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lundi 23 novembre 2009

Fête de la moisson

    Le 23 novembre est un jour férié au Japon. Il est appelé 勤労感謝の日 (kinrô kansha-no hi), « Jour pour remercier les travailleurs ». Par contre, le 1er mai n'est pas chômé dans l'Empire du Soleil Levant. Quand j'étais enfant, les profs d'école m'ont appris que la fête du 23 novembre était pour remercier les gens qui travaillaient pour les citoyens, comme pompiers, policiers, éboueurs, etc.
    Mais j'ai commencé à me poser une question sur ce jour férié depuis quelques années. Comme il est connu, les salariés japonais ne profitent pas vraiment de longues vacances. Comme le gouvernement japonais est hyper gentil, il a changé le statut de certains jours fériés depuis l'an 2000, pour que le peuple puisse bénéficier de longs weekends. Ainsi, les fêtes comme 成人の日 (seijin-no hi) « Fête de la Majorité », 敬老の日 (keirô-no hi) « Jour pour le respect des personnes âgées » et 体育の日 (taïiku-no hi) « Fête des Sports » sont devenues des fêtes célébrées un lundi, appelées très ridiculement ハッピーマンデー (Happy Monday en anglais, je ne sais même pourquoi) par le gouvernement même (ça n'a rien à voir avec le groupe de Manchester, je crois). Par exemple, la Fête des Sports était célébrée le 10 octobre auparavant, mais elle à été déplacée au deuxième lundi du mois d'octobre. Le 10 octobre est le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo qui ont lieu en 1964.
    D'autres jours fériés n'ont pas été déplacés pour de différentes raisons. Il est impensable de changer le 1er janvier en un Happy Monday ! Et les autres ne peuvent pas être déplacés parce qu'ils sont liés à... l'empereur et son shintoïsme (même le Nouvel An est célébré selon la tradition shintoïste par l'empereur). Le 3 novembre est désormais appelé 文化の日 (bunka-no hi) « Jour de la culture », mais ce n'est qu'une fête déguisée de l'anniversaire de l'empereur Meiji. C'est les occupants américains qui ont affublé certaines fêtes impériales de couleur démocratique. Enfin, la question que je me suis posée est celle-ci : « Vu qu'il n'a pas été déplacé par la loi Happy Monday, le 23 novembre n'est-il pas lié à l'empereur ? N'ai-je pas été trompé par les profs d'école qui me disaient que c'était une fête démocratique et gentille ? »
    Je me suis renseigné et je sais maintenant que c'est effectivement une fête impériale qui a été transformée dans la confusion d'après-guerre. Auparavant, elle était appelée 新嘗祭 (niinamé-saï ou shinjô-saï). C'est une fête de la moisson, pour laquelle l'empereur boit la première goutte du nouveau saké, fabriqué du nouveau riz. Il reçoit les dieux shintoïstes au palais impérial à la bonne franquette (euh... c'est une antiphrase). Comme c'est une tradition très barbare qui ne peut être acceptée dans un pays démocratique comme le Japon, l'empereur fête ce jour à titre personnel aujourd'hui. (Quelle hypocrisie tout de même ! Qui paye le saké et les nourritures dédiés aux dieux, hein ?) Comme cette fête “personnelle” n'est guère rapportée par le média japonais essentiellement timoré, je crois que la plupart des Japonais ne connaissent pas le sens caché de cette fête nationale vidée de sens. Ils croient tous que c'est une fête démocratique comme je le pensais auparavant.
    En tout cas, les Japonais ont été privés de fête de la moisson célébrée au niveau national après la Deuxième Guerre mondiale. Et personne ne leur explique la raison pour laquelle la fête de la moisson n'existe plus. Qu'est-ce qu'on fait le 23 novembre ? Les enfants remercient les pompiers. C'est joli, mais on ne sait pas vraiment pourquoi c'est une fête nationale, d'autant que les travailleurs fêtent plutôt le 1er mai comme la fête du travail. Je crois bien que cette frustration inconsciente est une raison de l'hystérie du beaujolais nouveau, qui arrive quelques jours avant le 23 novembre au Japon. Grâce au produit français, les Japonais peuvent fêter à nouveau la moisson de cette année ! Bravo ! Merci les agriculteurs français ! Le beaujolais nouveau est devenu un dieu shintoïste...

samedi 12 septembre 2009

Deux ou trois choses que je sais de l'éducation au Japon

    L'OCDE vient de publier le rapport annuel sur l'éducation (Regards sur l'éducation 2009). Selon le tableau « Dépenses au titre des établissements d'enseignement en pourcentage sur le PIB, selon la provenance du financement », les dépenses publiques au Japon sont de 3,3 %, tandis que la moyenne est de 4,9 %, ce qui situe le Japon en avant-dernier du classement des pays membres, et ce, juste avant la Turquie (2,9 %) (la France, 5,7 % ; la Belgique, 5,9 % ; le Canada, 4,8 %). L'empire du soleil levant (en déclin) se trouvait à la fin des 30 pays l'année dernière, mais le pourcentage a diminué de 3,4 % à 3,3 % par contre.
    En revanche, le tableau « Part relative des dépenses publiques et privées au titre des établissements d'enseignement » montre que le taux des dépenses des ménages est de 21,8 %, ce qui le situe en deuxième, juste après la Corée du Sud (31,5 %) (la France, 6,8 % ; la Belgique, 4,5 % ; le Canada, 11,7 %). Le pourcentage des dépenses publiques sur le PIB est de 4,5 % pour la Corée du Sud. Le taux qu'occupent les dépenses publiques n'est que de 66,7 % au Japon, car les autres entités publiques que les ménages prennent 11,5 % (la France, 90,9 % ; la Belgique, 94,4 % ; le Canada, 73,8 %).
    La taille moyenne des classes à l'enseignement primaire est de 28,2 élèves au Japon, toujours le deuxième après la Corée du Sud (31,0 élèves), alors que la moyenne des pays membres est de 21,4 (la France, 22,6 élèves ; la Belgique, 20,8 élèves). Pour le premier cycle de l'enseignement secondaire, une classe est de 33,2 élèves au Japon, et la moyenne de l'OCDE est de 23,9 élèves. Et je dois dire que ces chiffres ne représentent pas du tout la réalité, vu qu'il y a pas mal de régions dépeuplées au Japon. Dans les villes ordinaires, une classe peut atteindre jusqu'à 40 personnes, 45 au pire.
    Ces chiffres ne veulent pas forcément dire que le niveau de l'éducation au Japon est bas, mais au moins que le gouvernement ne montre aucun enthousiasme pour l'éducation, ce qui constitue probablement une raison de la défaite du Jimintô (PLD) à la dernière élection.
    Mais ce même Jimintô a proposé pendant la campagne électorale d'établir une bourse publique pour les étudiants qu'ils n'ont pas besoin de rembourser. Jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas de bourse publique pour étudiants qui soit allouée. Moi qui ai fait les études jusqu'au troisième cycle dois rembourser une somme énorme. Ce système peut engendrer un phénomène curieux. Certains étudiants restent à l'université pour continuer la recherche, tout simplement parce qu'ils ne veulent pas rembourser la bourse, car les enseignants et les chercheurs dans les organismes d'enseignement n'ont pas besoin de la rendre. Ainsi peut-on rencontrer des chercheurs sans motivation. Pendant ces vacances d'été, j'ai dû rembourser 466.000 yens (3.500 euros) en une fois comme la somme annuelle, et on me prévient encore que j'aurai un autre avertissement parce que je suis toujours en retard (on ne me propose même pas la facilité). Ce qui est vraiment ahurissant est que ce n'est pas l'organisme de bourse lui-même qui recouvre le remboursement, mais il confie ce travail au sous-traitant créancier. Donc, on est traités comme les endettés ordinaires.

    La part qu'occupent les dépenses des ménages dans l'éducation est traduite d'une part par les frais scolaires relativement plus chers que les autres pays, d'autre part par une certaine passion pour l'enseignement privé, surtout dans les zones urbaines. Même si elle ne touche qu'un nombre limité des foyers au Japon, le montant de la dépense pour chaque ménage peut être assez important.
    Comme il n'y a pas de diplôme équivalent au baccalauréat au Japon (comme dans beaucoup d'autres pays d'ailleurs), une personne qui finit les études secondaires doit se préparer au concours assez dur si elle continue à faire ses études. Par conséquent, un certain nombre de parents veut épargner cette peine aux enfants. Dans ce cas-là, ils choisissent pour leur enfant un lycée privé qui assure l'admission presque automatique à l'université privée du même groupe. Alors pourquoi pas commencer par le collège, ou l'école primaire, ou même par l'école maternelle ?
    Le concours à l'école maternelle pour assurer l'avenir d'un enfant jusqu'à ce qu'il ait la licence à l'université, c'est complètement grotesque. Et après les études supérieures, ces étudiants sont curieusement prisés par les entreprises. (Pas si curieux que ça en fait, car ces groupes scolaires ont des liens avec les grandes entreprises.) D'ailleurs, quel sens y a-t-il là-dedans ? Pour le groupe scolaire, ça rassure le paiement des frais scolaires importants pendant au moins 13 ans, ce qui est intéressant pour lui. Mais si cela tranquillise les parents, quid de l'enfant ?
    Cet enfant voit les autres faire les efforts pour réussir à l'école, tandis qu'il peut se limiter à obtenir une note pas trop mauvaise pour accéder à un niveau supérieur. Il ne se sent pas le besoin de se cultiver, et il n'est pas rare qu'il ne lise aucun livre. Si ce n'est qu'une question de culture générale, ce n'est pas trop grave. Le problème est que, même s'il ne fait pas d'efforts, il peut obtenir ce qu'il veut (ou ce qu'il est censé vouloir). En un mot, ce système peut implanter à l'enfant une idée tordue de la vie. Peut-être qu'elle n'est pas complètement fausse, car il peut réussir dans la vie comme ça, au moins au Japon. Une fois, dans les années 80 ou 90, un président du Keidanren (un Medef japonais) aurait dit avec un cynisme ahurissant, « Je ne veux pas que les étudiants fassent sérieusement leurs études à l'université. Qu'ils n'apprennent rien, et qu'ils obtiennent seulement le diplôme. Et après, c'est nous qui nous occupons de leur éducation. » Pour ces entreprises, ces fils et filles à papa ignorants ne sont que parfaits. Ce sont de parfaits Japonais, même si ce ne sont pas des Japonais parfaits.
    Donc il est bien possible que vous rencontriez des Japonais très bien diplômés mais étrangement ignorants (certains pourraient être chercheurs ou même universitaires). En principe, ce sont des personnes dociles. Ils peuvent être très gentils et sympathiques. Mais ils peuvent être également fourbes quand ils veulent obtenir ce qu'ils veulent, dans le travail comme dans la vie. Car au fond, ils n'ont pas appris ce qu'ils doivent faire pour obtenir ce qu'ils désirent. Et souvent, eux-mêmes ne sont pas conscients de cette fourberie.
    L'exemple du concours de l'école maternelle est grotesque et exceptionnel, mais je crois que c'est déjà un malheur pour un enfant d'avoir les parents qui veulent lui épargner les efforts pour le concours pour être admis à l'université au Japon. (Bien sûr que tout le monde ne va pas à l'université, mais lui, il y va, et sans aucun effort.) Parce qu'il ne peut pas apprendre ce qu'il doit apprendre pendant son adolescence. C'est mon avis. (Je ne parle pas de l'esprit de compétition. Mais de quelque chose de plus important. Quelque chose qu'une personne qui gagne à la compétition sans effort ne peut apprendre.)

