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lundi 23 novembre 2009

Fête de la moisson

    Le 23 novembre est un jour férié au Japon. Il est appelé 勤労感謝の日 (kinrô kansha-no hi), « Jour pour remercier les travailleurs ». Par contre, le 1er mai n'est pas chômé dans l'Empire du Soleil Levant. Quand j'étais enfant, les profs d'école m'ont appris que la fête du 23 novembre était pour remercier les gens qui travaillaient pour les citoyens, comme pompiers, policiers, éboueurs, etc.
    Mais j'ai commencé à me poser une question sur ce jour férié depuis quelques années. Comme il est connu, les salariés japonais ne profitent pas vraiment de longues vacances. Comme le gouvernement japonais est hyper gentil, il a changé le statut de certains jours fériés depuis l'an 2000, pour que le peuple puisse bénéficier de longs weekends. Ainsi, les fêtes comme 成人の日 (seijin-no hi) « Fête de la Majorité », 敬老の日 (keirô-no hi) « Jour pour le respect des personnes âgées » et 体育の日 (taïiku-no hi) « Fête des Sports » sont devenues des fêtes célébrées un lundi, appelées très ridiculement ハッピーマンデー (Happy Monday en anglais, je ne sais même pourquoi) par le gouvernement même (ça n'a rien à voir avec le groupe de Manchester, je crois). Par exemple, la Fête des Sports était célébrée le 10 octobre auparavant, mais elle à été déplacée au deuxième lundi du mois d'octobre. Le 10 octobre est le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo qui ont lieu en 1964.
    D'autres jours fériés n'ont pas été déplacés pour de différentes raisons. Il est impensable de changer le 1er janvier en un Happy Monday ! Et les autres ne peuvent pas être déplacés parce qu'ils sont liés à... l'empereur et son shintoïsme (même le Nouvel An est célébré selon la tradition shintoïste par l'empereur). Le 3 novembre est désormais appelé 文化の日 (bunka-no hi) « Jour de la culture », mais ce n'est qu'une fête déguisée de l'anniversaire de l'empereur Meiji. C'est les occupants américains qui ont affublé certaines fêtes impériales de couleur démocratique. Enfin, la question que je me suis posée est celle-ci : « Vu qu'il n'a pas été déplacé par la loi Happy Monday, le 23 novembre n'est-il pas lié à l'empereur ? N'ai-je pas été trompé par les profs d'école qui me disaient que c'était une fête démocratique et gentille ? »
    Je me suis renseigné et je sais maintenant que c'est effectivement une fête impériale qui a été transformée dans la confusion d'après-guerre. Auparavant, elle était appelée 新嘗祭 (niinamé-saï ou shinjô-saï). C'est une fête de la moisson, pour laquelle l'empereur boit la première goutte du nouveau saké, fabriqué du nouveau riz. Il reçoit les dieux shintoïstes au palais impérial à la bonne franquette (euh... c'est une antiphrase). Comme c'est une tradition très barbare qui ne peut être acceptée dans un pays démocratique comme le Japon, l'empereur fête ce jour à titre personnel aujourd'hui. (Quelle hypocrisie tout de même ! Qui paye le saké et les nourritures dédiés aux dieux, hein ?) Comme cette fête “personnelle” n'est guère rapportée par le média japonais essentiellement timoré, je crois que la plupart des Japonais ne connaissent pas le sens caché de cette fête nationale vidée de sens. Ils croient tous que c'est une fête démocratique comme je le pensais auparavant.
    En tout cas, les Japonais ont été privés de fête de la moisson célébrée au niveau national après la Deuxième Guerre mondiale. Et personne ne leur explique la raison pour laquelle la fête de la moisson n'existe plus. Qu'est-ce qu'on fait le 23 novembre ? Les enfants remercient les pompiers. C'est joli, mais on ne sait pas vraiment pourquoi c'est une fête nationale, d'autant que les travailleurs fêtent plutôt le 1er mai comme la fête du travail. Je crois bien que cette frustration inconsciente est une raison de l'hystérie du beaujolais nouveau, qui arrive quelques jours avant le 23 novembre au Japon. Grâce au produit français, les Japonais peuvent fêter à nouveau la moisson de cette année ! Bravo ! Merci les agriculteurs français ! Le beaujolais nouveau est devenu un dieu shintoïste...

mercredi 29 juillet 2009

Amitié japonaise (selon moi)

Quand j'étais lycéen, tout les profs répétaient sans cesse « Il faut que vous vous fassiez des amis pendant que vous êtes au lycée, car il est difficile de se les faire quand vous serez à la fac ou dans la vie active. » Je les entendais avec une certaine tristesse, parce que je n'avais aucun ami. (Au moins, je pensais comme ça à l'époque. Je sais bien maintenant que certains me considéraient comme un ami, mais c'est ça, l'adolescence torturée.)
    Mais très heureusement, j'ai eu beaucoup d'amis à la fac, et même si je ne les vois plus depuis longtemps pour la plupart, ils restent de bons amis dans mon cœur. Même en France, je me suis lié d'amitié avec pas mal de gens. Alors pourquoi ces profs insistaient tout le temps qu'il fallait se faire des amis pendant qu'on était lycéen, comme si c'était un ultimatum? En plus, avant que je ne parte en France, tous les profs de la fac qui avaient déjà séjourné en France disaient « En France, on ne peut se faire des amis. » Alors, est-ce que mon cas est rare, pour ne pas dire exceptionnel?
    A la fac, on m'a posé cette question parfois « Pourquoi tu le (la) connais? » concernant un(e) de mes amis. Ma réponse était toujours « Je l'ai rencontré(e) sur la pelouse. » Je ne sais si certains le font encore maintenant à cette école, mais à l'époque, on faisait souvent un tout petit apéro improvisé sur la pelouse. Je traînais souvent là-bas, et c'est comme ça que je me suis fais des amis. Mais il est assez facile d'imaginer (je crois) qu'un tout petit nombre des étudiants japonais se comportent ainsi. Dans la plupart des cas, ils se font des amis seulement au sein des clubs (“cercles”) ou dans la classe à la limite. C'est pour cela que les gens étaient curieux que j'avais des amis sans appartenir au même club. Nous appelions notre “club” le Club de la Pelouse. Il était composé des gens faciles d'accès, qui pouvaient être amis sans appartenir au même clan. Mais cette expression “faciles d'accès” ne veut pas du tout dire qu'ils étaient considérés par les autres comme les gens gais et ouverts (akaruï). Au contraire, ils étaient souvent considérés comme sombres (kuraï).
    Je crois depuis mon adolescence qu'il y a une inversion entre ces deux mot akaruï et kuraï et leurs définitions au Japon. Une personne appelée gaie et joyeuse (akaruï, “clair” à la lettre) est parfois un individu qui a peur d'être considéré comme quelqu'un de sombre (kuraï). Par contre, une personne appelée kuraï trouve cette peur stupide. (Au moins, moi, j'ai toujours pensé comme ça.) Bien sûr que ce raisonnement ne s'applique pas à tout le monde. Il y a des gens naturellement joyeux et des gens vraiment moroses. Mais il reste que les personnes qui ne font pas d'efforts pour se montrer akaruï sont considérés comme kuraï. J'imagine bien que les gens qui ont passé une adolescence kuraï au Japon ont plutôt l'aptitude à s'adapter à la vie à l'étranger. Dois-je ajouter que toutes ces cultures de manga et de jeux vidéo sont faits par les gens kuraï?
    J'ai trouvé une analyse intéressante des Japonais dans un dialogue de John Cleese avec son psychiatre (Comment être un névrosé heureux). Ils disent qu'un Japonais s'intègre plutôt bien à la société étrangère, quand il vit tout seul. Mais dès qu'ils forment un groupe, ils composent une communauté fermée.
    Actuellement, je vis bien dans une telle communauté japonaise établie en Algérie. Avant de venir ici, je croyais naïvement que je pourrais vivre une vie algérienne, mais je me rends compte que je vis toujours au Japon en Algérie. Et j'imagine que c'est ce que font la plupart des ressortissants japonais. Ils croient travailler à l'étranger, mais ils continuent à vivre au Japon. Tout a été prévu pour qu'ils puissent mener une vie japonaise à l'extérieur du Japon.
    Et ces Japonais se font des amis avec les Algériens? Je ne dis pas jamais, mais c'est assez rare. Un collègue algérien m'a fait une observation très intéressante. « Les Japonais ne se lient pas d'amitié avec les Algériens, mais j'ai remarqué qu'il n'y a pas d'amitié même parmi les Japonais. Peut-être que c'est la mentalité, je ne sais pas. »  J'en ai parlé à un ami algérien qui travaille ici, mais il m'a répondu tout de suite. « Mais on l'a tous remarqué! Il y a seulement des clans, mais il n'y a pas d'amitié parmi les Japonais. » Ah donc, mes profs avaient raison?! Ces Japonais sérieux qui consacrent leur vie à l'entreprise, ils ne se sont pas fait d'amis depuis le lycée?
    L'insuccès au Japon des réseaux sociaux comme Facebook et MySpace est plutôt connu. Par contre, Mixi qui est un réseau social fermé a un grand succès. Apparemment (je ne suis pas membre de Mixi), les commentaires sur Mixi sont vraiment anarchiques. C'est la fermeture qui leur donne l'assurance. Mais les commentaires des Japonais visibles sur MySpace par exemple sont assez souvent incompréhensiblement mielleux (contrairement à mon blog XD). Ils pensent à tout afin de ne pas choquer les personnes qu'ils ne connaissent que sur internet. C'est bien probablement la mentalité. On ne peut se faire des amis comme ça. Et je me demande d'où vient cet écart entre ces Japonais mielleux et mes collègues hargneux envers les Algériens. Peut-être cet écart n'est-il pas si grand. Il y a la même fermeture d'esprit. Et même moi, j'ai bien du mal à faire des ami ici, tout en étant membre d'une communauté japonaise établie à l'étranger.

