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jeudi 6 novembre 2008

 C'est un livre publié en 1939. Ceux qui savent lire le japonais s'aperçoivent qu'on écrivait de droite de gauche à l'époque. En réalité, ce n'était pas l'écriture horizontale à droite à gauche, mais une écriture verticale avec un seul caractère à la ligne (colonne). 佛蘭西 est la France en caractères chinois. Shinchôsha (新潮社) reste une des maisons les plus importantes au Japon.

 Les romanciers recueillis ici sont Anatole France, Charles-Louis Philippe, Henri Barbusse et André Gide. Le choix montre bien l'air du temps.
Voici la table (à droite) et la première page.
 Les oeuvres sélectionnées sont Thaïs et L'Affaire Crainquebille d'Anatole France, Bubu de Montparnasse de Charles-Louis Philippe, L'Enfer d'Henri Barbusse, La Porte étroite d'André Gide.
 Hors le cadre de la table, vous pouvez voir un katakana que les Japonais n'utilisent plus. C'est le ワ (wa) avec deux points sur l'épaule droite: ワ゛. Vous pouvez lire un mot カワ゛ー qui est une transcription du mot anglais cover. C'était une tentative, en vain, pour transcrire la consonne v qui n'existait pas dans la langue japonaise. Maintenant le mot est écrit カバー en général (plus rarement カヴァー).

mercredi 29 octobre 2008

Livres anciens retrouvés au grenier

 Nansô Satomi Hakkenden (Histoire de huit chiens de Nansô Satomi) est un roman-fleuve premièrement publié au début du dix-huitième siècle. C'est bien LE best-seller de l'ère Edo. Le sujet de ce roman fantastique est la fidélité confucianiste, tendance très 'manichéenne'.
 On est à l'époque de la guerre civile au 16e siècle. Le seigneur de Satomi promet qu'il donnera sa fille à l'homme qui apporte la tête du chef ennemi, même à son chien en plaisantant. Mais ce symbole de la fidélité achève de battre son ennemi juré. Satomi ne veut pas donner sa fille au chien naturellement, mais la princesse elle-même critique son père en disant qu'il faut respecte la promesse même avec le chien, et fuit dans la montagne avec cet animal. De ce lien naissent huit enfants mâles, qui sont héros de cette longue aventure. Ils représentent huit vertus confucianistes.
 Ce roman de Takizawa (ou Kyokutei) Bakin est sous l'influence forte du roman chinois Au bord de l'eau (Shi Naian). Les exemplaires que ma famille garde datent de 1893.
 Je ne sais si la préface est en japonais ou en chinois.
 Je pense que cette préface en chinois (ou peut-être en pseudo chinois avec la syntaxe japonaise) est là pour donner la crédibilité à l'écrit en langue vulgaire, c'est-à-dire en japonais.
 Voici la première page du roman en huit tomes.
 La réforme après la Deuxième Guerre mondiale a transformé l'écriture japonaise. Vous pouvez constater qu'il y a pas mal de kanji qu'on n'utilise plus. Mais ce document montre l'état à la fin du 19e siècle où même les hiragana n'étaient pas encore modernisés. Il y avait plusieurs hiragana pour désigner la même syllabe à l'époque.
 Le caractère encerclé de rouge, qui ressemble à よ (yo), est un hiragana dont la prononciation est ni. L'autre caractère (bleu), qui fait penser à い [i], est en réalité ha. Sôséki écrivait en utilisant ces hiragana anciens. Tous les Japonais contemporains ne savent pas que les hiragana n'étaient pas toujours identiques.

samedi 26 juillet 2008

L'origine du pseudonyme Joe Hisaishi

D'où vient le pseudonyme de Joe Hisaishi, le compositeur de musique de cinéma, notamment connu pour les films de Kitano Takeshi et Miyazaki Hayao? Le nom de Hisaïshi Jô est écrit en caractères chinois comme ceci: 久石 譲. Le premier kanji correspond à l'élément "hisa", mais son autre lecture est "ku". Donc, cela pourrait donner "kuishi jô". Il a pris ce pseudonyme en hommage à Quincy Jones...
Les Japonais adorent cette sorte de pseudos. Par exemple, le premier romancier qui a introduit le genre du polar au Japon s'appelle Edogawa Ranpo, mais il a pris ce nom de l'inventeur du roman policier: Edgar Allan Poe.

