mercredi 15 octobre 2008

L'exposition de Konpira-san au Musée Guimet

Certains d'entre vous sont probablement déjà au courant, mais l'exposition des arts de Konpira-san (surnom d'un sanctuaire shintoïste important dans l'île Shikoku) commence au Musée Guimet aujourd'hui. Notamment, vous pouvez apprécier les oeuvres du peintre MARUYAMA Okyo (18e siècle). C'est la première exposition en dehors du Japon pour fêter 150 ans d'amitiés franco-japonaises. Venez nombreux pour profiter de cette occasion rare.
Konpira-san est également un ami myspacien. Cliquez sur le lien pour visualiser son profil.
Je recopie la présentation ci-dessous. Je précise que cette exposition n'a rien à voir avec les opinions tendencieuses de mon blog :-)

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La gratuité pour les personnes de moins de 18 ans ainsi que d'autres tarifs préférentiels en font une occasion parfaite pour apprécier un pan de la culture japonaise. Le site officiel dont le lien est indiqué ci-dessous vous permettra d'avoir un avant-goût du contenu de l'exposition ainsi que de prendre connaissance des informations pratiques qui rendront votre visite au musée Guimet la plus plaisante possible.

- Au cœur de l'exposition -
L'exposition du Musée Guimet présente des œuvres qui ont eu un succès considérable au Japon : les principales œuvres du Konpira-san, qui quittent le Japon pour la première fois. Au cœur de l'exposition, la reproduction de l'espace des salons d'écriture (« shoin ») : peintures sur cloisons de Maruyama Ôkyo dans le Omote-shoin et de Itô Jakuchû dans le Oku-shoin (biens culturels importants), dans leur arrangement réel. Une reproduction des salons d'écriture dans l'espace d'exposition : ces salons d'écriture sont là sous vos yeux, au cœur du musée Guimet.

- Liens -
Site internet officiel de l'exposition « Konpira-san - Sanctuaire de la mer. Trésors de la peinture japonaise » :
Version française :http://www.ksb.co.jp/konpira/f/index.html

- Informations générales -
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Nom de l'exposition : 150e Anniversaire France-Japon « Konpira-san - Sanctuaire de la mer. Trésors de la peinture japonaise »

Durée de l'exposition : du 15 octobre au 8 décembre 2008

Lieu : Musée national Guimet des Arts asiatiques
http://www.guimet.fr/KOTOHIRA-GU-Collections-des-musees
※ Cette URL pointe vers la page de l'exposition créée par le musée Guimet.
Tarifs d'entrée (exposition temporaire) : plein tarif 7 €, tarif réduit 5 €
• Gratuit pour les personnes de moins de 18 ans et pour les personnes handicapées civiles
• Tarif réduit pour les personnes de 18 à 25 ans, sur présentation d'une pièce d'identité
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lundi 13 octobre 2008

Musique traditionnelle et populaire du nord du Japon


 Je crois que ce sont des musiciens amateurs, mais leur interprétation est très bien. Le titre de la chanson est 'Yosaré-bushi'. 'Fushi (bushi)' veut dire l'air, la mélodie. Ce 'bushi', altération phonétique de fushi (plus précisément de pushi en ancien japonais), n'a rien à voire avec le guerrier.


 'Jongara-bushi' est l'air le plus connu de ma région de Tsugaru (ancien nom d'Aomori). Le sens des mots yosaré et jongara m'est inconnu. La chanteuse (ISHIKAWA Sayuri) est très connue, mais ce n'est pas une chanteuse du min'yô (chant traditionnel et populaire, souvent de labeur). Son interprétation n'est pas sublime, mais largement passable. (C'est une bonne chanteuse dans un autre registre.)


 L'enregistement doit dater des années 80. Ce chanteur ITO Takio est un innovateur du genre, qui fait un mélange du min'yô avec le jazz, mais malheureusement son aventure reste plus ou moins orpheline. La chanson s'appelle 'Sôran-bushi' (chanson de pêcheurs d'Hokkaïdô). Une fois de plus, je ne connais pas la signification du mot Sôran. Je ai vu ce chanteur en scène le mois dernier.
 Et voici son image récente, un peu tristounette à vrai dire, mais la musique est excellente. Le titre du morceau est 'Akita ondo'. Akita est une région à côté d'Aomori que j'habite. Si 'fushi (bushi)' veut dire plutôt la mélodie, 'ondo' est la musique pour danse.


 Et ceci est une version traditionnelle (et touristique). Dans les années 80, pas mal de Japonais ont pensé à Akita ondo en découvrant le rap...


A l'ère Meiji, le gouvernement a fait censurer la parole de ces chansons. Il pensait que le texte vulgaire, voire obscène, pour ainsi dire 'gaulois', devait choquer les Occidentaux. Donc, la parole actuelle, qui n'est que touristique, ne veut presque plus rien dire. Les mots originaux, transmis par la tradition orale, sont difficiles à reconstituer. Et même maintenant, quand ces musiciens donnent le concert en France, ils présentent souvent la version 'sophistiquée' pour le public occidental. (Cliquez ici pour voir un exemple.) Je me demande pourquoi. La France est un objet de fantasme pour les Japonais, qui n'ont jamais entendu parler des gauloiseries.
J'ai entendu à la radio André Manoukian dire que le français est la langue la moins appropriée à la musique au monde avec le japonais. Je crois qu'il a seulement répété ce qu'il avait entendu ailleurs, mais je suis sûr qu'il n'a jamais écouté le min'yô. Comme il ne peut avoir la merde dans ses oreilles, il doit savoir apprécier cette musique.

samedi 11 octobre 2008

Rapport de l'officier (poème de MIYAZAWA Kenji)

On a crié au feu tout à l'heure, mais c'était un arc-en-ciel.
Il se tend depuis une heure avec dignité.

lundi 6 octobre 2008

L'enseigne « Interdit aux étrangers » est loin de disparaître

Traduction d'un article du journal Asahi Shinbun, le 5 octobre 2008

« Ils nous jugent selon nos apparences. Ils nous soupçonnent puisque nous ne sommes pas japonais. » Ali Nusrat, 46 ans, résident pakistanais dans le département de Saïtama, a enfin pété le câble lorsqu'il a été interpellé par un policier près de chez lui, qui lui a demandé: « Qu'est-ce que vous faites ici? »
Il est arrivé au Japon il y a vingt ans et il a bien son titre de séjour. Mais dès l'année dernière, des occasions d'interpellation policière se présentent soudain plus nombreuses qu'avant, et il arrive qu'il soit interrogé sept jours de suite. Il était au courant de ce que la surveillance était sévère pour le sommet de G8, mais il ne peut s'empêcher de se dire: « Mais c'est trop. »
Il adorait le Japon depuis son enfance. Il connaît beaucoup de gens sympathiques. Mais il sens que le regard envers les étrangers s'est fait sévère depuis le terrorisme du 11 septembre. Un agent immobilier lui a dit: « Ici, nous ne voulons pas d'étrangers. » Quand il a accompagné un ami brésilien dans un hôpital, l'accueil lui a refusé la consultation: « Excusez-nous, mais pas d'étrangers ici. »
Un Américain de 44 ans qui séjourne au Japon depuis 23 ans est allé dans un restaurant des yakitori (brochettes) à Tokyo avec un copain venu des Etats-Unis pour le tourisme. Personne ne vient les servir. Il a appelé en disant « sumimasen » (« Excusez-moi ») une femme qui devait être gérante, qui lui a répondu: « Pas d'étrangers ici! » Ce fut un choc. « Si cela se passait aux Etats-Unis, j'appellerais la police tout de suite. Mais comme il n'y a pas de loi antiraciste au Japon, personne ne s'occupe de nous. »
C'est en 1998 qu'un établissement de station thermale (onsen) à Otaru (Hokkaïdô) mit une affiche « Interdit aux étrangers ». Le tribunal jugea qu'il s'agissait d'une discrimination, et prononça l'ordre du dédommagement à l'établissement. Cependant, les étrangers résidant au Japon éprouvent les différentes discriminations même aujourd'hui. Les enseignes « Interdit aux étrangers » sont loin de disparaître, et il y a des bains publics qui demandent l'entrée plusieurs fois plus chère aux étrangers qu'aux Japonais.
« S'ils sont inquiets de ce que les étrangers ne respectent pas les civilités, ils doivent clarifier les règles et refuser ceux qui les rompent. Ce n'est pas la question de couleur de peau ou de nationalité. Maintenant que le Japon a besoin des ressources humaines étrangères, c'est le respect strict des droits des étrangers qui sera un important message de bienvenue. », remarque David Aldo (Aldwinckle), professeur assistant d'origine américaine à l'Ecole informatique d'Hokkaïdô, plaignant de l'affaire du refus de baignade.

