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vendredi 2 janvier 2009

Voisins solidaires

Tout d'abord, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2009.



とんとんとんからりんと隣組

隣組 Tonarigumi

とん とん とんからりと 隣組 Ton, ton, tonkarari-to tonarigumi
格子を開ければ 顔なじみ Kôshi-o akéré-ba kao-najimi
回して頂戴 回覧板 Mawashi-té chôdaï kaïranban
知らせられたり知らせたり Shirasé-raré-tari shirasé-tari

とん とん とんからりと 隣組 Ton, ton, tonkarari-to tonarigumi
あれこれ面倒 味噌醤油 Aré-koré mendô miso shôyu
ご飯の炊き方 垣根越し Gohan-no takikata kakinégoshi
教えられたり教えたり Oshié-raré-tari oshié-tari

とん とん とんからりと 隣組 Ton, ton, tonkarari-to tonarigumi
地震やかみなり 火事どろぼう Jishin-ya kaminari kaji dorobô
互に役立つ 用心棒 Tagaï-ni yakudatsu yôjinbô
助けられたり助けたり Tasuké-raré-tari tasuké-tari

とん とん とんからりと 隣組 Ton, ton, tonkarari-to tonarigumi
何軒あろうと 一所帯 Nan-gen arô-to hito-shotaï
こころは一つの 屋根の月 Kokoro-wa hitotsu-no yané-no tsuki
纏められたり纏めたり Matomé-raré-tari matomé-tari

Voisins solidaires

Toc, toc, c'est les voisins solidaires.
Quand vous ouvrez la porte, vous voyez un visage connu.
Faites circuler le bulletin.
On informe et on est informés.

Toc, toc, c'est les voisins solidaires.
Etes-vous court des épices?
Je vous dirai comment cuire le bon riz.
On renseigne et on est renseignés.

Toc, toc, c'est les voisins solidaires.
Séisme, foudre, incendie, voleurs.
On est tous des gardes de corps serviables.
On aide et on est aidés.

Toc, toc, c'est les voisins solidaires.
C'est un foyer combien de maisons qu'il y ait.
Nos cœurs s'unissent pour la lune sur le toit.
On organise et on est organisés.

 Les Voisins Solidaires (Tonarigumi) étaient le système d'aide mutuelle, décrété par le Ministère de l'Intérieur en 1940. C'est un tube de cette année-ci, dont le texte est d'Okamoto Ippei, un des premiers dessinateurs de manga moderne, qui est plutôt connu comme le mari de la romancière Okamoto Kanoko, et le père d'Okamoto Taro, l'artiste. C'est la seule parole de chansons qu'on connaisse de lui. Son talent de dessinateur était reconnu par Natsumé Sôséki.
 Les Voisins Solidaires étaient une institution des civils pour soutenir la guerre. Malgré l'air joyeux de la chanson, Tonarigumi était abhorré comme le système de la délation mutuelle. Certains d'entre vous ont probablement déjà été frappés par la méfiance des Japonais envers autrui. On peut penser que c'est une réminiscence des Voisins Solidaires.
 Par exemple, ma famille vivait dans la peur, car on avait un "rouge" parmi nous. Mon grand oncle (frère de mon grand-père) n'était qu'un social-démocrate modéré, mais il dévorait la littérature prolétarienne. On dit que seule la possession de ces livres constituait un délit aux yeux de la police de l'époque.
 Personnellement, je trouve cette peur assez ridicule, parce que ma famille était la plus riche du village jusqu'à la fin de la guerre. La police n'aurait eu aucun intérêt à arrêter le frère de la personne qui payait la moitié des impôts de la commune.
 Ma famille n'est plus riche depuis la fin de la guerre. C'est les occupants américains qui ont ruiné principalement les bourgeois provinciaux comme boucs émissaires. Ils leur ont enlevé le terrain et l'ont redistribué aux petits paysans. Bien sûr que tous les manuels scolaires racontent que les Américains ont également dissolu les trusts, mais ce n'était que superficiel. La preuve est évidente si vous constatez seulement les prospérités éternelles de Mitsubishi. Tout ce que les Américains avaient besoin n'était que ces boucs émissaires provinciaux pour calmer l'esprit du peuple. Curieusement, on ne souligne jamais ce côté noir de l'histoire. C'est peut-être parce que la plupart des Japonais ont plutôt tiré du profit de la mauvaise politique de l'occupation américaine.
 Vous pouvez trouver beaucoup de documents rares de l'époque de la Deuxième Guerre mondiale sur YouTube. Les gens d'extrême-droite ont le fol enthousiasme à uploader ces choses-là que les bien-pensants font tout pour cacher, car ils ne peuvent pas admettre que presque tous les intellectules et les personnages connus soutenaient la guerre. Il n'y a pas que Okamoto Ippei, loin de là. Et ces nationalistes stupides ajoutent toujours des commentaires favorables à ces archives grotesques. Je le trouve assez marrant.
 Cependant, je ne condamne pas les écrivains et les artistes qui soutenaient la guerre, car la vie n'est pas aussi simple que cela. Tout cela est détestable, mais il arrive qu'on doive se débrouiller malgré soi dans la situation critique. Si je n'apprécie pas du tout les produits de la guerre, je comprends ceux qui l'ont fuie. Je préfère NAKANO Shigéharu, qui s'est "converti" de peur de supplices, à KOBAYASHI Takiji, le martyr de la littérature prolétarienne. Nakano, qui a choisi la survie, a été sénateur socialiste après la guerre, et il a laissé une oeuvre beaucoup plus complexe que celle de Kobayashi. Je ne suis pas là pour adorer la pureté idéologique du martyre.

samedi 28 juin 2008

Connaissez-vous ces personnages historiques?

 Le centre national des recherches des politiques de l'éducation a publié le résultat du test imposé aux enfants de douze ans sur l'histoire du Japon. Il s'agit de faire correspondre le nom d'un personnage et ce qu'il a fait dans sa vie, sur la liste de 42 noms et autant de choix pour les rôles qu'ils ont joué dans l'histoire. Voici les vingt personnages dans l'ordre descendant du pourcentage de bonne réponse.

1. Himiko (99,0%)
2. Saint François-Xavier (97,7%)
3. Commodore Perry (95,7%)
4. Noguchi Hideyo (91,7%)
5. Sesshû (90,1%)
6. Sugita Genpaku (89,6%)
7. Fukuzawa Yukichi (88,8%)
8. Oda Nobunaga (87,1%)
9. Shôtoku Taïshi (86,2%)
10. Inô Tadataka (84,9%)
11. Ashikaga Yoshimitsu (84,3%)
12. Ashikaga Yoshimasa (83,8%)
13. Ono-no Imoko (82,1%)
14. Toyotomi Hideyoshi (81,5%)
15. Murasaki Shikibu (80,4%)
16. Ganjin (79,6%)
17. Tokugawa Ieyasu (79,4%)
18. Tokugawa Iémitsu (78,5%)
19. Sei Shônagon (78,4%)
20. Fujiwara-no Michinaga (77,9%)

 Pour les trois premiers, leurs "carrières" sont respectivement "Fut la reine du royaume Yamataïkoku" "Transmit le christianisme au Japon" "Demanda l'ouverture des frontières au shôgunat, arrivé avec ses bateaux noirs". Donc, le résultat ne veut pas forcément dire que ces personnages sont les mieux connus des enfants, mais que les questions étaient les plus faciles. En tout cas, ces noms sont imprimés dans la tête de tous les Japonais. Combien de personnages connaissez-vous?

