai déjà eu la grossesse multiple anormale
J’ai tout vu les boutons abondants dans mon utérus
Ils devraient ressembler à Kanoko comme les autres
J’ai déjà fait le cancer d’utérus
J’ai déjà fait l’ablation d’utérus et d’ovaire
J’ai déjà accouché
J’ai déjà fait l’accouchement d’absorption aux douleurs faibles
J’ai déjà fait l’hystérotomie
J’ai déjà fait la grossesse amusante
Mon utérus était content
Tout mon corps était turgescent
J’ai eu la boulimie sans pouvoir arrêter
Je pouvais me masturber sans fin
En pensant à l’accouchement
Imaginant le moment de la parturition paroxystique
Le mouvement des doigts d’une femme enceinte qui s’amuse
J’ai donc déjà allaité
Félicitations de l’avoir détruit
Six mois sont passés
Des dents poussent à Kanoko
Elle mord le mamelon et veut l’arracher
Elle cherche toujours le moment de l’arracher
Kanoko dévore mon temps
Kanoko dérobe ma nourriture[3]
Kanoko menace mon appétit
Kanoko arrache mes cheveux
Kanoko m’a exigé le nettoyage de toutes ses fèces
Je veux jeter Kanoko
Je veux jeter Kanoko sale
Je veux ou jeter ou tuer Kanoko qui arrache mon mamelon à ses dents
Je veux ou la jeter ou la tuer
Avant qu’elle ne fasse couler mon sang
J’ai déjà fait l’infanticide
J’ai déjà abandonné un cadavre
C’est facile si vous le faites juste après l’accouchement
C’est plus facile que l’avortement si vous n’êtes pas trahie
J’ai une énorme confiance en moi
Pour que je le fasse sans se faire découvrir
Je peux enterrer Kanako sans façon
Félicitations, Kanoko enterrée
Félicitations
Des coïts que je ne peux m’empêcher de faire
Dizaines de Kanoko que je ne peux m’empêcher de concevoir
Dizaines de Kanoko que je ne peux m’empêcher d’avorter
Sauf une seule
Qui est
Qui veut arracher mon mamelon
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Supplice amusant de l’enfant adopté
Meurtre amusant de l’enfant adopté
Je l’ai déjà fait
Mon propre enfant est le plus adorable
Abandon joyeux d’un enfant
Je l’ai déjà fait
Je suis la plus adorable moi-même
Félicitations félicitations
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations félicitations
Tout le monde me félicite
Médoc de Gen’ichirô-san[4]
Roses de Higuchi-san
Lapin de Kôhei-san
Ourson d’Ishizéki-san
Sac de couches de Miyashita-san
Chien de papier mâché de Shirôyasu-san[5]
Argent d’Abé-san et d’Iwasaki-san
Gâteau de Non-chan
Super 8 de Kanéko-san
Télégramme de Kozaki-san
Tout le monde me félicite
Merci merci
Kanoko contente
M’arrache le mamelon
Je veux jeter Kanoko
Dans la joie
Sans pleurs ni remords
Je veux abandonner Kanoko joyeusement à Tôkyô
Félicitations
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Téruko-chan
Félicitations d’avoir avorté
Mihoko-chan
Félicitations d’avoir jeté Také-chan
Kumiko-san
Félicitations d’avoir tué Tomo-kun
Mari-san
Pourquoi pas abandonner Nonoho-chan également ?
Mayumi-san
Ton fœtus était un garçon ? ou une fille ?