mardi 3 juin 2008

Sento-kun et Manto-kun

Si on ne tient pas compte des mythes (ce serait normalement normal, mais ce n'est pas forcément normal d'être normal au Japon) ni du gouvernement en brouillon d'Aska, le premier Etat japonais authentique a été fondé à Nara en 710. Le pays s'appelle Nippon (Japon) et le chef religieux tenno (empereur) depuis cette époque. Donc l'an 2010 est le 1300e anniversaire de la naissance du pays. Pour ne pas choquer les bons Japonais qui préfèrent vivre dans l'obscurantisme, le festival s'appelle le 1300e anniversaire du déplacement de capitale à Nara.
Je ne parlerai pas de l'histoire dans cet article, mais des "mascottes" de ce festival. C'est le caractère officiel Sento-kun (Mon p'tit "Déplacement de Capitale").


Moi, je l'aime bien, précisément parce qu'il ne tombe pas dans la kawaïi attitude. Il a quelque chose d'insolite. Mais c'est bien pour cela que les gens ne sont pas contents! Mais pas du tout! "Mais il est pas mimi, il est trop bizarre!" "C'est un blasphème!" (C'est un petit garçon, mais ils croient qu'il s'agit d'une caricature de Bouddha.) Je suis sûr que la vraie raison du mécontentement est qu'on a pas organisé le concours public des mascottes, mais que l'organisateur a fait la commande à un prof sculpteur des Beaux-Arts à Tokyo (YABUUCHI Satoshi, son site).
Donc on a organisé un concours pour une "mascotte" (officieuse) qui remplacerait Sento-kun, en attendant la sage décision de l'organisateur. Le résultat a été publié hier. Elle s'appelle Manto-kun (Mon p'tit Manteau).

Voilà! Welcome la banalité!
Mais pourquoi s'appelle-t-il Manto-kun? Parce qu'en japonais, "sen" est un homonyme de l'élément "déplacement" qui veut dire "mille", mais "man", c'est dix mille. On prétend que celui-ci est dix fois meilleur! (Mouais, c'est une question du goût. En plus, je n'aime pas trop ce genre de jeux de mots vides de sens.)
Quelques précisions: 1. Si l'élément "sen" veut dire "déplacement", "to" doit signifier "capitale". En effet, c'est l'élément "to" de Kyôto, qui sera la capitale en 794 à son tour. (L'ère de Kyôto durera pendant quatre siècle.) Mais le "to" de Tôkyô n'est pas la même chose, car il s'agit de "tô" qui veut dire l'est, mais l'élément "kyô" veut dire la même chose que "to". Donc, le nom de Kyôto veut dire "capitale-capitale", mais Tôkyô la capitale de l'est.
2. Le daim est l'animal de la ville de Nara. C'est pourquoi les cornes poussent de leurs têtes.

samedi 31 mai 2008

Bavure de la douane japonaise mdr

Il est connu qu'on est très sévère contre la possession du cannabis au Japon. Même Paul McCartney a été arrêté lors de son passage au Japon à cause de quelques grammes de haschich. (Épisodiquement, Lee Perry a écrit au ministre des affaires étrangères pour demander la libération du Beatle lol)
Cette semaine-ci, les douaniers ont fait le mea culpa d'une affaire bien stupide. Pour un entraînement de chiens, ils ont mis un paquet de cannabis dans le bagage d'un passager, et ce, sans lui prévenir. Et malheureusement, les chiens n'ont rien détecté, et la personne en question est partie avec sa valise, sans être au courant de rien du tout lol. Pour le moment, elle ne s'est pas manifestée :)
Ce qui est embêtant est que les douaniers avouent qu'ils ont toujours fait cette sorte de tests avec leurs meilleurs amis. Donc ils se permettent d'ouvrir les bagages des passagers sans aucune raison justifiée!
Mais qu'est-ce donc qu'a fait le passager parti avec ce cadeau inattendu? On dit que le paquet a la valeur d'un million de yens (6000 euros). Il aurait du mal s'il voulait le vendre ou le consommer! Ça s'appelle le vrai cadeau empoisonné.
En un sens, je suis ravi de savoir que les douaniers japonais font d'autres choses que de gribouiller sur les magazines masculins pour cacher les images trop choquantes aux yeux des Japonais vertueux ;-p

vendredi 30 mai 2008

Yaourt, infirmières et sumo

Quand on entend le nom de la Bulgarie, on pense au yaourt et aux infirmières. Dorénavant, un mot japonais a été ajouté à la liste: le sumo.