 Voici le reste de la liste:
21. Gyôki 22. Utagawa Hiroshigé 23. Motoori Norinaga 24. Empereur Shômu 25. Chikamatsu Monzaémon 26. Taïra-no Kiyomori 27. Minamoto-no Yoritomo 28. Minamoto-no Yoshitsuné 29. Hôjô Tokimuné 30. Naka-no-ôé-no Ôji 31. Nakatomi-no Kamatari 32. Tôgô Heihachirô 33. Saïgô Takamori 34. Itagaki Taïsuké 35. Mutsu Munémitsu 36. Itô Hirobumi 37. Katsu Kaïshû 38. Empereur Meiji 39. Komura Jutarô 40. Ôkuma Shigénobu 41. Kido Takayoshi 42. Ôkubo Toshimichi
 Le dernier de la liste Ôkubo Toshimichi n'a eu que 23,5% de bonne réponse (Joua un rôle important dans le Nouveau Gouvernement [de Meiji]), mais ce n'est pas un inconnu. Les enfants ont confondu les personnages du début de l'ère Meiji, d'ailleurs nombreux sur la liste. Son nom Ôkubo fait rigoler, mais ce n'est qu'un détail.

lundi 12 mai 2008

La taxe gazoil

Je ne sais si vous êtes au courant, mais un des plus grands problèmes politiques en ce moment au Japon est la taxe gazoil. Elle est de 48,6 yens (environ 30 centimes d'euro) par litre, dont la moitié est qualifiée de "provisoire" depuis 1974 (!). Elle est destinée à suppléer les ressources réservées aux aménagements des voiries. Mais on sait désormais que tout n'est pas utilisé dans ce but précis. Par exemple, il y a des fonctionnaires du ministère du territoire national et des transports (traduisez "le territoire national" par "la construction") qui ont acheté des machines karaoké, des articles pour le softball, et des fauteuils de massage et payé les frais des voyages avec cette ressource pour leur récréation. L'histoire la plus dérisoire est la comédie musicale pour la promotion des travaux, montée avec cette taxe (3,5 millions d'euros!). Je ne sais si elle a eu du succès, mais le refrain d'une chanson est "Faisons la route! Faisons la route!". On cachait soigneusement que le spectacle avait été financé par la taxe gazoil.
Même si c'est un tabou, on sait bien depuis toujours que les politiciens dont le support est fondé sur la construction sont le plus grand problème dans le monde politique au Japon. Et la construction sent la mafia. La construction reste le lobby qui exerce le plus d'influence au Japon sans conteste. On se plaint beaucoup de la baisse de naissance au Japon actuellement, mais je crois que c'est une réaction normale de la population contre l'Etat qui ne voulait jamais améliorer la situation déplorable de l'éducation. Il y avait toujours quarante élèves dans une classe de l'école élémentaire jusqu'au lycée, mais les politiciens n'ont jamais voulu faire construire des écoles, car l'éducation, ça fait pas gagner! Il n'y a aucun lobby qui veuille des écoles au Japon. Maintenant, il n'y a que vingt élèves dans une classe même dans les grandes villes. C'est une chance pour les Japonais. (Mais personne ne pense comme moi au Japon.)
L'argument le plus logique est la question: Est-ce qu'on a encore besoin de nouvelles autoroutes? Le plus grand parti d'opposition, le Parti Démocrate du Japon, répond que non, et le parti au pouvoir, le Parti Libéral-Démocrate, dit que oui. La période "provisoire" a pris fin au mois de mars. Le PDJ refusant de discuter sur le renouvellement de la taxe, la loi a expiré, et le prix du gazoil a baissé à peu près de 25 yens (15 euro cents) le 1er avril. Actuellement, la majorité de la chambre haute est occupée par l'opposition, et plus de deux tiers de la chambre basse par le PLD. La loi dit que la chambre basse peut donner la validité à une décision avec deux tiers des voix, même si la chambre haute l'a refusée. C'est ce que le PLD a fait, et le gazoil a remonté jusqu'au prix précédent le 1er mai. Et le PDJ crie au scandale en parlant de la violence du nombre.
Je n'approuve pas le procédé du PLD, mais je ne suis pas moins outré par le PDJ, qui fait exprès dans le populisme primaire. C'est la constitution qui dit que deux tiers des voix de la chambre haute sont suffisants pour nier la décision de la chambre haute! Cela ne peut être une violence. (D'ailleurs, le PDJ ne propose même pas d'alternatif pour suppléer la somme manquante.) Le premier ministre Fukuda a promis que la taxe serait versée dans les ressources dites "générales" dès l'année prochaine, c'est-à-dire non pas réservées aux voiries, mais on a un grand doute sur la politique du PLD, car ils ont voté la même loi avec la validité de 10 ans. Ils ont gardé sans vergogne le nom des ressources réservées aux voiries, tout en promettant que leur emploi n'est plus spécifique... De qui se moquent-ils? Selon le sondage, 75 pour cent des personnes interrogées le trouvent contradictoire. Ouf!
Historiquement parlant, le Japon n'avait pas besoin de routes terrestres au haut moyen âge, car les transports se faisaient sur la route maritime. Depuis que les commerces avec le continent ont débuté, les Japonais se sont mis à imiter la Chine sur tous les points. (C'est probablement parce que les dirigeants étaient très souvent d'origine coréenne. Est-ce que c'est eux qui avaient une grande admiration pour leurs voisins, ou que, très futés, ils ne voulaient pas imposer leurs propres modèles aux Japonais?) On a aménagé la capitale (Kyoto) sur le modèle de Xian, et le réseau de routes centralisateur en se basant sur l'exemple chinois. Cette forte tendance à l'imitation reste une mentalité japonaise. Elle fait parti du snobisme sans doute, mais on ne peut nier qu'elle était toujours LE moteur du progrès au Japon. Les Japonais d'antan ont aménagé les voiries qui n'étaient pas vraiment nécessaires malgré les grandes difficultés, principalement pour l'émulation.
Les Japonais adorent ou imiter les nouveautés ou garder les prétendues traditions qui étaient souvent imitations à l'origine. Je crois que les premières imitations sont une des qualités japonaises, mais je ne suis pas pour l'attachement un peu ridicule et absurde aux traditions qui manquent complètement de souplesse. Même la construction des voiries suit une tradition qui n'est plus efficace, à ce qu'il me semble. Il est temps qu'on comprenne que les Japonais n'avaient pas du tout besoin de routes terrestres au début. Pourquoi pas réévaluer l'efficacité des transports maritimes au Japon? (Mais personne ne pense comme moi ha ha) Je suis assez d'accord avec Paul Virilio sur le sujet de la lenteur...

mardi 6 mai 2008

Je suis allé à la ville d'Hakodaté

Malheureusement, je n'ai pas d'appareil numérique, donc il n'y a pas de photos prises par moi :(
La ville d'Hakodaté est une ville d'Hokkaïdo, le seul site historique (désigné par l'État) qui se trouve sur cette île. J'ai pris le train pour y aller en passant par le tunnel Aomori-Hakodaté, le tunnel le plus long du monde. C'est la première fois que j'aie emprunté ce chemin. J'étais déjà allé à Hakodaté plusieurs fois, mais en bateau.
Le site le plus connu d'Hakodaté est le vestige du château Goryôkaku, construit selon le modèle de l'architecte français Vauban.