Riko-chan
Il est bientôt le temps de jeter Kôta-kun aussi
Que tout le monde jette
Les filles
Les fils
Qui font du bruit avec leurs dents voulant arracher le mamelon
Le mobile du suicide d’une amie “Hiromi”-san qui a sauté
Il y a trois ans à ce moment de l’année
Était
Probablement
“Le problème des hommes”
Mais il semble qu’elle ait aussi souffert des
“Champignons”[6]
C’est pour cela que “Hiromi”-san
S’est étendue
Sur le sol
Ayant sauté
En cachant soigneusement ses orteils aux “champignons” et
En mettant son jean
J’imagine encore aujourd’hui après trois ans
Deux jambes mortes et le ventre
D’une femme bien jolie de vingt-quatre ans
Bien que je ne l’aie pas vue
Deux jambes mortes et le ventre
Deux jambes mortes et le ventre
Félicitations de l’avoir détruit
Je me suis emportée malgré moi
Et j’ai frappé la tête de Kanoko (6 mois)
Avec le réveil qui se trouvait à côté
Elle a perdu son souffle
Et elle ne bougeait plus du tout
Même si je l’appelais, secouais ou frappais
J’ai donc pensé que je l’avais tuée et que j’avais fait quelque chose d’irrémédiable
J’ai eu peur
Je suis sortie
En la laissant dans cet état
Lorsque je suis retournée à peu près dans deux heures
Il me semblait qu’elle était toujours morte
Que tout son corps était couvert de fourmis
Et qu’elle s’est un peu déplacée
De l’endroit où je l’avais posée au début
Et ensuite j’ai trouvé un bébé moineau
Qui se débattait sur la route
Comme il faisait trop chaud
Je l’ai posé une fois à un endroit humide à côté de la route
En pensant que c’était mieux que de le laisser sur la route desséchée
Mais comme il s’agissait bien d’une autoroute
J’ai cru qu’elle était dangereuse puisqu’il n’y avait pas d’abri
J’imaginais qu’un endroit aux herbes
Sur la terre serait mieux
Au moins
J’ai trouvé une telle place où je l’ai posé
Et j’ai regardé de nouveau en rentrant
Félicitations de l’avoir détruit
Probablement
Avant que je ne voie le bébé moineau
Je m’étais aperçu qu’il y avait beaucoup de fourmis
Mais je ne pensais pas qu’il y ait des rapports
Tout son corps excepté sa tête
Était couvert des insectes
Et ils montaient même sur cette partie du corps sans s’arrêter
Le bébé oiseau remuait
Ses ailes sans poil qui exposaient la partie charnelle
Et il voulait s’échapper des fourmis qui étaient sur tout son corps
En criant
Nerveux
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Je pouvais
Toucher le bébé moineau qui n’était pas couvert de fourmis
Mais je ne pouvais toucher le bébé moineau couvert de fourmis
J’ai fui ce lieu
Sans pouvoir rien faire
Bien sûr que la responsabilité directe est à moi mais
Probablement
Ce n’est pas que j’ai peur de Kanoko
Parce que j’imagine le bébé abandonné
Couvert de fourmis
J’ai peur des fourmis innombrables
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Félicitations de l’avoir détruit
Ses poèmes "sexuels" ont fait un grand scandale dans le petit monde qui lisait les poèmes. J'avais une grande aversion envers elle quand j'étais adolescent, mais curieusement, elle est ma poétesse préférée depuis une dizaine d' années. Je cite ce poème pro-avortement comme un exemple des variations de la poésie contemporaine japonaise.
[1]Prénom de la fille d'Itoh Hiromi.
[2]C’est une parodie de la salutation du nouvel an.
[4]TAKAHASHI Gen’ichirô : Romancier japonais. Il s’est fait connaître comme le porte-drapeau du roman pop, avec son roman Adieu, les gangsters.
[5] SUZUKI Shirôyasu (1935-) : Poète japonais. Sa série de poèmes absurdes et vulgaires en apparence, « Puapua », est une métaphore de la condition de la littérature moderne.
[6]Itoh Hiromi elle-même souffre de vilains champignons à ses orteils.
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Libellés : Littérature, Poésie
samedi 26 janvier 2008
Le chant (poème de NAKANO Shigéharu)
Ne chante pas.
Ne chante ni des fleurs de renouée ni des ailes de libellules.
