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lundi 23 novembre 2009

Fête de la moisson

    Le 23 novembre est un jour férié au Japon. Il est appelé 勤労感謝の日 (kinrô kansha-no hi), « Jour pour remercier les travailleurs ». Par contre, le 1er mai n'est pas chômé dans l'Empire du Soleil Levant. Quand j'étais enfant, les profs d'école m'ont appris que la fête du 23 novembre était pour remercier les gens qui travaillaient pour les citoyens, comme pompiers, policiers, éboueurs, etc.
    Mais j'ai commencé à me poser une question sur ce jour férié depuis quelques années. Comme il est connu, les salariés japonais ne profitent pas vraiment de longues vacances. Comme le gouvernement japonais est hyper gentil, il a changé le statut de certains jours fériés depuis l'an 2000, pour que le peuple puisse bénéficier de longs weekends. Ainsi, les fêtes comme 成人の日 (seijin-no hi) « Fête de la Majorité », 敬老の日 (keirô-no hi) « Jour pour le respect des personnes âgées » et 体育の日 (taïiku-no hi) « Fête des Sports » sont devenues des fêtes célébrées un lundi, appelées très ridiculement ハッピーマンデー (Happy Monday en anglais, je ne sais même pourquoi) par le gouvernement même (ça n'a rien à voir avec le groupe de Manchester, je crois). Par exemple, la Fête des Sports était célébrée le 10 octobre auparavant, mais elle à été déplacée au deuxième lundi du mois d'octobre. Le 10 octobre est le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo qui ont lieu en 1964.
    D'autres jours fériés n'ont pas été déplacés pour de différentes raisons. Il est impensable de changer le 1er janvier en un Happy Monday ! Et les autres ne peuvent pas être déplacés parce qu'ils sont liés à... l'empereur et son shintoïsme (même le Nouvel An est célébré selon la tradition shintoïste par l'empereur). Le 3 novembre est désormais appelé 文化の日 (bunka-no hi) « Jour de la culture », mais ce n'est qu'une fête déguisée de l'anniversaire de l'empereur Meiji. C'est les occupants américains qui ont affublé certaines fêtes impériales de couleur démocratique. Enfin, la question que je me suis posée est celle-ci : « Vu qu'il n'a pas été déplacé par la loi Happy Monday, le 23 novembre n'est-il pas lié à l'empereur ? N'ai-je pas été trompé par les profs d'école qui me disaient que c'était une fête démocratique et gentille ? »
    Je me suis renseigné et je sais maintenant que c'est effectivement une fête impériale qui a été transformée dans la confusion d'après-guerre. Auparavant, elle était appelée 新嘗祭 (niinamé-saï ou shinjô-saï). C'est une fête de la moisson, pour laquelle l'empereur boit la première goutte du nouveau saké, fabriqué du nouveau riz. Il reçoit les dieux shintoïstes au palais impérial à la bonne franquette (euh... c'est une antiphrase). Comme c'est une tradition très barbare qui ne peut être acceptée dans un pays démocratique comme le Japon, l'empereur fête ce jour à titre personnel aujourd'hui. (Quelle hypocrisie tout de même ! Qui paye le saké et les nourritures dédiés aux dieux, hein ?) Comme cette fête “personnelle” n'est guère rapportée par le média japonais essentiellement timoré, je crois que la plupart des Japonais ne connaissent pas le sens caché de cette fête nationale vidée de sens. Ils croient tous que c'est une fête démocratique comme je le pensais auparavant.
    En tout cas, les Japonais ont été privés de fête de la moisson célébrée au niveau national après la Deuxième Guerre mondiale. Et personne ne leur explique la raison pour laquelle la fête de la moisson n'existe plus. Qu'est-ce qu'on fait le 23 novembre ? Les enfants remercient les pompiers. C'est joli, mais on ne sait pas vraiment pourquoi c'est une fête nationale, d'autant que les travailleurs fêtent plutôt le 1er mai comme la fête du travail. Je crois bien que cette frustration inconsciente est une raison de l'hystérie du beaujolais nouveau, qui arrive quelques jours avant le 23 novembre au Japon. Grâce au produit français, les Japonais peuvent fêter à nouveau la moisson de cette année ! Bravo ! Merci les agriculteurs français ! Le beaujolais nouveau est devenu un dieu shintoïste...