Plan de la citadelle de Lille

Vestige du château Goryôkaku

On commença à construire le château Goryôkaku en 1857. Mais pourquoi l'a-t-on fait d'un style français?
Le Japon ouvrit ses frontières en 1854, plus précisément deux ports de plus que Nagasaki, le seul local qui ait été ouvert seulement aux Hollandais et aux Chinois pendant plus de 200 ans. Ces deux ports étaient Shimoda et Hakodaté. La France n'avait pas conclus le pacte au début, mais un bateau français passa près d'Hakodaté, qui fit un naufrage dans les parages. Les habitants d'Hakodaté sauvèrent ces équipiers malgré l'absence du pacte entre la France et ce pays d'Extrême-Orient qui venait d'ouvrir aux étrangers. Les Français furent émus par l'humanisme des habitants de cette ville du nord, et ils leur donnèrent leur technologie d'architecture dès la conclusion du pacte de commerce.
Mais le gouvernement des samouraïs était menacé du coup d'État par les rebelles impériaux à l'époque. Le coup réussi (1868), le reste du shôgunat fuit Edo (Tokyo) jusqu'à Hakodaté. Le dernier shôgunat provisoire fut installé au château Goryôkaku, et quelques Français participèrent au gouvernement en tant que ministres. La guerre d'Hakodaté entre le shôgunat provisoire et le nouvel Empire fut courte, et c'est l'empereur qui l'a gagnée malheureusement. Cette histoire mal connue explique la raison de l'accueil diplomatique plutôt froid des Français par l'empire.
Je crois que les nipponophiles français peuvent être fiers qu'il y avait des Français qui faisaient parti du dernier gouvernement des samouraïs :) J'ai pensé qu'il s'agissait de l'histoire d'Hakodaté quand j'ai entendu parler du Dernier Samouraï avec Tom Cruise, mais ce n'était pas le cas. D'ailleurs, même si ce film hollywoodien est basé sur un fait historique, l'appellation de samouraï n'est qu'abusive, puisque les rebelles dans cette histoire soutiennent l'empereur eux aussi. Ce n'est qu'une faction des dissidents du nouvel Empire de Meiji, qui étaient nombreux. Les Français n'ont qu'à faire un film sur les derniers samouraïs véritables.
Hakodaté reste une ville internationale qui accueille beaucoup de touristes. Il y a pas mal de chrétiens, catholiques, protestants et orthodoxes. Même si elles n'ont rien à voir avec l'architecture imposante en Europe, la ville héberge des églises et des abbayes, plutôt coquettes en réalité, dans ce pays qui ne compte pas beaucoup de chrétiens.
La vue de la ville du mont Hakodaté est très connue. On l'appelle "la vue nocturne d'un million de dollars".


vendredi 4 avril 2008

L'origine du fantasme

(J'ai transféré cet article du blog de la page Takagi Kyôzô.)

(C’est la suite de l’article précédent.)

L’imposteur Takéuchi Kiyomaro qui a découvert le tombeau de Jésus-Christ à Shingô était fondateur d’une secte religieuse appelée Amatsu. C’était une petite secte nationaliste influencée plus par le shintoïsme que par le christianisme. Le fait que les Japonais utilisent l’écriture chinoise est un grand complexe pour les nationalistes, et ils ont souvent prétendu que les Nippons avaient leur propre écriture avant la rencontre avec la civilisation chinoise. Voilà l’écriture japonaise des temps des dieux.


C’est une invention pure et grotesque bien sûr. Il n’y a pas que Takéuchi qui a "découvert" l’ancienne écriture des Japonais, et plusieurs savants ont essayé en vain de prouver l’existence.
La particularité de cet imposteur est qu’il a prétendu que les Japonais du nord avaient des rapports avec les juifs à l’époque de Jésus-Christ. Selon ce que ces fous prétendent, c’est Iskri qui est mort à Jérusalem, mais le Christ lui-même s’est échappé à la mort pour survivre au nord du Japon jusqu’à l’âge de cent six ans.
Les Japonais adorent trop les histoires mystérieuses probablement, et je ne rencontre que des explications superflues. (Le pédagogue connu Kanô Kôkichi, un ami à Natumé Sôséki, a sérieusement critiqué les archives Takéuchi en 1936. Cela montre l’air des temps qui voulait croire aux mensonges nationalistes, car même un érudit comme Kanô s’est senti le besoin de réfuter l’authenticité d’un tel document peu sérieux.) Je voudrais placer ce fantasme dans le contexte historique et culturelle de ma région.
Le village Shingô n’est pas mieux que le hameau d’Horodzuki chanté par Takagi Kyôzô. La différence est que si celui-ci est un village au bord de la mer, Shingô est dans la montagne. Vous devez être surpris de savoir qu’il y avait des gens qui ont inventé cette histoire incroyable dans un hameau pauvre du nord du Japon, mais ce n’était pas la première fois que ces gens ont inventé une légende de survie fantasmée. Je commence par le début.
On peut dire que le pays du Japon a été fondé au début du 8e siècle avec le code Taïhô. C’est un pays relativement nouveau. Ce code qui donne officiellement le Japon comme le nom du pays pour la première fois dans l’histoire, et qui définit la hiérarchie aristocratique dont le sommet est l’empereur, était formellement en vigueur jusqu’en 1867. Mais depuis la fin du 12e siècle jusqu’à cette date-ci, le pouvoir politique appartenait aux guerriers dont le chef était le shôgun. La région d’Aomori, pays sauvage et pauvre, restait relativement indépendante du centre jusqu’à la fin du 16e siècle, à l’époque de Hidéyoshi, sans que les habitants ne demandent rien. Le shôgunat était indifférent à cette région, c’était tout.
Le premier shôgun qui ait eu le pouvoir à la fin du 12e siècle s’appelle Minamoto-no Yoritomo. Il a chassé la noblesse Taïra de la cour, pousser l’empereur à la mort, et fondé le gouvernement à Kamakura loin de Kyôto, dans l’est du Japon. Guerrier féroce et cruel au tempérament sanguin, Yoritomo n’était pas aimé du peuple. En revanche, son frère Yoshitsuné, représenté comme quelqu’un de frêle, était cultivé et humain. C’était lui qui était populaire, et il a inspiré beaucoup de littératures populaires. Bon guerrier lui aussi, Yoshitsuné a attiré la jalousie de son frère, et il a été tué par l’assassin envoyé par son propre parent à Hiraïzumi, la seigneurie des plus puissante du Japon à l’époque (la plus grande ville juste après Kyôto) qui se situait juste au sud d’Aomori actuel. Le haïku connu de Bashô, "Herbes d’été. Trace du songe des valeureux guerriers", parle de la ruine de cette ville.
Le reste de Taïra et de Fujiwara d’Hiraïzumi, qui protégeait Yoshitsuné, a fui en passant par le village Shingô vers le Hokkaïdô. Mais les gens d’Aomori qui adoraient Yoshitsuné par la rumeur voulaient qu’il ait survécu à la bataille d’Hiraïzumi. Par exemple, il y a un temple bouddhiste qui consacre le héros dans la péninsule de Tsugaru, pas trop loin d’Horodzuki. Yoshitsuné n’y est jamais passé comme un fait historique, mais c’est la croyance populaire qui veut le contraire. C'est la photo du temple de Yoshitsuné.


