mardi 27 mai 2008

La loi du talion

La loi du talion a ressuscité au Japon. C'est officiel.
L'année dernière, un juge nous a surpris en prononçant la peine à mort à un homme qui avait tué seulement une personne, parce que le crime était particulièrement atroce. Auparavant, la peine capitale était réservée aux criminels qui avaient assassiné de nombreuses personnes, au moins quatre.
Mais ce cas purement exceptionnelle de l'année dernière a permis aux juges japonais de s'obscurcir dans le manichéisme archaïque.
Vous vous en souvenez peut-être, un homme mafieux a tué il y a un an le maire de la ville de Nagasaki qui était en campagne pour être se faire réélire. Il n'avait même pas été pacifiste avant d'être élu, même s'il a eu subitement la conscience de son statut juste après les élections. Je me doute plutôt qu'il était plus ou moins obligé de s'engager dans les activités pacifistes. Donc, si ce yakuza l'a éliminé, ce n'était pas pour une raison politique ni idéologique, mais tout simplement le ressentiment personnel. Le maire ne voulait pas que l'hôtel de ville reçoive les mafieux. Ce n'est qu'une histoire de l'amour-propre blessé d'un homme immature, comme il y en a beaucoup parmi les personnes violentes. Ni plus ni moins. Malgré cela, le juge a conclu que c'était un acte qui risquait d'ébraler les fondements de la démocratie. Mais un peu de sang-froid, monsieur le juge! Devrait-on penser que cette personne aurait échapper à la peine de mort s'il avait choisi un autre moment pour le tuer?
Ainsi les juges japonais commencent-ils à se prendre pour les super héros des temps modernes qui punissent les méchants. Si tu enlèves la vie à quelqu'un, je t'enlève la tienne. Quant à moi, j'ai tendance à soupçonner chez eux une tendance pharisienne et de plus "extrêmiste" en un sens.

mardi 20 mai 2008

Où peut-on acheter la viande de baleine au Japon?

Je suis rentré à mon pays natal l'été dernier, mais il y a pas mal de choses qui m'étonnent dans ce dernier empire du monde où je n'avais jamais mis les pieds pendant dix ans.
Par exemple, je suis tombé sur un spot publicitaire de... baleine à la télé (pas herzienne, mais satellite) :-o C'est un mini téléachat plutôt qu'une pub, qui dure quelques minutes. Je croyais que les Japonais chassaient la baleine seulement pour le but scientifique. Autrefois, je me demandais d'où venait la viande de baleine que proposent certains restaurants de luxe de Tokyo, mais maintenant on ne fait plus mystère. On peut l'acheter au téléachat.
Comme tous les bons Japonais modèles, je ne suis pas contre la chasse à la baleine. Mais mon raisonnement est différent de celui de mes compatriotes qui parlent de la tradition depuis des siècles. Il est vrai qu'il arrivait que les Japonais à qui leur bouddhisme interdisaient de toucher aux animaux à quatre pattes mangeaient la baleine pour sa protéine animale, mais la consommation n'avait jamais été importante jusqu'au milieu du vingtième siècle. Si les Japonais consommaient beaucoup de baleine, c'est que ce mammifère dont la viande était la moins chère était la seule nourriture animale disponible pour les Japonais pauvres, qui n'avaient même pas le moyen pour acheter le poisson, surtout juste après la Deuxième Guerre mondiale, avant le développement économique. La baleine restait une nourriture pas chère jusqu'aux années 80. Donc, même s'il est vrai que la chasse à la baleine est une tradition japonaise, ce n'est qu'un prétexte pour défendre ce qu'ils font. La raison authentique pour manger la baleine n'est rien d'autre que leur nostalgie d'enfance.
Si je ne suis pas d'accord avec les écologistes du genre Green Peace, ma raison est différente de ces CPNT japonais, mais c'est la solidarité avec les pêcheurs des petits pays des Caraïbes comme Antigua-et-Barbuda. Ces pays pauvres dont les ressources principales sont la pêche rencontre une crise à cause de l'abondance de baleines qu'ils n'avaient jamais connue jusqu'à présent. Ces pêcheurs n'ont que de petites barques, et ils ne peuvent plus pêcher, car si une baleine monte à la surface d'eau, c'est la question de vie ou de mort. Ils demandent en larmes aux Norvégiens et aux Japonais de reprendre la chasse à la baleine. J'ai entendu parler que certains Occidentaux leur a proposé de travailler comme portiers dans les hôtels qu'ils allaient construire, en leur disant que le tourisme pour la baleine est l'avenir de ces petits pays. Je ne sais si cette histoire est vraie, mais je déteste la mondialisation sous la figure de l'écologie (ça existe bien sûr...) beaucoup plus que les amis japonais de Saint-Josse et Nihous.
Moi, j'ai tendance à penser que l'écologie est quelque chose qui remplace le christianisme pour les Occidentaux. Ils veulent toujours imposer leur propre idéologie sur toute la terre. Il n'y a aucune doute que cette pensée n'aurait pu naître ailleurs qu'en Europe qui a toujours été favorisée par la nature tendre. C'est ainsi que les dieux occidentaux aiment les humains, mais qu'ils font peur ailleurs qu'en Europe.
En tout cas, si je ne suis pas contre la chasse à la baleine en principe, je n'aime pas les mensonges. Comment pourrais-je croire que la chasse est purement du but scientifique, quand je constate qu'on vend la viande au téléachat?
La semaine dernière, des membres (de l'éthnie japonaise) de Green Peace se sont insinués dans un entrepôt de service de transports (à Aomori, pas trop loin de chez moi). Ils doutaient que les équipiers des bateaux qui chassent la baleine envoient de la viande pour leur famille. C'est bien une "tradition" de chez eux d'avoir part à la chasse et d'en ramener aux leurs, puisqu'ils s'absentent pendant des mois. Mais c'est un "détournement" selon Green Peace, parce qu'au moins, toute la baleine doit être destinée à la recherche scientifique, si ce que les chasseurs avancent est vrai. Soit. Mais qu'est-ce qu'ils ont fait, ces membres de Green Peace? Ça s'appelle un vol. Ils le nient, car ils l'ont fait pour avoir la preuve du crime. Mais ce sont eux qui croient qu'il s'agit d'un crime. Ce n'est pas Green Peace qui fait la loi. S'ils osent tout pour leur idéologie, ils ne sont pas du tout différents des terroristes. :-(

jeudi 15 mai 2008

Quatre mille nuits et jours (poème de TAMURA Ryûichi)

Pour qu'un poème naisse,
Il faut que nous tuions
Tuer beaucoup d'êtres
Fusiller, assassiner, empoisonner beaucoup d'êtres que nous aimons.

Regarde,
C'est seulement parce que nous voulions la langue tremblante d'un seul petit oiseau
Dans le ciel de quatre mille nuits et jours,
Que nous avons fusillé
Le silence de quatre mille nuits et le contre-jour de quatre mille jours.

Ecoute,
C'est seulement parce que nous avions besoin des larmes d'un seul enfant affamé
Parmi toutes les villes pluvieuses, les hauts fourneaux,
Les quais en plein été et les mines de houille,
Nous avons assassiné
L'amour de quatre mille jours et la compassion de quatre mille nuits.

Rappelle-toi,
C'est seulement parce que nous voulions la peur d'un seul chien perdu,
Qui voie ce que nos yeux ne peuvent voir,
Qui entende ce que nos oreilles ne peuvent entendre,
Nous avons empoisonné
L'imagination de quatre mille nuits et la mémoire froide de quatre mille nuits.

Pour accoucher d'un poème,
Nous devons tuer nos êtres chéris.
Ceci est le seul chemin pour faire ressusciter les morts,
Que nous devions suivre.

TAMURA Ryûichi (1923-1998) est probablement LE poète qui représente la poésie japonaise d'après-guerre. Ce poème sublime a été publié en 1956.