Note : On peut télécharger ce rapport « Regards sur l'éducation 2009 ». Je l'ai fait, mais il est de 500 pages ! Donc, l'analyse de la première partie de cet article n'est pas la mienne, je l'ai empruntée au site d'Asahi Shinbun. En revanche, la seconde partie n'a rien à voir avec ce rapport.


mercredi 29 juillet 2009

Amitié japonaise (selon moi)

Quand j'étais lycéen, tout les profs répétaient sans cesse « Il faut que vous vous fassiez des amis pendant que vous êtes au lycée, car il est difficile de se les faire quand vous serez à la fac ou dans la vie active. » Je les entendais avec une certaine tristesse, parce que je n'avais aucun ami. (Au moins, je pensais comme ça à l'époque. Je sais bien maintenant que certains me considéraient comme un ami, mais c'est ça, l'adolescence torturée.)
    Mais très heureusement, j'ai eu beaucoup d'amis à la fac, et même si je ne les vois plus depuis longtemps pour la plupart, ils restent de bons amis dans mon cœur. Même en France, je me suis lié d'amitié avec pas mal de gens. Alors pourquoi ces profs insistaient tout le temps qu'il fallait se faire des amis pendant qu'on était lycéen, comme si c'était un ultimatum? En plus, avant que je ne parte en France, tous les profs de la fac qui avaient déjà séjourné en France disaient « En France, on ne peut se faire des amis. » Alors, est-ce que mon cas est rare, pour ne pas dire exceptionnel?
    A la fac, on m'a posé cette question parfois « Pourquoi tu le (la) connais? » concernant un(e) de mes amis. Ma réponse était toujours « Je l'ai rencontré(e) sur la pelouse. » Je ne sais si certains le font encore maintenant à cette école, mais à l'époque, on faisait souvent un tout petit apéro improvisé sur la pelouse. Je traînais souvent là-bas, et c'est comme ça que je me suis fais des amis. Mais il est assez facile d'imaginer (je crois) qu'un tout petit nombre des étudiants japonais se comportent ainsi. Dans la plupart des cas, ils se font des amis seulement au sein des clubs (“cercles”) ou dans la classe à la limite. C'est pour cela que les gens étaient curieux que j'avais des amis sans appartenir au même club. Nous appelions notre “club” le Club de la Pelouse. Il était composé des gens faciles d'accès, qui pouvaient être amis sans appartenir au même clan. Mais cette expression “faciles d'accès” ne veut pas du tout dire qu'ils étaient considérés par les autres comme les gens gais et ouverts (akaruï). Au contraire, ils étaient souvent considérés comme sombres (kuraï).
    Je crois depuis mon adolescence qu'il y a une inversion entre ces deux mot akaruï et kuraï et leurs définitions au Japon. Une personne appelée gaie et joyeuse (akaruï, “clair” à la lettre) est parfois un individu qui a peur d'être considéré comme quelqu'un de sombre (kuraï). Par contre, une personne appelée kuraï trouve cette peur stupide. (Au moins, moi, j'ai toujours pensé comme ça.) Bien sûr que ce raisonnement ne s'applique pas à tout le monde. Il y a des gens naturellement joyeux et des gens vraiment moroses. Mais il reste que les personnes qui ne font pas d'efforts pour se montrer akaruï sont considérés comme kuraï. J'imagine bien que les gens qui ont passé une adolescence kuraï au Japon ont plutôt l'aptitude à s'adapter à la vie à l'étranger. Dois-je ajouter que toutes ces cultures de manga et de jeux vidéo sont faits par les gens kuraï?
    J'ai trouvé une analyse intéressante des Japonais dans un dialogue de John Cleese avec son psychiatre (Comment être un névrosé heureux). Ils disent qu'un Japonais s'intègre plutôt bien à la société étrangère, quand il vit tout seul. Mais dès qu'ils forment un groupe, ils composent une communauté fermée.
    Actuellement, je vis bien dans une telle communauté japonaise établie en Algérie. Avant de venir ici, je croyais naïvement que je pourrais vivre une vie algérienne, mais je me rends compte que je vis toujours au Japon en Algérie. Et j'imagine que c'est ce que font la plupart des ressortissants japonais. Ils croient travailler à l'étranger, mais ils continuent à vivre au Japon. Tout a été prévu pour qu'ils puissent mener une vie japonaise à l'extérieur du Japon.
    Et ces Japonais se font des amis avec les Algériens? Je ne dis pas jamais, mais c'est assez rare. Un collègue algérien m'a fait une observation très intéressante. « Les Japonais ne se lient pas d'amitié avec les Algériens, mais j'ai remarqué qu'il n'y a pas d'amitié même parmi les Japonais. Peut-être que c'est la mentalité, je ne sais pas. »  J'en ai parlé à un ami algérien qui travaille ici, mais il m'a répondu tout de suite. « Mais on l'a tous remarqué! Il y a seulement des clans, mais il n'y a pas d'amitié parmi les Japonais. » Ah donc, mes profs avaient raison?! Ces Japonais sérieux qui consacrent leur vie à l'entreprise, ils ne se sont pas fait d'amis depuis le lycée?
    L'insuccès au Japon des réseaux sociaux comme Facebook et MySpace est plutôt connu. Par contre, Mixi qui est un réseau social fermé a un grand succès. Apparemment (je ne suis pas membre de Mixi), les commentaires sur Mixi sont vraiment anarchiques. C'est la fermeture qui leur donne l'assurance. Mais les commentaires des Japonais visibles sur MySpace par exemple sont assez souvent incompréhensiblement mielleux (contrairement à mon blog XD). Ils pensent à tout afin de ne pas choquer les personnes qu'ils ne connaissent que sur internet. C'est bien probablement la mentalité. On ne peut se faire des amis comme ça. Et je me demande d'où vient cet écart entre ces Japonais mielleux et mes collègues hargneux envers les Algériens. Peut-être cet écart n'est-il pas si grand. Il y a la même fermeture d'esprit. Et même moi, j'ai bien du mal à faire des ami ici, tout en étant membre d'une communauté japonaise établie à l'étranger.

日本人って暗いね

(Nihon-jin-tté kuraï-né)
Les Japonais sont maussades.
C'est une chanson du groupe Jagatara, mais introuvable sur internet :(