日本人って暗いね

(Nihon-jin-tté kuraï-né)
Les Japonais sont maussades.
C'est une chanson du groupe Jagatara, mais introuvable sur internet :(


mercredi 22 avril 2009

Le procureur est-il un justicier?

J'ai traduit cet article pour vous montrer le ton de la presse japonaise quand elle parle de la peine capitale.

La famille du petit Gôken montre sa déception auprès du parquet : « Nous ne voulions pas que le procureur renonce à sa première résolution »

 Tout comme le jugement en première instance, le satellite Akita de la cour d'appel de Sendaï a déclaré la peine à perpétuité à HATAKEYAMA Suzuka, 36 ans, sans emploi, principalement accusée d'homicide pour l'affaire du meurtre de deux enfants à Fujisato (Akita). Comme le parquet de Sendaï a renoncé à faire la demande de cassation, les parents de l'enfant tué YONEYAMA Gôken (sept ans à l'époque) ont publié un commentaire le 14 : « Nous espérions nous faire venger de notre fils, mais cet espérance n'est désormais qu'un souhait irréalisable. »

 Ce commentaire est écrit sur deux feuilles A4. Ils montrent ouvertement leur déception auprès du parquet de Sendaï en disant : «
 Nous ne voulions pas que le procureur renonce à sa première résolution jusqu'à la fin, quoi que soit le résultat. Il a fermé la porte pour réaliser une justice sociale de sa propre main. » Et ils font exploser la colère vers Hatakeyama qui s'est pourvue en cassation : « Elle a donné la priorité à ses propres intérêts. »

 Ils réfutent également les raisons que la cour cite dans le jugement pour avoir fait éviter la peine de mort à l'accusée :
1. On ne peut dire que ce soit un acte prémédité. 2. Il n'est pas accompagné d'intérêt personnel. 3. L'exécution du crime n'est pas particulièrement cruelle ni obstinée. Les parents du petit Gôken remarquent : « Si c'est un acte poussé par les intentions meurtrières instantanées, est-ce une raison pour réduire la peine dans le cas d'un homicide ? » Et ils critiquent ce jugement : « Toutes ces raisons citées sont trop loin des idées communément partagées. »

 Ils affirment qu'ils étaient « consternés par l'inhumanité de ce monde pendant le procès, loin de pouvoir
[se] venger de [leur] fils même juste un petit peu » et concluent : « Nous ne pouvons nous empêcher de souhaiter du fond du cœur que la vie d'un enfant aura plus de poids dans un monde à venir. »

 Le code de procédure pénale dit que l'instance supérieure ne peut déclarer une peine plus lourde que la première instance si le procureur ne fait appel. Le renoncement d'appel par le parquet qui demandait la peine de mort à Hatakeyama lui a fait éviter l'application de la peine capitale.

(15 avril 2009)

 Cet article a paru dans le site d'un journal régional de Sendaï (chef-lieu de la région de Tôhoku [Nord-Est]), Kahoku Shinpô. (Le chien akita-inu est bien issu d'Akita.) C'est un peu difficile à comprendre, mais ici, la première résolution du procureur doit être celle d'un justicier : punir les méchants. Je crains que cet article ne soit presque incompréhensible à la première lecture. Les parents de l'enfant tué ne reconnaissent aucun sens dans la peine à perpétuité. Je crois que ce n'est même pas une peine pour eux. D'ailleurs, c'est très bizarre pour moi d'entendre ces mots de la bouche de quelqu'un qui veut la peine de mort. Selon eux, la peine capitale fait respecter la valeur de la vie et elle rend le monde moins inhumain. C'est vraiment absurde.
 Cette affaire a fait énormément parler, et l'accusée a été beaucoup médiatisée. Elle a d'abord tué sa propre fille et puis ce petit garçon Gôken. Avant de perpétrer son deuxième meurtre, elle jouait la victime dont une enfant s'était fait tuer. Il semble que la télé ait fréquemment passé l'image de cette femme affligée. (La plupart des émissions japonaises sont du très mauvais goût, y compris le journal télévisé. D'ailleurs, un lieu commun dit « Belles femmes d'Akita ». Mais on ne dit pas la même chose sur les femmes d'Aomori. On est voisins pourtant !) Certains pensent qu'elle a tué un autre enfant pour attirer plus d'attention sur elle, mais on ne sait jamais. Ainsi est-elle passée d'un personnage tragique à la criminelle détestée de tous.
 En tout cas, le ton du média japonais, faussement objectif ici, fait froid au dos. C'est un pays où plus de 80 % de la population soutiennent la peine de mort, et ils se réjouissent d'entendre déclarer la peine capitale. Ceux qui sont contre la peine de mort comme moi sont tout simplement traités d'inhumains. Et les Japonais s'emportent très facilement quand ils parlent de ce sujet.
 J'ai parfois l'impression que la mission du média japonais est de confirmer davantage les idées communément partagées. Les journalistes n'écrivent que ce qui plaît au public, et ils ne font pas autre chose dans la plupart des cas. De ce point de vue, il faut qu'on s'aperçoive que la mention « sans emploi » est apposée au nom de l'accusée. Bien sûr que les gens sans emploi sont dangereux ! Heureusement, tous les juges n'en sont pas encore là, mais certains commencent à condescendre à la prière des familles des victimes. Ce sont des juges geishas. La cour est théâtralisée de plus en plus, mais apparemment, ce phénomène n'est pas constaté qu'au Japon. (Le langage journalistique est vraiment loin d'être neutre à l'égard des (supposés) criminels au Japon. Si c'est une victime, on omet la mention « sans emploi ». Si c'est un criminel, il peut être un « soi-disant plombier » par exemple. Aucune victime de meurtre n'a jamais été soi-disant quelque chose.)
 Dans le titre de cet article, il y a un mot que je déteste dorénavant : Izoku 遺族. Ce mot (« famille du mort ») voulant dire « famille laissée » à la lettre est fréquemment utilisé par le média pour justifier la peine lourde. Il faut respecter les sentiments de la famille de la victime d'un homicide (izoku), volontaire ou involontaire. C'est ces sentiments qui font le ravage actuellement au média japonais. Je ne vois pas trop le lien entre les sentiments de la famille de la victime et la peine lourde, mais ces izoku sont apparemment contents d'entendre prononcer la peine la plus lourde possible. Et un Japonais s'identifie à la « famille laissée », et s'indigne des « méchants » avec elle, comme s'il était membre d'une grande famille qu'est le Japon. Quel bon système pour l'exclusion.
 Mais dans le monde moderne, depuis le dix-huitième siècle au temps de Beccaria, la peine existe pour la prévention, non pas pour la vengeance. Et pourtant, s'ils ne le savent pas, ce n'est pas leur faute, c'est la faute de l'éducation nationale...
 Mais il faut qu'ils sachent. Une personne n'appartient pas qu'à la famille, et c'est vraiment indécent de se victimiser ainsi pour un mort. La vie d'une personne n'est pas aussi petite que ça. La victime, ce n'est pas vous, mais quelqu'un qui vous était cher. La vie de ce quelqu'un dépasse largement le cadre familial. Alors, laissez tranquille l'âme de cette personne, sans crier vengeance... Ne parlez plus comme si cet être avait été un bien privé pour vous... Je crois bien comprendre vos sentiments (à part cette haine particulière), mais ils n'ont rien à voir avec la justice, qui doit rester plus ou moins froide. Moi, je ne réclamerais jamais une justice chaude. La justice ne tient pas compte des morts, et elle doit toujours penser à la vie d'un criminel, même s'il ne montre jamais aucun regret.
 (Dans le mot français « pardon », il y a don, et en anglais, on trouve l'élément give dans forgive. En revanche, le verbe japonais ゆるす (yurusu, pardonner) ne veut dire que « desserrer, relâcher » étymologiquement. Cela ne fait penser qu'à la ceinture et au caoutchouc au mieux. C'est peut-être pour cela que les Japonais ont du mal à trouver un caractère noble dans le pardon. La littérature moderne connaît des romans dont le sujet est le pardon, mais ce sont très souvent des œuvres des écrivains catholiques. Voyage dans la nuit sombre de SHIGA Naoya, par exemple.)