La légende ne s’arrête pas là. J’ai déjà dit dans le commentaire ajouté au poème "La tempête de neige" que les berceuses de ma région font peur aux enfants, dont la plus connue chante: "Ne pleure pas. Si tu pleures, les Mongols arrivent de la montagne!" (Pourquoi viennent-ils de la montagne? Ce n’est pas logique.) La croyance populaire de ma région veut que Yoshitsuné qui serait passé au continent soit devenu Gengis Khan pour se venger. Mais quelle histoire! Takagi Akimitsu, un neveu de notre poète, a écrit un livre intitulé Le Secret de Gengis Khan qui traite de cette légende. (Akimitsu, romancier de polar, est plus connu que son oncle.)
Je suppose par conséquent que les gens ont inventé l’histoire de Jésus dans la confusion avec Yoshitsuné, frêle, humain et philanthrope. Je crois que la région pauvre délaissée par le pouvoir du centre du Japon attendait vraiment la "bonne nouvelle" au 16e siècle. Ils n’entendaient l’histoire du christianisme que par la rumeur, et les missionnaires ne sont jamais venus à notre région. Ils ont même imaginé que c’est Iskri (Iesu Chri, très probablement) qui est mort à Golgotha, mais le Christ lui-même a réussi à s’échapper à la mort. Si je crois que cette histoire populaire n’a pas été inventée par Takéuchi à lui seul, c’est à cause de ce nom d’Iskri et de la chanson de Nanyadoraya. Un seul imposteur étranger à la région n’aurait pas inventé tout cela.
Depuis quelques années, les fouilles archéologiques montrent que les anciens habitants de l’archipel du Japon étaient composés de deux races. La ligne de démarcation se situait au niveau du Mont Fuji et ce qu’on appelle les "Alpes japonaises". Parlant la même langue, ces deux races formaient une ethnie, mais les gens de l’ouest appartenaient au même groupe racial que les Coréens, une autre ethnie. (Même s’il n’y a aucun doute pour le mélange, il semble que l’ancien peuple de l’est n’appartienne pas au même groupe que les Aïnous, l’ethnie mineur d’Hokkaïdô.) Les habitants du Nord-Est, région injustement délaissée, qui n’ont jamais connu la prospérité de l’ouest du Japon, sont presque inconsciemment habités par ce fantasme d’un peuple différent des autres Japonais. Je pense que c’est cette obsession ancestrale des gens du nord qui a fait découvrir à Takéuchi le tombeau de Jésus dans cette région. (Il parle également de l’empereur Godaïgo, destitué par le shôgun Ashikaga Takaüji. Il était attiré par les personnages défavorisés du sort.) Le quartier qu’il a découvert le tombeau porte le nom de Héraï. Takéuchi prétendait qu’il avait le même étymon que le mot "hébreu"... S’il n’a pas cherché ailleurs le tombeau du Christ, c’est qu’il avait bien le nez de l’imposteur.

P.S. Très bêtement, je croyais que Takéuchi était d’Aomori, mais ce n’était pas le cas. Comment a-t-il pu trouver la localité de Shingö alors? J’ai réécrit ces deux articles un peu, mais il reste des ruptures de logique évidentes. Je ne les effacerai pas tout de même, car ils pourraient toujours intéresser certains lecteurs. Si tout cela n’était qu’une imposture inventée par le gourou des années 1930, je peux dire au moins que cette histoire a parlé à l’inconscient des habitants pour qu’ils continuent à la fêter jusqu’à aujourd’hui. Le savant Kanô disait que cette secte était au moins anodine, et il paraît qu'elle existe encore sans être connue. Sur son site officiel, j'ai découvert qu'elle possédait l'édition originale des dix commandements de Moïse gravés sur la pierre
Si vous me demandez si cette histoire du tombeau du Christ peut être un objet des études ethnographiques, je vous répondrait que non, mais pour la légende de Yoshitsuné, si. Enfin, j’aurais voulu seulement parler du frère du shôgun. Le tombeau du Christ n’est qu’une de ses variations, déformée et grotesque. Il est vrai que c'est la commune qui fête officiellement la fête du Christ. Mais ce n'est qu'une idée saugrenue d'un village qui n'a aucune industrie et qui veut ajouter un peu à la recette touristique. C'est tolérable à mon avis. Vous pouvez toujours passer dans la région pour apprécier le joli paysage du fleuve Oïrasé, tout près de Shingô.