dimanche 5 avril 2009

Ce qui choque les Japonais

 Comme j'ai déjà dit dans ce blog, si vous vous mouchez en public, cela ne choque nullement les Japonais, à moins que vous ne fassiez un bruit vraiment désagréable. En effet, la politesse japonaise est quelque chose de mythique. J'ai une fois lu sur internet que ce n'est pas poli de ne pas faire du bruit quand on mange les nouilles au Japon. C'est vraiment le comble du ridicule. Si on fait du bruit quand on mange les nouilles, cela ne gêne personne au Japon. Et c'est tout. Je me demande d'où on a pu puiser cette idée bizarre. Il est possible qu'un Edokko (Tokyoïte) fasse à son compatriote qui ne fait pas de bruit une remarque du genre: "Eh! Es-tu un étranger (gaïzin [gaïjin]) ou pas? Quand tu manges les nouilles, tu fais du bruit! Comme ça!" (Et il fait du bruit exagéré.) Mais cela n'a rien à voir avec la politesse, mais c'est plutôt de la beaufrie. Peut-être la vérité est-elle qu'un ou plusieurs Japonais ont répondu à la question "Pourquoi faites-vous du bruit quand vous mangez les nouilles?" par la réponse "C'est pour être poli." Mais cet automatisme qui répond à toutes les questions par le mythe de la politesse japonaise n'est qu'un crétinisme lamentable.  Et vous ne choquez pas non plus les Japonais quand vous leur demandez "Mireille Mathieu est très connue au Japon, non?" Ils ne la connaissent pas, c'est tout. On ne peut être choqué par ce qu'on ne connaît pas. Je crois bien que c'était une plaisanterie sur la coiffure des petites filles japonaises (okappa) à l'origine. Les touristes françaises de l'époque se sont probablement dit "Mais elles sont toutes fans de Mireille Mathieu ou quoi!"
 Alors qu'est-ce qui peut choquer les Japonais? Par exemple, si vous parlez de l'empereur à un Japonais, cela peut le choquer. Mais non, je ne parle pas du tout du tabou. En revanche, je dis que c'est le mot "empereur" qui est choquant. Pour les Japonais, le tennô n'est pas autre chose que le tennô, et ce mot est intraduisible. Il est à l'origine de tout ce qui est "C'est japonais, ça s'explique pas." Ils ne préparent aucune réponse à la question "Si ce n'est pas un empereur, c'est quoi?" Le tennô est le tennô, c'est tout.
 Ensuite, la question "Qui est le chef d'Etat au Japon?" embarrasse les Japonais. Quelle est la réponse officielle à cette question? Surprise! Elle n'existe pas. Gêné par la question perpétuelle, le ministère des affaires étrangères a affirmé que le chef d'Etat était le tennô, mais ce n'était qu'un "faux départ". En réalité, il n'y a aucune loi qui dise que le chef d'Etat du Japon est l'empereur (tennô). Il y a des gens d'extrême-droite qui soutiennent "Le premier ministre ne peut être le chef d'Etat, car son poids est très léger." Mais le manque de majesté du premier ministre n'est pas du tout la preuve que le tennô est le chef d'Etat. Si vous voyez la photo du couple impérial dans une ambassade japonaise, cela ne veut pas dire que l'empereur soit le chef d'Etat, mais que l'ambasssade est du ressort du ministère des affaires étrangères.
 Et puis, appeler l'empereur par son nom d'enfance (Hirohito, Akihito) peut choquer les Japonais, à moins qu'ils ne soient communistes ou sympathisants. Le journal français parle de Naruhito quand il est question du prince actuel, mais je me doute que la plupart des Japonais n'ont jamais entendu ce nom. Les communistes préfèrent les appeler par leur nom d'enfance, car ce n'est pas du tout de leur goût de ne les appeler que par leur titre comme presque tous les Japonais le font.
 A part l'empereur, si vous parlez de l'armée japonaise, vous choquez nécessairement les Japonais. Le budget de la défense du Japon se situe toujours dans le top 10 mondial, mais aucun Japonais ne croit que l'Etat du Japon possède une armée. Parce que la Constitution dit que l'armée n'existe pas au Japon! Pour moi (qui suis pourtant un très bon Japonais), ce n'est qu'une absurdité, mais curieusement il me semble que tous les Japonais y croient. Tout comme le tennô qui n'est pas autre chose que tennô, le jieitaï (Forces d'autodéfense, traduction officielle et malheureuse) est jieïtai, mais ce n'est pas une armée. Les gens de gauche crétinisés ne veulent pas changer une ligne de la Constitution de 1946 à cause de cet article 9 qui renonce à la guerre. Mais pourquoi "modifier la Constitution" doit-il vouloir dire pour eux la suppression de l'article 9? Au Japon, les gens qui sont pour la modification de la Constitution sont classés dans la catégorie de droite. Donc, moi qui veux supprimer le premier chapitre de la Consitution "L'Empereur (tennô)", je suis de droite a priori. mdr Il ne faut pas toucher la Constitution de 1946, qui doit être quelque chose de sacré. (Apparemment, la gauche japonaise possède le sens du sacré.) Et tout ce qui compte pour ces gens soi-disant de gauche n'est que de protéger l'article 9, et ils ne parlent jamais de la dissolution des Forces d'autodéfense pour que cet artilcle porte un sens! Un sens qui est digne de ce qu'il dit!
 Il me semble que j'ai écrit cet article pour dire "Allez choquer les Japonais!" :-p



mercredi 4 février 2009

Le racisme réciproque

 Je peux dire que les Japonais ne savent pas trop en général ce que c'est que le racisme. Souvent, on reste dans l'ignorance totale, et même les gens sympathiques et gentils (ou cultivés!) peuvent montrer une attitude raciale sans aucune honte.
 Mais alors, ne fait-on aucune éducation antiraciste aux écoles japonaises? Si, juste un petit peu. Alors ce petit peu, comment est-ce?
 C'est à peu près comme ça.
 "Imagine que tu voyages à l'étranger. Et les gens se moquent de toi et te méprisent, parce que tu ne leur ressembles pas. Tu seras content? Non! Donc, si tu ne veux pas être traité comme ça quand tu voyages à l'étranger, tu dois être gentil auprès des étrangers qui vivent au Japon."
 Ainsi, les Japonais expliquent le racisme par la réciprocité, et ils n'entrent jamais dans la vraie question de la discrimination sociale où tout est désespérément unilatéral. D'ailleurs, la plupart des Japonais croient sincèrement qu'il n'y a pas de racisme au Japon, parce que le racisme, c'est une notion importée de l'étranger. C'est ce qu'on a entendu parler. C'est un problème des autres.
 Je trouvais toujours bizarre que même les antiracistes ne sortaient presque jamais de cet argument naïf et inutile, mais je commence à me douter que cet antiracisme japonais qui ne vaut rien a bien sa place dans l'histoire moderne de ce pays.
 Quel peuple à part les Japonais aurait pu inventer cet antiracisme fondé sur la réciprocité? Ils étaient les seuls "blancs d'honneur" sous l'apartheid sud-africain, et ils n'ont officiellement témoigné aucune honte par rapport à cela. C'est le seul pays qui soit passé du tiers monde au "premier monde" au cours du 20e siècle. (Le mot "tiers monde" apparaît après la Deuxième Guerre mondiale, donc c'est un anachronisme, mais bon...) Il n'y a que les Japonais qui puissent être à la fois objets et sujets du racisme en un sens.
 D'ailleurs, c'est pour cela que les Occidentaux se sentent obligés de tolérer plus ou moins les expériences dégoûtantes au tiers monde, mais ils crient au racisme s'ils sont traités de gaïjin (étrangers). S'ils vivaient en Afrique noire, ce serait indécent de dire que les autochtones se montrent "racistes" envers eux. Mais ils ne sentent pas ce besoin de retenue au Japon. Ces expatriés sont bien contaminés par l'idée saugrenue du "racisme sensationniste" à la japonaise à la longue, selon lequel tous les problèmes de la discrimination sociale sont réduits aux sentiments désagréables. Mais le racisme n'a rien à voir avec ces sentiments, c'est bien le problème de la structure sociale. Donc, ces "blancs" qui vivent au Japon depuis longtemps et qui dénoncent le racisme japonais, ils sont bien japonais, je constate! :) Car ils font l'expérience d'être à la fois sujets et objets du racisme. Enjoy! :)
 Et ce qui est le plus grave, c'est que les Japonais continuent à cacher leur propre problème de la discrimination sociale à l'intérieur de leur pays, à cause de cette compréhension tout à fait insuffisante de la notion du racisme. Le racisme à dénoncer est pour le moment fondé sur la réciprocité. On n'a pas encore le moyen de parler de la discrimination sociale où les forces unilatérales s'exercent des deux côtés, violence froide et violence chaude.

mercredi 14 janvier 2009

Kagomé kagomé

Au Japon, le ketchup, ce n'est pas Amora, mais Kagome (prononcé kagomé).

 D'où vient ce nom de Kagomé? Il paraît qu'un personnage du manga Inuyasha porte également ce nom, si je ne me trompe.
 Au fait, Kagomé kagomé est une chanson qui accompagne le jeu d'enfants. Je ne sais pourquoi je ne peux trouver aucun clip passable sur YouTube. Ici, la chanson est chantée par la vocaloïde Hatsuné Miku. C'est nul, mais tant pis...


初音ミク、かごめかごめ(童謡)

 Un enfant appelé oni (ogre, petit démon) s'accroupit et il ferme ses yeux. Les autres enfant, en se tenant la main, tournent autour de lui en chantant cette mélodie. A la fin de la chanson, ils s'arrêtent, et le oni doit deviner qui est juste derrière lui. La vidéo montre à peu près ce que c'est que ce jeu. (1. Ce ne sont pas des enfants; 2. Le oni n'est pas accroupi, mais assis; 3. Cela se joue avec des personnes plus nombreuses; 4. On ne court pas!)