lundi 6 octobre 2008

L'enseigne « Interdit aux étrangers » est loin de disparaître

Traduction d'un article du journal Asahi Shinbun, le 5 octobre 2008

« Ils nous jugent selon nos apparences. Ils nous soupçonnent puisque nous ne sommes pas japonais. » Ali Nusrat, 46 ans, résident pakistanais dans le département de Saïtama, a enfin pété le câble lorsqu'il a été interpellé par un policier près de chez lui, qui lui a demandé: « Qu'est-ce que vous faites ici? »
Il est arrivé au Japon il y a vingt ans et il a bien son titre de séjour. Mais dès l'année dernière, des occasions d'interpellation policière se présentent soudain plus nombreuses qu'avant, et il arrive qu'il soit interrogé sept jours de suite. Il était au courant de ce que la surveillance était sévère pour le sommet de G8, mais il ne peut s'empêcher de se dire: « Mais c'est trop. »
Il adorait le Japon depuis son enfance. Il connaît beaucoup de gens sympathiques. Mais il sens que le regard envers les étrangers s'est fait sévère depuis le terrorisme du 11 septembre. Un agent immobilier lui a dit: « Ici, nous ne voulons pas d'étrangers. » Quand il a accompagné un ami brésilien dans un hôpital, l'accueil lui a refusé la consultation: « Excusez-nous, mais pas d'étrangers ici. »
Un Américain de 44 ans qui séjourne au Japon depuis 23 ans est allé dans un restaurant des yakitori (brochettes) à Tokyo avec un copain venu des Etats-Unis pour le tourisme. Personne ne vient les servir. Il a appelé en disant « sumimasen » (« Excusez-moi ») une femme qui devait être gérante, qui lui a répondu: « Pas d'étrangers ici! » Ce fut un choc. « Si cela se passait aux Etats-Unis, j'appellerais la police tout de suite. Mais comme il n'y a pas de loi antiraciste au Japon, personne ne s'occupe de nous. »
C'est en 1998 qu'un établissement de station thermale (onsen) à Otaru (Hokkaïdô) mit une affiche « Interdit aux étrangers ». Le tribunal jugea qu'il s'agissait d'une discrimination, et prononça l'ordre du dédommagement à l'établissement. Cependant, les étrangers résidant au Japon éprouvent les différentes discriminations même aujourd'hui. Les enseignes « Interdit aux étrangers » sont loin de disparaître, et il y a des bains publics qui demandent l'entrée plusieurs fois plus chère aux étrangers qu'aux Japonais.
« S'ils sont inquiets de ce que les étrangers ne respectent pas les civilités, ils doivent clarifier les règles et refuser ceux qui les rompent. Ce n'est pas la question de couleur de peau ou de nationalité. Maintenant que le Japon a besoin des ressources humaines étrangères, c'est le respect strict des droits des étrangers qui sera un important message de bienvenue. », remarque David Aldo (Aldwinckle), professeur assistant d'origine américaine à l'Ecole informatique d'Hokkaïdô, plaignant de l'affaire du refus de baignade.

NdT: Il faut que j'ajoute que David Aldo est un objet de polémique, surtout de la part des étrangers nipponophiles, qui le considèrent comme quelqu'un qui veut imposer les valeurs occidentales aux Japonais (on peut le sentir au passage: « Il faut que les Japonais clarifient les règles »). Par exemple, il a porté plainte contre la police qui l'avait interrogé sans raison au moment du sommet de G8, mais certains témoignages disent qu'il flânait autour des policiers avec un magnétophone jusqu'à ce que quelqu'un l'interpelle. D'autre part, ce qui m'embête toujours est l'anonymat propre au journalisme japonais. Comme presque personne ne signe les articles, ils sont souvent irresponsables. Mise à part l'absence d'aucune nuance pour David Aldo, cet article ne satisfait pas la curiosité des lecteurs indécents comme moi. « Mais de quelle couleur de peau était ces Américains au restaurant de yakitori? » (D'ailleurs, je ne sais trop pourquoi cet Américain ne porte pas de nom dans cet article, tandis que le Pakistanais s'appelle Ali Nusrat. S'agit-il d'un pseudonyme ou non? On ne sait jamais. (Généralement, on ne publie pas le vrai nom dans cette sorte d'articles, mais il n'y a aucune indication que c'est un pseudonyme.) Je répète que je déteste ce journal bien-pensant, ou déjà une caricature de la bien-pensance. Mais en tout cas, cet article ne manque pas d'intérêt, je crois.)

jeudi 17 juillet 2008

Racisme estudiantin

 Le club des débats de la faculté de droits de Nihon University, université privée qui compte le plus d'étudiants au Japon, a refusé l'adhérence d'une étudiante d'origine coréenne. La raison du refus était l'inquiétude causée par la participation de cette "résidente" (zaïnichi). Les leaders du club pensaient qu'elle aurait des difficultés à s'intégrer, car les étrangers ont une culture différente.
 Mais ils ne l'ont pas dit directement à la concernée. Ils lui ont expliqué la raison du refus ainsi: "Tu participes au séminaire des étudiants qui préparent le concours des avocats. Tu seras trop occupée pour participer à notre activité." Elle a appris la vraie raison par le biais d'un autre membre du club, et sa mère a porté plainte au comité des droits de l'homme de la faculté.
 Les leaders du club se sont défendus en prétendant que la raison du refus n'était pas l'origine de la jeune fille, mais ils se sont excusés parce qu'ils ont blessé ses sentiments.
 Le président a demandé pardon à l'étudiante, parce que ses sentiments ont été blessés, tout en précisant que ces personnes n'avaient probablement pas de sentiments raciaux.
 L'étudiante en question est une "résidente" (zaïnichi) de troisième génération, ce qui veut dire que même ses parents ont grandi au Japon.
 Je ne fais pas de commentaire, car l'histoire est trop lamentable.

Au secours! La police japonaise est complètement folle!

 Depuis la tuerie dans la rue de Tôkyô du mois dernier qui a fait huit morts, la police surveille la Toile pour arrêter les individus qui y annoncent un meurtre. Mais qu'est-ce qu'ils font en réalité? Ils arrêtent tout bonnement les personnes qui s'amusent à faire des calembours à la japonaise!
 D'abord, un adolescent a été arrêté parce qu'il avait écrit qu'il allait "jetuer" indifféremment des hommes dans la gare de Nagoya le lendemain. On ne sait pas bien traduire ce calembour idéographique. Le caractère chinois pour "tuer" est 殺. Ce garçon a utilisé un autre kanji 投, qui veut dire "jeter". Si votre encodage est bon, vous pouvez voir que la partie droite des deux caractères est la même chose (殳). Il a inscrit "投します", ce kanji "jeter" suivi des caractères phonétiques, ce qui ne veut rien dire (ça fait penser à "jeter" plutôt qu'à "tuer"). Mais si on remplace l'idéogramme par 殺, cela veut dire "je vais tuer". Si j'étais un flic, je croirais que c'est une plaisanterie. Mais le commissariat de Nagoya a mobilisé une soixantaine de policiers à la gare de Nagoya pour prévenir un massacre. Bien sûr que la tuerie n'a pas eu lieu, et c'est la police d'analyser l'adresse IP de l'ordinateur qui avait fait cette annonce drôle. On a arrêté le garçon pour avoir entravé le travail des officiers.
 Et puis, un homme s'est amusé à écrire une annonce "Je vais tuer n'importe qui demain à la gare d'Uéno de la ligne Saïkyô". Le problème est que la ligne de Saïkyô est bien une ligne de banlieues de Tôkyô, mais elle ne passe pas à Uéno. Il a été arrêté, parce que la police n'a pas compris la plaisanterie.
  Et enfin, un autre garçon a dit sur Internet qu'il allait tuer des poissons dans une école élémentaire, tout en précisant la date de l'exécution et le nom de l'école. Ce poisson est appelé "koonago". Les Japonais d'antan avaient un certain raffinement pour attribuer parfois des idéogrammes aux mots indifféremment au sens, mais plutôt phonétiquement. Pour ce petit poisson "koonago", ils ont choisi les caractères chinois qui voudraient dire "petites filles" (小女子). Les trois kanji signifient respectivement "petit", "fille" et "enfant". Je ne nie pas que ce mot fait penser aux petites écolières au premier regard, mais il ne signifie que ce petit poisson quand on le considère avec sang-froid. Mais bon, la police a mobilisé encore une fois beaucoup de flics pour surveiller l'école (les vraies petites filles auraient dû avoir peur!), et on a arrêté cet individu parce que son humour était abscons.
  Toute la leçon qu'on peut tirer de ces histoires est ainsi: "Et les rigolos! Vous ne devez pas préciser date et lieu dans votre annonce humoristique!" C'est tout en effet. Tout ça n'a rien à voir avec la prévention des crimes. Les autorités veulent seulement punir les internautes, a priori méchants et pervers selon elles...

vendredi 11 juillet 2008

Le crime de l'adultère

 Le crime de l'adultère existe toujours au Japon. L'article n'est officiellement plus en vigueur dans le code civil, mais la sanction sociale est toujours d'actualités.
 Une présentatrice télé est allée dans un hôtel de passe avec un joueur de baseball, marié et avec enfants. Et un magazine voyeuriste a publié l'article sur cette "affaire". Alors l'agence de cette présentatrice lui a demandé d'arrêter le travail au moins temporairement. Bien sûr qu'il n'y a aucune sanction pour l'athlète qui a la chance d'être un homme dans cette société moyenâgeuse. Et nos compatriotes croient que c'est tout à fait normal.
 Le seul espoir dans cette histoire triste est que cette femme est récidiviste. Elle a l'air de ne rien regretter.

mardi 17 juin 2008

Le JT japonais ne parle pas de l'émeute






 "Aïrin est le seul quartier qui m'ait fait peur au Japon." C'est le témoignage qu'on entend fréquemment.