NdT: Il faut que j'ajoute que David Aldo est un objet de polémique, surtout de la part des étrangers nipponophiles, qui le considèrent comme quelqu'un qui veut imposer les valeurs occidentales aux Japonais (on peut le sentir au passage: « Il faut que les Japonais clarifient les règles »). Par exemple, il a porté plainte contre la police qui l'avait interrogé sans raison au moment du sommet de G8, mais certains témoignages disent qu'il flânait autour des policiers avec un magnétophone jusqu'à ce que quelqu'un l'interpelle. D'autre part, ce qui m'embête toujours est l'anonymat propre au journalisme japonais. Comme presque personne ne signe les articles, ils sont souvent irresponsables. Mise à part l'absence d'aucune nuance pour David Aldo, cet article ne satisfait pas la curiosité des lecteurs indécents comme moi. « Mais de quelle couleur de peau était ces Américains au restaurant de yakitori? » (D'ailleurs, je ne sais trop pourquoi cet Américain ne porte pas de nom dans cet article, tandis que le Pakistanais s'appelle Ali Nusrat. S'agit-il d'un pseudonyme ou non? On ne sait jamais. (Généralement, on ne publie pas le vrai nom dans cette sorte d'articles, mais il n'y a aucune indication que c'est un pseudonyme.) Je répète que je déteste ce journal bien-pensant, ou déjà une caricature de la bien-pensance. Mais en tout cas, cet article ne manque pas d'intérêt, je crois.)

jeudi 2 octobre 2008

L'étoile du faucon de nuit (conte de MIYAZAWA Kenji)

Une traduction de ce conte est déjà publiée, et elle doit être forcément meilleure que la mienne. Si je l'ai traduit, c'est tout simplement parce que je voulais le faire.