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samedi 29 mars 2008

Procès d'Oé Kenzaburô

Hier, Oé Kenzaburo, le lauréat du prix Nobel de la littéarture, a gagné le procès dont il était accusé de la diffamation contre les vétérans de la Deuxième Guerre mondiale. Il a écrit Les Cahiers d'Okinawa, reportage sur la bataille d'Okinawa, une bataille particulièrement sanglante à laquelle même les adolescentes ont participé comme de jeunes soldats. Dans ce livre, le romancier parle du suicide collectif des îliens, et ces anciens lieutenants ont porté plainte pour nier leur responsabilité dans cette affaire tragique. Le tribunal a décidé que l'armée avait bien une responsabilité dans cet événement et a acquitté Oé.
C'est une affaire très étrange. D'abord, Oé ne dit pas que ces lieutenants ont donné l'ordre aux habitants de se suicider. Et puis, les plaignants n'avaient pas lu le livre avant d'engager les poursuites judiciaires pour la diffamation. Si on tient compte de ces faits élémentaires, le jugement ne peut être que non coupable pour Oé.
Si ce procès concerne les Japonais, c'est qu'il s'agit de la bataille d'Okinawa. Ces lieutenants (en fait, l'un des deux plaignants est le neveu de la personne qui a participé à la bataille) sont des Japonais qui étaient envoyés pendant la guerre aux archipels de Ryûkyû, qui étaient un pays indépendant jusqu'au 19e siècle. Là, on parle un dialecte très différent du japonais, et les habitants ont une culture propre à eux. Depuis qu'Okinawa a fait partie du Japon, les Nippons leur a interdit l'utilisation de leur dialecte.
Les Américains ont attaqué ces îles avant de débarquer à la métropole japonaise. On pense généralement que l'armée a ordonné aux habitant de mourir comme des Japonais exemplaires avant que ces îles soient complètement occupés par les ennemis. On suppose que les soldats ont distribué les grenades afin qu'ils puissent mourir "dans la dignité". Ces plaignants prétendent qu'ils n'avaient jamais donné d'ordre, mais leur plainte a été rejetée.
Je suis un peu frustré de la conclusion du procès, car ce procès était instrumentalisé par les deux camps, de gauche bien-pensante et d'extrême droite. Je ne suis ni pour l'une ni pour l'autre. Ce qui m'intéressait était plutôt les sentiments des plaignants et de ces soldats "japonais" qui ont connu cette expérience. "Nous ne pouvions rien faire. Nous étions complètement ahuris devant ces habitants qui se suicidaient sans que nous donnions l'ordre. Nous avions très peur." C'est ce qu'ils disent. C’est ce que ces gens disent. Ce qui est embêtant est que les plaignants parlent de la belle mort...
Les bien-pensants disent qu'ils mentent, et les gens d'extrême droite affirment que l'armée n'avait aucune responsabilité dans l'affaire. Mais pour ma part, je crois que ces soldats disent la vérité, sans que je nie la responsabilité globale de l'armée dans cet événement tragique. Le tribunal a adopté l'opinion des bien-pensants tout bonnement. (Les plaignants ont fait appel.) Mais mon opinion est plutôt comme cela: Très probablement, beaucoup d'habitants d'Okinawa se sont suicidés sous l'ordre de l'armée. Mais certains îliens ont choisi la mort, poussés par on ne sais quel sentiment de devoir intériorisé. Il n'est pas étonnant, pour moi au moins, qu'il y ait eu des soldats japonais qui ont assisté à ce comportement au-delà de compréhension à la fin de la guerre irrationnelle.
Comme j'ai déjà traité du sujet dans un autre article (KY), c'est une obligation pour les bons Japonais de s'adapter à l'"ambiance" générale, d'agir comme tout le monde. Et cette ambiance peut les pousser jusqu'à la mort. Il est bien possible que les habitants d'Okinawa se soient suicidés, sans ordre formel pour tout le monde, et que certains aient "volontairement" choisi la mort en un sens. Si je me permets une petite ironie, ces Okinawans sont morts véritablement comme les Japonais exemplaires qui imitent les autres sans réflexion profonde et existentielle... Mais enfin, on ne parle pas de la mentalité dans la cour...

P.S J'ajoute que je ne suis pas grand fan d'Oé. Je le lisais quand j'étais adolescent, mais c'est ce côté bien-pensant de gauche qui me gêne depuis quelques années.

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samedi 8 mars 2008

Japonais fous d'Obama

Les Japonais sont fous d'Obama. Mais cela ne veut pas dire qu'ils soutiennent le Parti Démocrate (tout en restant au Japon), et qu'ils aient la préférence pour lui. Ils s'en foutent complètement. Le système sociétal a réussi a faire pousser l'indifférence politique des Japonais jusqu'à ce qu'ils ne se rendent plus compte qu'Obama est un homme politique. Tout simplement, il y a une petite ville qui s'appelle Obama au bord de la mer du Japon. C'est l'homonymie, non pas l'homme, qui les intéresse, c'est tout. La ville d'Obama fait beaucoup d'Obama goods (ouais, on est au Japon...), en commençant par le Obama T-shirt comme c'est promis, jusqu'à Obama manjû (gâteau fourré), Obama hamburger (avec le poisson de la région)... Les habitants d'Obama veulent qu'on choisisse leur ville comme le lieu des G7, car les G7, c'est les Etats-Unis et leurs acolytes pour les Japonais (généralement, ils n'ont aucune idée de la politique internationale, et je n'exagère pas)... La ville s'appelle Obama, alors elle n'aura aucune chance d'être choisi pour le Sommet, s'il sera le chef d'Etat d'un pays participant. S'ils y réfléchissaient avec un peu de sang-froid, ils le comprendraient. Bon, ce phénomène a l'air anodin, et il y a même des journalistes étrangers qui viennent faire un reportage rigolot. Il paraît que tout le monde est content. Mais est-ce que c'est vraiment anodin? Je n'y crois pas.
Déjà, cette indifférence politique presque cynique ne peut être quelque chose de bien. Et puis, je ne crois pas du tout qu'ils feraient la même chose, si une ville japonaise avait le même nom qu'un candidat caucasien à la présidentielle américaine. Ils croient montrer la sympathie à l'égard de Barack Obama, mais au fond d'eux, ils ont un mépris racial, bien qu'inconscient. Les Japonais étaient fiers d'être "blancs d'honneur" sous l'apartheid sud-africain. Ils montrent seulement le manque de ce fameux respect japonais, pourtant habituel à eux, à l'égard d'Obama. C'est un pays où un journaliste qui présente une émission politique depuis plus de vingt ans ose prononcer au petit écran: "Je ne dois pas le dire, mais Obama est noir." Oui, tu ne dois pas le dire, car j'ai honte qu'un beauf franchouillard à la sauce de soja soit un journaliste reconnu de mon pays. Vous vous demandez peut-être: "Comment ça? Les Japonais n'ont pas la solidarité des gens de couleur?" Mais non. Depuis que Fukuzawa Yukichi, le penseur fondateur de l'idéologie du Japon moderne, a dit qu'il fallait que le Japon soit un pays européen et qu'il sorte de l'Asie, les Japonais véritablement schizophrènes se prennent pour Occidentaux. Je dois dire que ce n'est pas quelque chose de ridicule en soi, et ce fondement idéologique n'est pas loin de la latinisation de Kemal Pacha pour les Turcs. Le journal Marianne s'est moqué une fois de Bolkestein qui a déclaré qu'il était contre la permission d'entrée du Japon à l'UE, tout en s'abstenant de prononcer sur le problème turc, mais c'est une question sérieuse pour certains Japonais.
Je dois ajouter que ce qu'a dit Fukuzawa n'était pas vraiment stupide. Dans les circonstances historiques où il vivait, il a jugé que l'Europe était un continent des pays indépendants, et l'Asie leurs colonnies. S'il a dit qu'il fallait que le Japon soit un pays européen, cela voulait dire qu'il devait garder son indépendance, et sa pensée a bien eu une utilité historique dans la situation urgente juste après l'ouverture des frontières du pays. Mais maintenant, les soi-disant héritiers de la pensée de Fukuzawa ne comprennent plus ce que le penseur voulait dire, tout comme les islamistes qui insistent à comprendre le Coran à la lettre, voire à leur façon arbitraire.
Personne n'est conscient de ce racisme subreptice des Japonais envers la personne d'Obama, même ces journalistes américains et européens qui viennent parler de la fièvre de la ville d'Obama, qui se moquent à leur tour, consciemment ou non, de la niaiserie des Japonais, fous d'Obama, mais qui ne comprennent rien du tout à la politique.