かごめかごめ 0001

 Comme j'ai déjà remarqué, les Japonais confondent très souvent les genres. Cette chanson ne peut être un dôyô 童謡, chansons composées par le mouvement artistique de la première moitié du 20e siècle, mais ce genre de chansons pour enfants est appelé warabé-uta わらべうた. Les warabé-uta sont des chansons sans auteur, transmises oralement. Et tout comme la Mère Oie, la parole, qui connaît plusieurs variations, est souvent difficile à comprendre.
 Je cite la version du Grand Shôgakukan.
かごめかごめ Kagomé kagomé
籠の中の鳥は Kago-no naka-no tori-wa
いついつ出やる Itsu itsu déyaru
夜明けの晩に Yoaké-no ban-ni
鶴と亀とつーぺった Tsuru-to kamé-to tsûpetta
うしろの正面だあれ Ushiro-no shômen dâré?
 Le sous-titre de Hatsuné Miku donne 滑った (subetta) au lieu de tsûpetta.
 J'ai voulu parler de cette chanson, parce que j'ai été étonné de voir ce sous-titre 滑った (subetta) dans une émission de NHK pour le nouvel an. Mais moi, je croyais que le mot était つうべった (tsûbetta)! Apparemment, la plupart des Japonais croient que le mot correct est subetta, alors que le Grand Shôgakukan dit tsûpetta.
 Le verbe tsûpéru ou tsûbéru n'est pas connu, tandis que le verbe subéru veut dire "glisser", voire chuter dans ce cas-là probablement. Tout en admettant que le vers "tsuru-to kamé-ga tsûpetta" n'est pas compréhensible, je ne pense pas que le sens des mots "Et la grue et la tortue ont chuté" soit plus clair.
 Déjà, quel est le sens du premier mot "kagomé"? Un ancien document donne les kanji 籠目. Dans ce cas-là, ce mot veut dire "trames de corbeille". Le choix de la compagnie de ketchup vient très probablement de cette hypothèse. Mais des internautes disent "C'est complètement faux. Kagomé, c'est normalement 籠女." Je ne vois pas pourquoi c'est normal, mais ce qu'ils prétendent est que ce mot signifie soit une prostituée exploitée, enchaînée dans la cage (le mot kago veut dire corbeille et cage), soit une femme enceinte (la cage veut dire l'utérus). Ce sont des interprétations abusives qui s'engagent volontairement dans la quatrième dimension. Bien sûr qu'on se met aussitôt à parler des fantômes.
 Plus sérieusement, le Grand Shôgakukan pense que ce mot vient de 囲め kakomé, "entourez, encerclez". Mais vu que c'est les enfants qui tournent autour du oni qui chantent, je crois que c'est l'ethnologue YANAGITA Kunio qui a raison: Il pense que le mot est une altération de 屈め kagamé "accroupis-toi". D'ailleurs, l'alternance de voyelles est plus probable que le changement du k en g nasal à mon avis.
 J'admets volontiers que l'interprétation erronée et populaire n'est pas sans fondement. Juste après le commencement, on parle de "l'oiseau dans la cage" (kago-no naka-no tori). Mais on ne peut ignorer que cette parole est faite du jeu de mots absurde. L'ancienne version montre plus clairement cette caractéristique.
かごめかごめ
籠の中の鳥は
いついつ出やる
夜明けの晩に
つるつるつーぺった Tsuru tsuru tsûpetta
なべなべなべの底ぬけ Nabé nabé nabé-no soko-nuké
 Dans cette version, on ne dirait pas que l'élément tsuru soit l'oiseau grue, mais plutôt l'onomatopée tsurutsuru qui montre le glissement. Et petta doit être une onomatopée pour la chute. Le mot ぺったんこ pettanko montre l'état d'une chose platte comme si elle avait été écrasée. Tsûpetta n'est très probablement pas un verbe.
 Alors d'où vient ce vers "nabé nabé nabé-no soko-nuké" (marmite, marmite, marmite sans fond)? L'élément tsuru constitue l'homonymie de la grue, l'onomatopée pour le glissement, et de la corde pour pendre la marmite. Entre tsuru et nabé, il n'y a pas de lien logique, mais une association libre. On peut dire la même chose sur kagomé de la première ligne et kago de la deuxième ligne.
 C'est depuis l'ère Meiji qu'on a remplacé la dernière partie de la chanson. Kamé la tortue est apparue, car c'est un animal qui accompagne toujours tsuru la grue au Japon. Ce sont des symboles de la longue vie.
 "Ushiro-no shômen dâré?" (Qui est en face derrière toi?), qui a supplanté "nabé nabé...", dédouble et renforce l'absurdité de l'expression "yoaké-no ban" (le soir de l'aube).
 Sur Internet, il y a vraiment beaucoup d'interprétations de cette chanson, dont la plupart sont parfaitement négligeables. Ces gens veulent que cette chanson ait des rapports avec quelconque légende urbaine. On dit souvent que cette chanson Kagomé kagomé fait peur. J'imagine que cette peur provient de l'oubli de l'enfance naïve et insouciante où on ne se souciait nullement du sens du texte tout en jouant à ce jeu. Ce n'est pas pour cela qu'on est permis de remplacer tsûpetta, le mot inexistant dans le vocabulaire japonais, par un mot japonais "normal" subetta.
 Certains pensent que ce mot tsûpetta vient des mots comme 突っ入った(つっぱいった) tsuppaïtta ou つくばった tsukubatta. Le premier voudrait dire "brusquer l'entrée", et le deuxième "se mettre à quatre pattes". J'avoue que j'imaginais auparavant le sens de tsûbetta comme l'ancien verbe signifiant "coïter". (Mouais, les Japonais sont des obsédés sexuels... lol) Cette association n'était pas sans raison, si ce mot voulait dire l'un des deux. D'ailleurs, le gouvernement de Meiji a tellement censuré les chansons traditionnelles, prétandant qu'elles étaient trop obscènes. Mais maintenant j'opte plutôt pour la conclusion: "tsûpetta ne veut rien dire, à moins que ce ne soit une onomatopée."
Accroupis-toi, accroupis-toi.
Quand sortira l'oiseau de la cage?
A l'aube dans la soirée,
La grue et la tortue firent badaboum.
Qui est en face derrière toi?
 Je ne comprends pas pourquoi ces gens-là qui ne peuvent pas accepter les jeux de mots absurdes doivent recourir systématiquement à des interprétations surnaturelles et fantastiques au Japon. Si vous êtes curieux, vous pouvez aller surfer sur Internet pour voir quel genre d'interprétations qu'on donne à cette chanson inoffensive. C'est vraiment curieux comment les Japonais adorent faire peur avec les histoires de fantômes.

dimanche 7 décembre 2008

Est-ce qu'il est vrai qu'il est mal vu de se moucher en public au Japon?

 Je l'ai entendu de mes élèves français plusieurs fois, et le quiz de RTL en a parlé récemment. Au Japon, il ne faut pas se moucher en public, car c'est considéré comme malpoli. Cyril Hanouna a ajouté qu'on préfère renifler plutôt que de se moucher au Japon pour cela, d'un ton assez sérieux. Ce cliché me met mal à l'aise, car je ne vois pas d'où il est venu.
 Mais j'ai enfin compris! Ouf. (Enfin, je crois avoir compris.) En fait, le vrai savoir-faire japonais est de "ne pas se moucher dans le mouchoir en tissu". Je ne sais pourquoi, mais cette civilité des Japonais modernes (car on le faisait avant) aurait changé en une autre chose. C'est peut-être le téléphone japonais ;) En effet, il est considéré comme peu hygiénique de se moucher dans le mouchoir en tissu. Il faut se moucher dans le mouchoir en papier, et le jeter dans la poubelle de suite. C'est une question d'hygiène, mais pas de politesse. Je ne sais s'il est scientifiquement prouvé qu'il n'est pas hygiénique de se moucher dans le mouchoir en tissu dans le Japon humide, ce n'est qu'une croyance populaire sans doute. Mais en tout cas, je suis énervé d'entendre tout le temps que tout est la question de politesse au Japon. (C'est parce que je ne suis pas un Japonais poli bien sûr! ;-p)
 Moi, je ne connais personnellement aucun Japonais qui préfère renifler plutôt que de se moucher, mais c'est peut-être parce que je suis provincial. Je ne connais pas toutes les "bonnes manières" japonaises! (Mais j'ai vécu à Tokyo pendant presque dix ans.) Il est possible que cette règle soit inscrite quelque part dans le protocole des nobles japonais, j'en sais rien! En tout cas, c'est ridicule de ne pas se moucher quand on est enrhubé. :D Vous n'avez pas besoin de faire exagérément du grand bruit, c'est pareil en France. Je peux au moins assurer que vous ne choquez personne en se mouchant normalement dans le mouchoir en papier. D'ailleurs, les Japonais sont tellement bizarres que je ne serais pas étonné si mes compatriotes résidant en France répétaient ce qu'ils ont entendu comme une politesse japonaise de la bouche des Français.

 Mais pourquoi les Japonais parlent-ils toujours de leur politesse spécifique? A mon avis, ils prononcent ce mot quand ils ne savent pas comment expliquer une coutume ou une habitude. Cette "politesse" peut être remplacée par le "snobisme" dont parle le philosophe hégélien d'origine russe Alexandre Kojève. Je cite le passage assez connu au Japon (mais un peu abscons, je dois le dire).
 J'ai pu y observer une Société qui est unique en son genre [au Japon en 1959], parce qu'elle est seule à avoir fait une expérience presque trois fois séculaire de vie en période de "fin d'Histoire", c'est-à-dire en l'absence de toute guerre civile ou extérieure (à la suite de la liquidation du "féodalisme" par le roturier Hideyoshi et de l'isolement artificiel du pays conçu et réalisé par son noble successeur Yieyasu). Or, l'existence des Japonais nobles, qui cessèrent de risquer leur vie (même en duel) sans pour autant commencer à travailler, ne fut rien qu'animale.
 La civilisation japonaise "post-historique" s'est engagée dans des voies diamétralement opposées à la "voie américaine". Sans doute, n'y a-t-il plus au Japon de Religion, de Morale, ni de Politique au sens "européen" ou "historique" de ces mots. Mais le Snobisme à l'état pur y créa des disciplines négatrices du donné "naturel" ou "animal" qui dépassèrent de loin, en efficacité, celles qui naissent, au Japon ou ailleurs, de l'Action "historique", c'est-à-dire des Luttes guerrières et révolutionnaires ou du Travail forcé. Certes, les sommets (nulle part égalés) du snobisme spécifiquement japonais qui sont le Théâtre Nô, la cérémonie du thé et l'art des bouquets de fleurs furent et restent encore l'apanage exclusif des gens nobles et riches. Mais, en dépit des inégalités économiques et sociales persistantes, tous les Japonais sans exception sont actuellement en état de vivre en fonction de valeurs totalement formalisées, c'est-à-dire complètement vides de contenu "humain" au sens d'"historique". Ainsi, à la limite, tout Japonais est en principe capable de procéder, par pur snobisme, à un suicide parfaitement "gratuit" (la classique épée du samouraï pouvant être remplacée par un avion ou une torpille), qui n'a rien à voir avec le risque de la vie dans une Lutte menée en fonction de valeurs "historiques" à contenu social ou politique. Ce qui semble permettre de croire que l'interaction de compte non pas à une rebarbarisation des Japonais, mais à une "japonisation" des Occidentaux (les Russes y compris).
 C'est un peu daté, mais sa prophétie sur la japonisation n'était pas vraiment fausse. Moi, humaniste, j'essaie d'y mettre des obstacles, en commençant par refuser la soi-disant politesse japonaise, vide de sens historique et humain.