Il s'appelle Koto-ôshû (c'est son nom de sumori bien sûr). Le mot ôshû veut dire l'Europe, donc la Bulgarie représente l'Europe au Japon en un sens ;-p Le sponsor de son "tablier"est le yaourt bulgare. Il a eu le tournoi de sumo dimanche dernier, et c'est la première fois qu'un Européen est champion. Il n'est pas le seul "Occidental", car il y a aussi des Russes (et un Géorgien, je crois). Le rang de Koto-ôshû est ôzeki, juste après le yokodzuna, le plus fort.
Il y a des gens qui disent que les Japonais considèrent les sumotoris comme demi-dieux, mais ce n'est qu'un cliché, d'ailleurs inacceptable. Il est vrai que le sumo est un sport qui garde un côté religieux, et les lutteurs pourraient être considérés comme les personnes qui possèdent un caractère sacré selon cette religion shintoïste (au fait, je n'en suis pas trop sûr...). Mais dire que les Japonais contemporains les considèrent toujours comme demi-dieux, c'est aberrant! Vous nous prenez pour qui? Avec un peu de rationalité et d'objectivité, vous pouvez aisément supposer que cela ne peut être vrai. J'admets que c'est drôle, mais on n'est pas là pour être drôle. Et je sais bien qu'il y a pas mal de Japonais (trop, probablement) qui se plaisent dans le cliché, mais ce n'est pas du tout mon problème.

mardi 6 mai 2008

Je suis allé à la ville d'Hakodaté

Malheureusement, je n'ai pas d'appareil numérique, donc il n'y a pas de photos prises par moi :(
La ville d'Hakodaté est une ville d'Hokkaïdo, le seul site historique (désigné par l'État) qui se trouve sur cette île. J'ai pris le train pour y aller en passant par le tunnel Aomori-Hakodaté, le tunnel le plus long du monde. C'est la première fois que j'aie emprunté ce chemin. J'étais déjà allé à Hakodaté plusieurs fois, mais en bateau.
Le site le plus connu d'Hakodaté est le vestige du château Goryôkaku, construit selon le modèle de l'architecte français Vauban.

Plan de la citadelle de Lille

Vestige du château Goryôkaku

On commença à construire le château Goryôkaku en 1857. Mais pourquoi l'a-t-on fait d'un style français?
Le Japon ouvrit ses frontières en 1854, plus précisément deux ports de plus que Nagasaki, le seul local qui ait été ouvert seulement aux Hollandais et aux Chinois pendant plus de 200 ans. Ces deux ports étaient Shimoda et Hakodaté. La France n'avait pas conclus le pacte au début, mais un bateau français passa près d'Hakodaté, qui fit un naufrage dans les parages. Les habitants d'Hakodaté sauvèrent ces équipiers malgré l'absence du pacte entre la France et ce pays d'Extrême-Orient qui venait d'ouvrir aux étrangers. Les Français furent émus par l'humanisme des habitants de cette ville du nord, et ils leur donnèrent leur technologie d'architecture dès la conclusion du pacte de commerce.
Mais le gouvernement des samouraïs était menacé du coup d'État par les rebelles impériaux à l'époque. Le coup réussi (1868), le reste du shôgunat fuit Edo (Tokyo) jusqu'à Hakodaté. Le dernier shôgunat provisoire fut installé au château Goryôkaku, et quelques Français participèrent au gouvernement en tant que ministres. La guerre d'Hakodaté entre le shôgunat provisoire et le nouvel Empire fut courte, et c'est l'empereur qui l'a gagnée malheureusement. Cette histoire mal connue explique la raison de l'accueil diplomatique plutôt froid des Français par l'empire.
Je crois que les nipponophiles français peuvent être fiers qu'il y avait des Français qui faisaient parti du dernier gouvernement des samouraïs :) J'ai pensé qu'il s'agissait de l'histoire d'Hakodaté quand j'ai entendu parler du Dernier Samouraï avec Tom Cruise, mais ce n'était pas le cas. D'ailleurs, même si ce film hollywoodien est basé sur un fait historique, l'appellation de samouraï n'est qu'abusive, puisque les rebelles dans cette histoire soutiennent l'empereur eux aussi. Ce n'est qu'une faction des dissidents du nouvel Empire de Meiji, qui étaient nombreux. Les Français n'ont qu'à faire un film sur les derniers samouraïs véritables.
Hakodaté reste une ville internationale qui accueille beaucoup de touristes. Il y a pas mal de chrétiens, catholiques, protestants et orthodoxes. Même si elles n'ont rien à voir avec l'architecture imposante en Europe, la ville héberge des églises et des abbayes, plutôt coquettes en réalité, dans ce pays qui ne compte pas beaucoup de chrétiens.
La vue de la ville du mont Hakodaté est très connue. On l'appelle "la vue nocturne d'un million de dollars".