L'étoile du faucon de nuit

 Le faucon de nuit est un oiseau franchement laid.
 Son visage est tacheté çà et là comme si on y mettait de la boue, et son bec plat est fendu jusqu'aux oreilles.
 Ses pattes sont trop faibles pour qu'il marche deux mètres.
 C'était à tel point que les autres oiseaux étaient dégoûtés à la seule vue de sa tête.
 Par exemple, l'alouette n'est pas un oiseau tellement beau non plus, mais comme elle se croyait beaucoup supérieure à l'engoulevent, elle tournait la tête contre lui avec ses yeux doucement fermés, à l'air bien ennuyé, quand elle le rencontrait au soir. Les oiselets bavards plus petits qu'elle médisaient de lui en sa présence.
 « Eh! Le revoilà. Regardez cette apparence. Il est vraiment la honte de tous les oiseaux. »
 « Tiens! Ce que sa gueule est énorme! Il doit être cousin du crapaud sans doute. »
 Ainsi parlaient-t-ils. Mais oh! Si c'eût été un vrai faucon qui n'était pas de nuit, ces petits oiseaux insignifiants se fussent cachés derrière les feuilles d'arbre, tremblant, pâlissant et croupissant, seulement à son nom. Mais le faucon de nuit n'était ni frère ni cousin du faucon à la vérité. En revanche, c'était un frère de ce beau martin-pêcheur et du colibri, ce bijou parmi les oiseaux. Le colibri mangeait le miel de fleur, le martin-pêcheur les poissons, et le faucon de nuit les petits insectes. Et vu que celui-ci n'avait ni d'ongles ni de bec aigus, même l'oiseau le plus faible ne pouvait avoir peur de lui.
 Alors, il serait étrange qu'il avait eu le nom de faucon, mais c'était d'abord que ses ailes étaient tellement puissants que son allure faisait penser à la rapace quand il volait contre le vent, et ensuite que son cri aigu ressemblait quelque part au faucon tout de même. Il va sans dire que le faucon en était beaucoup ennuyé et embêté. Par conséquent, chaque fois qu'il voyait la tête du faucon de nuit, il lui répétait en colère « Change de nom tout de suite! ».
Un soir, le faucon vint enfin chez le faucon de nuit.
 « Eh! Es-tu là? N'as-tu pas encore changé de nom? N'as-tu pas honte alors? Entre toi et moi, il n'y a pas de discussion pour nos personnages. Par exemple, je vole librement dans le ciel bleu. Toi, tune sors qu'aux jours gris et nuageux ou dans la nuit. Et puis, regarde mon bec et mes ongles. Et ensuite, compare-les bien avec les tiens. »
 « Monsieur le Faucon, ce que vous dites est impossible. Ce n'est pas moi qui ai choisi mon nom. C'est Dieu qui me l'a donné. »
 « Mais non! On peut dire que j'ai reçu le mien de Dieu, mais toi,tu l'empruntes de la nuit et de moi, pour ainsi dire. Rends-le-moi donc. »
 « Monsieur, ce n'est pas possible. »
 « Mais si! Je vais te donner un bon nom. Célestin. C'est un beau nom, n'est-ce pas? Et alors, pour que tu changes de nom, tu dois faire parade de ton nouveau nom. Tu comprends? Tu pends un panneau sous ton cou avec ce nom Célestin, et tu fais le tour de chez tous les voisins en déclarant « Je m'appelle désormais Célestin » avec une profonde inclination. »
 « Je ne pourrai jamais faire ça. »
 « Si. Tu peux le faire. Fais-le. Si tu ne l'auras pas fait avant le matin d'après-demain, je te tuerai avec mes serres de suite. N'oublie pas que je te tuerai. Je ferai le tour de toutes les maisons des oiseaux tôt le matin après-demain, et demanderai si tu seras bien passé. S'il y a un seul foyer où tu ne seras pas venu, ce sera la fin de ta vie. »
 « Mais ce que vous dites est vraiment impossible. Je préfère mourir plutôt que de le faire. Tuez-moi maintenant. »
 « Bah, tu vas y réfléchir après. Célestin n'est pas un nom aussi vilain que ça. »
 Le faucon rentra à son nid en volant avec ses grands ailes pleinement ouverts.
 Le faucon de nuit médita aux yeux fermés.
 « Mais pourquoi suis-je autant détesté de tout le monde? On dirait que ma tête est tachetée de boue, et que mon bec est fendu. Mais je n'ai rien fait de mal de ma vie. Une fois qu'un bébé rossignol était tombé par terre, je l'ai aidé et ramené à son nid. Alors, la mère me l'a retiré comme si elle devait le récupérer d'un brigand. Et puis, elle s'est beaucoup moquée de moi. Et au surplus, ah! Cette fois-ci, je devrai m'appeler Célestin, et je dois pendre un panneau de mon cou. Quelle aventure pénible! »
 Il faisait déjà assez sombre aux alentours. Le faucon de nuit s'envola de son nid. Le nuage brillait avec malice et descendait en bas. L'oiseau voltigea au ciel sans bruit à fleur de nuage.
Et puis, il ouvrit soudain sa bouche grande, tendit ses ailes tout droits, et traversa le ciel comme une flèche. De petits insectes entrèrent dans sa gorge les uns après les autres.
 A peine que son corps toucha la terre, l'oiseau rebondit lestement vers le ciel. Déjà le nuage était gris, et le crépuscule brûlait rouges les montagnes de l'autre côté.
 Il semble que le ciel soit coupé en deux, quand le faucon de nuit vole de toutes ses forces.  Un scarabée pénétra dans sa bouche et se débattit beaucoup. L'oiseau de nuit l'avala aussitôt, mais crut sentir son dos légèrement frissonner en même temps.
 Le nuage était déjà tout noir, un reflet rouge de crépuscule restait seulement à l'est, ce qui donnait une impression effroyable. En se sentant que sa gorge bouchée, l'oiseau remonta au ciel.
 Encore un autre scarabée entra dans sa gorge. Et puis, l'insecte fit bouger ses élytres en grattant le passage. L'oiseau l'avala malgré tout, mais son cœur fit un bond pour lors, et il se mit à crier à haute voix. Il voltigea en pleurant et dessina des cercles dans le ciel.
 « Ah! Les scarabées et beaucoup d'autres insectes sont tués par moi tous les soirs. Et moi qui suis seul, je serai tué par le faucon à mon tour. C'est tellement dur. Ah, que c'est dur, que c'est dur! Je vais mourir de faim, en m'abstenant de manger des insectes dorénavant. Non, le faucon va me tuer avant. Non, je vais m'en aller au-delà du ciel, loin et loin. »
 Le feu de crépuscule coula et s'étendit comme une nappe d'eau, et il sembla que le nuage aussi brûlât rouge.
 Le faucon de nuit vola tout droit chez son frère martin-pêcheur. Lebel oiseau qui venait de se réveiller regardait aussi l'incendie au loin. Et dit en voyant le faucon de nuit descendre.
 « Bonsoir, frère. S'agit-il d'une urgence? »
 « Non, je vais partir au loin prochainement, donc je suis venu te voir avant le départ. »
 « Frère, ne pars pas. Le colibri même habite aussi loin, je serai tout seul. »
 « Mais bon. Je n'y peux rien faire. Ne dis plus rien aujourd'hui. Et toi, ne pêche plus de poissons inutilement, sauf en cas vraiment nécessaire. C'est bon? Adieu. »
 « Frère, qu'est-ce que tu as? Attends un peu. »
 « Non, ça ne change rien si je reste. Dis bonjour au colibri. Adieu. Je ne vous reverrai plus. Adieu. »
 Le faucon de nuit rentra chez lui en pleurant. La nuit courte d'été touchait sa fin.
 Les feuilles de fougères tremblèrent bleues et froides en aspirant la rosée matinale. Le faucon de nuit cria aigu à plusieurs reprises. Et il rangea bien tout son nid, arrangea bien les ailes et les poils de tout son corps, et s'envola de son nid à nouveau.
 Le brouillard se dissipa, et le soleil se leva à l'est en même temps. En supportant l'éblouissement qui lui donnerait un vertige, le faucon de nuit vola comme une flèche dans cette direction.
 « Soleil, Soleil. Emmenez-moi chez vous. Je ne me plaindrai pas si je dois mourir consumé par le feu. Même le corps aussi laid que le mien émettra un petit rayon quand il brûle. Emmenez-moi s'il vous plaît. »
 Quoiqu'il avancât, le soleil ne s'approcha pas. En revanche, il dit tout en s'éloignant, de plus en plus petit.
 « Toi, tu dois être le faucon de nuit. En effet, tu dois souffrir beaucoup. Tu voleras en l'air ce soir, et demanderas à l'étoile. Car tu n'es pas un oiseau de jour. »
 L'oiseau crut saluer une fois, mais il tomba enfin sur l'herbe de champ, soudain pris par un vertige. Et on dirait qu'il rêvait. Il croyait que son corps s'élevait loin entre les étoiles rouges et jaunes, qu'il était emporté par le vent, ou que le faucon venait de l'attraper.
 Quelque chose de froid tomba sur le visage. Il ouvrit ses yeux. Une goutte de rosée tomba d'une feuille d'un jeune roseau. Il faisait déjà pleine nuit, le ciel était bleu sombre, et les étoiles scintillaient dans tout le ciel. L'oiseau s'envola en l'air. Ce soir aussi, le feu de crépuscule était tout rouge. Le faucon de nuit voltigea dans la lueur de cette flamme et la lumière froide des étoiles. Et puis, il fit encore un tour. Et il osa crier vers le bel Orion au ciel de l'ouest, en volant tout droit.
 « Étoile. Étoile pâle de l'ouest. Emmenez-moi chez vous. Je ne me plaindrai pas si je dois mourir consumé par le feu. »
 L'Orion continua à chanter la chanson brave et ne s'occupa pas du tout de l'oiseau. Le faucon de nuit faillit pleurer, tomba sans forces, s'arrêta à peine, et voltigea à nouveau. Et ensuite, il cria en volant tout droit vers le Grand Chien au sud.
 « Étoile. Étoile bleue du sud. Emmenez-moi chez vous. Je ne me plaindrai pas si je dois mourir consumé par le feu. »
Le Grand Chien dit en scintillant bleu, violet et jaune, beau et rapide.
 « Ne dis pas de bêtise. A quoi est-ce que tu mérites? Tu n'es qu'un oiseau. Il te faut des milliards et des milliards d'années pour que tes ailes t'amènent jusqu'ici. » Et il tourna sa tête dans une autre direction.
 L'oiseau de nuit fut déçu, tomba sans forces, et puis fit deux tours en voltigeant. Et puis, il osa crier à nouveau en volant tout droit vers le Grand Ours au nord.
 « Étoile bleue du nord, emmenez-moi chez vous s'il vous plaît. »
 « Arrête ta pensée inutile. Rafraîchis un peu ta tête. Dans ce cas-là, il serait mieux de plonger dans la mer où flottent des icebergs, ou bien s'il n'y a pas de mer près de toi, dans un verre avec des glaçons. »
 Le faucon de nuit fut déçu, tomba sans forces, et puis fit quatre tours en voltigeant. Et à nouveau, il cria à l'Aigle qui venait de se lever à l'est, à l'autre rive de la voie lactée.
 « Étoile blanche de l'est, emmenez-moi chez vous. Je ne me plaindrai pas si je dois mourir consumé par le feu. »
 L'Aigle dit avec l'air orgueilleux.
 « Mais non, mais non, c'est hors question. Tu dois avoir un certain statut pour que tu sois une étoile. Et il te faut tant d'argent également. »
 Le faucon de nuit fut complètement épuisé, fermant ses ailes, il tomba vers la terre. Et là où ses faibles pattes touchaient la terre juste à un pied près, il sauta soudain en l'air comme une fusée. Il arriva au plein milieu du ciel, hérissa ses poils avec frisson comme si l'aigle attaquait un ours.
 Et puis, il cria haut et fort à plusieurs reprises. On aurait ditl a voix d'un vrai faucon. Intrigués, d'autres oiseaux qui dormaient dans le champ et le bois se réveillèrent tous, et regardèrent le ciel étoilé tout en frissonnant.
 Le faucon de nuit monta et monta tout droit dans le ciel. Déjà, le feu de crépuscule ne fut que la taille d'un mégot de cigarette. Le faucon de nuit monta et monta.
 Le souffle se gela blanc de froid dans la poitrine. Comme l'air futsubtil, il fallut bouger les ailes aussi rapidement que possible.
 La taille des étoiles ne changea néanmoins nullement depuis tout à l'heure. Le souffle qu'il respirait était comme un soufflet. Le froid et la gelée piquent l'oiseau de nuit comme un poignard. Il eut ses ailes complètement paralysés. Et leva ses yeux pour regarder le ciel encore une fois. Voilà. Ce fut la fin du faucon de nuit. Il ne savait plus s'il tombait ou montait, s'il regardait en bas ou en haut. Mais son cœur était en paix, et bien que son grand bec ensanglanté se tordît de travers, il souriait légèrement en effet.
 L'oiseau ouvrit grands ses yeux dans un moment. Et il vit son corps brûler calmement, maintenant comme une belle lumière bleue, telle la lueur phosphorescente.
 Juste à côté, la Cassiopée. La lumière pâle de la voie lactée était derrière lui.
 Et l'étoile du faucon de nuit continua à brûler. Il continuait à brûler à jamais et pour toujours.
 Elle brûle encore aujourd'hui.