mardi 13 mai 2008

Projet de l'extensioin du tableau des idéogrammes à l'usage quotidien

La fin de la Seconde Guerre mondiale fut une catastrophe pour la langue japonaise. Comme tous les intellectuels soutenaient la guerre impériale (on a tué les intellos appelés "rouges", efficace!), l'orthographe des mauvais élèves devint désormais officiellement correcte! Vous pouvez imaginer le français d'avenir (proche?) dont l'orthographe serait: "Sé kwa?" "Ke se passe til?" C'est l'écriture que les Japonais adoptent depuis soixante ans. Et la plupart ne sont même pas conscients de ce problème, car revenir à l'ancienne orthographe veut dire pour eux, redevenir Japonais fascistes, "expansionnistes", qui voulaient conquérir toute l'Asie de l'Est. Je ne comprends pas du tout cette logique absurde. Mais je risque d'être pris pour un homme d'extrême droite, si je dis qu'il faut réhabiliter l'ancienne orthographe...
L'emploi des idéogrammes appelés kanjis est également restreint depuis cette époque. La raison était évidente auparavant: On voulait ou romaniser le japonais, ou éliminer les caractères chinois de la langue japonaise pour qu'on n'écrive plus qu'avec les caractères phonétiques. Ces projets furent vite abandonnés, et la restriction perdit son sens.
Actuellement, le tableau des "kanjis à l'usage quotidien" compte 1945 caractères (le sens d'humour des Japonais est particulièrement développé sur ce point-là). Mais on envisage d'ajouter des kanjis qu'on utilise fréquemment, et le tableau ci-dessus est le projet (220 caractères pour le moment), publié sur les journaux aujourd'hui. Les non Japonais imaginent qu'il serait très difficile d'apprendre tous ces idéogrammes, mais ce n'est que question d'habitude. Les "kanjis à l'usage quotidien" doivent être appris jusqu'à la fin de l'enseignement obligatoire (généralement à l'âge de 15 ans). Je connaissais beaucoup plus que 2000 kanjis déjà à l'âge de dix ans, et je ne suis aucunement le seul. Les "kanjis à l'usage quotidien" donnent la restriction aux écrits administratifs tout d'abord. Les journalistes respectent souvent cette restriction je ne sais trop pourquoi. (Ils ne sont pas du tout obligés à faire ça!) Ces 1945 caractères ne sont pas du tout suffisants pour lire la littérature.
Si on pense à ajouter des idéogrammes supplémentaires au tableau, c'est que l'informatique a beaucoup développé ces années-ci. On n'a plus besoin d'écrire les caractères difficiles à la main. Au fait, l'écriture japonaise avait un double standard avant la guerre. On écrivait les caractères simplifiés à la main, et on imprimait les caractères corrects. Depuis la fin de la guerre, les kanjis simplifiés sont devenus "corrects". Mais l'utilisation des kanjis simplifiés n'a jamais été un signe de l'inculture. Si j'ai parlé de l'orthographe des mauvais élèves, je ne parlais pas forcément d'idéogrammes, mais plutôt de l'emploi des caractères phonétiques. (Il y a également de mauvais emplois des idéogrammes qui sont devenus corrects dans la chaos d'après guerre. Je ne mets pas en cause la forme des kanjis, puisqu'elle avait le double standard même pour les meilleurs écrivains.)
Ce nouveau tableau supplémentaire me fait sourire un peu, car il y a des caractères auparavant éliminés à cause des connotations sexuelles: fesses, humide, spasme, cuisse, débauché, agaçant, caresser... On aurait dû avoir beaucoup d'imagination pour mettre ces kanjis à l'écart de l'emploi correcte. Je suis contre toute restriction concernant le langage, donc ce projet est le bienvenu! Désolé pour celles et ceux qui veulent commencer à apprendre le japonais, cette nouvelle n'est peut-être pas encourageante pour vous, mais j'adorais apprendre les kanjis quand j'étais petit. J'espère que ce sera pareil pour vous :)

lundi 12 mai 2008

Paysage (poème de YAMAMURA Bochô)



Paysage
Mosaïque argent pur

Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Sifflet paille à peine audible
Fleurs de colza partout

Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Gazouillement des allouettes
Fleurs de colza partout

Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Fleurs de colza partout
Malade est la lune en plein jour
Fleurs de colza partout.


C'est la version originale.

YAMAMURA Bochô est un poète symboliste et auteur de la littérature enfantine (1884-1924). Ce poème, écrit seulement avec les caractères phonétiques sans utiliser aucun idéogramme, a été publié en 1915. C'est le premier poème japonais qui montre le souci typographique.

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La taxe gazoil

Je ne sais si vous êtes au courant, mais un des plus grands problèmes politiques en ce moment au Japon est la taxe gazoil. Elle est de 48,6 yens (environ 30 centimes d'euro) par litre, dont la moitié est qualifiée de "provisoire" depuis 1974 (!). Elle est destinée à suppléer les ressources réservées aux aménagements des voiries. Mais on sait désormais que tout n'est pas utilisé dans ce but précis. Par exemple, il y a des fonctionnaires du ministère du territoire national et des transports (traduisez "le territoire national" par "la construction") qui ont acheté des machines karaoké, des articles pour le softball, et des fauteuils de massage et payé les frais des voyages avec cette ressource pour leur récréation. L'histoire la plus dérisoire est la comédie musicale pour la promotion des travaux, montée avec cette taxe (3,5 millions d'euros!). Je ne sais si elle a eu du succès, mais le refrain d'une chanson est "Faisons la route! Faisons la route!". On cachait soigneusement que le spectacle avait été financé par la taxe gazoil.
Même si c'est un tabou, on sait bien depuis toujours que les politiciens dont le support est fondé sur la construction sont le plus grand problème dans le monde politique au Japon. Et la construction sent la mafia. La construction reste le lobby qui exerce le plus d'influence au Japon sans conteste. On se plaint beaucoup de la baisse de naissance au Japon actuellement, mais je crois que c'est une réaction normale de la population contre l'Etat qui ne voulait jamais améliorer la situation déplorable de l'éducation. Il y avait toujours quarante élèves dans une classe de l'école élémentaire jusqu'au lycée, mais les politiciens n'ont jamais voulu faire construire des écoles, car l'éducation, ça fait pas gagner! Il n'y a aucun lobby qui veuille des écoles au Japon. Maintenant, il n'y a que vingt élèves dans une classe même dans les grandes villes. C'est une chance pour les Japonais. (Mais personne ne pense comme moi au Japon.)
L'argument le plus logique est la question: Est-ce qu'on a encore besoin de nouvelles autoroutes? Le plus grand parti d'opposition, le Parti Démocrate du Japon, répond que non, et le parti au pouvoir, le Parti Libéral-Démocrate, dit que oui. La période "provisoire" a pris fin au mois de mars. Le PDJ refusant de discuter sur le renouvellement de la taxe, la loi a expiré, et le prix du gazoil a baissé à peu près de 25 yens (15 euro cents) le 1er avril. Actuellement, la majorité de la chambre haute est occupée par l'opposition, et plus de deux tiers de la chambre basse par le PLD. La loi dit que la chambre basse peut donner la validité à une décision avec deux tiers des voix, même si la chambre haute l'a refusée. C'est ce que le PLD a fait, et le gazoil a remonté jusqu'au prix précédent le 1er mai. Et le PDJ crie au scandale en parlant de la violence du nombre.
Je n'approuve pas le procédé du PLD, mais je ne suis pas moins outré par le PDJ, qui fait exprès dans le populisme primaire. C'est la constitution qui dit que deux tiers des voix de la chambre haute sont suffisants pour nier la décision de la chambre haute! Cela ne peut être une violence. (D'ailleurs, le PDJ ne propose même pas d'alternatif pour suppléer la somme manquante.) Le premier ministre Fukuda a promis que la taxe serait versée dans les ressources dites "générales" dès l'année prochaine, c'est-à-dire non pas réservées aux voiries, mais on a un grand doute sur la politique du PLD, car ils ont voté la même loi avec la validité de 10 ans. Ils ont gardé sans vergogne le nom des ressources réservées aux voiries, tout en promettant que leur emploi n'est plus spécifique... De qui se moquent-ils? Selon le sondage, 75 pour cent des personnes interrogées le trouvent contradictoire. Ouf!
Historiquement parlant, le Japon n'avait pas besoin de routes terrestres au haut moyen âge, car les transports se faisaient sur la route maritime. Depuis que les commerces avec le continent ont débuté, les Japonais se sont mis à imiter la Chine sur tous les points. (C'est probablement parce que les dirigeants étaient très souvent d'origine coréenne. Est-ce que c'est eux qui avaient une grande admiration pour leurs voisins, ou que, très futés, ils ne voulaient pas imposer leurs propres modèles aux Japonais?) On a aménagé la capitale (Kyoto) sur le modèle de Xian, et le réseau de routes centralisateur en se basant sur l'exemple chinois. Cette forte tendance à l'imitation reste une mentalité japonaise. Elle fait parti du snobisme sans doute, mais on ne peut nier qu'elle était toujours LE moteur du progrès au Japon. Les Japonais d'antan ont aménagé les voiries qui n'étaient pas vraiment nécessaires malgré les grandes difficultés, principalement pour l'émulation.
Les Japonais adorent ou imiter les nouveautés ou garder les prétendues traditions qui étaient souvent imitations à l'origine. Je crois que les premières imitations sont une des qualités japonaises, mais je ne suis pas pour l'attachement un peu ridicule et absurde aux traditions qui manquent complètement de souplesse. Même la construction des voiries suit une tradition qui n'est plus efficace, à ce qu'il me semble. Il est temps qu'on comprenne que les Japonais n'avaient pas du tout besoin de routes terrestres au début. Pourquoi pas réévaluer l'efficacité des transports maritimes au Japon? (Mais personne ne pense comme moi ha ha) Je suis assez d'accord avec Paul Virilio sur le sujet de la lenteur...

mardi 6 mai 2008

Je suis allé à la ville d'Hakodaté

Malheureusement, je n'ai pas d'appareil numérique, donc il n'y a pas de photos prises par moi :(
La ville d'Hakodaté est une ville d'Hokkaïdo, le seul site historique (désigné par l'État) qui se trouve sur cette île. J'ai pris le train pour y aller en passant par le tunnel Aomori-Hakodaté, le tunnel le plus long du monde. C'est la première fois que j'aie emprunté ce chemin. J'étais déjà allé à Hakodaté plusieurs fois, mais en bateau.
Le site le plus connu d'Hakodaté est le vestige du château Goryôkaku, construit selon le modèle de l'architecte français Vauban.