 Aïrin est un quartier dans l'arrondissement Nishinari à la ville d'Osaka, connu du nombre d'ouvriers qui n'ont pas de boulot fixe. Le niveau de l'éducation est généralement bas, et l'espérance de la vie est la plus courte au Japon. Un petit article sur le site du journal Asahi Shinbun. (En fait, il n'y a que de très petits articles dans les sites des journaux japonais, vu qu'ils croient qu'il est suicidaire de proposer des informations gratuites.)
 L'émeute des ouvriers dans le quartier Aïrin (Kamagasaki) dans l'arrondissement Nishinari, Osaka, ne cesse pas encore au soir du 15 juin. Environ 280 personnes furent assemblées devant le commissariat, et certains individus répétèrent à jeter des pierres. Quatre policiers furent blessés, et le commissariat arrêta un nouvel adolescent de 17 ans pour une entrave au travail des policiers.   Le brouhaha continue depuis trois jours. On compte dorénavant 15 personnes arrêtées et 14 blessées.
 Selon le commissaire, le chef de du comité des travailleurs réunis du quartier Kamagasaki appela à la protestation, prétendant "Des ouvriers ont été victimes de la violence policière", et des personnes rassemblées jetèrent des pierres aux brigadiers. Il y eut beaucoup de jeunes qui semblaient être badauds, dont une partie s'énerva et engagea de petites escarmouches.

 L'histoire qui a été l'origine de la violence policière est assez futile. Je traduis ce que rapporte un blogguer (Les photos sont prises de son site) qui se fonde sur le tract du comité des travailleurs.  Un ouvrier s'est rendu dans un petit restaurant populaire pour commander un okonomiyaki (je dirais une pizza japonaise) pour qu'il l'emporte plus tard. La serveuse lui a répondu "D'accord! D'accord!" d'une façon très sèche. L'ouvrier en question a été un peu choqué par cette attitude, mais il n'a rien dit. Il est retourné au restaurant deux heures plus tard, et il s'est plaint de l'attitude de la serveuse de tout à l'heure. Alors elle a appelé la police (?) pour dire qu'il entravait son activité commerciale. Le tract du comité des travailleurs dit que la serveuse a rendu l'argent à l'ouvrier, et il doute qu'elle n'ait même pas fait l'okonomiyaki commandé.
 Cet ouvrier a été embarqué au commissariat (!). Quatre policiers frappent sa tête, ils l'étranglent et lui donnent des coups de pieds, et s'il s'évanouit un coup de spray, et puis à nouveau de la violence. Enfin ils tiennent ses pieds pour le pendre la tête en bas.
 Les policiers lui ont dit: "On peut faire supprimer ton assistance sociale (une sorte du RMI). Si tu signes ce papier pour promettre que tu ne t'approches plus de ce resto, on te la laisse." Et il a signé.
 Ça, c'est l'origine de l'émeute. Je ne sais trop si le comité des travailleurs raconte sur la violence policière est 100 pour cent vrai, mais l'émeute est une réalité.
 Et la télé n'en parle presque pas du tout. Admettant que le séisme au nord du pays est l'actualité la plus importante du moment, ce silence est incompréhensible, d'autant que ce n'était pas pareil au moment de l'émeute d'Aïrin en 1990.
 Les bloggueurs disent: "Le journalisme japonais est mort." "La télé n'en parle pas, puisque ça ne profite pas à l'audimat." "Ils ont peur des sponsors."

mardi 20 mai 2008

Où peut-on acheter la viande de baleine au Japon?

Je suis rentré à mon pays natal l'été dernier, mais il y a pas mal de choses qui m'étonnent dans ce dernier empire du monde où je n'avais jamais mis les pieds pendant dix ans.
Par exemple, je suis tombé sur un spot publicitaire de... baleine à la télé (pas herzienne, mais satellite) :-o C'est un mini téléachat plutôt qu'une pub, qui dure quelques minutes. Je croyais que les Japonais chassaient la baleine seulement pour le but scientifique. Autrefois, je me demandais d'où venait la viande de baleine que proposent certains restaurants de luxe de Tokyo, mais maintenant on ne fait plus mystère. On peut l'acheter au téléachat.
Comme tous les bons Japonais modèles, je ne suis pas contre la chasse à la baleine. Mais mon raisonnement est différent de celui de mes compatriotes qui parlent de la tradition depuis des siècles. Il est vrai qu'il arrivait que les Japonais à qui leur bouddhisme interdisaient de toucher aux animaux à quatre pattes mangeaient la baleine pour sa protéine animale, mais la consommation n'avait jamais été importante jusqu'au milieu du vingtième siècle. Si les Japonais consommaient beaucoup de baleine, c'est que ce mammifère dont la viande était la moins chère était la seule nourriture animale disponible pour les Japonais pauvres, qui n'avaient même pas le moyen pour acheter le poisson, surtout juste après la Deuxième Guerre mondiale, avant le développement économique. La baleine restait une nourriture pas chère jusqu'aux années 80. Donc, même s'il est vrai que la chasse à la baleine est une tradition japonaise, ce n'est qu'un prétexte pour défendre ce qu'ils font. La raison authentique pour manger la baleine n'est rien d'autre que leur nostalgie d'enfance.
Si je ne suis pas d'accord avec les écologistes du genre Green Peace, ma raison est différente de ces CPNT japonais, mais c'est la solidarité avec les pêcheurs des petits pays des Caraïbes comme Antigua-et-Barbuda. Ces pays pauvres dont les ressources principales sont la pêche rencontre une crise à cause de l'abondance de baleines qu'ils n'avaient jamais connue jusqu'à présent. Ces pêcheurs n'ont que de petites barques, et ils ne peuvent plus pêcher, car si une baleine monte à la surface d'eau, c'est la question de vie ou de mort. Ils demandent en larmes aux Norvégiens et aux Japonais de reprendre la chasse à la baleine. J'ai entendu parler que certains Occidentaux leur a proposé de travailler comme portiers dans les hôtels qu'ils allaient construire, en leur disant que le tourisme pour la baleine est l'avenir de ces petits pays. Je ne sais si cette histoire est vraie, mais je déteste la mondialisation sous la figure de l'écologie (ça existe bien sûr...) beaucoup plus que les amis japonais de Saint-Josse et Nihous.
Moi, j'ai tendance à penser que l'écologie est quelque chose qui remplace le christianisme pour les Occidentaux. Ils veulent toujours imposer leur propre idéologie sur toute la terre. Il n'y a aucune doute que cette pensée n'aurait pu naître ailleurs qu'en Europe qui a toujours été favorisée par la nature tendre. C'est ainsi que les dieux occidentaux aiment les humains, mais qu'ils font peur ailleurs qu'en Europe.
En tout cas, si je ne suis pas contre la chasse à la baleine en principe, je n'aime pas les mensonges. Comment pourrais-je croire que la chasse est purement du but scientifique, quand je constate qu'on vend la viande au téléachat?
La semaine dernière, des membres (de l'éthnie japonaise) de Green Peace se sont insinués dans un entrepôt de service de transports (à Aomori, pas trop loin de chez moi). Ils doutaient que les équipiers des bateaux qui chassent la baleine envoient de la viande pour leur famille. C'est bien une "tradition" de chez eux d'avoir part à la chasse et d'en ramener aux leurs, puisqu'ils s'absentent pendant des mois. Mais c'est un "détournement" selon Green Peace, parce qu'au moins, toute la baleine doit être destinée à la recherche scientifique, si ce que les chasseurs avancent est vrai. Soit. Mais qu'est-ce qu'ils ont fait, ces membres de Green Peace? Ça s'appelle un vol. Ils le nient, car ils l'ont fait pour avoir la preuve du crime. Mais ce sont eux qui croient qu'il s'agit d'un crime. Ce n'est pas Green Peace qui fait la loi. S'ils osent tout pour leur idéologie, ils ne sont pas du tout différents des terroristes. :-(