Ne chante ni du murmure de vent ni de l'odeur des cheveux de femme.
Repousse toutes les fragilités,
Toutes les irréalités,
Et toutes les langueurs.
Chasse tous les raffinements.
Chante seulement tes vrais sentiments,
Ce qui parle à ta faim,
Les pointes qui remontent à ta gorge.
Le chant qui rebondit quand tu es frappé,
Le chant qui puise le courage du fond de ta honte,
Tu chanteras ces chants en vers sévères,
Avec ta corde vocale vibrante.
Enfonce ces chants
Dans la poitrine des gens qui passent.
Poème de NAKANO Shigéharu (1902-1979), écrit en 1926, traduit par moi.
Nakano est un écrivain japonais, qui représente la "littérature prolétarienne". Il fut sénateur du Parti Socialiste après la Deuxième Guerre mondiale. Ce mouvement littéraire très important d'avant-guerre est injustement méconnu des traducteurs français. Est-ce parce que les Français attirés par la culture japonaise sont souvent bourges? "La sensibilité endurcie" de Nakagiri rime avec ce poème, souvent étudié au lycée.
Les fleurs de renouée sont appelées "riz rouge" dans ce poème. On fait le riz rouge, violet en réalité, pour les festivités et certaines occasions comme les premières règles de filles. Les enfants jouent à la dinette avec ces petites fleurs qui font penser à ce plat.
Article suivant: La gare de Shinagawa sous la pluie (poème de Nakano Shigéharu)
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Libellés : Littérature, Poésie
vendredi 25 janvier 2008
Inoxydable / Femme au suçon / Inondation (poème de SUZUKI Shiroyasu)
Je ne veux pas l'expliquer, c'est la réponse pour l'« amour », il est gênant que tu aies désormais connu mes sentiments envers la route asphaltée, je voulais en faire l'axe principal de ma vie sans en parler, ce n'est pas une chose à dire, la question si ces sentiments porteront un quelconque fruit ou non ne concerne que la personne qui les portent
Est-ce que tu t'imagines que la femme au suçon marche sur la route asphaltée ?
Cette question telle que j'imaginais m'ennuie, une telle association d'idées ne fait qu'éloigner de moi-même, tu vas ensuite poser des questions sur le camion, et puis le soleil d'été brûlant, la pluie, le brouillard de la nuit, et encore la vie humaine, c'est bien moi qui serai perdu à cause de ces « mots » arrogants,
Tu veux dire que tu n'aimes pas les humains
Arrêtons la conversation maintenant, si dorénavant tu poses tes pieds sur la route asphaltée, je te conseille de mesurer soigneusement tes propres sentiments sur les humains, tout en étant bien conscient de tes plantes des pieds, et tu verras alors, jusqu'où tu es allé, c'est presque tout ce que je peux te dire, et tu peux comprendre ce que tu veux, mais tu sauras bien laquelle chose est l'asphalte, et alors, cette affaire sur moi t'aura été bien transmise
J'ai une expérience, je n'ai pas été amoureux de cette femme au suçon, mais j'ai été ému, et pourtant je ne pensais pas du tout que je voulais une partenaire à qui coller un suçon, ou que je regrettais qu'une telle femme ne soit pas sur place, la femme au suçon était une créature vraiment superbe, mais c'était…
C'était quoi ?