Plan de la citadelle de Lille

Vestige du château Goryôkaku

On commença à construire le château Goryôkaku en 1857. Mais pourquoi l'a-t-on fait d'un style français?
Le Japon ouvrit ses frontières en 1854, plus précisément deux ports de plus que Nagasaki, le seul local qui ait été ouvert seulement aux Hollandais et aux Chinois pendant plus de 200 ans. Ces deux ports étaient Shimoda et Hakodaté. La France n'avait pas conclus le pacte au début, mais un bateau français passa près d'Hakodaté, qui fit un naufrage dans les parages. Les habitants d'Hakodaté sauvèrent ces équipiers malgré l'absence du pacte entre la France et ce pays d'Extrême-Orient qui venait d'ouvrir aux étrangers. Les Français furent émus par l'humanisme des habitants de cette ville du nord, et ils leur donnèrent leur technologie d'architecture dès la conclusion du pacte de commerce.
Mais le gouvernement des samouraïs était menacé du coup d'État par les rebelles impériaux à l'époque. Le coup réussi (1868), le reste du shôgunat fuit Edo (Tokyo) jusqu'à Hakodaté. Le dernier shôgunat provisoire fut installé au château Goryôkaku, et quelques Français participèrent au gouvernement en tant que ministres. La guerre d'Hakodaté entre le shôgunat provisoire et le nouvel Empire fut courte, et c'est l'empereur qui l'a gagnée malheureusement. Cette histoire mal connue explique la raison de l'accueil diplomatique plutôt froid des Français par l'empire.
Je crois que les nipponophiles français peuvent être fiers qu'il y avait des Français qui faisaient parti du dernier gouvernement des samouraïs :) J'ai pensé qu'il s'agissait de l'histoire d'Hakodaté quand j'ai entendu parler du Dernier Samouraï avec Tom Cruise, mais ce n'était pas le cas. D'ailleurs, même si ce film hollywoodien est basé sur un fait historique, l'appellation de samouraï n'est qu'abusive, puisque les rebelles dans cette histoire soutiennent l'empereur eux aussi. Ce n'est qu'une faction des dissidents du nouvel Empire de Meiji, qui étaient nombreux. Les Français n'ont qu'à faire un film sur les derniers samouraïs véritables.
Hakodaté reste une ville internationale qui accueille beaucoup de touristes. Il y a pas mal de chrétiens, catholiques, protestants et orthodoxes. Même si elles n'ont rien à voir avec l'architecture imposante en Europe, la ville héberge des églises et des abbayes, plutôt coquettes en réalité, dans ce pays qui ne compte pas beaucoup de chrétiens.
La vue de la ville du mont Hakodaté est très connue. On l'appelle "la vue nocturne d'un million de dollars".


dimanche 27 avril 2008

Smoke on the water au shamisen





Cette interprétation a été diffusée il y a tout juste un an dans une émission de dimanche matin "Concert sans titre", qui dure depuis 1964. Le clip est uploadé au mois de janvier 2008.
Le style s'appelle Tokiwadzu, un genre du jôruri, conte chanté. L'histoire du jôruri est parfois illustrée par les marionettes. (Le film Dolls de Kitano Takéshi est inspirée du jôruri aux marionettes, autrement appelé bunraku.)
Le titre de la chanson est changé en "Ô-Édo-no hikéshi", Sapeurs du grand Édo. Cela parle d'un incendie sur le lac Biwa, le plus grand lac au Japon. Les sapeurs d'Édo qui passaient au lac Biwa comme des touristes en vacances éteignent le feu. Comme il s'agit d'une parodie, la parole ne veut pas dire grand'chose.

We Will Rock You





Un peu moins bien que Smoke on the Water, mais bon. L'intérêt principal de cette interprétation est qu'ils ont inséré un passage du jôruri, Masakado (c'est le titre), le rebelle du 10e siècle qui s'est autoproclamé le nouvel empereur. En effet, c'est un personnage assez rock'n'roll dans l'histoire du Japon. Je n'ai pas pu trouver Jailhouse Rock, qui a été joué dans la même émission.

samedi 26 avril 2008

Quand j'étais la plus belle (poème d'IBARAGI Noriko)

Quand j'étais la plus belle
IBARAGI Noriko

Quand j'étais la plus belle,
Les villes s'écroulaient à grand bruit,
Il arrivait qu'on voyait le ciel
D'un côté saugrenu.

Quand j'étais la plus belle,
Beaucoup moururent dans mon entourage.
Je perdis l'occasion de me maquiller
A l'usine, à la mer, à l'île sans nom.

Quand j'étais la plus belle,
Personne ne m'offrit de cadeaux tendres.
Les garçons ne connaissaient que le salut militaire,
Et ils partirent tous en ne laissant que le beau regard.

Quand j'étais la plus belle,
Ma tête était vide,
Mon coeur était endurci,
Seuls mes membres brillaient marrons.

Quand j'étais la plus belle,
Mon pays perdit la guerre.
Qu'est-ce que cette connerie?
Je marchai fièrement dans la ville humiliée en relevant les manches de ma chemise.

Quand j'étais la plus belle,
Le jazz déferlait de la radio.
Dans un vertige comme si j'arrêtais de fumer,
Je dévorai la douce musique étrangère.

Quand j'étais la plus belle,
J'étais très malheureuse,
J'étais très confuse,
J'étais trop solitaire.

Donc j'ai décidé. De vivre le plus longtemps possible.
J'ai peint de très jolies peintures dans ma maturité.
Comme le Français Papy Rouault.
N'est-ce pas?

mardi 22 avril 2008

Encore un grand pas en arrière

Aujourd'hui, la justice japonaise a marqué un autre grand pas en arrière.
Un garçon a tué une femme et son petit bébé il y a 9 ans à Hikari, une petite ville dans l'ouest du Japon. Il avait à peine 18 ans à l'époque. Les deux premiers jugements étaient la perpétuité, mais la cour suprême a demandé la révision à la cour d'appel d'Hiroshima. Le juge a prononcé la peine capitale pour ce garçon.
Il y a plusieurs problèmes dans cette affaire.
  1. La justice japonaise a les critères pour la peine de mort, généralement respectés. Cette affaire ne leur correspond pas sur l'âge du criminel et le nombre des victimes. La majorité est à 20 ans au Japon. Le média ne peut pas publier le nom de ce garçon pour cette raison. L'année dernière, on a prononcé la peine capitale à un homme qui avait tué une seule personne, ce qui était vraiment exceptionnel. Peine de mort pour le garçon qui a tué deux victimes, cela reste exceptionnel dans le contexte de la justice japonaise.
  2. Le mari de la femme tuée est beaucoup médiatisé. Il paraît qu'on le prouve émouvant. Le jugement d'aujourd'hui semble être "populiste" qui aime flatter le peuple dans une époque virtuellement interactive.
  3. Le système du jury est suspendu depuis 1943, mais on le reprendra dès l'année prochaine. On lui dotera même le pouvoir de l'estimation des peines. J'attendais à ce procès une sorte de frein en attendant la reprise du système du jury qui m'inquiète beaucoup. Mais le juge a voulu en montrant cet exemple que les gens suivent le chemin de l'empathie pour la famille des victimes, plutôt que de garder la conscience exigée aux magistrats.
  4. La cour suprême, qui avait rejeté les deux premiers jugements, n'a pas voulu reprendre en main cette affaire beaucoup médiatisée. C'est pour cela qu'elle a demandé la révision à la cour d'appel.
Ce qui m'inquiète le plus est que nos compatriotes ont oublié la vertu de la tolérance. Ils sont brûlés par le feu de vengeance et de haine. Ils refusent de comprendre que leur haine, c'est leur propre problème. Pourquoi doivent-ils la projeter sur ces criminels? Certaines statistiques disent que 80 pour cent des Japonais soutiennent le maintien de la peine de mort. Il est temps que les magistrats arrêtent de vouloir plaire au peuple, mais ce qu'ils font est exactement le contraire de ce qu'ils doivent faire.

P.S. Ce qui a profondément choqué le peuple dans cette affaire est la nécrophilie. La défense prétendait que c'était une cérémonie pour ressusciter la femme. Le juge a rejeté cette hypothèse en disant qu'elle serait irrationnelle et absurde. Mais euh... Je ne sais quoi dire. Enfin, si cette cérémonie est irrationnelle et absurde sans aucun doute, la défense ne l'est pas, non?

P.P.S. Le mari de la femme tuée a dit quelque chose de britneyesque: "Je veux que ce garçon regrette ce qu'il a fait en dépassant sa propre mort." Apparemment, ça ne fait rire que moi au Japon.

Article précédent: Le régime "Seconde Vieillesse"

samedi 19 avril 2008

Le régime "Seconde Vieillesse"