vendredi 26 septembre 2008

Printemps et Asura (Poème de MIYAZAWA Kenji)

Printemps et Asura (Croquis modifié du cœur)

Les sarments d'akébie embrassent le nuage,
Partant de l'acier gris de l'image psychologique.
Buissons de roses sauvages et marais de terre pourrie.
Figures complaisantes, partout et partout.
(Instant où les éclats d'ambre pleuvent
plus fréquemment que la symphonie de midi.)
Amertume puis bleu de colère.
Je suis un asura
Qui parcourt le fond lumineux de l'atmosphère au mois d'avril,
Crachant et grinçant des dents.
(Le paysage s'ébranle en pleurs.)
En limitant la vue au nuage qui se brise,
 Le vent au verre sacré va et vient
  Sur la mer céleste pure et transparente.
   Cyprès, une ligne printanière.
    Tout noirs, ils aspirent l'éther,
     Et la cime enneigée de la montagne sacrée brille
      Du rang de leurs pieds sombres mais...
      (Brume de chaleur en vagues et polarisation blanche.)
      Les vocables authentiques se perdent,
     Les nuages se déchirent et volent en l'air.
    Ah! je suis un asura
   Qui parcourt le fond du mois d'avril qui brille,
  Grinçant des dents et brûlant.
   (Le nuage de quartz flotte,
   Mais où chante cet oiseau de printemps?)
  Quand le soleil s'assombrit bleu,
   Les asura retentissent dans le bois,
    Un bloc d'arbres noirs pousse
     De la coupe céleste qui tombe dans un vertige,
      Dont les branches se ramifient tristes,
     Et un corbeau qui s'envole
    De la cime de la forêt évanouie
   Voltigeant à tout le paysage dédoublé.
    (Moment où l'atmosphère se purifie de plus en plus,
    et que les cyprès s'élèvent vers le ciel en silence.)
Objet qui parvient à travers l'or de l'herbe.
Objet qui porte la figure humaine sans difficulté.
Ce paysan qui me regarde en manteau de paille,
Me voit-il vraiment?
Dans la profondeur de la mer de l'atmosphère aveuglante
(La tristesse est profondément bleue)
Les cyprès s'ébranlent en silence,
Et l'oiseau entaille le ciel bleu
(Les vocables authentiques ne se trouvent pas ici,
Les larmes d'asura tombent sur terre.)

Si je soupire au ciel à nouveau,
Mes poumons se rétrécissent blancs,
(Que ce corps se brise en morceaux de ciel!)
La cime du gingko brille encore.
Les cyprès se noircissent de plus en plus,
Et pleuvent les étincelles de nuage.


*****
Ma traduction n'est pas terrible. Il faut que quelqu'un le retraduise.

mercredi 24 septembre 2008

Le silence de Nonaka

 Enfin, Nonaka Hiromu n'a pas bougé. L'année dernière, il a parlé d'un coup d'Etat d'Asô après la démission surprise d'Abé, et mis la barrière contre Asô. Pourquoi n'a-t-il rien fait cette fois-ci? On peut supposer plusieurs raisons.
  1. Vu que le PLD a déjà changé deux fois de premier ministre sans élections, le prochain président du PLD se voit obligé de dissoudre la chambre des représentants, dès qu'il sera élu par les membres du parti. Si par hasard les électeurs donnent la majorité au PLD dont le président est Asô, Nonaka n'aura rien à dire contre la voix du peuple.
  2. La critique monte: "le PLD ne nous dit rien et il nous cache tout". Les anciens du PLD ont bien de bonnes raisons pour empêcher Asô d'être le président du parti, mais déjà les adhérents de provinces ne comprennent plus la logique des anciens du parti. Par conséquent, Nonaka ne peut plus continuer à manipuler, même si sa volonté est bienveillante pour le peuple japonais.
  3. Nonaka est officiellement à la retraite. Il n'ose plus intervenir activement à la vie politique.
  4. Asô est trop populaire et en plus, il insiste. C'est la quatrième fois qu'il se présente aux élections du président du parti. Nonaka en a marre.
 Mais je ne peux croire que Nonaka en a marre.
 Nonaka, homme politique issu d'une famille de parias, était souvent objet de la discrimination même (ou surtout?) dans le monde politique. Asô aurait dit à son insu "On ne peut le laisser être le premier ministre du Japon, car c'est un paria" et trois députés témoignent qu'il l'a bien dit. Mais Asô l'a nié au Parlement.
 Un livre sur Nonaka fait le témoignage de son dernier mot comme un homme politique. Il a été adressé à Asô à la fin du conseil général du PLD en 2003. Il a bien affirmé que ce serait son dernier mot avant de se lancer. "Monsieur Asô, vous avez dit "On ne peut laisser un paria comme Nonaka être le premier ministre du Japon" à la réunion de votre groupe. Trois députés qui se trouvaient là me l'ont bien confirmé. Et maintenant un homme comme vous dirige les mesures politiques de notre parti, et vous serez désormais un ministre. Si c'est comme ça, il n'y a aucune possibilité d'éducation des droits de l'homme! Je ne vous pardonnerai jamais!" Et Asô ne pouvait rien répondre, il était tout rouge, la tête baissée.
 Donc, je ne pense pas que Nonaka peut en avoir assez d'Asô. Mais je soupçonne que c'est une sorte de démission, face à la marée de popularité qui favorise ce crétin.
 Une autre actualité politique qui montre l'air du temps: KÔNO Yôhei, le président actuel de la chambre des représentants a annoncé sa retraite, et il ne se présentera pas aux prochaines élections. Kôno était le seul président du PLD qui n'avait jamais été le premier ministre. Les gens d'extrême-droite le qualifient de traître, car il a reconnu l'existence des esclaves sexuelles de l'armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale. Kôno fuit aussi le monde politique, inerte devant la popularité d'Asô. Déjà, le premier ministre Fukuda était connu comme un sinophile, d'où il puisait une part de son impopularité. Les Japonais préfèrent Asô à la xénophobie filtrée. Chrétien, il adore les Occidentaux, mais il méprise les Asiatiques. Et peut-être que la démocratie japonaise peut priser cette sorte d'hommes politiques. Malheureusement.
 Mais Nonaka n'a pas été complètement silencieux pendant ces jours-ci. Il a donné une conférence le 20 septembre à Kobé. Il a parlé du mémorial du massacre à Nankin, et dit qu'il était important que les Japonais les plus nombreux possibles y rendent visitent pour comprendre l'histoire et approfondir l'amitié sino-japonaise. Il a raconté son rêve d'une union des pays d'Asie de l'est, avec la Chine, les deux Corées, la Russie et le Japon. Personne n'y prête attention, à moins de le persifler pour son irréalisme. En même temps, la naissance du gouvernement d'Asô semble être plutôt bien accueillie par le public.
 Le Japon vit une période très difficile qui constate la défaite de l'idéalisme devant le cynisme. Certains députés du PLD auraient qualifié le nouveau gouvernement d'Asô, fraîchement né aujourd'hui, du cabinet "Je suis le héros". Tant mieux, ce n'est pas le gouvernement "Je suis le dictateur" au moins.