samedi 12 septembre 2009

Deux ou trois choses que je sais de l'éducation au Japon

    L'OCDE vient de publier le rapport annuel sur l'éducation (Regards sur l'éducation 2009). Selon le tableau « Dépenses au titre des établissements d'enseignement en pourcentage sur le PIB, selon la provenance du financement », les dépenses publiques au Japon sont de 3,3 %, tandis que la moyenne est de 4,9 %, ce qui situe le Japon en avant-dernier du classement des pays membres, et ce, juste avant la Turquie (2,9 %) (la France, 5,7 % ; la Belgique, 5,9 % ; le Canada, 4,8 %). L'empire du soleil levant (en déclin) se trouvait à la fin des 30 pays l'année dernière, mais le pourcentage a diminué de 3,4 % à 3,3 % par contre.
    En revanche, le tableau « Part relative des dépenses publiques et privées au titre des établissements d'enseignement » montre que le taux des dépenses des ménages est de 21,8 %, ce qui le situe en deuxième, juste après la Corée du Sud (31,5 %) (la France, 6,8 % ; la Belgique, 4,5 % ; le Canada, 11,7 %). Le pourcentage des dépenses publiques sur le PIB est de 4,5 % pour la Corée du Sud. Le taux qu'occupent les dépenses publiques n'est que de 66,7 % au Japon, car les autres entités publiques que les ménages prennent 11,5 % (la France, 90,9 % ; la Belgique, 94,4 % ; le Canada, 73,8 %).
    La taille moyenne des classes à l'enseignement primaire est de 28,2 élèves au Japon, toujours le deuxième après la Corée du Sud (31,0 élèves), alors que la moyenne des pays membres est de 21,4 (la France, 22,6 élèves ; la Belgique, 20,8 élèves). Pour le premier cycle de l'enseignement secondaire, une classe est de 33,2 élèves au Japon, et la moyenne de l'OCDE est de 23,9 élèves. Et je dois dire que ces chiffres ne représentent pas du tout la réalité, vu qu'il y a pas mal de régions dépeuplées au Japon. Dans les villes ordinaires, une classe peut atteindre jusqu'à 40 personnes, 45 au pire.
    Ces chiffres ne veulent pas forcément dire que le niveau de l'éducation au Japon est bas, mais au moins que le gouvernement ne montre aucun enthousiasme pour l'éducation, ce qui constitue probablement une raison de la défaite du Jimintô (PLD) à la dernière élection.
    Mais ce même Jimintô a proposé pendant la campagne électorale d'établir une bourse publique pour les étudiants qu'ils n'ont pas besoin de rembourser. Jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas de bourse publique pour étudiants qui soit allouée. Moi qui ai fait les études jusqu'au troisième cycle dois rembourser une somme énorme. Ce système peut engendrer un phénomène curieux. Certains étudiants restent à l'université pour continuer la recherche, tout simplement parce qu'ils ne veulent pas rembourser la bourse, car les enseignants et les chercheurs dans les organismes d'enseignement n'ont pas besoin de la rendre. Ainsi peut-on rencontrer des chercheurs sans motivation. Pendant ces vacances d'été, j'ai dû rembourser 466.000 yens (3.500 euros) en une fois comme la somme annuelle, et on me prévient encore que j'aurai un autre avertissement parce que je suis toujours en retard (on ne me propose même pas la facilité). Ce qui est vraiment ahurissant est que ce n'est pas l'organisme de bourse lui-même qui recouvre le remboursement, mais il confie ce travail au sous-traitant créancier. Donc, on est traités comme les endettés ordinaires.