lundi 12 mai 2008

La taxe gazoil

Je ne sais si vous êtes au courant, mais un des plus grands problèmes politiques en ce moment au Japon est la taxe gazoil. Elle est de 48,6 yens (environ 30 centimes d'euro) par litre, dont la moitié est qualifiée de "provisoire" depuis 1974 (!). Elle est destinée à suppléer les ressources réservées aux aménagements des voiries. Mais on sait désormais que tout n'est pas utilisé dans ce but précis. Par exemple, il y a des fonctionnaires du ministère du territoire national et des transports (traduisez "le territoire national" par "la construction") qui ont acheté des machines karaoké, des articles pour le softball, et des fauteuils de massage et payé les frais des voyages avec cette ressource pour leur récréation. L'histoire la plus dérisoire est la comédie musicale pour la promotion des travaux, montée avec cette taxe (3,5 millions d'euros!). Je ne sais si elle a eu du succès, mais le refrain d'une chanson est "Faisons la route! Faisons la route!". On cachait soigneusement que le spectacle avait été financé par la taxe gazoil.
Même si c'est un tabou, on sait bien depuis toujours que les politiciens dont le support est fondé sur la construction sont le plus grand problème dans le monde politique au Japon. Et la construction sent la mafia. La construction reste le lobby qui exerce le plus d'influence au Japon sans conteste. On se plaint beaucoup de la baisse de naissance au Japon actuellement, mais je crois que c'est une réaction normale de la population contre l'Etat qui ne voulait jamais améliorer la situation déplorable de l'éducation. Il y avait toujours quarante élèves dans une classe de l'école élémentaire jusqu'au lycée, mais les politiciens n'ont jamais voulu faire construire des écoles, car l'éducation, ça fait pas gagner! Il n'y a aucun lobby qui veuille des écoles au Japon. Maintenant, il n'y a que vingt élèves dans une classe même dans les grandes villes. C'est une chance pour les Japonais. (Mais personne ne pense comme moi au Japon.)
L'argument le plus logique est la question: Est-ce qu'on a encore besoin de nouvelles autoroutes? Le plus grand parti d'opposition, le Parti Démocrate du Japon, répond que non, et le parti au pouvoir, le Parti Libéral-Démocrate, dit que oui. La période "provisoire" a pris fin au mois de mars. Le PDJ refusant de discuter sur le renouvellement de la taxe, la loi a expiré, et le prix du gazoil a baissé à peu près de 25 yens (15 euro cents) le 1er avril. Actuellement, la majorité de la chambre haute est occupée par l'opposition, et plus de deux tiers de la chambre basse par le PLD. La loi dit que la chambre basse peut donner la validité à une décision avec deux tiers des voix, même si la chambre haute l'a refusée. C'est ce que le PLD a fait, et le gazoil a remonté jusqu'au prix précédent le 1er mai. Et le PDJ crie au scandale en parlant de la violence du nombre.
Je n'approuve pas le procédé du PLD, mais je ne suis pas moins outré par le PDJ, qui fait exprès dans le populisme primaire. C'est la constitution qui dit que deux tiers des voix de la chambre haute sont suffisants pour nier la décision de la chambre haute! Cela ne peut être une violence. (D'ailleurs, le PDJ ne propose même pas d'alternatif pour suppléer la somme manquante.) Le premier ministre Fukuda a promis que la taxe serait versée dans les ressources dites "générales" dès l'année prochaine, c'est-à-dire non pas réservées aux voiries, mais on a un grand doute sur la politique du PLD, car ils ont voté la même loi avec la validité de 10 ans. Ils ont gardé sans vergogne le nom des ressources réservées aux voiries, tout en promettant que leur emploi n'est plus spécifique... De qui se moquent-ils? Selon le sondage, 75 pour cent des personnes interrogées le trouvent contradictoire. Ouf!
Historiquement parlant, le Japon n'avait pas besoin de routes terrestres au haut moyen âge, car les transports se faisaient sur la route maritime. Depuis que les commerces avec le continent ont débuté, les Japonais se sont mis à imiter la Chine sur tous les points. (C'est probablement parce que les dirigeants étaient très souvent d'origine coréenne. Est-ce que c'est eux qui avaient une grande admiration pour leurs voisins, ou que, très futés, ils ne voulaient pas imposer leurs propres modèles aux Japonais?) On a aménagé la capitale (Kyoto) sur le modèle de Xian, et le réseau de routes centralisateur en se basant sur l'exemple chinois. Cette forte tendance à l'imitation reste une mentalité japonaise. Elle fait parti du snobisme sans doute, mais on ne peut nier qu'elle était toujours LE moteur du progrès au Japon. Les Japonais d'antan ont aménagé les voiries qui n'étaient pas vraiment nécessaires malgré les grandes difficultés, principalement pour l'émulation.
Les Japonais adorent ou imiter les nouveautés ou garder les prétendues traditions qui étaient souvent imitations à l'origine. Je crois que les premières imitations sont une des qualités japonaises, mais je ne suis pas pour l'attachement un peu ridicule et absurde aux traditions qui manquent complètement de souplesse. Même la construction des voiries suit une tradition qui n'est plus efficace, à ce qu'il me semble. Il est temps qu'on comprenne que les Japonais n'avaient pas du tout besoin de routes terrestres au début. Pourquoi pas réévaluer l'efficacité des transports maritimes au Japon? (Mais personne ne pense comme moi ha ha) Je suis assez d'accord avec Paul Virilio sur le sujet de la lenteur...

mardi 22 avril 2008

Encore un grand pas en arrière

Aujourd'hui, la justice japonaise a marqué un autre grand pas en arrière.
Un garçon a tué une femme et son petit bébé il y a 9 ans à Hikari, une petite ville dans l'ouest du Japon. Il avait à peine 18 ans à l'époque. Les deux premiers jugements étaient la perpétuité, mais la cour suprême a demandé la révision à la cour d'appel d'Hiroshima. Le juge a prononcé la peine capitale pour ce garçon.
Il y a plusieurs problèmes dans cette affaire.
  1. La justice japonaise a les critères pour la peine de mort, généralement respectés. Cette affaire ne leur correspond pas sur l'âge du criminel et le nombre des victimes. La majorité est à 20 ans au Japon. Le média ne peut pas publier le nom de ce garçon pour cette raison. L'année dernière, on a prononcé la peine capitale à un homme qui avait tué une seule personne, ce qui était vraiment exceptionnel. Peine de mort pour le garçon qui a tué deux victimes, cela reste exceptionnel dans le contexte de la justice japonaise.
  2. Le mari de la femme tuée est beaucoup médiatisé. Il paraît qu'on le prouve émouvant. Le jugement d'aujourd'hui semble être "populiste" qui aime flatter le peuple dans une époque virtuellement interactive.
  3. Le système du jury est suspendu depuis 1943, mais on le reprendra dès l'année prochaine. On lui dotera même le pouvoir de l'estimation des peines. J'attendais à ce procès une sorte de frein en attendant la reprise du système du jury qui m'inquiète beaucoup. Mais le juge a voulu en montrant cet exemple que les gens suivent le chemin de l'empathie pour la famille des victimes, plutôt que de garder la conscience exigée aux magistrats.
  4. La cour suprême, qui avait rejeté les deux premiers jugements, n'a pas voulu reprendre en main cette affaire beaucoup médiatisée. C'est pour cela qu'elle a demandé la révision à la cour d'appel.
Ce qui m'inquiète le plus est que nos compatriotes ont oublié la vertu de la tolérance. Ils sont brûlés par le feu de vengeance et de haine. Ils refusent de comprendre que leur haine, c'est leur propre problème. Pourquoi doivent-ils la projeter sur ces criminels? Certaines statistiques disent que 80 pour cent des Japonais soutiennent le maintien de la peine de mort. Il est temps que les magistrats arrêtent de vouloir plaire au peuple, mais ce qu'ils font est exactement le contraire de ce qu'ils doivent faire.

P.S. Ce qui a profondément choqué le peuple dans cette affaire est la nécrophilie. La défense prétendait que c'était une cérémonie pour ressusciter la femme. Le juge a rejeté cette hypothèse en disant qu'elle serait irrationnelle et absurde. Mais euh... Je ne sais quoi dire. Enfin, si cette cérémonie est irrationnelle et absurde sans aucun doute, la défense ne l'est pas, non?

P.P.S. Le mari de la femme tuée a dit quelque chose de britneyesque: "Je veux que ce garçon regrette ce qu'il a fait en dépassant sa propre mort." Apparemment, ça ne fait rire que moi au Japon.

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samedi 19 avril 2008

Le régime "Seconde Vieillesse"

Les Japonais ont prouvé encore une fois qu'ils étaient plus forts que les Français. Ceux-ci ne parlent encore que du régime de retraite, mais ceux-là parlent déjà de la Seconde Vieillesse, le régime de sécurité sociale de pointe. "Seconde vieillesse", c'est bien le mot employé: donc, ces personnes âgées ne sont attendues que par la mort après cette période. Le régime est en vigueur depuis le poisson d'avril. Quel sens d'humour! Normalement, l'humour japonais est gentillet et niais, mais cette fois-ci, ils ont prouvé que leur sens d'humour noir était particulièrement développé! Le premier ministre Fukuda a voulu le renommer en "le régime de longue vie", mais c'était trop tard, toutes les cartes de sécu étaient déjà imprimées et envoyées.
Ce n'est pas seulement l'appellation qui est scandaleuse. Les personnes âgées de plus de 75 ans méritent ce nom glorieux de la "Seconde Vieillesse". Leurs frais médicaux avaient été généralement gratuits auparavant. Depuis quelques années, ils payent à peu près 10 pour cent des frais médicaux. Et maintenant, on encaisse automatiquement une certaine somme de leur pension pour la sécurité sociale. Le ministre de la santé explique que c'est pour alléger le coût administratif, et que les personnes âgées elles-mêmes n'ont plus besoin de se déplacer pour payer. Soit. Mais alors enfin, ces vieux doivent-ils payer plus ou moins d'argent qu'avant le changement du régime? Le ministre Masuzoé (francophile et francophone) aurait répondu à cette question: Environ 70 pour cent des personnes appartenant à cette catégorie payeront moins qu'avant. Il peut arriver que ceux qui ont une pension relativement importante doivent donner plus qu'auparavant. 70 pour cent? Est-ce suffisant pour changer le régime? Mais bon, du moins est-ce plus que la moitié :-(
Mais depuis quelques jours, on entend le cri des personnes âgées qui ne sont pas du tout riches. Le premier encaissement a eu lieu le 15 avril. Et qu'est-ce qu'on découvre? Apparemment, on leur retire beaucoup plus d'argent qu'avant. Qu'est-ce qui se passe ici? Donc, on a demandé à monsieur Masuzoé le fondement du calcul pour le poucentage avancé. Alors il a répondu: Euh... on a jamais fait d'estimation... J'ai cru que ce serait à peu près de 70 pour cent...
On dit qu'on a effectué ce changement de régime pour une part pour réduire les frais médicaux des personnes âgées hospitalisées. En un mot, ils ne faut plus donner de soins à ces végétaux. S'il faut payer plus, ces familles renonceront à prolonger inutilement la vie de leurs intimes. C'est leur logique. Logique des fonctionnaires, particulièrement cynique.
Une question s'impose. Ces personnes âgées, qui ne font que voter le Parti Libéral-Démocrate depuis une éternité, vont-ils faire la même chose aux prochaines élections (à part les végétaux, bien sûr)? Veulent-ils prouver qu'ils sont complètement idiots, en allant voter pour leurs bourreaux? Le pire est que ces bourreaux ne sont même pas méchants. Ils sont irresponsables, c'est tout... Il est temps que les personnes âgées comprennent enfin que c'est leur fidélité aveugle qui est la gage de l'irresponsabilité des dirigeants.
Donc, vous ne devez pas imaginer que les Japonais respectent toujours les personnes âgées. Cette histoire appartient au passé. Vous devez plutôt revoir La Ballade de Narayama, le chef-d'oeuvre d'Imamura, mais vous devez soustraire la dignité de ce film pour comprendre la situation actuelle au Japon.