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vendredi 28 décembre 2007

L'origine de l'empire du Japon (suite)

Depuis que le prince Shotoku a adopté le bouddhisme comme la religion d'Etat, le Japon a connu une floresence de la culture bouddhiste surtout à Nara. Le premier chef religieux à qui on peut attribuer le titre d'empereur est Monmu (règne 696-707). Nara fut la capitale pendant le huitième siècle, avant de transférer à Kyoto. Et Murakami (r.946-967) était le dernier chef religieux qui ait eu le titre de l'empereur (tenno) après sa mort pendant 900 ans. Les chefs religieux suivants n'avaient qu'un titre bouddhiste comme les autres en tant que personnes décédées.
Celui qui s'est fait donner cette appellation archaïque au dix-neuvième s'appelle Kokaku (r.1779-1817, mort en 1840). Il a succédé à Gomomozono, mort à l'âge de 22 ans. La famille de chef religieux n'avait plus d'enfants mâles, et la mère de Gomomozono, Gosakuramachi est la dernière femme dotée de pouvoir religieux en date.
Cependant, Araï Hakuseki (1657-1725), savant et politique, avait fondé une branche de famille impériale pour prévenir cette situation. Kokaku est un arrière-petit-fils du chef religieux Higashiyama (r.1687-1709). Kokaku a voulu fortifier le statut de sa famille, et il a fait ressusciter beaucoup de "traditions" disparues au haut moyen âge. Et il a choisi le shintoïsme comme sa première religion.
Il faut comprendre le contexte historique. Le dix-huitième siècle a connu un renouveau nationaliste, et il y avait des érudits comme Kamo-no Mabuchi (1697-1769) et Motoori Norinaga (1730-1801), qui avaient découvert la mythologie japonaise avant la rencontre avec la civilisation chinoise. Même si le Japon avait fermé ses frontières depuis le début du 17e siècle pour se mettre à l'abri de la christianisation par les Européens, les Japonais admiraient la Chine sans conditions comme le modèle de la culture, et ils ne croyaient pas qu'il y avait eu des corpus de leurs propres mythes avant la rencontre avec le continent. Mais ces savants "nationalistes" ont voulu démontrer que les Japonais avaient bien leur propre culture. Ces hommes de lettres "nationalistes" ont fait quelque chose qui me feraient penser à la fois à Martin Luther et à Nietzsche, et j'ai bien du respect pour eux.
Mais c'est Kokaku, issu d'une nouvelle branche de la famille de chef religieux, qui a pleinement profité de cette redécouverte par les érudits. Ses ancêtres s'étaient contentés de se donner le titre de bouddhiste après leur mort comme tous les communs pendant 900 ans, mais il a voulu récupérer le titre éminent de l'empereur (tenno). Il existe des senryu (petits poèmes satiriques ayant la même forme que le haïku) de l'époque qui s'étonnent de la réapparition inattendue de cette appellation désuète.
Auparavant, le shintoïsme était une croyance populaire accessoire du bouddhisme, mais Kokaku a renversé l'ordre. Désormais, c'est cet animisme qui est la première religion d'Etat. Kokaku a pu le faire grâce aux études méticuleuses des savants nationalistes (des "humanistes" au Japon?). Le shogunat de Tokugawa qui gardait le pouvoir depuis le début du 17e siècle s'affaiblissait à cause de famines répétées et de demandes des Occidentaux. pour une ouverture des frontières. Et le peuple déçu par le shogunat en appelait de plus en plus au nouvel empereur qui a choisi le shintoïsme. Il ne faut pas oublier que la religion de ces guerriers était le bouddhisme du courant zen.
C'est à l'occasion de sa mort en 1840 que Kokaku a eu le titre de l'empereur. Et l'an 1854 connaît l'ouverture des frontières. La "restitution" du pouvoir politique au chef religieux, désormais appelé l'empereur (tenno) sans surprendre personne, a été faite en 1867, après presque 700 ans de règne de samouraïs. L'empereur Meiji, qui s'est fait déclarer chef d'Etat, est l'arrière-petit-fils de Kokaku. C'est pour préparer son règne qu'on a fait clairement séparer le bouddhisme et le shintoïsme. (Les religieux shintoïstes vivaient souvent aux temples bouddhistes jusqu'en 1867.) Mais son règne était plutôt tempéré. C'est sous le règne de Showa, connu sous le nom de Hirohito, qu'est arrivée la folie.
Akihito, l'empereur actuel, est le septième empereur de la dynastie au plus, qui n'est nullement la plus ancienne du monde, mais une des plus récentes. Plus sérieusement, il n'est que le quatrième empereur depuis la "restitution".
Vous ne devez pas reprocher aux Japonais que vous connaissez s'ils n'ont jamais entendu parler de Kokaku. C'est ce qu'on apprend jamais aux écoles...

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vendredi 21 décembre 2007

L'origine de l'empire du Japon

Ce fut une question sur l'émission de Jean-Luc Reichmann. Le quantième empereur est l'empereur japonais actuel Akihito?
(Au fait, ça me fait toujours marrer d'entendre ces noms "imprononçables" de la bouche des Français. Ce que je veux dire par le mot "imprononçables": Ces noms de dieux vivants, Mutsuhito ou Hirohito, ne devaient pas être prononcés par leurs sujets avant la fin de la guerre du Pacifique, un peu comme le nom de Yahvé. C'était une lèse-majesté. Donc, il arrive que les abolitionnistes de l'empire les prononcent ostensiblement au Japon aujourd'hui. Le nom du prince actuel Naruhito était marqué sur les journaux français. Franchement, je ne savais pas comment il s'appelait. Laurent Ruquier a dit une fois à la radio que Hito était leur nom de famille, mais je ne sais pas s'il plaisantait ou non. Pour le nom de famille de l'empereur, il faut j'écrive un autre article.)
La réponse à cette question fut le 125e. Il est vrai que c'est marqué partout ainsi, même sur les encyclopédies qui ont l'air sérieux. Mais cela ne veut pas dire que cette réponse n'est pas polémique pour les Japonais, car elle suit sans réflexion sérieuse l'histoire "officielle" du Japon d'avant-guerre, qui prétend que la lignée familiale de l'empereur est ininterrompue depuis 660 avant Jésus-Christ.
Du moins sait-on désormais que les neuf premiers empereurs n'ont jamais existé. Ce sont des personnages mythiques. Les manuels d'histoire en tiennent compte généralement dorénavant, bien qu'il existe toujours des gens qui croient au mensonge.
Par exemple, le 11 février est un jour férié au Japon, qui commémore la fondation du pays par l'empereur Jinmu en -660. Les historiens critiquent le gouvernement, mais il leur répond par un sophisme incompréhensible: Ce jour férié ne s'appelle pas l'anniversaire de la fondation du pays, mais l'anniversaire de fondation du pays. En plus, beaucoup de jours féries qu'on fête aujourd'hui, comme le jour de la culture ou le jour du travail (le 23 novembre au Japon), correspondent curieusement à ceux d'avant-guerre qui avaient rapport avec l'empereur, mais le gouvernement prétend que ce n'est qu'un hasard...
On peut soupçonner plusieurs interruptions de dynastie dans l'histoire, mais la plus évidente est celle de l'époque de Deux Cours au quatorzième siècle.
Depuis la fin du douzième siècle, l'empereur n'avait plus de pouvoir politique, et c'était le shogun, le leader des samouraïs, qui était le chef d'Etat. Un empereur s'applant Godaïgo a voulu récupérer le pouvoir en profitant de la fragilité du shogunat, à qui un général ASHIKAGA Takaüji a donné la main. Mais celui-ci a trahi celui-là juste après le renversement du shogunat. Ashikaga lui-même a voulu prendre le siège du chef d'Etat, mais il lui fallait un empereur, chef religieux, qui lui accorde officiellement le pouvoir divin. Donc il a fait fabriqué une autre cour pour lui-même. Godaïgo a fui Kyoto (le nom voulant dire la Capitale) pour fonder une autre cour qui serait normalement authentique à Yoshino dans la péninsule de Kii (actuellement dans le département de Nara). Cette cour, authentique mais non légitime, va disparaître dans moins de cent ans.
L'empereur actuel est descendant de la cour fabriquée par Ashikaga. Au Japon "démocratique" après la Deuxième Guerre mondiale, est apparu un homme, soi-disant descendant de la cour authentique de Godaïgo, en prétendant qu'il serait l'empereur authentique, mais il a perdu son procès, victime du sophisme abracadabrant "L'empereur ne peut pas être soumis au procès". D'ailleurs, il avait été déjà dit que la cour de l'empereur Meiji, qui continue jusqu'à nos jours, était inauthentique déjà en 1911, par la déclaration de Meiji lui-même. L'hystérie nationaliste, qui a nié tout le rationalisme, n'a commencé que dans les années 1930... (à suivre)