Les Japonais ont prouvé encore une fois qu'ils étaient plus forts que les Français. Ceux-ci ne parlent encore que du régime de retraite, mais ceux-là parlent déjà de la Seconde Vieillesse, le régime de sécurité sociale de pointe. "Seconde vieillesse", c'est bien le mot employé: donc, ces personnes âgées ne sont attendues que par la mort après cette période. Le régime est en vigueur depuis le poisson d'avril. Quel sens d'humour! Normalement, l'humour japonais est gentillet et niais, mais cette fois-ci, ils ont prouvé que leur sens d'humour noir était particulièrement développé! Le premier ministre Fukuda a voulu le renommer en "le régime de longue vie", mais c'était trop tard, toutes les cartes de sécu étaient déjà imprimées et envoyées.
Ce n'est pas seulement l'appellation qui est scandaleuse. Les personnes âgées de plus de 75 ans méritent ce nom glorieux de la "Seconde Vieillesse". Leurs frais médicaux avaient été généralement gratuits auparavant. Depuis quelques années, ils payent à peu près 10 pour cent des frais médicaux. Et maintenant, on encaisse automatiquement une certaine somme de leur pension pour la sécurité sociale. Le ministre de la santé explique que c'est pour alléger le coût administratif, et que les personnes âgées elles-mêmes n'ont plus besoin de se déplacer pour payer. Soit. Mais alors enfin, ces vieux doivent-ils payer plus ou moins d'argent qu'avant le changement du régime? Le ministre Masuzoé (francophile et francophone) aurait répondu à cette question: Environ 70 pour cent des personnes appartenant à cette catégorie payeront moins qu'avant. Il peut arriver que ceux qui ont une pension relativement importante doivent donner plus qu'auparavant. 70 pour cent? Est-ce suffisant pour changer le régime? Mais bon, du moins est-ce plus que la moitié :-(
Mais depuis quelques jours, on entend le cri des personnes âgées qui ne sont pas du tout riches. Le premier encaissement a eu lieu le 15 avril. Et qu'est-ce qu'on découvre? Apparemment, on leur retire beaucoup plus d'argent qu'avant. Qu'est-ce qui se passe ici? Donc, on a demandé à monsieur Masuzoé le fondement du calcul pour le poucentage avancé. Alors il a répondu: Euh... on a jamais fait d'estimation... J'ai cru que ce serait à peu près de 70 pour cent...
On dit qu'on a effectué ce changement de régime pour une part pour réduire les frais médicaux des personnes âgées hospitalisées. En un mot, ils ne faut plus donner de soins à ces végétaux. S'il faut payer plus, ces familles renonceront à prolonger inutilement la vie de leurs intimes. C'est leur logique. Logique des fonctionnaires, particulièrement cynique.
Une question s'impose. Ces personnes âgées, qui ne font que voter le Parti Libéral-Démocrate depuis une éternité, vont-ils faire la même chose aux prochaines élections (à part les végétaux, bien sûr)? Veulent-ils prouver qu'ils sont complètement idiots, en allant voter pour leurs bourreaux? Le pire est que ces bourreaux ne sont même pas méchants. Ils sont irresponsables, c'est tout... Il est temps que les personnes âgées comprennent enfin que c'est leur fidélité aveugle qui est la gage de l'irresponsabilité des dirigeants.
Donc, vous ne devez pas imaginer que les Japonais respectent toujours les personnes âgées. Cette histoire appartient au passé. Vous devez plutôt revoir La Ballade de Narayama, le chef-d'oeuvre d'Imamura, mais vous devez soustraire la dignité de ce film pour comprendre la situation actuelle au Japon.

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vendredi 18 avril 2008

Le col (poème de MAKABE Jin)

Le col (1947)
MAKABE Jin

Le col est un endroit qui force une décision.
Une mélancolie claire pour une séparation y coule.
Celui qui est monté jusqu'au sommet
S'expose à l'azur imposant,
Et puis lui montre son dos.
Les paysages y sont reliés,
Mais on ne peut entrer dans une différente vue
Sans perdre une autre.
C'est seulement en subissant une grande déchéance
Qu'un nouveau monde s'ouvre.
Quand vous êtes sur le col,
La route passée vous laisse un souvenir,
Et celle qui s'ouvre porte un espoir.
Elle ne vous répond pas.
Elle ne fait que vous appeler sans cesse.
Même si vous avez une destination précise,
Là, vous devez
Vous séparer pour un autre monde.
Afin d'enfouir cette pensée,
Le voyageur garde tout le paysage visible dans ses yeux,
Urinant lentement,
Cueillant les herbes,
Ou fumant une cigarette.

MAKABE Jin (1907-1984) est un poète japonais qui vivait à Yamagata, une ville de la région du nord-est.

Ceci est probablement le meilleur poème japonais d'après-guerre à mon avis. (Je préfère la poésie sévère au romantisme humide.) Je suis désolé pour la traduction hâtive comme d'habitude.

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mardi 15 avril 2008

En ce qui concerne ta sensibilité (1977)

IBARAGI Noriko

Ne prête pas aux autres
Ton coeur qui se dessèche.
C'est toi qui as négligé de l'arroser.


Ne prête pas à tes amis
Ta hargne de ces jours-ci.
Qui des deux a perdu la souplesse?


Ne prête pas à ta famille
Ton énervement.
C'est moi qui n'était bonne à rien.


Ne prête pas à ta vie
La perte de ton premier espoir.
Il était faible dès le début.


Ne prête pas à l'époque
Tout ce qui est foutu.
Abandon de la dignité à peine luisante.


En ce qui concerne ta sensibilité,
C'est à toi de la garder.
Idiote.


IBARAGI Noriko (1926-2006) représente la lignée de poétesses d'après-guerre au Japon.

mercredi 9 avril 2008

Le crépuscule (poème de YOSHINO Hiroshi)

Le crépuscule
YOSHINO Hiroshi

Comme toujours
La métro était pleine.
Et
Comme toujours
Jeunes hommes et jeunes filles étaient assis
Les personnes âgées étaient debout.
Une jeune fille qui baissait la tête se leva
Pour céder sa place à une personne âgée.
Elle s'assit à la hâte.
Elle descendit à la prochaine station sans la remercier.
La jeune fille se rassit.
Une autre personne âgée fut poussée
Vers elle d'un autre côté.
Elle baissa la tête.
Mais
Elle se releva
Lui céda
Sa place.
La personne âgée descendit à la prochaine station en la remerciant.
La jeune fille se rassit.
Comme on dit jamais deux sans trois
Une autre personne âgée fut poussée
Devant elle.
Pauvre jeune fille
Baissa la tête
Et elle ne se leva pas cette fois-ci.
Ni à la prochaine station
Ni à la prochaine station
En mordant sa lèvre basse
En raidissant son corps ---.
Je descendis de la métro.
Tendue, baissant sa tête,
Jusqu'où est-elle allée?
Une personne gentille
Est victime du mauvais sort malgré elle
Partout tout le temps.
C'est qu'elle
Eprouve la douleur d'autrui
Comme la sienne.
Jusqu'où peut-elle aller
Reprochée par sa propre gentillesse.
Mordant sa lèvre
Dans la douleur
Même sans voir le beau crépuscule.

Poème de YOSHINO Hiroshi (1926-)

Lorsque j’ai appris ce poème au collège, je ne l’ai pas du tout apprécié. Je croyais qu’il était hypocrite. C’est que j’avais un esprit tordu. Je comprends la qualité de ce poème maintenant. Pour ceux qui ne la saisissent pas bien: Le poète s’est ému surtout de la beauté du crépuscule, et il a eu empathie pour cette jeune fille qui ne pouvait pas en profiter.

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Le monde est un livre (poème de OSADA Hiroshi)

Le monde est un livre (1991)
OSADA Hiroshi

Lisons des livres.
Lisons plus de livres.
Lisons encore plus de livres.

Les livres ne sont pas que des lettres écrites.
Lumière du soleil, étincellements des étoiles, chants des oiseaux,
Bruissement des rivières, ce sont des livres.

Silence du bois des hêtres,
Fleurs blanches des cornouillers,
Grand orme solitaire, ce sont des livres.

Il n'y a rien qui ne soit pas livre.
Le monde est un livre ouvert,
Ecrit avec les mots invisibles.

Urumqi, Messine, Tombouctou,
Ce ne sont que des points sur la carte.
Les villes lointaines des pays lointains sont des livres.
Le livre des habitants est la ville.
Les rues libres sont des livres.
Chaque lumière de la fenêtre dans la nuit est un livre.

Les chiffres du marché de Chicago sont un livre.
La tempête de sable dans le désert du Nefud est un livre.
Deux yeux fermés du dieu de la pluie de Maya est un livre.

Un homme porte dans son coeur un livre appelé la vie.
Un homme est un livre.
L'expression d'un vieil homme amnésique est un livre.

La plaine, le nuage, et puis le vent.
Gazelles et gnous qui meurent en silence sont des livres.
La dignité sans autorité est le tout.

Une petite astre dans les vingt milliards d'années-lumières.
Ce n'est rien d'autre: Vivre,
C'est savoir penser.

Lisons des livres.
Lisons plus de livres.
Lisons encore plus de livres.

Poème de OSADA Hiroshi (1939-)

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Commentaires racistes sur YouTube concernant les Chinois et le problème du Tibet

Quelqu'un a uploadé à YouTube une vidéo (octobre 2006) dans laquelle on peut voir les soldats chinois qui tuent les personnes se rendant au Tibet. Il paraît que l'image a été tournée aux frontières entre la Chine et le Tibet. (Je crois que c'est un document peu sérieux et très probablement truqué, même si je suis outré par la politique actuelle du gouvernement chinois pour les Tibétains.) Le titre est "L'image de l'armée chinoise qui tue indifféremment les pèlerins tibétains". La vidéo en anglais est sous-titrée en japonais. Je traduis les commentaires récents de caractères racistes des utilisateurs japonais envers les Chinois. Les opinions haineuses sont souvent très souvent appréciées ici, selon le pouce-o-mètre.
"Il faut éliminer les Chinois de la terre."
"Le Terminator appartient au monde imaginaire, mais j'en veux un réellement. Je voudrais faire massacrer les Chintocs communistes cruels par lui."
"Donc il faut tuer les Chinois quand on les croise dans notre pays. Je serais tranquille, car je considère la vie des gens qui négligent la vie des autres comme une ordure. Et la vie des Chinois est une sorte d'ordure, n'est-ce pas?"
"Ils ne regrettent rien, et ils tuent leurs compatriotes tranquillement. Les nazis sont plus humains qu'eux."
"Chinois = Blattes"
Comme cela m'attriste de continuer, je cite le message très spammy qui me paraît le plus significatif.
"On ne peut sauver la vie des Tibétains si on discute avec les Chintocs ici! C'est une pure perte de temps!"
Et il appelle à signer la pétition pour Tibet Support Network Japan.
Celui-là résume la mentalité de la grande majorité des racistes.
"Je ne tolère pas la discrimination, mais seuls les Chinois doivent être l'objet de la discrimination."
Comme cela, il me semble que le mouvement pro-tibétain ne sert qu'à attiser le racisme anti-chinois vraiment primitif et primaire au Japon. Ils n'ont aucune imagination pour les Chinois que le problème du Tibet chagrine. Je cite un commentaire anti-japonais à la fin. Je ne suis pas d'accord pour la deuxième phrase, mais en revanche, je comprends la première question, car les Japonais sont le dernier peuple qui soit intéressé par les affaires internationales.
"Since when Japanese start to care about Tibet? Pathetic little island monkies!"