mardi 23 septembre 2008

Préface (poème de MIYAZAWA Kenji)

Préface au recueil de poèmes Printemps et Asura

Le phénomène que moi est
Un éclairage bleu
De l'ampoule hypothétique à la communication organique.
(Unité complexe de tous les fantômes transparents.)
Un éclairage bleu
De l'ampoule à la communication causale
Qui ne cesse de luire bien sûrement
Tout en clignotant à chaque instant.
(La lumière est maintenue, dont l'ampoule est perdue.)

Ceux-ci sont des croquis de l'image psychologique
Tels que chaque maillon de l'alternance du clair-obscur
Maintenue jusqu'ici
Dans l'enchaînement du papier et de l'encre minéral
De la direction qui correspond au passé
Pendant vingt-deux mois.
Hommes, galaxies, asura et oursins sur ce sujet
Réfléchissent respectivement à la nouvelle théorie essentielle
Tout en mangeant les poussières cosmiques ou en aspirant l'air et l'eau salée,
Mais au fond, tout cela est une image au cœur.
Enfin en tout cas, ces paysages inscrits
Sont des paysages tels qu'ils ont été enregistrés,
Et s'ils étaient le néant, le néant lui-même est comme on le voit,
Il devrait être commun à tous à un certain degré.
(Parce que, comme toutes les choses correspondent à toutes les choses en moi,
Elles correspondent à toutes les choses qui sont en chacun.)
Cependant, il est possible comme une tendance
Que l'imprimeur et moi ne sentions aucun changement,
Bien que ces mots censés être authentiques,
Transcris dans l'accumulation de ces temps immenses et éclairés
De l'holocène récent
Altèrent déjà la structure et le caractère
Pendant le clignotement égal au moindre instant au plus
(Ou bien à un milliard d'années d'Asura).
Peut-être les choses comme documents, histoire ou géographie
Ne sont-elles que ce que nous croyons
Avec toutes ces différentes données
(Sous la restriction spatio-temporelle de causalité)
Tout comme nous sentons nos propres organes
Et que nous croyons aux paysages et aux personnages à la longue.
Probablement dans à peu près deux mille ans d'ici,
La géologie différente adaptée à l'époque sera appliquée,
Les preuves correspondantes à la théorie réapparaîtront également du passé l'une après l'autre,
Ils croiront par hasard qu'il y a deux mille ans
Les paons sans couleur remplissaient le ciel bleu,
Et les étudiants nouvellement licenciés fouilleront des fossiles charmants
A la couche la plus haute de l'atmosphère
Vers l'azote glacé scintillant
Ou découvriront des traces de pas gigantesques des hommes transparents
A la strate du gré au crétacé.

Toutes ces propositions
Sont soutenues dans la quatrième extension
Au titre des traits caractéristiques des psychologies et des temps eux-mêmes.

 MIYAZAWA Kenji (1896-1933) est le plus grand poète japonais du vingtième siècle. Il est également connu comme un auteur de contes pour enfants. Les asura sont les démons bouddhiques. Ce poème ouvre son recueil de poèmes le plus important Printemps et Asura, volume 1 (1924). Ignorés à l'époque, ses poèmes intellectuels ont été une innovation radicale de la poésie japonaise, généralement fondée sur le lyrisme simple. On ne peut oublier que c'était un agronome pour comprendre ses œuvres tellement exceptionnelles dans la littérature japonaise.
 Je dois peut-être ajouter que son image populaire est presque le contraire de ce que ses poèmes sont réellement. C'est un homme du nord qui était un professeur de l'école agricole. On préfère lui attribuer l'image d'un poète pastoral qu'il n'était pas. Malheureusement, on a publié posthumement un poème médiocre de paysan Malgré la pluie (Amé-ni-mo maké-zu), actuellement le seul poème de lui qui soit connu de tout le monde. J'ai souvent du mal à convaincre que ses poèmes sont excellents à cause de ce poème maudit.
 Je n'avais jamais osé le traduire, car ses poèmes me font presque peur. Ils sont véritablement intraduisibles, mais je vais tenter des fois.

mercredi 17 septembre 2008

De fausses idées que les Japonais se font sur leur civilisation

 Les Japonais sont une ethnie assez bizarre: Ils préfèrent croire que toutes les "particularités" de leur culture se fondent sur la politesse, à tel point que même les Occidentaux y croient à force de cela. Récemment, j'ai entendu un quiz sur le Japon à RTL. J'ai oublié la question, mais la réponse était "Au Japon, c'est impoli d'appeler les gens par leur prénom." Mais qu'est-ce que la politesse peut venir faire dans affaire? Il est vrai que les Japonais utilisent plutôt le nom de famille dans la conversation, mais ce n'est qu'une habitude qui n'a rien à voir avec la civilité.
 Il y a deux fois plus de population au Japon qu'en France, mais le nombre de noms de famille n'est que la moitié. Par conséquent, on a à peu près quatre fois plus de personnes qui portent le même patronyme qu'en France. Alors, qu'est-ce que les gens au même nom de famille font quand ils se rencontrent? S'appellent-ils par le patronyme pour éviter l'impolitesse? Mais non... D'ailleurs, pour les gens qui portent les noms de famille trop nombreux comme Satô ou Suzuki, si on continue à les appeler par le patronyme, il y a forcément confusion.
 Je ne pense pas que c'est RTL qui a inventé la réponse, ils ont forcément la source d'un spécialiste de la civilisation japonaise. Je suis quasiment sûr que c'est des Japonais qui ont prétendu que c'était une question de politesse. A mon avis, si mes compatriotes étaient aussi polis qu'ils s'imaginent eux-mêmes, ils ne donneraient pas aux enfants des prénoms bizarres et imprononçables, qui indigneraient les profs d'école. Tout simplement, la vérité est que les prénoms n'ont pas d'importance dans la société japonaise. D'ailleurs, il n'était pas rare que le prénom change dans la vie jusqu'à l'ère Meiji. Les chrétiens étaient souvent baptisés par le prêtre à la naissance, mais les bouddhistes japonais ne portaient que le nom temporel dans le monde séculier. C'est généralement à leur mort qu'ils portent le vrai nom donné par le moine.