dimanche 27 avril 2008

Smoke on the water au shamisen





Cette interprétation a été diffusée il y a tout juste un an dans une émission de dimanche matin "Concert sans titre", qui dure depuis 1964. Le clip est uploadé au mois de janvier 2008.
Le style s'appelle Tokiwadzu, un genre du jôruri, conte chanté. L'histoire du jôruri est parfois illustrée par les marionettes. (Le film Dolls de Kitano Takéshi est inspirée du jôruri aux marionettes, autrement appelé bunraku.)
Le titre de la chanson est changé en "Ô-Édo-no hikéshi", Sapeurs du grand Édo. Cela parle d'un incendie sur le lac Biwa, le plus grand lac au Japon. Les sapeurs d'Édo qui passaient au lac Biwa comme des touristes en vacances éteignent le feu. Comme il s'agit d'une parodie, la parole ne veut pas dire grand'chose.

We Will Rock You





Un peu moins bien que Smoke on the Water, mais bon. L'intérêt principal de cette interprétation est qu'ils ont inséré un passage du jôruri, Masakado (c'est le titre), le rebelle du 10e siècle qui s'est autoproclamé le nouvel empereur. En effet, c'est un personnage assez rock'n'roll dans l'histoire du Japon. Je n'ai pas pu trouver Jailhouse Rock, qui a été joué dans la même émission.

vendredi 4 avril 2008

L'origine du fantasme

(J'ai transféré cet article du blog de la page Takagi Kyôzô.)

(C’est la suite de l’article précédent.)

L’imposteur Takéuchi Kiyomaro qui a découvert le tombeau de Jésus-Christ à Shingô était fondateur d’une secte religieuse appelée Amatsu. C’était une petite secte nationaliste influencée plus par le shintoïsme que par le christianisme. Le fait que les Japonais utilisent l’écriture chinoise est un grand complexe pour les nationalistes, et ils ont souvent prétendu que les Nippons avaient leur propre écriture avant la rencontre avec la civilisation chinoise. Voilà l’écriture japonaise des temps des dieux.