Article précédent: Le col (poème de MAKABE Jin)
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mercredi 9 avril 2008

Commentaires racistes sur YouTube concernant les Chinois et le problème du Tibet

Quelqu'un a uploadé à YouTube une vidéo (octobre 2006) dans laquelle on peut voir les soldats chinois qui tuent les personnes se rendant au Tibet. Il paraît que l'image a été tournée aux frontières entre la Chine et le Tibet. (Je crois que c'est un document peu sérieux et très probablement truqué, même si je suis outré par la politique actuelle du gouvernement chinois pour les Tibétains.) Le titre est "L'image de l'armée chinoise qui tue indifféremment les pèlerins tibétains". La vidéo en anglais est sous-titrée en japonais. Je traduis les commentaires récents de caractères racistes des utilisateurs japonais envers les Chinois. Les opinions haineuses sont souvent très souvent appréciées ici, selon le pouce-o-mètre.
"Il faut éliminer les Chinois de la terre."
"Le Terminator appartient au monde imaginaire, mais j'en veux un réellement. Je voudrais faire massacrer les Chintocs communistes cruels par lui."
"Donc il faut tuer les Chinois quand on les croise dans notre pays. Je serais tranquille, car je considère la vie des gens qui négligent la vie des autres comme une ordure. Et la vie des Chinois est une sorte d'ordure, n'est-ce pas?"
"Ils ne regrettent rien, et ils tuent leurs compatriotes tranquillement. Les nazis sont plus humains qu'eux."
"Chinois = Blattes"
Comme cela m'attriste de continuer, je cite le message très spammy qui me paraît le plus significatif.
"On ne peut sauver la vie des Tibétains si on discute avec les Chintocs ici! C'est une pure perte de temps!"
Et il appelle à signer la pétition pour Tibet Support Network Japan.
Celui-là résume la mentalité de la grande majorité des racistes.
"Je ne tolère pas la discrimination, mais seuls les Chinois doivent être l'objet de la discrimination."
Comme cela, il me semble que le mouvement pro-tibétain ne sert qu'à attiser le racisme anti-chinois vraiment primitif et primaire au Japon. Ils n'ont aucune imagination pour les Chinois que le problème du Tibet chagrine. Je cite un commentaire anti-japonais à la fin. Je ne suis pas d'accord pour la deuxième phrase, mais en revanche, je comprends la première question, car les Japonais sont le dernier peuple qui soit intéressé par les affaires internationales.
"Since when Japanese start to care about Tibet? Pathetic little island monkies!"

Article précédent: L'origine du fantasme

mardi 1 avril 2008

Censure, censure

Si vous êtes intéressé par le Japon, je pense que le nom de Yasukuni ne vous est pas étranger. Même si vous ne connaissez pas ce nom, vous avez probablement entendu parler du sanctuaire où les criminels de la Deuxième Guerre mondiale sont vénérés. L’ex premier ministre Koïzumi s’y est rendu pour leur rendre un culte en tant qu’homme public, ce qui a attiré la critique violente des pays asiatiques, surtout la Chine et la Corée du Sud, à tel point que cet acte a détérioré les rapports diplomatiques. Il faut que je dise que le sanctuaire de Yasukuni est un temple shintoïste de deuxième classe, qui n’a pas vraiment un statut religieux important, mais qu’il a un caractère politique et idéologique. D’ailleurs, on dit qu’Hirohito, le chef religieux du shintoïsme, ne voulait pas que ces criminels de guerre soient enterrés dans un sanctuaire shintoïste...
Maintenant que Fukuda sinophile est le premier ministre, on attendait que les relations entre l’Asie et le Japon commenceraient à regagner le terrain perdu, mais voilà qu’une affaire ennuyeuse surgit.
Un réalisateur chinois a tourné un documentaire intitulé Yasukuni, et sa sortie était programmée pour le 12 avril. Mais les microbus de l’extrême droite ont protesté à la sortie du film avec leurs haut-parleurs étourdissants, et les salles de cinéma ont décidé de l’annuler pour le confort des clients. Mais bien sûr...
Donc, ce n’est pas du tout la censure par l’Etat, qui ne la veut pas d’ailleurs, mais l’autocensure par le racisme au quotidien. Vous avez tort d’imaginer que les gens qui travaillent dans le domaine culturel soient généralement antiracistes au Japon. Peut-être le sont-ils au fond du coeur, mais ils sont tellement pusillanimes et conformistes.
Ces gens d’extrême droite n’ont pas vu le film, cela va sans dire. Un film intitulé Yasukuni, réalisé par un Chinois, c’est déjà une lèse-majesté pour eux. Mais il est bien étrange que personne ne dise si c’est un bon film ou pas. Peut-être que personne ne l’a vu. Une députée du Parti Libéral-Démocrate qui a vu ce film se prend pour un Voltaire: "L’idéologie de ce documentaire n’est pas compatible avec la mienne, mais le Japon est un pays où la liberté d’expression est assurée." C’est carrément consternant que personne ne risque sa "vie" de peur des mafieux. Le Japon est l’empire de l’autocensure. Vous n’imaginez pas à quel point les gens d’extrême droite sont puissants en puissance au Japon.
Au fait, si les Français sont critiques à l’égard des JO de Pékin, c’est souvent par le souci des droits de l’homme, mais c’est un peu différent au Japon. Le dimanche suivant l’oppression des Tibétains, il y a eu quelques manifestations organisées par les groupes d’extrême droite anti-chinois, qui ont commencé par chanter leur hymne national. Non, ils ne pensaient pas du tout aux Tibétains, c’était seulement un prétexte. On dit qu’ils se sont rassamblés longuement devant l’ambassade de la Corée du Sud pour réclamer l’île Takéshima (Tokdo en coréen) occupée par les Coréens. Vous essayerez en vain de les comprendre. Pour vous rassurer, je dis que les manifestations "normales" ont eu plus de participants que ces groupes.
J’ai déjà parlé de l’hymne et du drapeau prétendument nationaux. Ce sont des trucs d’extrême droite pour moi, parce que ce sont des emblêmes du Grand Empire du Japon (1889-1947), contenant la péninsule de Corée, Taïwan, la Sakhaline du Sud et les îles Kouriles comme territoire. Je ne les approuve pas, surtout qu’ils n’ont été "légalisés" qu’en 1999, un grand pas en arrière pour le Japon. Et le gouverneur de Tokyo licencie les enseignants des écoles publiques qui ne sont pas debout pour chanter ce soi-disant hymne national à la cérémonie depuis l’officialisation de ces hymne et drapeau. Je ne plaisante pas.

P.S. Article de Philippe Pons dans Le Monde
Ce sont les salles de Tokyo qui ont annulé la sortie, et on a décidé autrement pour d’autres villes. Je commence à avoir un grand doute. Est-ce que ce n’est pas une nouvelle promotion? Une façon rusée de faire parler d’un documentaire, dont on ne peut s’attendre à un succès commercial normalement? Ne va-t-on pas sortir le film même à Tokyo dans quelques semaines?