 Les Japonais croient que la langue japonaise a la plus grande variété d'onomatopées dans le monde. Mais le coréen possède deux fois plus d'onomatopées que le japonais.

 Les Japonais sont convaincus que leurs poèmes courts tanka et haïku ont la forme unique au monde. Mais j'ai récemment appris que les Tamils (Dravidiens) possédaient bien la forme pareille à la poésie japonaise, qui consistait à faire les vers au même rythme qu'elle (5-7-5-7-7). Je l'ai lu dans un livre d'OHNO Susumu, linguiste récemment décédé qui prétendait que l'origine du japonais se trouvait en Inde du sud. Comme Ohno était un dissident dans le monde académique, personne ne le prenait au sérieux surtout pour cette hypothèse, mais je commence à croire qu'elle n'était pas forcément infondée comme les linguistes "sérieux" veulent nous faire croire. (J'utilise le dictionnaire d'ancien japonais édité par Ohno.) D'ailleurs, MIKAMI Akira, mathématicien, linguiste amateur, a fait des études importantes sur la grammaire japonaise, mais elles ont été complètement négligées par les linguistes du main stream, et il est mort démuni et fou. Même si sa thèse qui dit qu'il n'y a pas de sujet dans la langue japonaise reste marginale dans le milieu même aujourd'hui elle trouve de plus en plus des adeptes à l'extérieur de la société fermée des chercheurs et des savants. Mais s'il n'y a que des amateurs et des dissidents qui ont raison?

lundi 15 septembre 2008

NHK déchire

 Une poétesse de tanka (poème court classique à 31 syllabes, différent du haïku, le genre moderne à 17 syllabes) qui s'appelle UCHINO Mitsuko rapporte dans son blog (en japonais) son entretien téléphonique avec le service clients de la chaîne nationale NHK. Je ne la connais pas, mais elle écrit des livres sur les rapports entre le régime d'empire et la poésie classique.
 Elle a donc voulu poser la question sur le journal télévisé de 19 heures le 10 septembre, dont les invités étaient les cinq candidats à l'élection du président du Parti Libéral-Démocrate. Le JT est normalement de trente minutes, mais c'était une édition spéciale d'une heure pour ce soir, dont cinquante minutes étaient consacrées aux élections au sein d'un parti politique. Il est vrai que le premier ministre prochain soit le chef du parti qui occupe la majorité au Parlement, mais ce n'est pas normal pour la chaîne publique de parler principalement de cette affaire dans un journal télévisé. (Je l'ai déjà dit, mais il n'y a pas au Japon d'instance pour surveiller le média du type CSA en France.)
 Donc, Uchida a appelé NHK pour demander la raison de ce favoritisme. Voici l'entretien.
NHK Je vous écoute.
Uchida Pourquoi avez-vous passé l'information sur l'élection du président du PLD aussi longtemps et minutieusement?
NHK Mais c'est évident! Ne l'avez-vous pas saisi? Ah! ah! ah! C'est une pub du PLD! (Uchino se demande à ce moment-là si elle s'adresse vraiment à un employé de NHK.)
Uchino Pourquoi NHK passe-t-elle la pub du PLD?
NHK Parce que c'est nécessaire. C'est important.
Uchino Pourquoi est-ce nécessaire?
NHK Parce que le public en est hautement intéressé. C'est clair selon notre sondage. Et puis...
Uchino Est-ce que vous décidez votre programmation seulement par popularité et intérêt selon le sondage? N'avez-vous pas votre propre opinion comme la chaîne nationale qu'est NHK?
NHK J'ai dit l'intérêt, mais pas la popularité. Ne vous trompez pas, madame. Ah! ah! ah!
Uchino Cela ne me fait pas rire...
NHK Soyons joyeux pendant qu'on est vivants!
Uchino Ne plaisantez pas. Y a-t-il d'autres raisons?
NHK Le président du PLD sera nommé premier ministre par le Parlement. L'intérêt international est également élevé pour savoir qui sera le prochain premier ministre.
Uchino Ce n'est pas quelque chose à privilégier aux dépens d'autres informations importantes pour le public.
NHK Ca, c'est votre opinion, Madame. On fait le dossier de toutes les opinions qu'on a entendues, afin que nos présidents et directeurs puissent les lire.
Uchino Comment profitez-vous des opinions des téléspectateurs?
NHK Nous leur répondons par nos émissions. Regardez-les.
Uchino Je ne peux regarder que la télé pendant 24 heures. Ne pensez-vous pas qu'il serait bien de faire une émission pour nous faire connaître quelles opinions de public vous avez entendues et comment vous leur répondez.
NHK Vous avez raison. Vous allez mourir si vous regardez la télé pendant 24 heures. D'autres questions?
Uchino Bon... Comment vous appelez-vous?
NHK Idiot!
Uchino ...Pardon?
NHK Idiot! Je m'appelle Idiot!
 Et les Japonais payent la contribution sans rechigner pour que les idiots fassent les émissions idiotes.
 Il faut que j'ajoute un mot sur le propos du service clients de NHK: Soyons joyeux pendant qu'on est vivants. La popularité d'Asô Tarô est fondée sur sa gaieté, et rien d'autre. Ses supporters le soutiennent parce qu'il a l'air joyeux. C'est un sale raciste, mais ce n'est pas grave pour les Japonais, car il fait rire!
 (Au lendemain de l'annonce de la démission de Fukuda, trois "intellectuels" ont publié leurs opinions sur le quotidien Asahi Shinbun. Je n'ai pas du tout compris pour l'article écrit par un romancier, mais les deux autres par des profs d'université étaient bien des chefs-d'œuvre. L'un dit qu'il est temps que les politiques apprennent à parler comme les athlètes qui ont eu les médailles d'or à Pékin (clowns médiatiques par excellence à ce moment-là, des Candeloro venus de quatrième dimension), et l'autre attend l'apparition d'un Don Quichotte dans le monde politique (??!). C'est pas grave! Cette prof n'a pas lu Don Quichotte, et elle ne connaît pas le personnage, mais alors, où est le problème? C'est clair au moins, c'est bien la fin des prospérités japonaises. Naufrage de tous les côtés politiques et académiques!)

samedi 13 septembre 2008

Renaissance de la littérature prolétarienne?

 Depuis plusieurs mois maintenant, on assiste à un phénomène littéraire un peu étrange. Le Navire-usine (1929), roman prolétarien de KOBAYASHI Takiji (1903-1933) est un best-seller, qui reste dans le top 10 de vente. Kobayashi est un romancier légendaire, qui a trouvé sa mort dans un commissariat dans une circonstance suspecte. On dit que son corps gardait les traces évidentes de tortures. Il était membre du parti communiste. De nombreux jeunes sont adhérés au PC grâce à cette mode, et le premier secrétaire Shii n'oublie plus de parler littérature dans son discours.
 Alors, peut-on constater un renouveau de la littérature prolétarienne aujourd'hui? Malheureusement, ce n'est pas le cas. Le Navire-usine se vend bien on ne sait trop pourquoi, mais c'est tout ce qui fait parler de la littérature prolétarienne qui fut un mouvent important d'entre deux guerres. Il n'y a aucun romancier qui tente un nouvel essai pour décrire la situation actuelle des ouvriers.
 D'ailleurs, ce qui m'embête est que Kobayashi est plutôt un personnage historique que littéraire à mon avis. Le Navire-usine n'est pas un mauvais roman, mais il est plutôt ennuyeux et dogmatique. Je n'aime pas que tout le monde soit content de lire un seul livre de ce mouvement littéraire qui n'était cependant pas orpheline. Kobayashi est le plus connu comme un martyr, mais ce n'est pas lui qui a eu le plus grand impact littéraire après guerre parmi les écrivains prolétariens.
 Mais en tout cas, il n'est pas désagréable que la littérature prolétarienne, rejetée comme ennuyeuse pendant longtemps par la culture du bon goût littéraire, ait été retrouvée par les jeunes d'aujourd'hui.