P.S. J'ai donné l'an 702 comme la date de la naissance du pays du Japon, mais je précise que l'argument est fondé sur la découverte archéologique relativement récente de la fin des années 1980. En tout cas, même s'ils ne sont pas au courant de la nouvelle tendance de l'histoire du Japon, les Japonais sérieux doivent dire que le pays du Japon n'a été fondé qu'au haut moyen âge, à peu près du sixième siècle au huitème siècle.

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lundi 17 décembre 2007

Depuis quand le Japon existe-t-il?

Les gouvernements des pays asiatiques, qui ont été victimes de l'expansionnisme du Grand Empire du Japon à la première moitié du vingtième siècle, critiquent souvent les dirigeants japonais, en disant que ceux-ci refusent de reconnaître leurs atrocités pendant la guerre. Mais je dois dire que ce sont plutôt les Japonais qui seraient la première victime de cette attitude du gouvernement japonais, car ils sont obligés de rester dans l'ignorance de leur propre histoire. Le gouvernement impérial de la seconde moitié du dix-neuvième siècle a fabriqué une histoire pleine de mensonges, et on n'a pas rétabli la vraie histoire du Japon, même maintenant, pour les manuels d'histoire qu'on utilise aux écoles.
Première question importante. Depuis quand le Japon existe-t-il? La réponse est simple et assez claire. On peut dire que le pays du Japon n'existe que depuis 702 après Jésus-Christ. Non, ce n'est pas un pays tellement ancien. Mais qui connaît cette réponse? Demandez à un Japonais, si vous en connaissez un. Je parie qu'il ne la connaît pas. Au pire, il vous répondra que le Japon existe depuis la nuit des temps. S'il vous dit que ce nom puise son origine dans la lettre du prince Shotoku datant de 607, je peux vous dire que vous connaissez un bon Japonais. Mais le règne de ce prince se situe au berceau du pays. Il faut attendre encore presque cent ans pour que le pays porte diplomatiquement le nom du Japon (Nihon ou Nippon en japonais).
L'an 702 est la date où le gouvernement japonais a envoyé un messager auprès de l'impératrice chinoise Wu Zetian, avec une épître qui portait le nom du Japon dans laquelle il est précisé qu'il est dominé par l'empereur, appelé le roi auparavant. C'est avec cette lettre que le gouvernement japonais a déclaré auprès de la Chine que c'était désormais un empire appelé le Japon dont le nom avait été Yamato jusque là. Et puis, on a interrompu l'utilisation du titre d'empereur depuis la fin du dixième siècle jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, parce que tous ceux appelés empereurs par l'histoire révisionniste étaient plus bouddhistes que shintoïstes pendant ces 900 ans. L'empereur moderne qui n'existe que depuis 150 ans est représenté comme le chef du shintoïsme. C'est pour cela que les gens ont inventé le mensonge qui prétendait que tous les chefs religieux au Japon étaient plus shintoïstes que bouddhistes. (En réalité, ces deux religions n'étaient pas clairement séparées jusqu'en 1868, le début du règne de l'empereur Meiji, autrement appelé Mutsuhito.)
Les Japonais ont presque inventé le révisionnisme. Dès la seconde moitié du dix-neuvième siècle, ils ont fabriqué une histoire du peuple japonais dont le seul centre est l'empereur depuis la fondation du monde. Mais ce ne sont que des mensonges qui ne pourraient tromper personne normalement. Il est curieux que même les Occidentaux nipponophiles y croient sans se poser trop de questions!
D'ailleurs, les Japonais ne connaissent même pas la date d'armistice de la guerre du Pacifique qui commence par l'attaque de Pearl Harbor. La date exacte est le 2 septembre 1945, mais on croit généralement que l'anniversaire de la fin de guerre est le 15 août. Mais ce n'est que le jour où l'empereur est apparu pour la première fois à la radio pour ordonner à ses sujets d'arrêter la guerre. La fin de guerre doit être un accord entre les pays, mais les Japonais ne le savent même pas.

P.S. Les études récentes veulent prouver que le prince Shotoku n'a jamais existé. Il sera probablement un personnage fictif (qui serait un autre nom donné à Soga-no Umako par hasard) dans quelques années.