    La part qu'occupent les dépenses des ménages dans l'éducation est traduite d'une part par les frais scolaires relativement plus chers que les autres pays, d'autre part par une certaine passion pour l'enseignement privé, surtout dans les zones urbaines. Même si elle ne touche qu'un nombre limité des foyers au Japon, le montant de la dépense pour chaque ménage peut être assez important.
    Comme il n'y a pas de diplôme équivalent au baccalauréat au Japon (comme dans beaucoup d'autres pays d'ailleurs), une personne qui finit les études secondaires doit se préparer au concours assez dur si elle continue à faire ses études. Par conséquent, un certain nombre de parents veut épargner cette peine aux enfants. Dans ce cas-là, ils choisissent pour leur enfant un lycée privé qui assure l'admission presque automatique à l'université privée du même groupe. Alors pourquoi pas commencer par le collège, ou l'école primaire, ou même par l'école maternelle ?
    Le concours à l'école maternelle pour assurer l'avenir d'un enfant jusqu'à ce qu'il ait la licence à l'université, c'est complètement grotesque. Et après les études supérieures, ces étudiants sont curieusement prisés par les entreprises. (Pas si curieux que ça en fait, car ces groupes scolaires ont des liens avec les grandes entreprises.) D'ailleurs, quel sens y a-t-il là-dedans ? Pour le groupe scolaire, ça rassure le paiement des frais scolaires importants pendant au moins 13 ans, ce qui est intéressant pour lui. Mais si cela tranquillise les parents, quid de l'enfant ?
    Cet enfant voit les autres faire les efforts pour réussir à l'école, tandis qu'il peut se limiter à obtenir une note pas trop mauvaise pour accéder à un niveau supérieur. Il ne se sent pas le besoin de se cultiver, et il n'est pas rare qu'il ne lise aucun livre. Si ce n'est qu'une question de culture générale, ce n'est pas trop grave. Le problème est que, même s'il ne fait pas d'efforts, il peut obtenir ce qu'il veut (ou ce qu'il est censé vouloir). En un mot, ce système peut implanter à l'enfant une idée tordue de la vie. Peut-être qu'elle n'est pas complètement fausse, car il peut réussir dans la vie comme ça, au moins au Japon. Une fois, dans les années 80 ou 90, un président du Keidanren (un Medef japonais) aurait dit avec un cynisme ahurissant, « Je ne veux pas que les étudiants fassent sérieusement leurs études à l'université. Qu'ils n'apprennent rien, et qu'ils obtiennent seulement le diplôme. Et après, c'est nous qui nous occupons de leur éducation. » Pour ces entreprises, ces fils et filles à papa ignorants ne sont que parfaits. Ce sont de parfaits Japonais, même si ce ne sont pas des Japonais parfaits.
    Donc il est bien possible que vous rencontriez des Japonais très bien diplômés mais étrangement ignorants (certains pourraient être chercheurs ou même universitaires). En principe, ce sont des personnes dociles. Ils peuvent être très gentils et sympathiques. Mais ils peuvent être également fourbes quand ils veulent obtenir ce qu'ils veulent, dans le travail comme dans la vie. Car au fond, ils n'ont pas appris ce qu'ils doivent faire pour obtenir ce qu'ils désirent. Et souvent, eux-mêmes ne sont pas conscients de cette fourberie.
    L'exemple du concours de l'école maternelle est grotesque et exceptionnel, mais je crois que c'est déjà un malheur pour un enfant d'avoir les parents qui veulent lui épargner les efforts pour le concours pour être admis à l'université au Japon. (Bien sûr que tout le monde ne va pas à l'université, mais lui, il y va, et sans aucun effort.) Parce qu'il ne peut pas apprendre ce qu'il doit apprendre pendant son adolescence. C'est mon avis. (Je ne parle pas de l'esprit de compétition. Mais de quelque chose de plus important. Quelque chose qu'une personne qui gagne à la compétition sans effort ne peut apprendre.)