P.S. Apparemment, il est interdit de se moucher pendant la cérémonie du thé. Mais je ne peux penser que cette règle vraiment particulière est l'origine de ce cliché, vu que la plupart de Japonais ne pratiquent pas ce soi-disant art.


vendredi 21 novembre 2008

Le premier ministre illétré

 Le taux d'opinions favorables pour le premier ministre Asô Tarô baisse considérablement depuis une semaine. Il est maintenant moins de 40%. Mais pourquoi? Le peuple a découvert avec ahurissement qu'il ne lisait vraiment que des mangas. Il le disait ouvertement, mais je croyais qu'il le prétendait pour gagner de la popularité auprès des jeunes. Mais on sait maintenant qu'il ne mentait nullement en le disant. La preuve est qu'il ne sait pas lire les caractères chinois... Et cela n'a vraiment rien à voir avec la ségolénitude ou la sarkozytude.
 Voici la liste des mots dont il a donné publiquement la mauvaise lecture.
踏襲 (suivre le pas) (lecture correcte) とうしゅう tôshû - (lecture de Manga Asô) *ふしゅう *fushû
詳細 (détails) しょうさい shôsaï - *ようさい *yôsaï
未曾有 (inouï) みぞう mizoü - *みぞうゆう *mizôyû
怪我 (blessure) けが kéga - *かいが *kaïga
有無 (existence) うむ umu - *ゆうむ *yûmu
措置 (mesures [à prendre]) そち sochi - しょち shochi (処置)
頻繁 (fréquent) ひんぱん hinpan - はんざつ hanzatsu (煩雑)
 Ce que les gens ne disent pas dans la consternation, c'est que toutes ces fautes sont "intéressantes", très variées. C'est vraiment l'anthologie des fautes!
 La faute la plus grave est le premier exemple. La lecture on'yomi (lecture fidèle à l'ancienne prononciation chinoise en principe) du kanji 踏 est tô, tandis que la kun'yomi (lecture-traduction en japonais) est fumu. Il est vrai qu'on écrit 踏む (le kanji + le hiragana mu) pour le verbe fumu, mais la lecture du caractère ne donne jamais fu tout seul, car ce son fu ne veut rien dire ainsi. C'est le mot fumu (mettre le pied dessus) qui est la traduction du caractère. On ne fait pas la soustraction! C'est une faute au niveau écolier. (La composition générale du mot à deux kanji est on'yomi + on'yomi.)
 On pourrait hasarder une interprétation pseudo psychanalytique. Ce n'est qu'une erreur d'un enfant pré-ado en soi, mais cela ne laisse pas de faire remarquer qu'il y a un autre mot fushû en japonais. Asô a lu le manuscrit préparé par un haut fonctionnaire sur lequel était écrit que le gouvernement japonais actuel "suivait le pas" du discours de l'ancien ministre socialiste Murayama, qui a reconnu que le Japon a envahi l'Asie pendant la première moitié du 20e siècle. Le mot fushû (腐臭) veut dire "l'odeur pourrie". Il est bien possible que l'inconscient d'Asô réac, qui n'est pas meilleur que Tamogami, lui ait fait dire que le discours de Murayama sentait la pourriture.
 Le deuxième exemple avance d'un niveau. C'est une faute de collégien. Vive le progrès! Souvent la partie composante du kanji montre la prononciation. La "clef" du caractère 詳 est 言, et la partie composante est 羊. Quand vous ne savez pas comment lire un kanji, vous pouvez donnez la lecture on'yomi de la partie composante. C'est une astuce qui marche assez bien. Mais dans ce cas-là, la on'yomi de 羊 (yô), n'est pas la lecture correcte de 詳 (shô). Pas de chance, Tarochan!

 Les exemples de 未曾有, 有無 et 怪我 relèvent d'une autre difficulté très mal expliquée dans l'enseignement de la langue japonaise au Japon, ainsi que dans les manuels de japonais destinés aux étrangers. Un kanji possède assez fréquemment deux on'yomi: go'on (呉音) [le son du Wu] et kan'on (漢音) [le son du Han]. Au huitième siècle pendant l'ère de Nara, l'Etat naissant du Japon a envoyé des délégations en Chine. Et ces envoyés ont ramené au Japon la nouvelle prononciation de chinois, voire la lecture "correcte". Celle-ci est appelée kan'on, et l'ancienne prononciation, "lecture provinciale" pour ainsi dire, go'on. La kan'on a supplanté la go'on par les efforts de l'Etat, mais l'ancienne lecture est restée dans les mots élémentaires ou bouddhiques. La lecture kan'on de 有 est yû, et go'on, u. Il est vrai que la lecture de ce kanji est généralement yû, mais ces deux mots 未曾有 et 有無 sont des mots d'origine bouddhiques. Pas de chance, encore une fois! C'est pareil pour 怪我, la kan'on de 怪 est kaï, et la go'on, ké.
 Le cas de deux derniers mots de la liste est complètement différent des exemples précédents. Asô a simplement confondu les mots. 措置 (sochi) et 処置 (shochi) (traitement) sont des mots très ressemblants qui portent à la confusion, un peu comme conjoncture et conjecture. Donc, je dirai que c'est la faute la moins grave. En plus, même si ces mots ne sont pas remplaçables, ce sont des synonymes, tandis que conjoncture et conjecture ne le sont pas.
 Mais l'autre cas 頻繁 (hinpan) et 煩雑 (hanzatsu), dont il est difficile de relever une moindre ressemblance, ne peut être expliqué qu'au niveau psychanalytique. Même si le mot 頻繁 était sur le manuscrit, ce n'est pas du tout une faute de lecture, mais un lapsus révélateur. Le mot 頻繁 veut dire "fréquent", mais 煩雑 "fastidieux". Ce que Asô dit dans la réunion pour l'amitié sino-nippone, était comme suit: "la visite réciproque des dirigeants des deux pays est de plus en plus fastidieuse" au lieu de "fréquente". C'est assez lamentable que les journalistes japonais ne parlent que d'une faute de lecture, sans y voir aucunement l'inconscient d'Asô.
 En tout cas, c'est très curieux que les Japonais généralement indifférents à la politique font baisser le sondage parce que le premier ministre ne sait pas lire les kanji.

mercredi 29 octobre 2008

Livres anciens retrouvés au grenier

 Nansô Satomi Hakkenden (Histoire de huit chiens de Nansô Satomi) est un roman-fleuve premièrement publié au début du dix-huitième siècle. C'est bien LE best-seller de l'ère Edo. Le sujet de ce roman fantastique est la fidélité confucianiste, tendance très 'manichéenne'.
 On est à l'époque de la guerre civile au 16e siècle. Le seigneur de Satomi promet qu'il donnera sa fille à l'homme qui apporte la tête du chef ennemi, même à son chien en plaisantant. Mais ce symbole de la fidélité achève de battre son ennemi juré. Satomi ne veut pas donner sa fille au chien naturellement, mais la princesse elle-même critique son père en disant qu'il faut respecte la promesse même avec le chien, et fuit dans la montagne avec cet animal. De ce lien naissent huit enfants mâles, qui sont héros de cette longue aventure. Ils représentent huit vertus confucianistes.
 Ce roman de Takizawa (ou Kyokutei) Bakin est sous l'influence forte du roman chinois Au bord de l'eau (Shi Naian). Les exemplaires que ma famille garde datent de 1893.
 Je ne sais si la préface est en japonais ou en chinois.
 Je pense que cette préface en chinois (ou peut-être en pseudo chinois avec la syntaxe japonaise) est là pour donner la crédibilité à l'écrit en langue vulgaire, c'est-à-dire en japonais.
 Voici la première page du roman en huit tomes.
 La réforme après la Deuxième Guerre mondiale a transformé l'écriture japonaise. Vous pouvez constater qu'il y a pas mal de kanji qu'on n'utilise plus. Mais ce document montre l'état à la fin du 19e siècle où même les hiragana n'étaient pas encore modernisés. Il y avait plusieurs hiragana pour désigner la même syllabe à l'époque.
 Le caractère encerclé de rouge, qui ressemble à よ (yo), est un hiragana dont la prononciation est ni. L'autre caractère (bleu), qui fait penser à い [i], est en réalité ha. Sôséki écrivait en utilisant ces hiragana anciens. Tous les Japonais contemporains ne savent pas que les hiragana n'étaient pas toujours identiques.

dimanche 26 octobre 2008

Savoir vivre au Japon selon RTL

 Je suis retourné à mon pays natal il y a quatorze mois. Au début, j'ai lu beaucoup de livres japonais, qui m'avaient beaucoup manqué. Mais après cette période, je suis plutôt hanté de la peur d'oublier le français (car, moi, j'ai peur de tout), je commence à écouter beaucoup le podcast français, même d'émissions que je n'écoutais pas en France, même les Grosses Têtes :-p Je me suis endormi en l'écoutant hier ;-p
 Dans l'émission de Jean-Pierre Foucault et Cyril Hanouna (La Bonne Touche), j'ai entendu ce quiz.
 Qu'est-ce qui peut être mal pris par un Japonais de la part d'un étranger?
 Les trois propositions étaient suivantes.
1. Lui dire qu'on peut le battre aisément au match de ping pong.
2. Faire l'amalgame entre les Chinois et les Coréens.
3. Ne pas situer le Mont Fujiyama.
 La bonne réponse était la deux. (Cyril Hanouna a bien remarqué que cette question faisait déjà l'amalgame, car le ping pong est plutôt une spécialité des Chinois. Et le sport de ma ville Aomori est le curling :-p Je ne plaisante pas, les stars d'Aomori sont des curlingueuses mdr)
 Ce qui me gêne est que ce quiz était intitulé "Tour du monde de savoir vivre". Franchement, respecter les Japonais de ce genre n'est pas un savoir vivre, mais plutôt une hypocrisie de la part des Français. A mon avis, si ces Japonais n'aiment pas cet amalgame, c'est à cause du slogan national de l'ère Meiji, formulé par le penseur FUKUZAWA Yukichi (1835-1901): "Sortir de l'Asie, entrer en Europe". A ses yeux, toute l'Asie était dans la servitude, et l'Europe était formée des pays indépendants. Donc, ce qu'il voulait dire était d'abord la résolution ferme pour garder l'indépendance: Il faut moderniser, voir européaniser radicalement tout le régime politique, pour garder l'indépendance du Japon tout en restant en Asie géographiquement. Je crois qu'il était clairvoyant sur ce point. Mais sa philosophie authentique s'est vite évaporée. Ce slogan sera plutôt compris par le biais du complexe envers l'Occident, depuis le début du 20e siècle. Des Japonais, se prenant pour Européens par une quelconque schizophrénie collective, se sentent supérieurs aux autres peuples asiatiques.
 Je ne dirais pas que ces Japonais qui montrent une gêne à un étranger qui fait l'amalgame entre les Chinois et les Coréens sont racistes (pourtant j'aimerais bien l'affirmer). En tout cas, respecter cette attitude raciale ne peut être un savoir vivre recommandé, à moins que vous ne vouliez que la relation superficielle avec les Japonais. En tant que Français venus du pays des Lumières mdr, vous devez nous éclairer, nous qui sommes toujours dans les ténèbres des préjugés raciaux! lol Bien sûr qu'il n'est pas louable de faire l'amalgame, mais ce n'est pas un bon savoir vivre de ne pas choquer les gens à l'idéologie ambiguë. (Je le dis aux Français qui respectent trop les Japonais, susceptibles à fond. Moi, je suis 100% japonais, et je suis prêt à expliquer l'amalgame, sans montrer la gêne. Personnellement, je suis rarement perplexé par un Français qui n'avait jamais parlé avec un Japonais. Ceux qui me gênent sont les Français qui connaissent les Japonais, dans la tête desquels sont souvent incrustées les idées fixes envers eux: "Vous les Japonais, vous êtes comme ça." Mais j'accepte bien les plaisanteries. :-D)
 Au fait, si je parle aux Français dans ce blog, ce n'est qu'une formalité. Je suis content de ce qu'il y ait des lecteurs du monde entier :-D