mercredi 10 septembre 2008

Un autre effet préjudiciable d'Uruguay Round

 Une entreprise alimentaire Mikasa Foods est accusée d'avoir vendu le riz contaminé de moisi ou d'insecticide comme les matières premières à plusieurs fabricants de liqueurs et de gâteaux. C'est quelqu'un d'intérieur qui l'a dénoncé au ministère de l'agriculture. Hier, la direction a licencié tous les employés, afin de leur assurer les indemnités pendant qu'il lui est encore possible.
 On est obligé de se poser la question. Le japon est un pays qui est connu pour la règlementation stricte du riz. Le taux d'autosuffisance alimentaire est à peu près de 40%, mais seul le riz dépasse 100%, et il est de qualité supérieure en plus. D'où ce riz contaminé, qui devait être vendu sous la falsification, aurait-il pu venir?
 En fait, le Japon est obligé d'importer le riz depuis Uruguay Round, même si ce n'est aucunement nécessaire pour le marché japonais. Et les autres pays que le Japon n'ont pas le contrôle comparable à la règlementation du riz au Japon. Donc, il y a toujours une certaine quantité de "riz accidenté" (jikomaï, probablement un terme politiquement correct pour ne pas dire "contaminé"), qui est utilisée pour faire la colle ou consolider le ciment. Mais c'est quoi cette stupidité? On est forcé d'importer des tonnes de riz qui ne sont bonnes qu'à jeter pour ainsi dire?
 La falsification par Mikasa Foods est un fait, mais elle aurait pu être évitée sans la décision absurde d'Uruguay Round.

P.S. Les fabricants de colle démentent l'explication donnée par le ministère d'agriculture. Ils disent qu'ils n'ont jamais utilisé le riz pour ce produit. On peut désormais soupçonner que le ministère autorisait à Mikasa Foods et deux autres entreprises de ventre le riz contaminé tout en sachant qu'il serait revendu pour l'utilisation alimentaire. Et c'est à Monsieur Ota de prouver que sa gaffe précédente n'était pas une gaffe. Il dit qu'il n'est pas nécessaire de faire autant de bruit.

samedi 6 septembre 2008

Stratégie d'Asô

 J'ai enfin compris, je crois, la stratégie d'Asô. C'est une classique: stratégie de la division. Et elle marche infailliblement. On compte déjà sept postulants à l'élection du président du PLD. Et s'il veut qu'il y ait plusieurs candidats, c'est qu'il y a une petite chance que son adversaire au deuxième tour sera un candidat mineur. Mais il doit parier sur cette moindre possibilité s'il veut être premier ministre.
 Si Yosano ou Ishiba reste au second tour, Asô ne pourra jamais gagner. Mais si par hasard un candidat pas du tout probable comme le fils à papa Ishihara ou "Call me Madame Sushi" Koïké reste pour le second vote, même ceux qui détestent Asô sont obligés de voter pour lui!
 D'ailleurs, la chance n'est peut-être pas aussi petite que cela, car Yosano le plus crédible n'appartient à aucun clan, tandis que Koïké est membre du plus grand groupe. D'ailleurs, Yosano veut augmenter la TVA et il le dit publiquement, contrairement à ceux qui ne le disent pas tout en concevant cette idée, ce qui cause une grande impopularité.

vendredi 5 septembre 2008

Ossètes au Japon

 Je suis étonné de savoir que tous les sumotoris russes qui sont au makuuchi (première ligue) étaient des Ossètes du nord! Donc, Rohô et Hakurosan, qui sont actuellement mis en cause pour la consommation de cannabis sont aussi ossètes.
 Deux Géorgiens sont également dans le makuuchi. Je ne sais pourquoi il y a tellement de lutteurs issus de la région caucasienne. Est-ce qu'il y a une raison? Je ne dirai pas qu'ils ont peut-être fui le conflit. Mais cela me paraît un peu bizarre que quatre lutteurs russes (désormais trois, car Wakanohô a été viré) sont tous ossètes.
 Pour les journalistes japonais, le cannabis des sumotoris étrangers est un problème qui n'a rien à voir avec les conflits internationaux a priori. C'est un peu normal, car les sumotoris étrangers sont presque japonais.

jeudi 4 septembre 2008

TSA (Tout Sauf Asô)

Je ne peux dire qu'il y ait un mouvement Tout Sauf Asô au Japon, mais certains le pensent. Mais "certains", qui est-ce? Ce sont les vieux boss du Parti Libéral-Démocrate.
Fukuda Yasuo a donné sa démission après l'entretien privé avec Asô Tarô qui n'a duré que dix minutes. Je suppose qu'il n'en pouvais plus des comportements d'Asô. Plusieurs députés qui n'étaient pas au courant de la décision de Fukuda témoignent: "Quand j'ai entendu qu'il y aurait une conférence de presse à 21h30, j'ai pensé qu'il s'agissait de Monsieur Ota...", le ministre d'agriculture qui refuse de démissionner malgré le scandale, parce qu'il se sent à l'abri grâce au soutien de son ami Asô. Il est normal et logique dans le monde politique au Japon que c'est Ota qui démissionne maintenant, mais peut-être qu'Asô a refusé de l'exhorter pendant cet entretien secret avec Fukuda... On pourrait bien dire que la mission des journalistes n'est pas de donner des hypothèses, mais je me sens perplexe devant cette absence totale des mentions sur Monsieur Ota après la démission de Fukuda.
Dès la démission, Fukuda a donné la condition pour l'élection du prochain président du PLD, comme le parti qu'il a pris avec Asô. Il faut qu'il y ait quatre candidats au moins. Cela m'a fait sourire. Quatre candidats? Est-ce parce qu'Asô ne pourra gagner que 30% au plus au sein du PLD? Il n'y a pas de second vote, et si c'est les vieux boss qui agissent comme d'habitude, Asô n'a aucune chance de gagner. Sa seule chance, c'est le vote des membres du parti. S'il fait face à un seul candidat, il ne pourra jamais être le président du parti, malgré sa popularité dans le sondage.
J'ai déjà donné la raison première pourquoi Asô est détesté et détestable. C'est un raciste, et il a dit que NONAKA Hiromu ne pourrait jamais être premier ministre parce que c'était un paria (le racisme ancestral concernant une sorte de castes). En effet, il avait raison, Nonaka ne l'a jamais été, mais c'est lui qui tient les rênes du PLD tout en restant derrière la scène politique. Il est officiellement en retraite, mais il n'est pas possible qu'il laisse Asô devenir le président du PLD, qui sera automatiquement le premier ministre.
Je ne crois pas qu'Asô n'est pas conscient de tout cela. Donc, je commence à imaginer plutôt qu'il a donné la condition de quatre candidats afin de perdre l'élection tout en sauvant la face, car il l'a déjà perdue plusieurs fois. Et surtout, afin de ne pas donner l'impression que la politique intérieure du PLD n'est pas transparente aux yeux du peuple. Yosano a pris la décision d'être candidat, alors il n'y a plus d'espoir pour Asô, bien que Yosano a un grand problème de santé. J'espère que ce sera lui, parce que je suis bien TSA. D'ailleurs, Yosano est le seul parmi les quatre qui sache que les politiques n'ont pas besoin d'être drôles... Mais bon, il faut qu'on fasse attention, car enfin, la direction du parti ne peut contrôler le vote des membres. En tout cas, Fukuda a bien choisi le temps, car si par hasard monsieur la catastrophe Asô est élu, il ne pourra rester premier ministre pendant longtemps, à moins qu'il n'organise un coup d'Etat.
Je ne suis pas du tout spécialiste de la politique, je ne suis qu'un observateur bien amateur, mais je me demande pourquoi le média japonais ne cesse de répéter qu'Asô le bien-aimé du peuple sera le prochain premier ministre. Les journalistes sont incroyablement silencieux sur son racisme entre autres. Sont-ils vraiment malhonnêtes ou crétins? Ou bien veulent-ils vraiment qu'Asô soit le premier ministre?
Il est temps que le média français arrête de répéter ce que les Japonais écrivent. Les journalistes envoyés à Tokyo doivent faire leur travail, car dans l'état actuel, ils pourraient bien écrire ce qu'ils écrivent tout en restant à Paris! Mais bon, vu que la politique japonaise n'intéresse presque personne, on n'a pas besoin d'analyse... Enfin dans ce cas-là, je peux toujours dire qu'il est inutile que la presse française envoie des reporters au Japon. Hein? Sont-ils là seulement pour parler des gadgets japonais?