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vendredi 4 avril 2008

L'origine du fantasme

(J'ai transféré cet article du blog de la page Takagi Kyôzô.)

(C’est la suite de l’article précédent.)

L’imposteur Takéuchi Kiyomaro qui a découvert le tombeau de Jésus-Christ à Shingô était fondateur d’une secte religieuse appelée Amatsu. C’était une petite secte nationaliste influencée plus par le shintoïsme que par le christianisme. Le fait que les Japonais utilisent l’écriture chinoise est un grand complexe pour les nationalistes, et ils ont souvent prétendu que les Nippons avaient leur propre écriture avant la rencontre avec la civilisation chinoise. Voilà l’écriture japonaise des temps des dieux.


C’est une invention pure et grotesque bien sûr. Il n’y a pas que Takéuchi qui a "découvert" l’ancienne écriture des Japonais, et plusieurs savants ont essayé en vain de prouver l’existence.
La particularité de cet imposteur est qu’il a prétendu que les Japonais du nord avaient des rapports avec les juifs à l’époque de Jésus-Christ. Selon ce que ces fous prétendent, c’est Iskri qui est mort à Jérusalem, mais le Christ lui-même s’est échappé à la mort pour survivre au nord du Japon jusqu’à l’âge de cent six ans.
Les Japonais adorent trop les histoires mystérieuses probablement, et je ne rencontre que des explications superflues. (Le pédagogue connu Kanô Kôkichi, un ami à Natumé Sôséki, a sérieusement critiqué les archives Takéuchi en 1936. Cela montre l’air des temps qui voulait croire aux mensonges nationalistes, car même un érudit comme Kanô s’est senti le besoin de réfuter l’authenticité d’un tel document peu sérieux.) Je voudrais placer ce fantasme dans le contexte historique et culturelle de ma région.
Le village Shingô n’est pas mieux que le hameau d’Horodzuki chanté par Takagi Kyôzô. La différence est que si celui-ci est un village au bord de la mer, Shingô est dans la montagne. Vous devez être surpris de savoir qu’il y avait des gens qui ont inventé cette histoire incroyable dans un hameau pauvre du nord du Japon, mais ce n’était pas la première fois que ces gens ont inventé une légende de survie fantasmée. Je commence par le début.
On peut dire que le pays du Japon a été fondé au début du 8e siècle avec le code Taïhô. C’est un pays relativement nouveau. Ce code qui donne officiellement le Japon comme le nom du pays pour la première fois dans l’histoire, et qui définit la hiérarchie aristocratique dont le sommet est l’empereur, était formellement en vigueur jusqu’en 1867. Mais depuis la fin du 12e siècle jusqu’à cette date-ci, le pouvoir politique appartenait aux guerriers dont le chef était le shôgun. La région d’Aomori, pays sauvage et pauvre, restait relativement indépendante du centre jusqu’à la fin du 16e siècle, à l’époque de Hidéyoshi, sans que les habitants ne demandent rien. Le shôgunat était indifférent à cette région, c’était tout.
Le premier shôgun qui ait eu le pouvoir à la fin du 12e siècle s’appelle Minamoto-no Yoritomo. Il a chassé la noblesse Taïra de la cour, pousser l’empereur à la mort, et fondé le gouvernement à Kamakura loin de Kyôto, dans l’est du Japon. Guerrier féroce et cruel au tempérament sanguin, Yoritomo n’était pas aimé du peuple. En revanche, son frère Yoshitsuné, représenté comme quelqu’un de frêle, était cultivé et humain. C’était lui qui était populaire, et il a inspiré beaucoup de littératures populaires. Bon guerrier lui aussi, Yoshitsuné a attiré la jalousie de son frère, et il a été tué par l’assassin envoyé par son propre parent à Hiraïzumi, la seigneurie des plus puissante du Japon à l’époque (la plus grande ville juste après Kyôto) qui se situait juste au sud d’Aomori actuel. Le haïku connu de Bashô, "Herbes d’été. Trace du songe des valeureux guerriers", parle de la ruine de cette ville.
Le reste de Taïra et de Fujiwara d’Hiraïzumi, qui protégeait Yoshitsuné, a fui en passant par le village Shingô vers le Hokkaïdô. Mais les gens d’Aomori qui adoraient Yoshitsuné par la rumeur voulaient qu’il ait survécu à la bataille d’Hiraïzumi. Par exemple, il y a un temple bouddhiste qui consacre le héros dans la péninsule de Tsugaru, pas trop loin d’Horodzuki. Yoshitsuné n’y est jamais passé comme un fait historique, mais c’est la croyance populaire qui veut le contraire. C'est la photo du temple de Yoshitsuné.


La légende ne s’arrête pas là. J’ai déjà dit dans le commentaire ajouté au poème "La tempête de neige" que les berceuses de ma région font peur aux enfants, dont la plus connue chante: "Ne pleure pas. Si tu pleures, les Mongols arrivent de la montagne!" (Pourquoi viennent-ils de la montagne? Ce n’est pas logique.) La croyance populaire de ma région veut que Yoshitsuné qui serait passé au continent soit devenu Gengis Khan pour se venger. Mais quelle histoire! Takagi Akimitsu, un neveu de notre poète, a écrit un livre intitulé Le Secret de Gengis Khan qui traite de cette légende. (Akimitsu, romancier de polar, est plus connu que son oncle.)
Je suppose par conséquent que les gens ont inventé l’histoire de Jésus dans la confusion avec Yoshitsuné, frêle, humain et philanthrope. Je crois que la région pauvre délaissée par le pouvoir du centre du Japon attendait vraiment la "bonne nouvelle" au 16e siècle. Ils n’entendaient l’histoire du christianisme que par la rumeur, et les missionnaires ne sont jamais venus à notre région. Ils ont même imaginé que c’est Iskri (Iesu Chri, très probablement) qui est mort à Golgotha, mais le Christ lui-même a réussi à s’échapper à la mort. Si je crois que cette histoire populaire n’a pas été inventée par Takéuchi à lui seul, c’est à cause de ce nom d’Iskri et de la chanson de Nanyadoraya. Un seul imposteur étranger à la région n’aurait pas inventé tout cela.
Depuis quelques années, les fouilles archéologiques montrent que les anciens habitants de l’archipel du Japon étaient composés de deux races. La ligne de démarcation se situait au niveau du Mont Fuji et ce qu’on appelle les "Alpes japonaises". Parlant la même langue, ces deux races formaient une ethnie, mais les gens de l’ouest appartenaient au même groupe racial que les Coréens, une autre ethnie. (Même s’il n’y a aucun doute pour le mélange, il semble que l’ancien peuple de l’est n’appartienne pas au même groupe que les Aïnous, l’ethnie mineur d’Hokkaïdô.) Les habitants du Nord-Est, région injustement délaissée, qui n’ont jamais connu la prospérité de l’ouest du Japon, sont presque inconsciemment habités par ce fantasme d’un peuple différent des autres Japonais. Je pense que c’est cette obsession ancestrale des gens du nord qui a fait découvrir à Takéuchi le tombeau de Jésus dans cette région. (Il parle également de l’empereur Godaïgo, destitué par le shôgun Ashikaga Takaüji. Il était attiré par les personnages défavorisés du sort.) Le quartier qu’il a découvert le tombeau porte le nom de Héraï. Takéuchi prétendait qu’il avait le même étymon que le mot "hébreu"... S’il n’a pas cherché ailleurs le tombeau du Christ, c’est qu’il avait bien le nez de l’imposteur.

P.S. Très bêtement, je croyais que Takéuchi était d’Aomori, mais ce n’était pas le cas. Comment a-t-il pu trouver la localité de Shingö alors? J’ai réécrit ces deux articles un peu, mais il reste des ruptures de logique évidentes. Je ne les effacerai pas tout de même, car ils pourraient toujours intéresser certains lecteurs. Si tout cela n’était qu’une imposture inventée par le gourou des années 1930, je peux dire au moins que cette histoire a parlé à l’inconscient des habitants pour qu’ils continuent à la fêter jusqu’à aujourd’hui. Le savant Kanô disait que cette secte était au moins anodine, et il paraît qu'elle existe encore sans être connue. Sur son site officiel, j'ai découvert qu'elle possédait l'édition originale des dix commandements de Moïse gravés sur la pierre
Si vous me demandez si cette histoire du tombeau du Christ peut être un objet des études ethnographiques, je vous répondrait que non, mais pour la légende de Yoshitsuné, si. Enfin, j’aurais voulu seulement parler du frère du shôgun. Le tombeau du Christ n’est qu’une de ses variations, déformée et grotesque. Il est vrai que c'est la commune qui fête officiellement la fête du Christ. Mais ce n'est qu'une idée saugrenue d'un village qui n'a aucune industrie et qui veut ajouter un peu à la recette touristique. C'est tolérable à mon avis. Vous pouvez toujours passer dans la région pour apprécier le joli paysage du fleuve Oïrasé, tout près de Shingô.


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Histoire curieuse d'Aomori: Fête du Christ

(J'ai transféré cet article du blog de la page Takagi Kyôzô.)