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vendredi 14 décembre 2007

L'anniversaire du massacre de Nankin

Le 13 décembre était le 70e anniversaire du massacre à Nankin par l'armée japonaise. On aurait le droit de le comparer aux atrocités des nazis, mais je dois préciser qu'il existe une différence importante que ce massacre n'a pas été une tuerie froide par les fonctionnaires sous l'ordre de l'Etat. Par contre, ce fut un dérapage du grand nombre de soldats excités. On peut toujours supposer que ce dérapage a été cautionné par le gouvernement japonais, mais on ne peut pas les confondre au fond. Ce sont deux phénomènes distincts du fascisme du vingtième siècle. D'ailleurs, les Chinois qui vivaient dans leur pays envahi par les Japonais et les Allemands d'origine juive n'ont pas le même statut historico-sociologique. En tout cas, ça ne change pas grand'chose pour les personnes inhumainement violées et tuées.
Le Japon est un pays où les négationnistes n'ont pas besoin d'avoir honte. Il y aurait des Français qui nous envieraient. Le média ne parle presque pas ici au Japon de cette atrocité perpétrée par nous-mêmes. Je cite des articles sur cet anniversaire (en anglais).
Reevaluating the Rape of Nanjing
China recalls war massacre with sirens
China marks 70th anniversary of Nanking Massacre

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samedi 8 décembre 2007

Drapeau et hymne japonais (suite)

J'ai été choqué par un jeu télévisé une fois en France. On demandait aux invités de citer les drapeaux avec une ou des étoiles. Quelqu'un a mentionné le drapeau japonais, mais on lui a refusé cette réponse en disant que le rond sur ce drapeau est rouge, alors que le soleil est jaune. Mais le soleil est bien rouge au Japon. Il ne faut pas imposer la culture occidentale aux autres. Par exemple, les feuilles sont "bleues" en japonais. La ville que j'habite s'appelle Aomori, qui veut dire la forêt bleue.
Sinon, je n'aime pas du tout ce drapeau japonais dont l'origine est assez ambiguë. Les Français croient que l'appellation l'Empire du Soleil Levant est poétique, mais en réalité, c'est un nom arrogant pour les Japonais. Vers la fin du sixième siècle, le prince Shotoku, le personnage fétiche de Monsieur Chirac, a envoyé une lettre à l'empereur chinois, qui commence par ces mots: "Du prince du pays au soleil levant au prince du pays au soleil couchant. Salut." C'est cette épître qui a déclaré l'indépendance du Japon par rapport à la Chine.
Le nom du pays du Japon a l'origine chinoise. En mandarin contemporain, le nom est Ripen, mais la prononciation du r chinois est assez proche du j. Le Japon, Nihon ou Nippon en japonais, est un nom diplomatique. L'ancien nom à l'intérieur du pays était auparavant Yamato, qui correspondrait un peu à la Gaule en France. Ce nom du Japon veut dire l'endroit où se lève le soleil. Mais un peu de réflexions évoquent le doute. Pour les Japonais, le soleil se lève-t-il dans leur pays? Mais bien sûr que non. Donc ce nom a été fait du point de vue des Chinois. On peut dire que ce drapeau avec le soleil rouge garde le complexe des Japonais envers les Chinois.
Certains Japonais qui continuent à vivre dans l'idéologie fasciste aiment dire que le Japon existe depuis la nuit des temps, mais en réalité, ce nom a été officiellement utilisé pour la première fois en 702 après Jésus-Christ, cent ans après la lettre du prince Shotoku. C'est également le début de l'empire, mais pas avant, car c'est à cette année que l'on a donné le nom de l'empereur au prince. Eh oui, le Japon n'est pas un pays tellement ancien...
Ensuite, quant à l'hymne Kimigayo (Ton règne), l'origine de la parole est beaucoup plus obscure.
Le texte est très court: "Que ton règne dure mille générations, huit mille générations, jusqu'à ce que les cailloux sur la plage forment une roche et que la mousse pousse dessus." L'interprétation du titre est assez difficile. Veut-il dire vraiment "Ton règne" ou "Le règne du prince"? Le "tu" et le "prince" sont homonymes en japonais. D'où vient ce texte d'ailleurs?
Apparemment, l'origine n'est pas tellement noble. Une hypothèse dit que c'était la parole d'une chanson des geishas. Donc, il ne s'agit pas forcément du prince, mais elles la chantaient pour leurs clients qui étaient souvent des commerçants riches. "Que tes commerces marchent aussi bien mille générations après..." Alors là, je n'aurais plus besoin de détester cet hymne que je croyais impérialiste...
Mais en tout cas, si vous connaissez des Japonais, il faut bien faire attention à leur idéologie. Ils gardent assez souvent l'idéologie d'histoire d'avant-guerre vraiment fantaisiste, à cause de l'éducation. C'est pour cela que je dis que le Japon est un pays du tiers monde dont un trait caractéristique est l'ignorance du peuple sur sa propre histoire.
P.S. J'ai mis un gadget de Google "Le saviez-vous" sur la page de mon iGoogle. Il y avait un article qui disait: "Saviez-vous que les geishas n'étaient pas des prostituées au Japon auparavant?" Je sais bien que les geishas ne l'ont jamais été... Le mot déjà désuet en français "mousmé" veut dire simplement "fille". Il n'y a aucune nuance suspecte en japonais.

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jeudi 6 décembre 2007

Drapeau et hymne japonais

Peut-être que vous ne le saviez pas, mais les drapeau et hymne japonais que vous connaissez ne sont officiels que depuis 1999. On continuait à les présenter aux compétitions sportives comme les JO, mais ce n'était que des conventions. Mais les conventions officieuses peuvent être obligatoires de facto au Japon où la sensibilité démocratique n'est pas bien développée.
S'ils n'ont pas été officialisés depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu'à la fin du vingtième siècle, il y avait bien une raison. Le drapeau montre le soleil, le symbole de l'indépendance de l'empire du Japon par rapport à l'empire de Chine, et l'hymne est intitulé "Ton règne", où il est question du règne de l'empereur. Ils étaient de l'usage depuis la fin du dix-neuvième siècle, et ils portaient le traumatisme de la période de guerre pour les Japonais. Certains voulaient de nouveaux hymne et drapeau officiels, mais personne n'a osé les créer dans la situation où on continuait à les utiliser comme les symboles du pays. En plus, il y a des substituts officieux de la police, mafieux qu'on appelle yakuzas, qui n'hésitent pas à punir les traîtres d'Etat qui haïssent l'empereur, au lieu du pouvoir officiel. D'ailleurs, on a tendance à oublier le passé qu'on ne veut plus revoir, et les gens de droite ont besoin des symboles de la nation.
C'est un phénomène inconcevable en France, mais le ministère de l'éducation nationale a voulu depuis le début des années 1980 que ces drapeau et hymne nationaux d'avant-guerre, désormais nullement officiels, soient présents aux cérémonies dans toutes les écoles. Le syndicat des professeurs traditionnellement communiste, a levé la voix contre cette mesure absurde et extravagante.
Et puis au mois de mars 1999, un proviseur de lycée à Hiroshima s'est suicidé le matin de la cérémonie de la fin de l'année scolaire, où certains profs ne voulaient ni voir le drapeau sur la scène ni chanter l'hymne. On croit qu'il a été déchiré entre le sentiment nationaliste des parents et la demade orthodoxe de profs.
Après cet incident tragique, le parti libéral-démocrate éternellement au pouvoir a eu l'amabilité de diminuer la peine psychologique de proviseurs, et il a enfin officialisé le drapeau blanc et rouge et l'hymne national le plus lugubre du monde. Et je fais partie de 8 pour cent de la population japonaise qui n'aiment pas ces drapeau et hymne d'avant-guerre. C'est carrément étonnant de constater à quel point les Japonais actuels portent la mentalité nationaliste. (à suivre)