C’est une invention pure et grotesque bien sûr. Il n’y a pas que Takéuchi qui a "découvert" l’ancienne écriture des Japonais, et plusieurs savants ont essayé en vain de prouver l’existence.
La particularité de cet imposteur est qu’il a prétendu que les Japonais du nord avaient des rapports avec les juifs à l’époque de Jésus-Christ. Selon ce que ces fous prétendent, c’est Iskri qui est mort à Jérusalem, mais le Christ lui-même s’est échappé à la mort pour survivre au nord du Japon jusqu’à l’âge de cent six ans.
Les Japonais adorent trop les histoires mystérieuses probablement, et je ne rencontre que des explications superflues. (Le pédagogue connu Kanô Kôkichi, un ami à Natumé Sôséki, a sérieusement critiqué les archives Takéuchi en 1936. Cela montre l’air des temps qui voulait croire aux mensonges nationalistes, car même un érudit comme Kanô s’est senti le besoin de réfuter l’authenticité d’un tel document peu sérieux.) Je voudrais placer ce fantasme dans le contexte historique et culturelle de ma région.
Le village Shingô n’est pas mieux que le hameau d’Horodzuki chanté par Takagi Kyôzô. La différence est que si celui-ci est un village au bord de la mer, Shingô est dans la montagne. Vous devez être surpris de savoir qu’il y avait des gens qui ont inventé cette histoire incroyable dans un hameau pauvre du nord du Japon, mais ce n’était pas la première fois que ces gens ont inventé une légende de survie fantasmée. Je commence par le début.
On peut dire que le pays du Japon a été fondé au début du 8e siècle avec le code Taïhô. C’est un pays relativement nouveau. Ce code qui donne officiellement le Japon comme le nom du pays pour la première fois dans l’histoire, et qui définit la hiérarchie aristocratique dont le sommet est l’empereur, était formellement en vigueur jusqu’en 1867. Mais depuis la fin du 12e siècle jusqu’à cette date-ci, le pouvoir politique appartenait aux guerriers dont le chef était le shôgun. La région d’Aomori, pays sauvage et pauvre, restait relativement indépendante du centre jusqu’à la fin du 16e siècle, à l’époque de Hidéyoshi, sans que les habitants ne demandent rien. Le shôgunat était indifférent à cette région, c’était tout.
Le premier shôgun qui ait eu le pouvoir à la fin du 12e siècle s’appelle Minamoto-no Yoritomo. Il a chassé la noblesse Taïra de la cour, pousser l’empereur à la mort, et fondé le gouvernement à Kamakura loin de Kyôto, dans l’est du Japon. Guerrier féroce et cruel au tempérament sanguin, Yoritomo n’était pas aimé du peuple. En revanche, son frère Yoshitsuné, représenté comme quelqu’un de frêle, était cultivé et humain. C’était lui qui était populaire, et il a inspiré beaucoup de littératures populaires. Bon guerrier lui aussi, Yoshitsuné a attiré la jalousie de son frère, et il a été tué par l’assassin envoyé par son propre parent à Hiraïzumi, la seigneurie des plus puissante du Japon à l’époque (la plus grande ville juste après Kyôto) qui se situait juste au sud d’Aomori actuel. Le haïku connu de Bashô, "Herbes d’été. Trace du songe des valeureux guerriers", parle de la ruine de cette ville.
Le reste de Taïra et de Fujiwara d’Hiraïzumi, qui protégeait Yoshitsuné, a fui en passant par le village Shingô vers le Hokkaïdô. Mais les gens d’Aomori qui adoraient Yoshitsuné par la rumeur voulaient qu’il ait survécu à la bataille d’Hiraïzumi. Par exemple, il y a un temple bouddhiste qui consacre le héros dans la péninsule de Tsugaru, pas trop loin d’Horodzuki. Yoshitsuné n’y est jamais passé comme un fait historique, mais c’est la croyance populaire qui veut le contraire. C'est la photo du temple de Yoshitsuné.


La légende ne s’arrête pas là. J’ai déjà dit dans le commentaire ajouté au poème "La tempête de neige" que les berceuses de ma région font peur aux enfants, dont la plus connue chante: "Ne pleure pas. Si tu pleures, les Mongols arrivent de la montagne!" (Pourquoi viennent-ils de la montagne? Ce n’est pas logique.) La croyance populaire de ma région veut que Yoshitsuné qui serait passé au continent soit devenu Gengis Khan pour se venger. Mais quelle histoire! Takagi Akimitsu, un neveu de notre poète, a écrit un livre intitulé Le Secret de Gengis Khan qui traite de cette légende. (Akimitsu, romancier de polar, est plus connu que son oncle.)
Je suppose par conséquent que les gens ont inventé l’histoire de Jésus dans la confusion avec Yoshitsuné, frêle, humain et philanthrope. Je crois que la région pauvre délaissée par le pouvoir du centre du Japon attendait vraiment la "bonne nouvelle" au 16e siècle. Ils n’entendaient l’histoire du christianisme que par la rumeur, et les missionnaires ne sont jamais venus à notre région. Ils ont même imaginé que c’est Iskri (Iesu Chri, très probablement) qui est mort à Golgotha, mais le Christ lui-même a réussi à s’échapper à la mort. Si je crois que cette histoire populaire n’a pas été inventée par Takéuchi à lui seul, c’est à cause de ce nom d’Iskri et de la chanson de Nanyadoraya. Un seul imposteur étranger à la région n’aurait pas inventé tout cela.
Depuis quelques années, les fouilles archéologiques montrent que les anciens habitants de l’archipel du Japon étaient composés de deux races. La ligne de démarcation se situait au niveau du Mont Fuji et ce qu’on appelle les "Alpes japonaises". Parlant la même langue, ces deux races formaient une ethnie, mais les gens de l’ouest appartenaient au même groupe racial que les Coréens, une autre ethnie. (Même s’il n’y a aucun doute pour le mélange, il semble que l’ancien peuple de l’est n’appartienne pas au même groupe que les Aïnous, l’ethnie mineur d’Hokkaïdô.) Les habitants du Nord-Est, région injustement délaissée, qui n’ont jamais connu la prospérité de l’ouest du Japon, sont presque inconsciemment habités par ce fantasme d’un peuple différent des autres Japonais. Je pense que c’est cette obsession ancestrale des gens du nord qui a fait découvrir à Takéuchi le tombeau de Jésus dans cette région. (Il parle également de l’empereur Godaïgo, destitué par le shôgun Ashikaga Takaüji. Il était attiré par les personnages défavorisés du sort.) Le quartier qu’il a découvert le tombeau porte le nom de Héraï. Takéuchi prétendait qu’il avait le même étymon que le mot "hébreu"... S’il n’a pas cherché ailleurs le tombeau du Christ, c’est qu’il avait bien le nez de l’imposteur.