Arrêtons la conversation maintenant, tu dois savoir ce que je veux dire, mais des sentiments envers la route asphaltée ne sont pas nés en moi… ou bien, je peux penser aux traces des pneus dont on ne sait plus le propriétaire, imprimées sur la route asphaltée,
Une telle spéculation insignifiante n'a rien à voir avec moi, une telle réduction à la matière ne peut être même un jeu de mots, et même si je parlais des sentiments envers la plaque inoxydable, mes sentiments originaux ne se perdraient pas complètement, je ne veux pas expliquer, c'est une route asphaltée, je crois qu'il vaut mieux que tu arrêtes d'être intrigué par autrui,
J'admets que tu as des sentiments envers cet inoxydable, mais c'est que je veux communiquer avec beaucoup de gens, je sais que cela t'ennuie, mais c'est que le vide serait insupportable si je ne me mêlais pas entre beaucoup de gens et toi autant que possible,
Je n'ai pas de protestation à ce que tu occupes ton rôle, mais pour le moment, je ne suis tombé qu'à l'inondation dans la ville, et je recherche l'odeur acide de la sueur de femme, mais non pas une femme, je ne pense pas aux humains, on se verra s'il y a occasion, peut-être que c'est toi, l'«amour».
Poème de SUKUZI Shiroyasu (1935-), traduit par moi.
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Libellés : Littérature, Poésie
mercredi 23 janvier 2008
Nouveaux "gallicismes" au Japon
Les Japonais empruntent de plus en plus des mots d'origine française, et ce, d'une façon plus ou moins ridicule. Je donne quelques exemples. Les mots dont il est question sont en majuscules.
1. Le SOMMELIER des légumes
C'est un métier à la mode pour les jeunes filles. Il sélectionne les légumes bio pour les consommateurs. Je ne sais si ça fait gagner. J'ai l'impression que c'est un passe-temps pour les filles à papa.
Il y a aussi SOMMELIERS des fleurs, SOMMELIERS des céréales, SOMMELIERS des serviettes (?), SOMMELIERS des thermes (conseillers touristiques?), SOMMELIERS de lessive (je ne sais pas du tout ce que c'est), SOMMELIERS des sons, SOMMELIERS des voix,
SOMMELIERS de la nature,
SOMMELIERS des livres, SOMMELIERS des étoiles,
et SOMMELIERS des horreurs
pour finir la liste. J'ai l'impression d'avoir écrit un poème surréaliste,
mais je n'ai fait que citer les articles que j'ai trouvés à Google avec le mot SOMMELIER.
Je pense qu'en japonais, le SOMMELIER est quelqu'un qui donne les informations précises sur un domaine. Alors, pourquoi pas tout simplement "spécialiste"?
2. PATISSIERS
Ils font des gâteaux occidentaux. Ils prétendent être PATISSIERS, pour souligner qu'ils ont effectué un stage à Paris (Il n'y a que Paris en France pour les Japonais). Mais ils ne connaissent pas le mot "pâtisserie". Par contre, ils fabriquent des SWEETS, anglicisme cette fois. Au Japon, il ne faut pas trop se poser de questions.
3. CONCIERGE
C'est bien un métier à la mode au Japon, je vous assure. Le mot est français, ça doit être chic. Par exemple, on a un CONCIERGE des cadeaux. C'est un employé de grand magasin qui donne le conseil aux clients au rayon cadeaux. J'ai peur que les touristes japonais ne choquent les Français, en traitant tout le monde de concierges. Selon eux, quelqu'un qui se trouve à l'accueil doit être un concierge en France. Le mot "réceptionniste" n'est pas connu.
J'ai su que ce mot était à la mode au Japon avec un news qui parlait du CONCIERGE de l'hôpital. Non, on ne parle pas du tout du concierge ici, mais d'une sorte de réceptionniste à l'accueil.
C'est un synonyme du SOMMELIER en japonais ultramoderne, mais tandis que le SOMMELIER est une profession libérale, Le CONCIERGE est un employé. Je consulte Google.
CONCIERGES du bien-être (fonctionnaires, j'imagine), CONCIERGES du Mont Fuji mdr, CONCIERGES de la livraison, CONCIERGES de l'espace (c'est très space
), CONCIERGES du logement (ce sont des conseillers!), CONCIERGES des bijoux, CONCIERGES des médicaments, CONCIERGES des boulettes de riz (onigiri)...
Je suis cent pour cent japonais, mais j'avoue que quelques nuances m'échappent.