mercredi 17 septembre 2008

De fausses idées que les Japonais se font sur leur civilisation

 Les Japonais sont une ethnie assez bizarre: Ils préfèrent croire que toutes les "particularités" de leur culture se fondent sur la politesse, à tel point que même les Occidentaux y croient à force de cela. Récemment, j'ai entendu un quiz sur le Japon à RTL. J'ai oublié la question, mais la réponse était "Au Japon, c'est impoli d'appeler les gens par leur prénom." Mais qu'est-ce que la politesse peut venir faire dans affaire? Il est vrai que les Japonais utilisent plutôt le nom de famille dans la conversation, mais ce n'est qu'une habitude qui n'a rien à voir avec la civilité.
 Il y a deux fois plus de population au Japon qu'en France, mais le nombre de noms de famille n'est que la moitié. Par conséquent, on a à peu près quatre fois plus de personnes qui portent le même patronyme qu'en France. Alors, qu'est-ce que les gens au même nom de famille font quand ils se rencontrent? S'appellent-ils par le patronyme pour éviter l'impolitesse? Mais non... D'ailleurs, pour les gens qui portent les noms de famille trop nombreux comme Satô ou Suzuki, si on continue à les appeler par le patronyme, il y a forcément confusion.
 Je ne pense pas que c'est RTL qui a inventé la réponse, ils ont forcément la source d'un spécialiste de la civilisation japonaise. Je suis quasiment sûr que c'est des Japonais qui ont prétendu que c'était une question de politesse. A mon avis, si mes compatriotes étaient aussi polis qu'ils s'imaginent eux-mêmes, ils ne donneraient pas aux enfants des prénoms bizarres et imprononçables, qui indigneraient les profs d'école. Tout simplement, la vérité est que les prénoms n'ont pas d'importance dans la société japonaise. D'ailleurs, il n'était pas rare que le prénom change dans la vie jusqu'à l'ère Meiji. Les chrétiens étaient souvent baptisés par le prêtre à la naissance, mais les bouddhistes japonais ne portaient que le nom temporel dans le monde séculier. C'est généralement à leur mort qu'ils portent le vrai nom donné par le moine.

 Les Japonais croient que la langue japonaise a la plus grande variété d'onomatopées dans le monde. Mais le coréen possède deux fois plus d'onomatopées que le japonais.

 Les Japonais sont convaincus que leurs poèmes courts tanka et haïku ont la forme unique au monde. Mais j'ai récemment appris que les Tamils (Dravidiens) possédaient bien la forme pareille à la poésie japonaise, qui consistait à faire les vers au même rythme qu'elle (5-7-5-7-7). Je l'ai lu dans un livre d'OHNO Susumu, linguiste récemment décédé qui prétendait que l'origine du japonais se trouvait en Inde du sud. Comme Ohno était un dissident dans le monde académique, personne ne le prenait au sérieux surtout pour cette hypothèse, mais je commence à croire qu'elle n'était pas forcément infondée comme les linguistes "sérieux" veulent nous faire croire. (J'utilise le dictionnaire d'ancien japonais édité par Ohno.) D'ailleurs, MIKAMI Akira, mathématicien, linguiste amateur, a fait des études importantes sur la grammaire japonaise, mais elles ont été complètement négligées par les linguistes du main stream, et il est mort démuni et fou. Même si sa thèse qui dit qu'il n'y a pas de sujet dans la langue japonaise reste marginale dans le milieu même aujourd'hui elle trouve de plus en plus des adeptes à l'extérieur de la société fermée des chercheurs et des savants. Mais s'il n'y a que des amateurs et des dissidents qui ont raison?

mardi 15 juillet 2008

Deux néologismes japonais

 Je donne deux exemples des néologismes japonais d'origine occidentale, dont le sens est curieusement dévié de l'acception communément comprise.

CELEB

 Ce mot n'est pas utilisé pour parler des célébrités people en japonais, mais appliqué aux gens qui montrent ostensiblement leur richesse. A la limite, ça parle du bling-bling à la sarko, mais aussi des gens tout simplement aisés. Je suis retourné à mon pays natal l'année dernière après dix ans d'absence, et j'ai été étonné d'entendre ma mère dire "J'ai croisé beaucoup de celebs aujourd'hui!". Elle n'a pas rencontré des stars, mais des personnes riches de ma ville.

MACHO

 Cet exemple est beaucoup plus troublant. Ce mot "macho" n'a pas du tout le sens utilisé par les femmes, voire les féministes, pour critiquer la tendence sexiste des hommes. Mais on l'utilise pour parler des personnes qui ont réussi dans leur vie, avec une nuance plus ou moins péjorative et envieuse. Péjorative, car ce mot sous-entend que ces gens n'ont que le succès dans leur tête.
 Je crains que le faux emploi de ce mot s'avère paradoxalement sexiste, car il attribue le succès social aux hommes. Pour le moment, il n'est utilisé comme l'argot que par les bloggueurs, mais je pense que c'est un exemple assez éloquent qui montre l'incompréhension totale des Japonais envers le féminisme.
 Au début, je ne comprenais pas du tout l'emploi spécial de ce mot dans le blogosphère japonais. Je commence seulement à saisir dans quel sens les bloggueurs japonais l'utilisent. J'ai toujours du mal à comprendre ce terme blogosphérique, car j'ai déjà rencontré un commentaire qui disait "Elle est macho", pour dire que cette personne avait tout fait pour réussir. (Quand j'étais en France, j'étais allergique à Internet, donc je ne connaissais pas du tout le vocabulaire des bloggueurs japonais.)

dimanche 8 juin 2008

Dans quel ordre écrit-on les noms de personnes japonais?

Les Japonais étaient convaincus depuis longtemps qu'ils devaient impérativement renverser l'ordre de leurs noms quand ils l'écrivaient en lettres latines. C'est une de leurs idées fixes plus ou moins bizarres concernant la civilisation occidentale. Mes compatriotes sont souvent abasourdis de constater qu'il arrive que les Occidentaux écrivent le nom de famille avant le prénom. Mais ils sont maintenant conscients que leurs voisins coréens et chinois gardent l'ordre, le nom de famille et puis le prénom. Donc, ils commencent à se poser cette question depuis quelques temps: Mais pourquoi devons-nous renverser l'ordre alors? Certains paranos (comme moi) pourraient imaginer que cette habitude avait été imposés par les Occidentaux, mais il n'en est pas le cas. Si la presse occidentale écrit les noms des Japonais dans cet ordre, prénom, ensuite nom de famille, ils respectent seulement ce que les Japonais font.
Par conséquent, le conseil de la langue nationale a publié un bulletin en 2000: "Il est désormais préférable qu'on écrive le nom de personne dans l'ordre nom de famille - prénom." Les manuels des collégiens adoptent cette méthode depuis 2002. Le bulletin précise toutefois qu'il vaudrait mieux écrire le nom de famille en majuscule (ou bien mettre la virgule entre le nom de famille et le prénom, ce qui me paraît moins bien que l'autre), en attendant que ce système soit répandu. La confusion devra continuer pendant longtemps, surtout parce que presque personne n'est au courant de cette décision.
Moi, j'écris le nom de famille avant le prénom pour les Japonais, mais je ne l'ai pas commencé en 2000. D'ailleurs, je me moque complètement des décisions du conseil de la langue nationale qui ne servait pas à grand'chose (il n'existe plus aujourd'hui, car c'est la mode de supprimer le budget pour la culture et l'éducation, qui ne font pas gagner). Si je le fais depuis longtemps, c'est simplement parce qu'on ne peut renverser l'ordre des noms de certains personnages.
Par exemple, pour le premier shôgun qui ait eu le pouvoir politique à la fin 12e siècle, son nom est Minamoto-no Yoritomo. "No" est une "particule" qui correspond à peu près au génitif. Mais ce génitif japonais doit se situer avant le déterminé, différemment du latin. Donc, il n'est pas question qu'on renverse ce nom en "Yoritomo Minamoto(-no)".
Pour les noms comme Matsuo Bashô ou Natsumé Sôséki, si Matsuo et Natsumé sont bien leurs noms de famille, Bashô et Sôséki sont des pseudonymes de poètes, qui ne ressemblent même pas à des prénoms. Donc il n'y a aucune raison de mettre ce pseudonyme avant le nom de famille.
Il y a également des cas spéciaux. On dit que c'est Murasaki Shikibu qui a écrit Le Dit de Genji. Mais ce n'est qu'une pure convention. On sait seulement que c'est une femme de cour qui a écrit ce roman, et que son père était un fonctionnaire. "Shikibu" est le ministère pour lequel il travaillait (la section des cérémonies). C'est un peu comme une jeune fille surnommée par ses collègues Mademoiselle Sony parce son père travaille à Sony. Et on a ajouté le prénom féminin d'un personnage du roman (Murasaki, qui correspondrait à "Violette"). Il faut bien faire attention, car il est bien possible que votre voisin
japonais croie que Murasaki est le nom de famille de la romancière et
Shikibu son prénom. Pour Sei Shônagon qui a écrit les Notes de chevet, c'est à peu près pareil. Sei peut être un élément de son nom de famille, et Shônagon le grade de son père (ou d'un parent). On ne sait pas du tout comment ces écrivains du 11e siècle s'appelaient vraiment, bien qu'il y ait des hypothèses fantaisistes.