P.S. Très bêtement, je croyais que Takéuchi était d’Aomori, mais ce n’était pas le cas. Comment a-t-il pu trouver la localité de Shingö alors? J’ai réécrit ces deux articles un peu, mais il reste des ruptures de logique évidentes. Je ne les effacerai pas tout de même, car ils pourraient toujours intéresser certains lecteurs. Si tout cela n’était qu’une imposture inventée par le gourou des années 1930, je peux dire au moins que cette histoire a parlé à l’inconscient des habitants pour qu’ils continuent à la fêter jusqu’à aujourd’hui. Le savant Kanô disait que cette secte était au moins anodine, et il paraît qu'elle existe encore sans être connue. Sur son site officiel, j'ai découvert qu'elle possédait l'édition originale des dix commandements de Moïse gravés sur la pierre
Si vous me demandez si cette histoire du tombeau du Christ peut être un objet des études ethnographiques, je vous répondrait que non, mais pour la légende de Yoshitsuné, si. Enfin, j’aurais voulu seulement parler du frère du shôgun. Le tombeau du Christ n’est qu’une de ses variations, déformée et grotesque. Il est vrai que c'est la commune qui fête officiellement la fête du Christ. Mais ce n'est qu'une idée saugrenue d'un village qui n'a aucune industrie et qui veut ajouter un peu à la recette touristique. C'est tolérable à mon avis. Vous pouvez toujours passer dans la région pour apprécier le joli paysage du fleuve Oïrasé, tout près de Shingô.


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Histoire curieuse d'Aomori: Fête du Christ

(J'ai transféré cet article du blog de la page Takagi Kyôzô.)

Je continuerai à donner la traduction des poèmes de Takagi Kyôzô, puisque c’est une page pour lui, mais je vais parler aujourd’hui d’une autre
histoire d’Aomori qui pourrait vous intéresser.

Un village qui s’appelle Shingô fête annuellement la fête du Christ  au mois de juin. Les tombeaux de Jésus-Christ et de son frère Iskri (c’est marqué Isukiri, mais je pense que le nom est mieux transcrit ainsi) sont là pour la commémoration. Preuve en image. キリスト, c'est le Christ.



Je ne sais trop comment comprendre ce monument de l’amitié entre ce village et Jérusalem...
Bien sûr que cette fête est païenne, et il n’y a rien de chrétien dedans. Comme un fait historique, c’est chez un des villageois qu’on a découvert ces tombeaux en 1935. Il était d’une des familles les plus riches du village, et un fondateur de secte religieuse cherchait les vestiges des tombeaux parce qu’il possédait un document qui disait que Jésus-Christ est mort au Japon dans ses archives familiales. Pourquoi y avait-il quelqu’un qui a imaginé cette histoire incroyable? Je suis ahuri de constater qu’ii n’y a pas d’explications raisonnables, mais j’ai mon hypothèse assez convaincante. Je vais la montrer dans mon prochain article, mais je voudrais vous laisser apprécier la chanson de la fête d’abord.



C’est le tombeau de Jésus-Christ que vous voyez dans cette vidéo. Les danseuses chantent "Nanyadoraya nanyadorasareno nanyadoraya". Les Japonais ne comprennent plus la signification, mais cela veut dire "Louez le Seigneur. Il a chassé nos ennemis. Louez le Seigneur", en hébreu bien sûr :-o Un docteur ès théologie l’a prétendu. Alors, ça doit être vrai ;-p Plus sérieusement, cela doit être une chanson un peu paillarde à l’origine, qui dit "fais-le, fais-le". Oups, est-ce que c’est plus sérieux? :D

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