4. GRAND' VERGE
C'est un nom de restaurant français, mais je le cite, car il m'a fait tellement marrer. Mais pourquoi GRAND' VERGE? Savent-ils ce qu'ils disent? En réalité, ils auraient voulu dire "Grande Vierge", mais la transcription en caractères japonais a malencontreusement donné GRAND' VERGE (on peut mieux transcrire). Au Japon, Louis Vuitton est VITTON par exemple. De toute façon, le restaurant Grande Vierge serait toujours bizarre comme un nom de resto. Apparemment, c'est un restaurant gastronomique de luxe, non de luxure.
P.S.
Je viens de lire l'article de Wikipédia japonais. J'ai appris avec stupéfaction que le SOMMELIER des légumes est "l'appellation courante" de cette profession. Le vrai nom est VEGETABLE AND FRUITS MEISTER!!! Oui, MEISTER est un mot allemand!
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Libellés : Japonais
lundi 21 janvier 2008
Si je me fâche (poème de NAKAGIRI Masao)
D'abord, je ne lis pas de journal, car je me fâcherais d'autant plus.
Et puis, je prends le temps de me baigner dans l'eau pas trop chaude.
J'écoute le jazz pour vider ma tête,
Ou je regarde la télé sans son.
Si je rencontre un imbécile ou un homme que je n'aime pas,
Je me dis qu'il a la tête d'un singe enrhumé.
Si je lis une critique incompréhensible,
Je pense que c'est une copie d'un étudiant.
Je vais casser sa mâchoire,
Et la mettre dans un pot.
Je déguste la glace à quatre heures du matin.
Mon coeur reprend un peu sa vie sur ma langue engourdie d'ivresse.
Je joue de mon propre biniou.
Si on y danse ou pas, je m'en fous.
Poème de NAKAGIRI Masao, traduit par moi.
Article précédent: Ressources humaines (poème de Nakagiri Masao)
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Libellés : Littérature, Poésie
samedi 19 janvier 2008
Ressources humaines (poème de NAKAGIRI Masao)
"Je vous assure que vous serez le prochain président de la succursale."
Vous le flattez en scrutant le visage.
L'interlocuteur vous sert en souriant:
"Allez, prenez ce verre pour moi."
"Ce chef de service ne sait pas comment gérer."
"On dit qu'il ne pourra pas être promu directeur général."
Comme le Japon est plein d'entreprises,
On ne parle que des ressources humaines même dans les bars.
Bientôt, vous vous séparerez pour être chacun à son compte.
Le vent de soir au début de printemps vient caresser vos joues.
L'ivresse vous quitte, et vous êtes maintenant triste.
Vous donnez des coups de pieds aux cartons vides de cigarettes et aux cailloux.
Vous aviez des rêves quand vous étiez petit.
Vous aviez de l'idéal avant d'être embauché.
Poème de NAKAGIRI Masao (1979), traduit par moi.
Article précédent: La sensibilité endurcie (poème de Nakagiri Masao)
Article suivant: Si je me fâche (poème de Nakagiri Masao)
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Libellés : Littérature, Poésie
jeudi 17 janvier 2008
La sensibilité endurcie (poème de NAKAGIRI Masao)
Plus la vie qui me reste est courte, plus je suis irritable.
Ces jours-ci, je suis prompt à la colère.
Le bracelet de ma montre n'est plus serré.
C'est peut-être la preuve que ma sensibilité est endurcie.
Le saké est follement doux désormais.
Sciences et commerces ne sont plus dignes.
Autrefois, c'étaient les capitalistes qui serraient le cou des ouvriers,
Aujourd'hui, chacun s'étrangle comme il veut.
Pas mal de jeunes croient qu'eux seuls ont raison.
Pas mal de profs font le clin d'oeil aux étudiants comme des geishas.
Les critiques de deuxième rang n'épargnent pas de compliments
Même aux poètes qui ne fabriquent que de belles images.