Je continuerai à donner la traduction des poèmes de Takagi Kyôzô, puisque c’est une page pour lui, mais je vais parler aujourd’hui d’une autre
histoire d’Aomori qui pourrait vous intéresser.

Un village qui s’appelle Shingô fête annuellement la fête du Christ  au mois de juin. Les tombeaux de Jésus-Christ et de son frère Iskri (c’est marqué Isukiri, mais je pense que le nom est mieux transcrit ainsi) sont là pour la commémoration. Preuve en image. キリスト, c'est le Christ.



Je ne sais trop comment comprendre ce monument de l’amitié entre ce village et Jérusalem...
Bien sûr que cette fête est païenne, et il n’y a rien de chrétien dedans. Comme un fait historique, c’est chez un des villageois qu’on a découvert ces tombeaux en 1935. Il était d’une des familles les plus riches du village, et un fondateur de secte religieuse cherchait les vestiges des tombeaux parce qu’il possédait un document qui disait que Jésus-Christ est mort au Japon dans ses archives familiales. Pourquoi y avait-il quelqu’un qui a imaginé cette histoire incroyable? Je suis ahuri de constater qu’ii n’y a pas d’explications raisonnables, mais j’ai mon hypothèse assez convaincante. Je vais la montrer dans mon prochain article, mais je voudrais vous laisser apprécier la chanson de la fête d’abord.



C’est le tombeau de Jésus-Christ que vous voyez dans cette vidéo. Les danseuses chantent "Nanyadoraya nanyadorasareno nanyadoraya". Les Japonais ne comprennent plus la signification, mais cela veut dire "Louez le Seigneur. Il a chassé nos ennemis. Louez le Seigneur", en hébreu bien sûr :-o Un docteur ès théologie l’a prétendu. Alors, ça doit être vrai ;-p Plus sérieusement, cela doit être une chanson un peu paillarde à l’origine, qui dit "fais-le, fais-le". Oups, est-ce que c’est plus sérieux? :D

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mardi 1 avril 2008

Censure, censure

Si vous êtes intéressé par le Japon, je pense que le nom de Yasukuni ne vous est pas étranger. Même si vous ne connaissez pas ce nom, vous avez probablement entendu parler du sanctuaire où les criminels de la Deuxième Guerre mondiale sont vénérés. L’ex premier ministre Koïzumi s’y est rendu pour leur rendre un culte en tant qu’homme public, ce qui a attiré la critique violente des pays asiatiques, surtout la Chine et la Corée du Sud, à tel point que cet acte a détérioré les rapports diplomatiques. Il faut que je dise que le sanctuaire de Yasukuni est un temple shintoïste de deuxième classe, qui n’a pas vraiment un statut religieux important, mais qu’il a un caractère politique et idéologique. D’ailleurs, on dit qu’Hirohito, le chef religieux du shintoïsme, ne voulait pas que ces criminels de guerre soient enterrés dans un sanctuaire shintoïste...
Maintenant que Fukuda sinophile est le premier ministre, on attendait que les relations entre l’Asie et le Japon commenceraient à regagner le terrain perdu, mais voilà qu’une affaire ennuyeuse surgit.
Un réalisateur chinois a tourné un documentaire intitulé Yasukuni, et sa sortie était programmée pour le 12 avril. Mais les microbus de l’extrême droite ont protesté à la sortie du film avec leurs haut-parleurs étourdissants, et les salles de cinéma ont décidé de l’annuler pour le confort des clients. Mais bien sûr...
Donc, ce n’est pas du tout la censure par l’Etat, qui ne la veut pas d’ailleurs, mais l’autocensure par le racisme au quotidien. Vous avez tort d’imaginer que les gens qui travaillent dans le domaine culturel soient généralement antiracistes au Japon. Peut-être le sont-ils au fond du coeur, mais ils sont tellement pusillanimes et conformistes.
Ces gens d’extrême droite n’ont pas vu le film, cela va sans dire. Un film intitulé Yasukuni, réalisé par un Chinois, c’est déjà une lèse-majesté pour eux. Mais il est bien étrange que personne ne dise si c’est un bon film ou pas. Peut-être que personne ne l’a vu. Une députée du Parti Libéral-Démocrate qui a vu ce film se prend pour un Voltaire: "L’idéologie de ce documentaire n’est pas compatible avec la mienne, mais le Japon est un pays où la liberté d’expression est assurée." C’est carrément consternant que personne ne risque sa "vie" de peur des mafieux. Le Japon est l’empire de l’autocensure. Vous n’imaginez pas à quel point les gens d’extrême droite sont puissants en puissance au Japon.
Au fait, si les Français sont critiques à l’égard des JO de Pékin, c’est souvent par le souci des droits de l’homme, mais c’est un peu différent au Japon. Le dimanche suivant l’oppression des Tibétains, il y a eu quelques manifestations organisées par les groupes d’extrême droite anti-chinois, qui ont commencé par chanter leur hymne national. Non, ils ne pensaient pas du tout aux Tibétains, c’était seulement un prétexte. On dit qu’ils se sont rassamblés longuement devant l’ambassade de la Corée du Sud pour réclamer l’île Takéshima (Tokdo en coréen) occupée par les Coréens. Vous essayerez en vain de les comprendre. Pour vous rassurer, je dis que les manifestations "normales" ont eu plus de participants que ces groupes.
J’ai déjà parlé de l’hymne et du drapeau prétendument nationaux. Ce sont des trucs d’extrême droite pour moi, parce que ce sont des emblêmes du Grand Empire du Japon (1889-1947), contenant la péninsule de Corée, Taïwan, la Sakhaline du Sud et les îles Kouriles comme territoire. Je ne les approuve pas, surtout qu’ils n’ont été "légalisés" qu’en 1999, un grand pas en arrière pour le Japon. Et le gouverneur de Tokyo licencie les enseignants des écoles publiques qui ne sont pas debout pour chanter ce soi-disant hymne national à la cérémonie depuis l’officialisation de ces hymne et drapeau. Je ne plaisante pas.

P.S. Article de Philippe Pons dans Le Monde
Ce sont les salles de Tokyo qui ont annulé la sortie, et on a décidé autrement pour d’autres villes. Je commence à avoir un grand doute. Est-ce que ce n’est pas une nouvelle promotion? Une façon rusée de faire parler d’un documentaire, dont on ne peut s’attendre à un succès commercial normalement? Ne va-t-on pas sortir le film même à Tokyo dans quelques semaines?

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samedi 29 mars 2008

Procès d'Oé Kenzaburô

Hier, Oé Kenzaburo, le lauréat du prix Nobel de la littéarture, a gagné le procès dont il était accusé de la diffamation contre les vétérans de la Deuxième Guerre mondiale. Il a écrit Les Cahiers d'Okinawa, reportage sur la bataille d'Okinawa, une bataille particulièrement sanglante à laquelle même les adolescentes ont participé comme de jeunes soldats. Dans ce livre, le romancier parle du suicide collectif des îliens, et ces anciens lieutenants ont porté plainte pour nier leur responsabilité dans cette affaire tragique. Le tribunal a décidé que l'armée avait bien une responsabilité dans cet événement et a acquitté Oé.
C'est une affaire très étrange. D'abord, Oé ne dit pas que ces lieutenants ont donné l'ordre aux habitants de se suicider. Et puis, les plaignants n'avaient pas lu le livre avant d'engager les poursuites judiciaires pour la diffamation. Si on tient compte de ces faits élémentaires, le jugement ne peut être que non coupable pour Oé.
Si ce procès concerne les Japonais, c'est qu'il s'agit de la bataille d'Okinawa. Ces lieutenants (en fait, l'un des deux plaignants est le neveu de la personne qui a participé à la bataille) sont des Japonais qui étaient envoyés pendant la guerre aux archipels de Ryûkyû, qui étaient un pays indépendant jusqu'au 19e siècle. Là, on parle un dialecte très différent du japonais, et les habitants ont une culture propre à eux. Depuis qu'Okinawa a fait partie du Japon, les Nippons leur a interdit l'utilisation de leur dialecte.
Les Américains ont attaqué ces îles avant de débarquer à la métropole japonaise. On pense généralement que l'armée a ordonné aux habitant de mourir comme des Japonais exemplaires avant que ces îles soient complètement occupés par les ennemis. On suppose que les soldats ont distribué les grenades afin qu'ils puissent mourir "dans la dignité". Ces plaignants prétendent qu'ils n'avaient jamais donné d'ordre, mais leur plainte a été rejetée.
Je suis un peu frustré de la conclusion du procès, car ce procès était instrumentalisé par les deux camps, de gauche bien-pensante et d'extrême droite. Je ne suis ni pour l'une ni pour l'autre. Ce qui m'intéressait était plutôt les sentiments des plaignants et de ces soldats "japonais" qui ont connu cette expérience. "Nous ne pouvions rien faire. Nous étions complètement ahuris devant ces habitants qui se suicidaient sans que nous donnions l'ordre. Nous avions très peur." C'est ce qu'ils disent. C’est ce que ces gens disent. Ce qui est embêtant est que les plaignants parlent de la belle mort...
Les bien-pensants disent qu'ils mentent, et les gens d'extrême droite affirment que l'armée n'avait aucune responsabilité dans l'affaire. Mais pour ma part, je crois que ces soldats disent la vérité, sans que je nie la responsabilité globale de l'armée dans cet événement tragique. Le tribunal a adopté l'opinion des bien-pensants tout bonnement. (Les plaignants ont fait appel.) Mais mon opinion est plutôt comme cela: Très probablement, beaucoup d'habitants d'Okinawa se sont suicidés sous l'ordre de l'armée. Mais certains îliens ont choisi la mort, poussés par on ne sais quel sentiment de devoir intériorisé. Il n'est pas étonnant, pour moi au moins, qu'il y ait eu des soldats japonais qui ont assisté à ce comportement au-delà de compréhension à la fin de la guerre irrationnelle.
Comme j'ai déjà traité du sujet dans un autre article (KY), c'est une obligation pour les bons Japonais de s'adapter à l'"ambiance" générale, d'agir comme tout le monde. Et cette ambiance peut les pousser jusqu'à la mort. Il est bien possible que les habitants d'Okinawa se soient suicidés, sans ordre formel pour tout le monde, et que certains aient "volontairement" choisi la mort en un sens. Si je me permets une petite ironie, ces Okinawans sont morts véritablement comme les Japonais exemplaires qui imitent les autres sans réflexion profonde et existentielle... Mais enfin, on ne parle pas de la mentalité dans la cour...