Note : On peut télécharger ce rapport « Regards sur l'éducation 2009 ». Je l'ai fait, mais il est de 500 pages ! Donc, l'analyse de la première partie de cet article n'est pas la mienne, je l'ai empruntée au site d'Asahi Shinbun. En revanche, la seconde partie n'a rien à voir avec ce rapport.


mercredi 29 octobre 2008

Livres anciens retrouvés au grenier

 Nansô Satomi Hakkenden (Histoire de huit chiens de Nansô Satomi) est un roman-fleuve premièrement publié au début du dix-huitième siècle. C'est bien LE best-seller de l'ère Edo. Le sujet de ce roman fantastique est la fidélité confucianiste, tendance très 'manichéenne'.
 On est à l'époque de la guerre civile au 16e siècle. Le seigneur de Satomi promet qu'il donnera sa fille à l'homme qui apporte la tête du chef ennemi, même à son chien en plaisantant. Mais ce symbole de la fidélité achève de battre son ennemi juré. Satomi ne veut pas donner sa fille au chien naturellement, mais la princesse elle-même critique son père en disant qu'il faut respecte la promesse même avec le chien, et fuit dans la montagne avec cet animal. De ce lien naissent huit enfants mâles, qui sont héros de cette longue aventure. Ils représentent huit vertus confucianistes.
 Ce roman de Takizawa (ou Kyokutei) Bakin est sous l'influence forte du roman chinois Au bord de l'eau (Shi Naian). Les exemplaires que ma famille garde datent de 1893.
 Je ne sais si la préface est en japonais ou en chinois.
 Je pense que cette préface en chinois (ou peut-être en pseudo chinois avec la syntaxe japonaise) est là pour donner la crédibilité à l'écrit en langue vulgaire, c'est-à-dire en japonais.
 Voici la première page du roman en huit tomes.
 La réforme après la Deuxième Guerre mondiale a transformé l'écriture japonaise. Vous pouvez constater qu'il y a pas mal de kanji qu'on n'utilise plus. Mais ce document montre l'état à la fin du 19e siècle où même les hiragana n'étaient pas encore modernisés. Il y avait plusieurs hiragana pour désigner la même syllabe à l'époque.
 Le caractère encerclé de rouge, qui ressemble à よ (yo), est un hiragana dont la prononciation est ni. L'autre caractère (bleu), qui fait penser à い [i], est en réalité ha. Sôséki écrivait en utilisant ces hiragana anciens. Tous les Japonais contemporains ne savent pas que les hiragana n'étaient pas toujours identiques.

dimanche 29 juin 2008

Précurseur du manga moderne

 Qui a inventé le manga? Si vous répondez "Katsushika Hokusaï" à cctte question, vous connaissez des choses, mais ce n'est qu'un savoir encyclopédique qui concerne seulement la terminologie et l'histoire. D'ailleurs, je crois bien qu'aucun Japonais ne le considère comme le père du manga, à part les Français bien sûr lol
 La première personne qui ait fait le manga dans le sens moderne du mot est KITAZAWA Rakuten (1876-1955). On l'appelle "le père du manga moderne", et il était le premier dessinateur de manga (mangaka) professionnel.
 OKAMOTO Ippei (1886-1948) est plus connu que Kitazawa, comme l'époux de la romancière OKAMOTO Kanoko et le père de l'artiste OKAMOTO Tarô. Ses dessins ressemblent moins au manga moderne que ceux de Kitazawa.
Portrait du romancier Natsumé Sôséki

 Le dessinateur qui a élaboré le style du manga moderne, TEZUKA Osamu (1928-1989), reconnaît l'influence de Kitazawa et d'Okamoto. (Mais il a été plus influencé par Disney et Fleischer...)
 Un peu plus tôt que ces deux innovateurs, MIYATAKE Gaïkotsu (1867-1955) se situe à mi-chemin entre les styles d'Honoré Daumier et de Roland Topor. Il était plus journaliste que dessinateur. Même si ses dessins ne sont pas considérés comme des mangas, ils annoncent l'esprit. Son journal s'appelait "Le journal drôle".
Comment prévenir l'épidémie (On dirait du Daumier.)
L'image parle d'elle-même.