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samedi 29 mars 2008

Procès d'Oé Kenzaburô

Hier, Oé Kenzaburo, le lauréat du prix Nobel de la littéarture, a gagné le procès dont il était accusé de la diffamation contre les vétérans de la Deuxième Guerre mondiale. Il a écrit Les Cahiers d'Okinawa, reportage sur la bataille d'Okinawa, une bataille particulièrement sanglante à laquelle même les adolescentes ont participé comme de jeunes soldats. Dans ce livre, le romancier parle du suicide collectif des îliens, et ces anciens lieutenants ont porté plainte pour nier leur responsabilité dans cette affaire tragique. Le tribunal a décidé que l'armée avait bien une responsabilité dans cet événement et a acquitté Oé.
C'est une affaire très étrange. D'abord, Oé ne dit pas que ces lieutenants ont donné l'ordre aux habitants de se suicider. Et puis, les plaignants n'avaient pas lu le livre avant d'engager les poursuites judiciaires pour la diffamation. Si on tient compte de ces faits élémentaires, le jugement ne peut être que non coupable pour Oé.
Si ce procès concerne les Japonais, c'est qu'il s'agit de la bataille d'Okinawa. Ces lieutenants (en fait, l'un des deux plaignants est le neveu de la personne qui a participé à la bataille) sont des Japonais qui étaient envoyés pendant la guerre aux archipels de Ryûkyû, qui étaient un pays indépendant jusqu'au 19e siècle. Là, on parle un dialecte très différent du japonais, et les habitants ont une culture propre à eux. Depuis qu'Okinawa a fait partie du Japon, les Nippons leur a interdit l'utilisation de leur dialecte.
Les Américains ont attaqué ces îles avant de débarquer à la métropole japonaise. On pense généralement que l'armée a ordonné aux habitant de mourir comme des Japonais exemplaires avant que ces îles soient complètement occupés par les ennemis. On suppose que les soldats ont distribué les grenades afin qu'ils puissent mourir "dans la dignité". Ces plaignants prétendent qu'ils n'avaient jamais donné d'ordre, mais leur plainte a été rejetée.
Je suis un peu frustré de la conclusion du procès, car ce procès était instrumentalisé par les deux camps, de gauche bien-pensante et d'extrême droite. Je ne suis ni pour l'une ni pour l'autre. Ce qui m'intéressait était plutôt les sentiments des plaignants et de ces soldats "japonais" qui ont connu cette expérience. "Nous ne pouvions rien faire. Nous étions complètement ahuris devant ces habitants qui se suicidaient sans que nous donnions l'ordre. Nous avions très peur." C'est ce qu'ils disent. C’est ce que ces gens disent. Ce qui est embêtant est que les plaignants parlent de la belle mort...
Les bien-pensants disent qu'ils mentent, et les gens d'extrême droite affirment que l'armée n'avait aucune responsabilité dans l'affaire. Mais pour ma part, je crois que ces soldats disent la vérité, sans que je nie la responsabilité globale de l'armée dans cet événement tragique. Le tribunal a adopté l'opinion des bien-pensants tout bonnement. (Les plaignants ont fait appel.) Mais mon opinion est plutôt comme cela: Très probablement, beaucoup d'habitants d'Okinawa se sont suicidés sous l'ordre de l'armée. Mais certains îliens ont choisi la mort, poussés par on ne sais quel sentiment de devoir intériorisé. Il n'est pas étonnant, pour moi au moins, qu'il y ait eu des soldats japonais qui ont assisté à ce comportement au-delà de compréhension à la fin de la guerre irrationnelle.
Comme j'ai déjà traité du sujet dans un autre article (KY), c'est une obligation pour les bons Japonais de s'adapter à l'"ambiance" générale, d'agir comme tout le monde. Et cette ambiance peut les pousser jusqu'à la mort. Il est bien possible que les habitants d'Okinawa se soient suicidés, sans ordre formel pour tout le monde, et que certains aient "volontairement" choisi la mort en un sens. Si je me permets une petite ironie, ces Okinawans sont morts véritablement comme les Japonais exemplaires qui imitent les autres sans réflexion profonde et existentielle... Mais enfin, on ne parle pas de la mentalité dans la cour...

P.S J'ajoute que je ne suis pas grand fan d'Oé. Je le lisais quand j'étais adolescent, mais c'est ce côté bien-pensant de gauche qui me gêne depuis quelques années.

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vendredi 21 mars 2008

Toni Negri ne peut entrer au territoire japonais

Le philosophe italien Toni Negri allait venir au Japon du 20 mars au 4 avril. L'ambassade du Japon à Paris n'y avait pas trouvé de problème au début, mais elle a soudain changé d'attitude. Pour les sortants de l'Union européenne, le Japon ne demande généralement pas de visa pour un séjour court. (Enfin, c'est ce que je comprends. Désolé, si je me trompe.) Donc, on lui avait dit qu'il n'avait pas besoin de visa, mais Tokyo le lui a demandé de déposer le dossier pour l'obtention du visa le 17 mars. (La loi n'a pas changé pendant ce temps.) Il l'a déposé le jour même dans la hâte, mais le document administratif sur son passé a été exigé le lendemain. Comme Negri se trouve actuellement en France, il ne l'a pas sur lui, donc il devait renoncer à ce voyage. Il lui faut absolument un document qui prouve officiellement que c'était un criminel politique, sans quoi l'immigration japonaise ne peut pas accepter son entrée au Japon. Mais il y a un grand doute que ce document existe vraiment. Le robotisme des fonctionnaires japonais est à déplorer, mais je ne croyais pas qu'il était à tel point. Ce n'est pas le ministère des affaires étrangères, mais le ministère de la justice (auquel la police et l'immigration appartient) qui s'y est opposée.
Au fait, les Japonais sont très souvent allergiques aux "Rouges", malgré le passé qu'ils les persécutaient pendant la Deuxième Guerre mondiale comme les ennemis imaginaires et intérieurs. (Peut-être que l'emploi de la préposition "malgré" n'est pas approprié ici.) Il y a quelques mois, un moine bouddhiste sympathisant communiste a été déclaré coupable de la violation de domicile, pour avoir distribué des tracts du PCJ dans une résidence. Normalement, il n'y a pas de personnes pour porter plainte dans ce cas. Tout simplement, le nom du parti communiste était marqué sur ce qu'il avait dans sa main, quelqu'un a appelé la police pour cela. Je ne dirai pas que la police et le juge soient anticommunistes, car c'est une dégénérescence du raisonnement. (Malheureusement, les bien-pensants de gauche adoptent souvent cette façon de penser.) C'est le robotisme inhumain, qui n'a rien à voir avec idéologie politique, qui doit être mis en cause ici.

Je travaillais pendant un an à l'immigration de Tokyo quand j'étais étudiant. Comme la condition de détention était très mauvaise, même les détenus dont un seul coup de téléphone pouvait résoudre le problème devaient attendre leur tour pendant quelques semaines dans la maison. Il était carrément interdit de le faire, mais il m'arrivait des fois de téléphoner à leur lieu pour les personnes sympathiques, en cachette de chez moi.
Une fois, un Iranien m'a demandé d'appeler sa "petite amie" compatriote qui allait l'aider, donc je l'ai appelée. Au début, elle me posait beaucoup de questions pour savoir qui j'étais, donc je lui ai expliqué sincèrement ce que je faisais pour aider les détenus. Alors, elle m'a répondu. "Vous êtes formidable. Continuez à aider ces gens-là. Mais je suis désolée, pour l'homme dont vous parlez, c'est une exception. Il le dit à tout le monde, mais il n'a jamais été mon petit ami, il me harcèle depuis tout le temps en revanche. C'est moi qui l'ai dénoncé à l'immigration, car je ne pouvais plus le supporter. Mais ce que vous faites est bien, il faut que vous continuiez à le faire." Cette histoire m'a carrément déprimé, surtout parce que cette femme était vraiment sincère et sympathique au téléphone. Comment je peux cerner les psychopathes harceleurs de leur physique? Il avait l'air normal pourtant. Je ne savais plus, donc d'un coup je n'ai plus jamais accepté de donner un coup de main comme ça, à moins que je ne fournisse un petit goûter pour les détenus sympa.
L'immigration japonaise a jeté Paul MacCartney dans cette prison pour un petit bout de H. Les Japonais appliquent la loi à tout le monde sans jamais tenir compte des particularités des personnages. Ni le musicien ni le philosophe mondialement connus ne font pas d'exceptions. Il y a très peu de gens comme moi qui n'hésitent pas à montrer la préférence au travail. (J'admets que ce n'est pas quelque chose à se vanter.) C'est pour cela que je dis que le policier et le juge pour l'affaire du moine rouge ne doivent pas forcément être anticommunistes. Ils sont trop impartiaux jusqu'à frôler le soupçon d'être des robots.

Article précédent: Coing (poème de Takagi Kyôzô)