P.S J'ajoute que je ne suis pas grand fan d'Oé. Je le lisais quand j'étais adolescent, mais c'est ce côté bien-pensant de gauche qui me gêne depuis quelques années.

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vendredi 28 mars 2008

Iya-saka-saka-saka-sano-sano-sa (poème d'ITOH Hiromi) (1987)

Le 15 septembre. Le cri de la fête a été unifié à « Boshita[1] ». Cloches, tambours et trompettes. Cloches, tambours et trompettes. Les hommes adaptent leurs corps au rythme, dansent, s’excitent, se tendent, s’enivrent au regard des autres. Les chevaux ornés s’excitent. Les chevaux urinent sur la rue comme de grands jaillissements. Des excréments mous, tièdes et humides s’entassent sur la rue sortis d’anus des chevaux. Les hommes dansent en les écrasant. Les garçons à la fête ont envie de dire que les chevaux ont de grosses couilles. Surtout aux jeunes filles qui se sont préparées pour la fête à l’instar des hommes, maquillées, et en se pressant leurs seins. Ils le leur disent et tout le monde rit. Les hommes à l’âge sexuellement épanoui. Les chevaux à l’âge sexuellement épanoui. Cloches, tambours et trompettes. Le rythme adapte les corps d’hommes au rythme. Iya-saka-saka-saka-sano-sano-sa.


Soyez bienheureux

Bienheureux est le coït

Les hommes croissent et croissent

Les hommes meurent et meurent

Ils croissent et croissent

Ils meurent et meurent

S’ils croissent ou meurent

Bienheureux est le coït

Le coït est amusant

Amusant est le bébé

Je l’ai dit jusque là et mon mari m’a dit

Ce n’est pas vrai

Je pense que ce n’est pas ta logique

Lorsque je lui ai demandé

Qu’est-ce que je dois faire alors ?

Il m’a dit

Le coït n’est pas le mot

Il ne correspond pas à ta logique, voire à celle de toutes les femmes, je suppose

Soit, j’ai dit

J’ai remplacé tous les mots coït par la baise, mais

Mon mari a dit

Non, non

Il me semble que ça ne correspond pas non plus à ta logique

Quand je lui ai dit

Je ne vois pas où est la faute

Il m’a dit

Je pense qu’il te manque la pensée qui trouve le coït amusant

De surcroît, tu n’as jamais utilisé au quotidien le mot comme la baise en t’amusant

Il me l’a dit

Par conséquent, ta logique n’est ni coït ni baise

Elle est quelque chose de bien différent

Même pour celle de toutes les femmes

Elle doit être quelque chose de différent autant que je comprenne

Soit, j’ai dit

J’ai substitué

À tous les coïts remplacés par la baise

L’accouchement


Soyez bienheureux

Bienheureux est l’accouchement

Les hommes croissent et croissent

Les hommes meurent et meurent

Ils croissent et croissent

Ils meurent et meurent

S’ils croissent ou meurent

Bienheureux est l’accouchement

L’accouchement est amusant

Amusant est le bébé


C’est bien ça

Mon mari est convaincu

C’est bien ça

Mon mari rit

C’est bien ça

Je ris moi aussi

C’est bien ça

La logique des femmes

Je n’aime pas l’expression comme la logique des femmes

C’est bien ça

Une logique des femmes tout de même

C’est bien ça


Soyez bienheureux

Bienheureux est l’accouchement

Les hommes croissent et croissent

Les hommes meurent et meurent

Ils croissent et croissent

Ils meurent et meurent

S’ils croissent ou meurent

Bienheureux est l’accouchement

L’accouchement est amusant

Amusant est le bébé

Le bébé danse

Danse le cheval

Le cheval a détruit

Bienheureuse est la destruction

Truie truie détruit[2]

Bienheureuses sont destruction et reproduction

Il y a reproductions croissantes

Iya-saka-saka-saka-sano-sano-sa


Mon mari a dit

Je veux que ce soit encore plus proche de toi

Diminuer les bébés

Concevoir les bébés

Accoucher les bébés

Avorter les bébés

Câliner les bébés

Supplicier les bébés

Tuer les bébés

Abandonner les bébés

Iya-saka-saka-saka-sano-sano-sa


Je veux que ce soit encore plus proche de toi

Diminuer Kanoko

Concevoir Kanoko

Accoucher Kanoko

Avorter Kanoko

Câliner Kanoko

Supplicier Kanoko

Tuer Kanoko

Abandonner Kanoko

Manger Kanoko


L’homme dont j’ai serré la main hier soir

Laquelle j’ai embrassée

Et que j’ai baladé sur tout le trajet

À Sakuradaï Fujimidaï Hatsudaï Surugadaï Nanpeidaï[3] sans que je puisse décider de me séparer

Était un homme mince de petite taille

Moi, j’adore les jeunes hommes minces de petite taille

Il tape le clavier d’ordinateur

Il tape le clavier d’ordinateur

Il tape

Cela apparaît clairement sur le moniteur

Je me suis accroché à lui

J’ai sucé le doigt mince du jeune homme

Clair

Iya-saka-saka-saka-sano-sano-sa

Mon mari est absent

Je fais attention

Pour qu’il ne le découvre pas

Même s’il le découvre, je crois qu’il me pardonne

J’adore les hommes myopes, musclés et un peu chauves, petits ou grands

J’adore les hommes mûrs, poilus, ayant pris de l’embonpoint, de taille relativement petite

J’adore les hommes de grande taille qui a la vertèbre comme le pénis et la moelle osseuse comme le sperme

J’adore les hommes aux paupières fendues, qui ont la fracture de jambe, ni petits ni grands

J’adore les hommes qui ont le poignet extrêmement mince

J’adore les hommes qui ont la longue langue

J’adore les hommes de petite taille qui ont une cicatrice de brûlure à la main droite

J’adore les hommes

Alors que c’est la femme que j’aime depuis non moins de quinze ans et avec qui que je veux mourir

J’adore les hommes à part cela

Et puis surtout

J’adore les hommes dont le visage ressemble au mien, c’est-à-dire

Aux pommettes saillantes, aux yeux en amendes qui sont loin l’un de l’autre

J’adore les hommes gentils même s’ils sont parfois rudes

J’abhorre les hommes vieillis aux orbites creuses qui ont la même constitution que moi, c’est-à-dire

Au cérumen poisseux, aux aisselles puantes

Non, je les adore

Non, je les abhorre

Je les abhorrais

Je les adorais

Non, je les adore

Je posséderai par mon esprit mon fils qui naîtra dans un avenir pour avoir le mêmes visage, constitution et caractère que moi

Je l’aime

Bien que je ne l’aie pas encore rencontré

Je l’aime

Puis-je le voir un jour ?


S’ils croissent ou meurent

Bienheureux est l’accouchement

L’accouchement est amusant

Amusant est le bébé

Le bébé danse

Danse le cheval

Le cheval a détruit

Bienheureuse est la destruction

Truie, truie, détruit

Bienheureuses sont destruction et reproduction

Il y a reproductions croissantes

Iya-saka-saka-saka-sano-sano-sa

Il y a citations et références à L’histoire de Komachi de Ôta Shôgo, la fête de Boshita-matsuri de Kumamoto, des lettres à moi de Araki Yoshinobu[4].



[1] Boshita-matsuri. Le nom d’une fête annuelle à Kumamoto dans le sud du Japon à l’île de Kyûshû.

[2] Boshita boshita horoboshita. Le dernier mot veut dire “On a détruit”.

[3] Noms de lieux de Tôkyô.

[4] Photographe japonais.