Tant qu'il y a des gens qui meurent de guerre et de faim,
Je ne suivrai jamais la voie de l'élégance.
Poème de NAKAGIRI Masao (1919-1983), poète japonais, traduit par moi.
Nakagiri a notamment traduit W.H. Auden en japonais.
"La sensibilité endurcie" n'est pas du tout son meilleur poème, souvent omis de recueil, mais beaucoup d'amateurs de poèmes apprécient ce murmure amer d'un poète déçu.
La "voie de l'élégance" fait référence à Basho (1644-1694), le poète le plus connu du haïku, "épigramme élégant".
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Libellés : Littérature, Poésie
Mur de plomb (poème de KAWASAKI Hiroshi)
Le mot pense
Avec les mots
Qu'il n'eût pas voulu naître mot
Il se doute
Qu'il eût voulu être mur de plomb
Et puis
Il pousse un soupir qui n'est pas un mot
Poème de KAWASAKI Hiroshi (1930-2004), poète japonais, traduit par moi
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fisaxij
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Libellés : Littérature, Poésie
mardi 15 janvier 2008
Un nouveau tube français au Japon!!!
Chaque matin, de 8h15 à 8h30, de lundi à samedi, la chaîne nationale NHK passe un feuilleton depuis plus de quarante ans. Ce n'est pas Amour, gloire et beauté, on change de programme tous les six mois. D'avril à septembre, c'est la production de Tokyo, et d'octobre à mars, elle est d'Osaka. Ce feuilleton matinal est toujours présent dans le top 5 du palmarès d'audimat. Le trait caractéristique: le personnage principale est toujours une femme, le plus souvent jeune et jolie. Et elle est très optimiste. Elle fait un mariage heureux, et réussit dans la vie malgré tous les revers. Son mari est toujours compréhensif.
Il est intéressant de le comparer aux téléfilms américains que TF1 diffusent tous les après-midi. Là aussi, le personnage principal est toujours une jolie femme, mais elle a fait un mariage malheureux avec un homme "on ne sait pourquoi elle était mariée à cet homme macho et violent", mais elle veut recommencer sa vie avec un gentil garçon. On peut imaginer que les Américaines commettent une erreur de choix inconnue des Japonaises, qui rencontrent forcément un homme de rêve dès le début.
Mais l'heure d'émission n'est pas trop tôt? Non, car l'école commence à 8 heures et demie, et la maman n'accompagne pas les enfants jusqu'à l'école au Japon. Je ne le dis pas pour le réseau international des kidnappeurs pédophiles. Et le papa part travailler à six heures du matin (j'exagère).
Comme je n'ai pas encore trouvé de boulot fixe, je regarde cette émission tous les matins. Il fait très froid et il neige beaucoup à ma région, et curieusement on vit ici généralement sans chauffage central. Par conséquent, il faut que je reste toujours dans la salle principale avec un grand poêle. On en a plusieurs, mais le pétrole est trop cher actuellement. Je suis souvent forcé de regarder la télé, au moins de l'entendre. En tout cas, même si je ne suis pas du tout téléphage, ça ne me déplaît pas de la regarder du point de vue sociologique.
Le feuilleton qui a commencé au mois d'octobre est un peu différent d'habitude, car l'héroïne n'est pas aussi "positive" que les autres héroïnes qui continuaient à donner de l'espoir aux femmes au foyer japonaises. Elle voit toujours le côté noir des choses. Mais la mise en scène est volontairement comique pour souligner ses imaginations noires. Dans la mode de sit-com façon Ugly Betty, l'héroïne est moche, mais son intérieur est plus ou moins beau. Au Japon, on a inventé une héroïne dont les apparences sont toujours mignonnes, mais l'intérieur n'est pas toujours beau. Apparemment, cette émission est appréciée par les gens qui ne regardent pas souvent cette sorte de programmes. Mon avis est que ça se regarde comme les Frères Scott.