samedi 8 mars 2008

Japonais fous d'Obama

Les Japonais sont fous d'Obama. Mais cela ne veut pas dire qu'ils soutiennent le Parti Démocrate (tout en restant au Japon), et qu'ils aient la préférence pour lui. Ils s'en foutent complètement. Le système sociétal a réussi a faire pousser l'indifférence politique des Japonais jusqu'à ce qu'ils ne se rendent plus compte qu'Obama est un homme politique. Tout simplement, il y a une petite ville qui s'appelle Obama au bord de la mer du Japon. C'est l'homonymie, non pas l'homme, qui les intéresse, c'est tout. La ville d'Obama fait beaucoup d'Obama goods (ouais, on est au Japon...), en commençant par le Obama T-shirt comme c'est promis, jusqu'à Obama manjû (gâteau fourré), Obama hamburger (avec le poisson de la région)... Les habitants d'Obama veulent qu'on choisisse leur ville comme le lieu des G7, car les G7, c'est les Etats-Unis et leurs acolytes pour les Japonais (généralement, ils n'ont aucune idée de la politique internationale, et je n'exagère pas)... La ville s'appelle Obama, alors elle n'aura aucune chance d'être choisi pour le Sommet, s'il sera le chef d'Etat d'un pays participant. S'ils y réfléchissaient avec un peu de sang-froid, ils le comprendraient. Bon, ce phénomène a l'air anodin, et il y a même des journalistes étrangers qui viennent faire un reportage rigolot. Il paraît que tout le monde est content. Mais est-ce que c'est vraiment anodin? Je n'y crois pas.
Déjà, cette indifférence politique presque cynique ne peut être quelque chose de bien. Et puis, je ne crois pas du tout qu'ils feraient la même chose, si une ville japonaise avait le même nom qu'un candidat caucasien à la présidentielle américaine. Ils croient montrer la sympathie à l'égard de Barack Obama, mais au fond d'eux, ils ont un mépris racial, bien qu'inconscient. Les Japonais étaient fiers d'être "blancs d'honneur" sous l'apartheid sud-africain. Ils montrent seulement le manque de ce fameux respect japonais, pourtant habituel à eux, à l'égard d'Obama. C'est un pays où un journaliste qui présente une émission politique depuis plus de vingt ans ose prononcer au petit écran: "Je ne dois pas le dire, mais Obama est noir." Oui, tu ne dois pas le dire, car j'ai honte qu'un beauf franchouillard à la sauce de soja soit un journaliste reconnu de mon pays. Vous vous demandez peut-être: "Comment ça? Les Japonais n'ont pas la solidarité des gens de couleur?" Mais non. Depuis que Fukuzawa Yukichi, le penseur fondateur de l'idéologie du Japon moderne, a dit qu'il fallait que le Japon soit un pays européen et qu'il sorte de l'Asie, les Japonais véritablement schizophrènes se prennent pour Occidentaux. Je dois dire que ce n'est pas quelque chose de ridicule en soi, et ce fondement idéologique n'est pas loin de la latinisation de Kemal Pacha pour les Turcs. Le journal Marianne s'est moqué une fois de Bolkestein qui a déclaré qu'il était contre la permission d'entrée du Japon à l'UE, tout en s'abstenant de prononcer sur le problème turc, mais c'est une question sérieuse pour certains Japonais.
Je dois ajouter que ce qu'a dit Fukuzawa n'était pas vraiment stupide. Dans les circonstances historiques où il vivait, il a jugé que l'Europe était un continent des pays indépendants, et l'Asie leurs colonnies. S'il a dit qu'il fallait que le Japon soit un pays européen, cela voulait dire qu'il devait garder son indépendance, et sa pensée a bien eu une utilité historique dans la situation urgente juste après l'ouverture des frontières du pays. Mais maintenant, les soi-disant héritiers de la pensée de Fukuzawa ne comprennent plus ce que le penseur voulait dire, tout comme les islamistes qui insistent à comprendre le Coran à la lettre, voire à leur façon arbitraire.
Personne n'est conscient de ce racisme subreptice des Japonais envers la personne d'Obama, même ces journalistes américains et européens qui viennent parler de la fièvre de la ville d'Obama, qui se moquent à leur tour, consciemment ou non, de la niaiserie des Japonais, fous d'Obama, mais qui ne comprennent rien du tout à la politique.

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mercredi 13 février 2008

Scandale Japan Airlines

Le fait a été découvert que la compagnie aérienne Japan Airlines (JAL) avait fait une enquête sur la vie privée des hôtesses de l'air à leur insu, et elles ont porté plainte à l'encontre de l'employeur pour les dommages moraux. Le rapport secret disait par exemple: "Elle a un problème. Elle est divorcée." "C'est une mère célibataire." "Il paraît que c'est une libertine." On ne sait pas vraiment pourquoi ils ont mené cette enquête.
La compagnie a accepté de payer les indemnités de 48 millions de yens (300.000 euros), tout en précisant qu'elle ne donnait pas du tout raison aux plaignantes, mais qu'elle le fait seulement pour le confort des clients (de quel confort parlent-ils?). Pourquoi alors que les dirigeants n'écoutent pas ce que les hôtesses de l'air disent? C'est "parce que ce qu'elles allèguent est non fondé, et pas clair". Mais bien sûr...
C'est impressionnant que les hommes peuvent être bêtes. Elles ont porté plainte pour le comportement sexiste des dirigeants, qui leur répondent cette fois "ce que les femmes disent n'est jamais clair, mais bon, nous vous paierons, donc soyez belles et taisez-vous". Les hôtesses ont fait appel. L'affaire continue...

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mardi 12 février 2008

Faut parler anglais, Audrey Tautou!

La chaîne nationale NHK passe l'émission de trente minutes "Faut parler anglais" une fois par semaine vers 23 heures. Le problème est que ce programme n'a rien d'éducatif, mais c'est une émission vaguement divertissante, plutôt bizarre et incompréhensible.
La séquence la plus space est l'interview des stars hollywoodiennes. Franchement, ça ferait pâlir Raphaël Mezrahi. Chaque semaine, une personnalité "degré zéro de célébritude" fait un entretien avec une star hollywoodienne, tout en ânonnant l'anglais approximatif. Le pire est qu'on est sérieux. Peut-être que ces célébrités sont très bien payées pour cette séquence, mais je me sens perplexe devant l'écran. Bien sûr qu'on ne pose que des questions très bêtes dans ces interviews, mais il est connu qu'au Japon, même les journalistes de cinéma bien professionnels ne posent que des questions qui n'ont rien à voir avec la carrière des stars (genre: comment gardez-vous votre minceur?), donc ce n'est pas grave.
Hier, l'invitée était Audrey Tautou. C'est une célébrité hollywoodienne bien sûr. Le garçon (probablement un comique, mais je ne le connais pas) a demandé à Audrey "Comment arrive-t-on à parler anglais?". Je répète qu'on est sérieux, même si l'intervieweur est un comique dans sa vie. Elle lui a répondu, souriante mais un peu énervée apparemment, "When you are forced!!! Si tu es entouré des gens qui ne parlent qu'anglais, tu es forcé de parler anglais!", avec son accent impeccable...ment frenchy. Le sous-titre japonais disait "quand tu as besoin", non pas "forcé". Ce mot ne convient pas très bien à l'attente des téléspectateurs, j'imagine.
Je crois qu'Audrey Tautou n'a rien compris, mais tous les étrangers (surtout s'ils sont "blancs") sont censés parler anglais couramment une fois qu'ils se trouvent dans ce pays insulaire. On SAIT bien que l'anglais n'est pas la langue natale d'Audrey tautou, mais on ne se rend pas compte.
J'ai lu un courrier de lecteur français sur le journal Asahi (c'était la première fois de ma vie), et il disait que les jeunes japonais n'ont dans leur tête que les Etats-Unis comme les pays étrangers (le courrier n'était malheureusement pas trop intéressant). Il a partiellement raison, mais ce n'est pas seulement les jeunes. C'est les quadras et quinquas qui ne veulent parler qu'anglais quand ils voient les étrangers. Ils sont très paresseux, ils croient du fond du coeur qu'ils n'ont "besoin" que de parler anglais quand ils parlent avec les étrangers. Il faut que ce Français le sache. D'ailleurs, si tu te présentes comme un traducteur, les Japonais ne te demandent jamais "Combien de langues parles-tu?". Mais, "Ah, tu es traducteur? Tu parles anglais, c'est génial!", c'est ce qu'ils te disent.

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jeudi 7 février 2008

Profs vs Prince Hotel

L'union des enseignants japonais (Nikkyôso) est le syndicat des enseignants le plus important au Japon. Le taux des syndiqués était plus de 80 pour cent il y a cinquante ans, mais maintenant il n'est que moins de 30 pour cent, surtout à cause de la scission (départ des sympathisants communistes) à la fin des années 80.
Le Nikkyôso, à tendance désormais socialiste modérée, reste un des ennemis principaux de l'extrême droite. Chaque année au moment de leur réunion annuelle, les gens d'extrême droite font la protestation étourdissante avec les haut-parleurs. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'une protestation. Je crois que c'est une sorte de fête annuelle à eux, qui ne savent plus pourquoi ils le font. D'ailleurs, ce qu'ils crient est tout simplement bruyant, et complètement privé de sens. S'ils n'aiment pas les communistes, il devraient le faire pour la réunion des dissidents, mais c'est toujours le Nikkyôso qui est leur cible. On ne doit pas trop chercher à comprendre au Japon.
Le Nikkyôso a réservé le Prince Hotel à Tokyo pour la réunion de cette année-ci, et elle aurait dû avoir lieu cette semaine. Il a effectué la réservation il y a presque un an, mais l'hôtel l'a annulée de peur du bruit fait par l'extrême droite. L'union a porté plainte, et le tribunal a jugé que l'hôtel avait enfreint le contrat. Donc, les profs ne se doutaient pas du tout que l'hôtel insisterait, mais il leur a fermé la porte au nez, prétextant la sécurité des clients. J'ai vu le représentant du syndicat des profs à la télé, mais il avait l'air ahuri de ne pouvoir rien comprendre. Il disait justement: "C'est les gens d'extrême droite qui seraient la menace pour la sécurité des clients, et c'est nous les profs qui sommes chassés? D'ailleurs, peut-on négliger la décision de la cour comme ça?"
Par conséquent, la réunion n'a pas eu lieu cette année-ci. C'est la première fois depuis la fondation de l'union en 1951.
Je n'appelle pas les touristes français et francophones au boycottage du Prince Hotel, parce que tu peux être coupable de la diffamation même si ce que tu dis es vrai, selon la loi au Japon. L'entreprise porte plainte, et c'est elle qui gagne la cause obligatoirement, puisque c'est la loi qui le dit! C'est pas la faute des juges! Les bloggueurs en ont peur. Sinon, je crois que j'ai tout dit. Ah oui, j'ajoute qu'on ne doit pas croire que le Prince Hotel soit un suppôt de l'extrême droite, car il a ainsi privé à ces gens le moyen de dissiper leur frustration. Ils ne peuvent pas gueuler dans la rue cette année-ci. Pauvre extrême droite.
J'ajoute également que le Prince Hotel est un établissement privé. Il n'a rien à voir avec l'empereur. Il faut le savoir.