mardi 13 mai 2008

Projet de l'extensioin du tableau des idéogrammes à l'usage quotidien

La fin de la Seconde Guerre mondiale fut une catastrophe pour la langue japonaise. Comme tous les intellectuels soutenaient la guerre impériale (on a tué les intellos appelés "rouges", efficace!), l'orthographe des mauvais élèves devint désormais officiellement correcte! Vous pouvez imaginer le français d'avenir (proche?) dont l'orthographe serait: "Sé kwa?" "Ke se passe til?" C'est l'écriture que les Japonais adoptent depuis soixante ans. Et la plupart ne sont même pas conscients de ce problème, car revenir à l'ancienne orthographe veut dire pour eux, redevenir Japonais fascistes, "expansionnistes", qui voulaient conquérir toute l'Asie de l'Est. Je ne comprends pas du tout cette logique absurde. Mais je risque d'être pris pour un homme d'extrême droite, si je dis qu'il faut réhabiliter l'ancienne orthographe...
L'emploi des idéogrammes appelés kanjis est également restreint depuis cette époque. La raison était évidente auparavant: On voulait ou romaniser le japonais, ou éliminer les caractères chinois de la langue japonaise pour qu'on n'écrive plus qu'avec les caractères phonétiques. Ces projets furent vite abandonnés, et la restriction perdit son sens.
Actuellement, le tableau des "kanjis à l'usage quotidien" compte 1945 caractères (le sens d'humour des Japonais est particulièrement développé sur ce point-là). Mais on envisage d'ajouter des kanjis qu'on utilise fréquemment, et le tableau ci-dessus est le projet (220 caractères pour le moment), publié sur les journaux aujourd'hui. Les non Japonais imaginent qu'il serait très difficile d'apprendre tous ces idéogrammes, mais ce n'est que question d'habitude. Les "kanjis à l'usage quotidien" doivent être appris jusqu'à la fin de l'enseignement obligatoire (généralement à l'âge de 15 ans). Je connaissais beaucoup plus que 2000 kanjis déjà à l'âge de dix ans, et je ne suis aucunement le seul. Les "kanjis à l'usage quotidien" donnent la restriction aux écrits administratifs tout d'abord. Les journalistes respectent souvent cette restriction je ne sais trop pourquoi. (Ils ne sont pas du tout obligés à faire ça!) Ces 1945 caractères ne sont pas du tout suffisants pour lire la littérature.
Si on pense à ajouter des idéogrammes supplémentaires au tableau, c'est que l'informatique a beaucoup développé ces années-ci. On n'a plus besoin d'écrire les caractères difficiles à la main. Au fait, l'écriture japonaise avait un double standard avant la guerre. On écrivait les caractères simplifiés à la main, et on imprimait les caractères corrects. Depuis la fin de la guerre, les kanjis simplifiés sont devenus "corrects". Mais l'utilisation des kanjis simplifiés n'a jamais été un signe de l'inculture. Si j'ai parlé de l'orthographe des mauvais élèves, je ne parlais pas forcément d'idéogrammes, mais plutôt de l'emploi des caractères phonétiques. (Il y a également de mauvais emplois des idéogrammes qui sont devenus corrects dans la chaos d'après guerre. Je ne mets pas en cause la forme des kanjis, puisqu'elle avait le double standard même pour les meilleurs écrivains.)
Ce nouveau tableau supplémentaire me fait sourire un peu, car il y a des caractères auparavant éliminés à cause des connotations sexuelles: fesses, humide, spasme, cuisse, débauché, agaçant, caresser... On aurait dû avoir beaucoup d'imagination pour mettre ces kanjis à l'écart de l'emploi correcte. Je suis contre toute restriction concernant le langage, donc ce projet est le bienvenu! Désolé pour celles et ceux qui veulent commencer à apprendre le japonais, cette nouvelle n'est peut-être pas encourageante pour vous, mais j'adorais apprendre les kanjis quand j'étais petit. J'espère que ce sera pareil pour vous :)

samedi 1 mars 2008

Quelques mots japonais mal traduits

Haï ne veut pas dire "oui".
Certains reprochent l'ambiguïté des Japonais, en disant que leur "oui" ne veut jamais dire "oui". Ce reproche est injuste parce que c'est la traduction qui est mauvaise. La faute appartient à la personne qui a fait répandre cette traduction. Le mot japonais "haï" est une réponse qui veut dire "J'ai bien entendu ce que tu m'as dit". Il est vrai que les Japonais pseudo-francophones traduisent tout simplement "haï" dans leur tête par le mot oui, ce qui engendre la confusion.
Tu demandes à un Japonais "Tu peux me prêter un peu d'argent?", et il te répond par un "oui". Cela ne veut pas dire qu'il te prête l'argent. Il te répondrait "Je t'écoute", s'il était conscient de ce problème de traduction.

Sayônara ne veut pas dire "Au revoir".
Déjà, ce n'est ni "Bonjour" ni "Salut".
L'emploi de ce mot est délicat. Dans les situations où une certaine formalité est exigée, ce mot veut dire "Au revoir" en effet. Mais si ta petite amie te dit Sayônara, cela veut dire "Adieu, c'est fini entre nous". Mais on ne peut pas généraliser, car ça dépend des personnes au fond. En tout cas, si quelqu'un utilise ce mot pour la personne qu'il connaît très bien intimement, il y a souvent une nuance de plaisanterie (ou bien une sorte de gêne). Pour dire "Au revoir" en japonais, "Sorédéwa mata" (A la prochaine fois) est préférable.

Konnichiwa n'est pas un mot passe-partout.
D'abord, il faut utiliser Ohayô (gozaïmasu) dès le réveil jusqu'à midi, et Konban'wa dès le coucher du soleil jusqu'à l'heure du sommeil. Donc, on ne dit pas Ohayô à une heure du matin, mais on dit Konban'wa. Mais même pendant la journée où le mot Konnichiwa est censé être utilisé comme une salutation, on doit le prononcer avec précaution.
Il y a une certaine familiarité, gênante pour certains, dans cette salutation. Si tu veux adresser la parole à un Japonais dans la rue, lui dire Konnichiwa est plutôt malpoli. Si tu veux absolument lui parler japonais, tu lui dis "Sumimasen", qui veut dire "Excusez-moi, je vous demande pardon". Mais la meilleure façon par-dessus tout est de lui dire "bonjour" en français, si vous vous trouvez dans un pays où on parle français. Si vous êtes au Japon, vous dites "Sumimasen".
Le mot passe-partout en japonais est plutôt "Dômo", dont la signification est à peu près "Je ne sais que dire". Il peut remplacer bonjour, au revoir et merci. Mais malheureusement, il ne peut être utilisé comme un mot que tu adresses à un passant. Le mot recommandé dans ce cas est toujours "Sumimasen" (se-mi-ma-sé-n).

Itadakimasu ne veut pas dire "Bon appétit".
Ce mot veut dire "Je prends la chose que vous m'offrez avec humilité". La chose peut être un repas, mais elle peut être également une récompense à votre service. Ainsi, c'est les convives qui disent "Itadakimasu", mais jamais le serveur (ce serait absurde). Celui-ci peut dire aux invités "Dôzo méshiagaré", "Veuillez accepter de prendre ce repas".

lundi 18 février 2008

Mais non! Le clou qui dépasse n'appelle pas le marteau au Japon, mais pas du tout!!!

J'ai le Dictionnaire de proverbe et diction édité chez le Robert, et j'y trouve ce proverbe japonais: "Clou qui dépasse sera enfoncé".
C'est un Robert. Ca a l'air sérieux. Mais il n'y a pas d'explication.
J'ai trouvé un site qui parle de ce proverbe toujours japonais: "Le clou qui dépasse appelle le marteau". Explication: Un problème, une difficulté appelle une solution simple et radicale. Le site s'appelle Internaute Encyclopédie. Ca a l'air sérieux. Mais il me semble que l'explication n'est pas bonne.
Un prêtre français qui s'appelle André L'Héronet a écrit un livre intitulé Le Clou qui dépasse, qui parle de ses expériences au Japon. Je n'ai pas lu ce livre, mais peut-être ce religieux se trouvait-il dans la place du clou qui dépasse, quelqu'un d'exceptionnel qui n'est pas aimé au Japon. Ca a l'air sérieux. Et je peux imaginer la situation.
Mais ce n'est pas sérieux. Mais pas du tout. J'hal-lu-cine!!!
Il y a bien un proverbe japonais qui est écrit ainsi: 出る杭は打たれる. La transcription phonétique peut être "Déru kui-wa utaréru". Mais il y a pas mal de Japonais qui mémorisent ce proverbe à tort et à travers: 出る釘は打たれる. "Déru kugi-wa utaréru." La consonne g est une consonne nasale prononcée comme ng dans le mot anglais sing, et cette consonne faible risque la confusion dans certaines expressions, comme pour ce proverbe. Ce mot "kugi" veut dire le "clou", alors que le proverbe correcte dit "kui", le pieu. Et le clou n'est pas la même chose que le pieu.
L'explication du vrai proverbe est comme suit. Quelqu'un veut faire une haie, et il enfonce plusieurs pieux au sol. Mais il y en a un qui est plus haut que les autres. Donc il bat la tête de celui-ci afin qu'il soit à la même hauteur que les autres. Ce proverbe montre la mentalité des Japonais qui n'acceptent aucune exception. Par exemple, ils veulent plutôt l'absence, voire l'exclusion forcée, de génie exceptionnel, que de se voir gêner par la diversité. Les profs d'école "corrigent" les élèves exceptionnels pour qu'ils soient "normaux".
Vous vous dites peut-être: "Mais ça ne change rien. Avec la traduction 'Le clou qui dépasse appelle le marteau', je comprenais la même chose". Mais est-ce que c'est vrai? Quand on parle du clou, on n'imagine pas d'autres clous qui ont tous la même taille. Donc le mot doit être le pieu.
Je suis vraiment consterné de constater que ce faux proverbe est cité à plusieurs endroits. Il faut que les nipponophiles le sachent au moins. Le vrai proverbe japonais est "Le pieu plus haut que les autres sera enfoncé".