J'ai lu récemment un article qui disait qu'un tube est né de ce feuilleton. J'ai vu le titre de la chanson, mais je croyais ne pas la connaître, car il était traduit en japonais. Je me suis posé la question: mais a-t-on passé des chansons dans ce feuilleton? Je ne me souviens pas. Il n'y a même pas de chanson de générique! Mais cet article disait que c'était une chanson en français qu'un Japonais androgyne (Boy George ou Antony?) qui avait étudié le chant en France chantait. Le disque est sorti il y a quelques années, et les téléspectateurs téléphonent NHK pour demander le titre de cette chanson, et on pressent que ce sera un tube énorme...
Ah oui! En effet, j'ai entendu quelques fois "Paaaarlez-moiiii d'amouuuur, rediiiteees-moi des choseees tendreeeees" dans cette émission!
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fisaxij
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Libellés : Télévision
jeudi 10 janvier 2008
Obscénité ahurissante de la douane japonaise
La douane japonaise caviarde les grivoiseries de la BNF | Rue89
Mais quelle stupidité! Quand ces douaniers japonais comprendront-ils enfin que c'est leur censure qui est obscène, plutôt que les images des organes génitaux? A quoi ça sert de bloquer un catalogue de la BNF avec des images érotiques pour l'usage privé, prétextant qu'elles sont licencieuses, tandis qu'on peut regarder et télécharger librement les images et vidéos pornographiques sur internet? Ce n'est même pas une hypocrisie, ce n'est que l'automatisme robotique des fonctionnaires, qui est la négation totale de l'humanité.
Cependant, ce qui m'a fait le plus marrer dans cette histoire est que ce Japonais qui a été victime de la censure est un lecteur assidu de Rue89. C'était peut-être pour cela
Ah ah
J'ajoute que le lecteur DVD au standard japonais ne peut pas lire les disques étrangers pour cette raison "pornographique", mais bien sûr qu'on peut les regarder sur l'ordinateur. Et l'importation des lecteurs multi-zones est interdite. Je dois regarder les DVD que j'ai achetés en France sur l'ordinateur pour cela. Amen.
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fisaxij
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Libellés : Société
samedi 5 janvier 2008
Explication d'un haïku
柿食へば鐘が鳴るなり法隆寺
D'abord, je donne les sens de ces mots. Kaki - le kaki (fruit); kué - le mode "parfait" du verbe kuu (manger); ba - particule pour la conséquence; kané - la cloche; ga - particule pour le cas sujet; naru - le mode indicatif du verbe naru (sonner); nari - "verbe auxiliaire" (particule en tant que fonction grammaticale) qui montre l'émotion (Ah!); Hôryûji - le temple le plus ancien et le plus représentatif de la ville de Nara, la capitale du huitième siècle qui a connu la floraison des architectures bouddhiques. (La voyelle u du japonais se situe quelque part entre u, ou, eu, e français.) Le mode "parfait" a désormais disparu de la langue japonaise, et il doit être traduit comme "dès que" par exemple. Il ne faut pas le confondre avec la forme moderne de l'hypothétique "si". Une traduction littérale de ce haïku peut être donc : "Dès que j'ai mangé un kaki, ah, la cloche sonne au temple Hôryûji.
Il n'est pas si difficile d'apprécier ce chef-d'oeuvre, même si vous ne parlez pas japonais. Ce haïku commence par la succession de la consonne k: kakiku. Ce son dur veut suggérer que le fruit n'est pas encore mûr, par l'ajout d'un autre k après le nom du fruit. Et le passage de la voyelle a jusqu'au u en passant par le i, montre le mouvement de la bouche qui "croque" le kaki. Pour ceux qui ne connaissent que le kaki dégoulinant, le verbe peut être étonnant, mais je pense que ce mot français a bien sa place dans cette traduction, alors que le verbe japonais kuu n'est qu'un verbe neutre pour "manger" en vérité.