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mercredi 26 mars 2008

La vie de Takagi Kyôzô (biographie succincte)

Takagi Kyôzô naquit à Aomori en 1903. Elevé dans une situation complexe comme le cadet d'une famille recomposée, il perdit sa mère assez tôt, devenue folle suite à un grand incendie causé par le séisme. Il vécut une enfance solitaire, ayant des problèmes avec sa belle-mère. Il était enfant du choeur, et la vocalisation qu'il a apprise sera utile à sa récitation plus tard. Après être pion d'une école élémentaire à Horodzuki pendant quatre mois, il finit ses études au lycée d'Hirosaki (40 km d'Aomori). Embauché au Journal d'Aomori, il connut le rédacteur chef Fukushi Kôjirô. Kyôzô commence à écrire des poèmes en patois selon le conseil de Fukushi, poète et théoricien du régionalisme littéraire.
Passé à la Mandchourie avec sa femme sans but précis, il reprit ses études à la faculté de médecine. Son épouse Fuchi mourut bientôt du tuberculose. Il se remaria quatre ans plus tard. Cette seconde épouse souffrait beaucoup de l'indifférence sentimentale du poète qui n'écrirait que des poèmes pour sa première femme. Il demanda l’instruction poétique au poète moderniste Anzaï Fuyué qui vivait à Dalian alors. Devenu oculiste, il continua à écrire des poèmes et des romans. Il publia son premier recueil de poèmes Marumero (Coing), dédié à sa femme disparue, en 1931. Le mot marumero est la forme japonisée du mot portugais marmelo. Ce livre imprimé avec une graphie particulière fut le premier essai à écrire des poèmes en patois. Illisible pour la plupart des Japonais, il fut inaperçu à l'époque, et il ne reste aucun exemplaire de cette première édition. La guerre finie, il dut quitter le continent, mais il ne lui eut pas été possible de garder les manuscrits que les renseignements généraux chinois confisquaient.
De retour au Japon, il commença à vivre comme un oculiste, et se remit à écrire. Il réédite ses oeuvres anciennes, dont Marumero, qui eut la collaboration du graveur Munakata Shikô cette fois-ci (1953). Enfin, la troisième édition avec le disque souple qui contenait la récitation du poète (1967) fit connaître cette expérience littéraire sans exemple. Il fut découvert par le poète anglais James Kirkup, qui traduisit ses poèmes en anglais. Il eut plusieurs prix littéraires par la suite.
Tout en restant médecin, il donna plusieurs "concerts" au Japon. Revenu à sa ville natale Aomori à la fin de sa vie, il mourut en 1987. Bien qu'il ait publié plusieurs livres, Marumero reste son oeuvre la plus connue, à laquelle il s'attachait toute sa vie.
Il y a maintenant plusieurs poètes régionaux qui continuent à écrire des poèmes avec leurs dialectes et patois, suivant le chemin montré par Takagi.

vendredi 21 mars 2008

Toni Negri ne peut entrer au territoire japonais

Le philosophe italien Toni Negri allait venir au Japon du 20 mars au 4 avril. L'ambassade du Japon à Paris n'y avait pas trouvé de problème au début, mais elle a soudain changé d'attitude. Pour les sortants de l'Union européenne, le Japon ne demande généralement pas de visa pour un séjour court. (Enfin, c'est ce que je comprends. Désolé, si je me trompe.) Donc, on lui avait dit qu'il n'avait pas besoin de visa, mais Tokyo le lui a demandé de déposer le dossier pour l'obtention du visa le 17 mars. (La loi n'a pas changé pendant ce temps.) Il l'a déposé le jour même dans la hâte, mais le document administratif sur son passé a été exigé le lendemain. Comme Negri se trouve actuellement en France, il ne l'a pas sur lui, donc il devait renoncer à ce voyage. Il lui faut absolument un document qui prouve officiellement que c'était un criminel politique, sans quoi l'immigration japonaise ne peut pas accepter son entrée au Japon. Mais il y a un grand doute que ce document existe vraiment. Le robotisme des fonctionnaires japonais est à déplorer, mais je ne croyais pas qu'il était à tel point. Ce n'est pas le ministère des affaires étrangères, mais le ministère de la justice (auquel la police et l'immigration appartient) qui s'y est opposée.
Au fait, les Japonais sont très souvent allergiques aux "Rouges", malgré le passé qu'ils les persécutaient pendant la Deuxième Guerre mondiale comme les ennemis imaginaires et intérieurs. (Peut-être que l'emploi de la préposition "malgré" n'est pas approprié ici.) Il y a quelques mois, un moine bouddhiste sympathisant communiste a été déclaré coupable de la violation de domicile, pour avoir distribué des tracts du PCJ dans une résidence. Normalement, il n'y a pas de personnes pour porter plainte dans ce cas. Tout simplement, le nom du parti communiste était marqué sur ce qu'il avait dans sa main, quelqu'un a appelé la police pour cela. Je ne dirai pas que la police et le juge soient anticommunistes, car c'est une dégénérescence du raisonnement. (Malheureusement, les bien-pensants de gauche adoptent souvent cette façon de penser.) C'est le robotisme inhumain, qui n'a rien à voir avec idéologie politique, qui doit être mis en cause ici.

Je travaillais pendant un an à l'immigration de Tokyo quand j'étais étudiant. Comme la condition de détention était très mauvaise, même les détenus dont un seul coup de téléphone pouvait résoudre le problème devaient attendre leur tour pendant quelques semaines dans la maison. Il était carrément interdit de le faire, mais il m'arrivait des fois de téléphoner à leur lieu pour les personnes sympathiques, en cachette de chez moi.
Une fois, un Iranien m'a demandé d'appeler sa "petite amie" compatriote qui allait l'aider, donc je l'ai appelée. Au début, elle me posait beaucoup de questions pour savoir qui j'étais, donc je lui ai expliqué sincèrement ce que je faisais pour aider les détenus. Alors, elle m'a répondu. "Vous êtes formidable. Continuez à aider ces gens-là. Mais je suis désolée, pour l'homme dont vous parlez, c'est une exception. Il le dit à tout le monde, mais il n'a jamais été mon petit ami, il me harcèle depuis tout le temps en revanche. C'est moi qui l'ai dénoncé à l'immigration, car je ne pouvais plus le supporter. Mais ce que vous faites est bien, il faut que vous continuiez à le faire." Cette histoire m'a carrément déprimé, surtout parce que cette femme était vraiment sincère et sympathique au téléphone. Comment je peux cerner les psychopathes harceleurs de leur physique? Il avait l'air normal pourtant. Je ne savais plus, donc d'un coup je n'ai plus jamais accepté de donner un coup de main comme ça, à moins que je ne fournisse un petit goûter pour les détenus sympa.
L'immigration japonaise a jeté Paul MacCartney dans cette prison pour un petit bout de H. Les Japonais appliquent la loi à tout le monde sans jamais tenir compte des particularités des personnages. Ni le musicien ni le philosophe mondialement connus ne font pas d'exceptions. Il y a très peu de gens comme moi qui n'hésitent pas à montrer la préférence au travail. (J'admets que ce n'est pas quelque chose à se vanter.) C'est pour cela que je dis que le policier et le juge pour l'affaire du moine rouge ne doivent pas forcément être anticommunistes. Ils sont trop impartiaux jusqu'à frôler le soupçon d'être des robots.

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jeudi 20 mars 2008

Coing (poème de Takagi Kyôzô)

Coing - Le rêve du moment du décès de Fudji

Je passais le sentier étroit dans les herbes mortes lorsque je trouvai un coing tombé dans la boue. Mon cousin mort y mangeait une boulette de riz. Je voulus ramasser le coing, mais je n'y arrivai pas quoi que je fasse......

Ah! il doit neiger maintenant aussi dans mon pays.


***

Fudji (Fuchi) est la femme du poète, décédée très jeune. Le recueil de poèmes "Marumero" (Coing) est dédiée à sa mémoire. Tous les morceaux que j'ai traduits sont tirés de ce livre.

Comme la traduction de ces poèmes est assez hâtive, j'attends vos conseils, suggestions et commentaires, même si vous ne parlez ni japonais ni tsugaru :)
Vous pouvez consulter la version originale au lecteur sur MySpace (Cliquez sur le bouton "Lyrics").

L'article précédent: Trois poèmes de Takagi Kyôzô

Trois poèmes de Takagi Kyôzô

Elle, ce jour-là...

Sur le sentier où on allait ramasser les bourgeons,
Je me souviens, là-bas, une tourterelle roucoulait.
Au marécage où on allait prendre les pétasites,
Je me souviens, là-bas, un coucou chantait.

Au bord de la rivière où elle m'a répondu pour la première fois,
Sentait l'odeur des roses sauvages,
Dans le bois des pins où elle m'a entendu,
Je me souviens, un tarin des aulnes gazouillait.

Ah! maintenant que tout ça commence à ternir,
A ce crépuscule dans le centre de Tokyo avec sa circulation mouvementée,
Ce que je comprends au fur et à mesure avec le temps est
Ses sentiments qui faisaient jeter les pétales du pissenlit
Une par une, une par une,
A elle, ce jour-là, sur le chemin de retour du bois.


***

Tourterelle orientale

Pétasites japonais

La jeune pousse et le tige sont comestibles. Cette plante ressemble fort à la rhubarbe.

☆☆☆

Eclair sur la rizière

Les grenouilles coassent et il y a éclair sur la rizière,
Mais elle ne sort pas encore.
Il finit par pleuvoir et je suis trempé comme une soupe,
Mais je ne veux plus bouger d'ici à tout jamais.

Comme la pluie se fait violente peu à peu,
Les grenouilles ne coassent plus,
Et il paraît que la nuit tombe,
La lumière de chez elle s'est éteinte.

☆☆☆

L'existence - La nuit du jour du mariage -

Ca, ce n'est que le vent,
C'est les peupliers qui font ce bruit.
Pleure pas.
Pleure pas.
As-tu déjà vu une nouvelle mariée pleurer comme ça?
Pleures-tu puisqu'on n'a pas un sou?
Pourquoi doit-on fêter un mariage aussi misérable?

(C'est comme si tout nous avait été prodigué.)

Même si nos corps maigres se touchent,
Ca ne chauffe pas du tout.
Ah! nous deux,
Nous sommes telles les mouches qui soustraient la lumière du jour.
Fréquenteras-tu le bureau dès demain, habillée de jupe violette et de manteau noir, toi aussi?
On est nouveau mari et nouvelle mariée misérables.
Pleure pas.
Pleure pas.
Il n'y a rien d'effrayant.
Ca, ce n'est que le vent,
C'est les peupliers qui font ce bruit.