Article précédent: L'origine du mot yakuza

vendredi 15 février 2008

L'origine du mot yakuza

Ce mot yakuza qui veut dire mafieux japonais vient d'un jeu de cartes, ce qui n'étonne personne sans doute. Mais de quelle sorte de jeu s'agit-il?
C'est un jeu appelé oïchokabu qui ressemble au jeu de baccara. Le but est d'avoir neuf (ou dix-neuf) point, et dix ou vingt points égalent zéro point.
Le mot yakuza peut être divisé en trois éléments: ya, ku et sa (la transcription recommandée du mot reste néanmoins yakuza), qui impliquent respectivement 8, 9 et 3. Les débutants de la langue japonaise doivent y faire attention. A l'exception du vrai mot ku (ou kyu) qui est le chiffre 9, ya et sa ne sont pas des mots, mais des éléments composants.
Alors, pourquoi la suite 893 peut signifier un mafieux? Vous devez imaginer le jeu. Vous avez la carte 8 au début, ce qui n'est pas du tout une mauvaise main. (En argot, ce chiffre 8 est appelé oïcho. Ça vient de l'espagnol par hasard?) Vous pouvez en rester là, mais vous êtes joueur. Si vous aurez l'as par la suite, vous aurez neuf points (kabu). Mais c'est le 9 que vous tirez, vous avez maintenant 17, c'est-à-dire 7 points. Vous n'êtes pas content, car vous avez perdu 1 point par rapport à la main précédente. Vous ne perdrez pas, mais vous ne gagnerez pas non plus avec cette main. Par conséquent, vous tirez une autre carte en attendant l'as ou le 2, mais vous tirez le 3, ce qui vous fait perdre le jeu.
Donc la suite la plus mauvaise 893 de ce jeu veut dire "la main qui ne vaut rien". Le yakuza, c'est un vaurien.

Article précédent: Qu'est-ce que le mot arigato veut dire vraiment?
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samedi 2 février 2008

KY, le mot qui fait peur

Le néologisme japonais qu'on entend le plus souvent au média actuel est probablement "KY", abréviation de "Kûki Yomé". Kûki veut dire l'air à la lettre, et yomé est l'impératif du verbe lire. Donc cette expression voudrait dire littéralement "Lisez l'air", ce qui signifie "Il faut s'assimiler et s'adapter à l'ambiance de la situation". Ça peut être l'abréviation du qualificatif "Kûki Yoménaï", "Qui ne sait pas lire l'air".
Le média a commencé à employer cet argot des "djeunes" au sujet du premier ministre précédent Abé, qui n'avait pas démissionné juste après la défaite du Parti Libéral-Démocrate aux élections sénatoriales. Tout le monde pensait qu'il devait quitter son poste, mais il ne l'a pas fait tout de suite. On entendait le cri du peuple contre lui "Kûki Yomé!", ce qui veut dire "Tu dois comprendre l'air du temps". Il a dû démissionner dans le chœur du peuple, mais il a très mal choisi le moment tout de même, donc il a gardé la réputation du politique le plus KY au Japon.
Dans la vie quotidienne, celui ou celle qui chante une ballade au karaoké, et celui ou celle qui dit des blagues nulles sont KY. Ça reste dans la mentalité normale, mais ce mot péjoratif peut vite changer en la négation de la liberté individuelle au nom de la collectivité.
L'écrivain YAMAMOTO Shichihei a écrit Les Etudes de l'Air il y a trente ans. Dans ce livre, il dit que tout le monde savait qu'il était absurde d'envoyer le grand navire Yamato à Okinawa à la fin de la Guerre du Pacifique, mais on l'a finalement fait, parce que personne ne pouvait résister à "l'air", ce qui se passe souvent au Japon. Yamamoto dit que cet "air" est LE critère impérieux du jugement qui a une autorité absolue, et que celui qui y résiste est considéré comme un "hérétique". C'est un "pouvoir surnaturel" (c'est l'expression de Yamamoto) qui exclut socialement les "KY", les personnes qui ne savent pas s'adapter à "l'ambiance".
J'admire mes compatriotes qui savent toujours lire l'air. Mais ils refusent de comprendre que cet air puisse vite être l'air fasciste.

Article précédent: Asahiru

mercredi 23 janvier 2008

Nouveaux "gallicismes" au Japon

Les Japonais empruntent de plus en plus des mots d'origine française, et ce, d'une façon plus ou moins ridicule. Je donne quelques exemples. Les mots dont il est question sont en majuscules.

1. Le SOMMELIER des légumes

C'est un métier à la mode pour les jeunes filles. Il sélectionne les légumes bio pour les consommateurs. Je ne sais si ça fait gagner. J'ai l'impression que c'est un passe-temps pour les filles à papa.

Il y a aussi SOMMELIERS des fleurs, SOMMELIERS des céréales, SOMMELIERS des serviettes (?), SOMMELIERS des thermes (conseillers touristiques?), SOMMELIERS de lessive (je ne sais pas du tout ce que c'est), SOMMELIERS des sons, SOMMELIERS des voix, SOMMELIERS de la nature, SOMMELIERS des livres, SOMMELIERS des étoiles, et SOMMELIERS des horreurs pour finir la liste. J'ai l'impression d'avoir écrit un poème surréaliste, mais je n'ai fait que citer les articles que j'ai trouvés à Google avec le mot SOMMELIER.

Je pense qu'en japonais, le SOMMELIER est quelqu'un qui donne les informations précises sur un domaine. Alors, pourquoi pas tout simplement "spécialiste"?

2. PATISSIERS

Ils font des gâteaux occidentaux. Ils prétendent être PATISSIERS, pour souligner qu'ils ont effectué un stage à Paris (Il n'y a que Paris en France pour les Japonais). Mais ils ne connaissent pas le mot "pâtisserie". Par contre, ils fabriquent des SWEETS, anglicisme cette fois. Au Japon, il ne faut pas trop se poser de questions.

3. CONCIERGE

C'est bien un métier à la mode au Japon, je vous assure. Le mot est français, ça doit être chic. Par exemple, on a un CONCIERGE des cadeaux. C'est un employé de grand magasin qui donne le conseil aux clients au rayon cadeaux. J'ai peur que les touristes japonais ne choquent les Français, en traitant tout le monde de concierges. Selon eux, quelqu'un qui se trouve à l'accueil doit être un concierge en France. Le mot "réceptionniste" n'est pas connu.

J'ai su que ce mot était à la mode au Japon avec un news qui parlait du CONCIERGE de l'hôpital. Non, on ne parle pas du tout du concierge ici, mais d'une sorte de réceptionniste à l'accueil.

C'est un synonyme du SOMMELIER en japonais ultramoderne, mais tandis que le SOMMELIER est une profession libérale, Le CONCIERGE est un employé. Je consulte Google.

CONCIERGES du bien-être (fonctionnaires, j'imagine), CONCIERGES du Mont Fuji mdr, CONCIERGES de la livraison, CONCIERGES de l'espace (c'est très space ), CONCIERGES du logement (ce sont des conseillers!), CONCIERGES des bijoux, CONCIERGES des médicaments, CONCIERGES des boulettes de riz (onigiri)...

Je suis cent pour cent japonais, mais j'avoue que quelques nuances m'échappent.

4. GRAND' VERGE

C'est un nom de restaurant français, mais je le cite, car il m'a fait tellement marrer. Mais pourquoi GRAND' VERGE? Savent-ils ce qu'ils disent? En réalité, ils auraient voulu dire "Grande Vierge", mais la transcription en caractères japonais a malencontreusement donné GRAND' VERGE (on peut mieux transcrire). Au Japon, Louis Vuitton est VITTON par exemple. De toute façon, le restaurant Grande Vierge serait toujours bizarre comme un nom de resto. Apparemment, c'est un restaurant gastronomique de luxe, non de luxure.

P.S.

Je viens de lire l'article de Wikipédia japonais. J'ai appris avec stupéfaction que le SOMMELIER des légumes est "l'appellation courante" de cette profession. Le vrai nom est VEGETABLE AND FRUITS MEISTER!!! Oui, MEISTER est un mot allemand!

mercredi 2 janvier 2008

Mystère Fujiyama

Je vous souhaite une bonne année l'an 2008. Et je remercie tous ceux qui lisent mon blog.

Je l'ai souvent entendu de mes élèves qui avaient un peu appris le japonais avant de suivre mon cours. "Les Japonais appellent le mont Fuji Fuji-san, et Fujiyama est son nom pour les étrangers." Mais un instant, s'il vous plaît. Pourquoi les Japonais auraient-ils dû inventer une nouvelle appellation de la montagne pour les étrangers???
Franchement, je suis profondément consterné par le manque de culture, même rudimentaire, des Japonais qui disent cette connerie. Fujiyama n'est qu'un ancien nom de la montagne, désormais désuet. Si le nom Fuji-san est le nom géographique, Fujiyama est un nom "poétique". Pourquoi mes compatriotes ont-ils carrément oublié cette appellation, que les "étrangers" ont gardée? D'où vient cette "haine" de la culture japonaise, qui engendre le refus d'apprendre les choses si élémentaires?