Après la consonne b qui montre la fermeture momentanée de la bouche, le poète va donner un coup de dent encore une fois. Mais cette consonne k du mot kaki passe immédiatement au même son k de la cloche kané. C'est désormais cette résonnance métallique qui attire l'attention du haïjin (poète de haïku). La consonne n qui apparaît dans ce mot kané est repris par le prochain mot naru-nari. Dès le premier son de la cloche, Shiki regarde la cloche qui se trouve loin de lui. (Il ne faut pas oublier non plus que la consonne g qui ne se trouve pas au début du mot est nasale en japonais, comme le mot sing en anglais. Elle est assez proche du n.)
Cette fois-ci, je voudrais que vous imaginiez le bonze dans votre tête. Il porte une longue corde dans ses mains, pour donner des coups de marteau de bois à la vieille cloche. Il tire le marteau vers son arrière, et la corde dessine une grande courbe. Ce mouvement lent est évoqué par l'alternance des consonnes linguales et liquides, n et r de naru-nari. Shiki aurait bien pu répéter le verbe naru (kané-ga naru naru), mais le haïku serait complètement banal dans cas : la cloche sonne, sonneeee...
Maintenant, le poète écoute attentivement le son traînant de la cloche. Toutes les deux voyelles o et u dans le nom du temple Hôryûji sont longues, et elles sont comptées respectivement pour deux syllabes. Donc le mot Hôryûji a bien cinq syllabes (2-2-1). La voyelle courte i, guère prononcée, finit ce poème sans trop gâter le lecteur avec la voyelle longue.
Ce haïku est déjà étonnant avec cette phonétique, mais ce n'est pas tout. Les Japonais localisent facilement Hôryûji dans la ville de Nara, mais ce nom n'est pas indiqué dans ce haïku en apparence. Mais le mot naru-nari répète la sonorité du nom de l'ancienne capitale.
Et puis, ceux qui connaissent ce que c'est que le haïku doivent savoir que ce poème doit évoquer une saison. Le mot kaki n'est pas mûr ici. Cela veut dire que c'est le début d'automne, où il fait toujours chaud à Nara qui se trouve dans une cuvette (la ville se trouve loin de la mer, et Nara est également le nom du bassin). Et Shiki, connu pour ses proses sur le bienfait des fruits pour la santé, désaltère sa soif avec le kaki dur qui n'est pas encore sucré.
Shiki (c'est son nom de haïjin, tandis que Masaoka est son nom de famille), qui était le meilleur ami de Soséki, a perfectionné le haïku moderne. Il a voulu "croquer" la nature avec ce court poème, sans l'altérer avec la subjectivité. N'étant pas poète, je l'apprécie surtout comme un écrivain du journal intime, dont la précision et la simplicité sont exceptionnelles dans le paysage de la littérature japonaise. C'est dommage qu'on ne traduise pas ses proses en français.
Article prochain: Fleurs de colza
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fisaxij
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mercredi 2 janvier 2008
Mystère Fujiyama
Je vous souhaite une bonne année l'an 2008. Et je remercie tous ceux qui lisent mon blog.
Je l'ai souvent entendu de mes élèves qui avaient un peu appris le japonais avant de suivre mon cours. "Les Japonais appellent le mont Fuji Fuji-san, et Fujiyama est son nom pour les étrangers." Mais un instant, s'il vous plaît. Pourquoi les Japonais auraient-ils dû inventer une nouvelle appellation de la montagne pour les étrangers???
Franchement, je suis profondément consterné par le manque de culture, même rudimentaire, des Japonais qui disent cette connerie. Fujiyama n'est qu'un ancien nom de la montagne, désormais désuet. Si le nom Fuji-san est le nom géographique, Fujiyama est un nom "poétique". Pourquoi mes compatriotes ont-ils carrément oublié cette appellation, que les "étrangers" ont gardée? D'où vient cette "haine" de la culture japonaise, qui engendre le refus d'apprendre les choses si élémentaires?
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fisaxij
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