P.S. Je me corrige. Il n'y a pas eu de second vote depuis 1970, mais si aucun candidat n'atteint la majorité, il faut qu'on revote pour les deux meilleurs du premier vote. Donc, la chance qu'Asô gagne est le minimum (selon moi), et je dois conclure qu'il n'est vraiment pas fin pour convoiter le poste de premier ministre pour une quatrième fois malgré le peu de possibilité de se faire élire.

Question existentielle...

 Suite à l'affaire de Wakanohô qui gardait une cigarette au cannabis dans son porte-feuille, l'association du sumo a effectué un test surprise d'urine des sumotoris. Elle l'a fait pour regagner la confiance des fans, mais il y a eu deux sumotoris russes qui s'avéraient être positifs. C'est la consternation totale! (Ils s'appellent Rohô (露鵬) et Hakurozan (白露山). Ce sont des frères. Le kanji 露 (ro) veut dire la Russie dans ce cas (l'autre sens de ce signe est la rosée), et leurs noms veulent dire respectivement à peu près, "Phénix russe" et "Montagne de Russie blanche". Il y a aucune allusion aux Russes blancs pour celui-ci, mais je dois toutefois admettre qu'un nom "Montagne de Russie rouge" ne serait pas possible pour un lutteur du sport national au Japon.)
 Certains parlent de l'infraction des droits de l'homme concernant ce test. D'ailleurs, il n'est que simplifié, il peut bien détecter d'autres choses que la trace de cannabis, mais on assiste déjà au lynchage médiatique.
 C'est une émission d'NHK qui m'a fait froid au dos. Elle analysait cette affaire, mais un commentaire du journaliste présentateur m'a profondément choqué. "Dès que les étrangers ont choisi de vivre au Japon, ils ne doivent pas dire ce qu'ils pensent ni faire ce qu'ils veulent. Il faut qu'ils vivent comme les Japonais." Pourtant, ce n'est pas une émission réservée aux nationalistes, NHK est une chaîne nationale, mais pas nationaliste, et le journaliste d'NHK est censé être neutre.
 Je continue à me poser la question depuis longtemps "Mais que font les prud'hommes japonais?", car ils ne donnent jamais aucun avertissement aux entreprises dont les employés souffrent des heures supplémentaires excessives. Du moins n'en ai-je jamais entendu parler, bien qu'on connaisse bein leurs souffrances. Voilà la vérité. Ils ne font pas ce qu'ils veulent faire, ils n'osent pas dire ce qu'ils pensent, et ils adoptent cette façon de penser comme la seule façon de vivre possible au Japon. On ne peut dire qu'il n'y ait pas de mécontentement, mais en tout cas, il n'y a généralement pas un signe de travail forcé, vu que ce n'est qu'une servitude tout à fait volontaire...
 D'ailleurs, je savais bien que la franchise n'était pas une vertu au Japon. Déjà, j'ai beaucoup de mal à communiquer avec mes compatriotes à cause de ma franchise pourtant non excessive, mais je ne savais pas que je n'étais pas japonais! En effet, pas mal d'amis japonais me critiquaient souvent en disant "Tu dis ce que tu penses, mais c'est pas comme ça qu'il faut vivre!". Je n'en tenais pas compte, je ne m'en rendais pas compte, car je ne suis pas aussi franc qu'ils s'imaginaient en tout cas, mais c'était bien une règle d'or non écrite au Japon! Je comprends maintenant pourquoi ils étaient aussi énervés à mon égard! Alors, comment j'ai pu vivre sans le réaliser jusqu'à aujourd'hui! J'ai vécu au Japon pendant trente ans tout de même! Chapeau à moi-même! Ce que j'ai été bête d'avoir eu la fantaisie de retourner à mon pays natal! Du coup, je me trouve vraiment crétin. (Ne vous inquiétez pas, j'exagère un peu...)
 Une fois que tu choisis de vivre COMME LES AUTRES, le Japon te paraît une société saine. Il EST bien une société saine peut-être. C'est moi qui manque d'intelligence, parce que je ne comprends toujours pas ce que peuvent être LES AUTRES. Vous direz peut-être, c'est un peu pareil partout ailleurs, mais je parie que vous n'entendez jamais ce propos à la télé de la chaîne nationale: "Faire ce qu'on veut faire n'est pas notre façon de vivre, différemment des étrangers individualistes". Certains d'entre vous diraient "Que c'est chouette de vivre dans une telle société!". Mouais, c'est chouette pour certains, même pour la plupart, mais franchement, moi, j'ai du mal.

vendredi 29 août 2008

Fan d'Auschwitz (poème d'ITOH Hiromi)

Fan d’Auschwitz


Étaient entassés
Préjugés généraux des Européens
Agressivité générale des Européens
Sentiment menacé des Européens généraux
Sensations et moyens de vie généraux
Sous la forme des tas de cheveux ou de chaussures
La couleur était ternie dans la vitrine
Comme ils sont conservés à température et humidité appropriées
La matière ne s’altère pas même si l’apparence change de couleur
C’est une généralité
Jamais particulière
Préjugés traditionnels des Européens
Agressivité traditionnelle des Européens
Sentiment menacé des Européens traditionnels
J’ai vu l’entassement
Comme si je regardais une œuvre
C’est une
Œuvre dont
Les innombrables parties
S’accumulent les unes après les autres
Et se réunissent
Très obscènes
Grotesques
Que la culture européenne a créées
J’ai vu l’entassement
Comme si je regardais un tableau

Une face de chambre est faite de vitrine, où sont entassés les cheveux. Ce sont des amas dont l’arrière est haut et l’avant est bas. Un ami qui m’accompagnait se demanda si le support était oblique. Ces innombrables cheveux étaient de petits tas ronds et rebondis pour chaque personne, certains étaient tressés, et ces tas ronds et rebondis d’innombrables cheveux avaient tous la même couleur brunâtre. Ont-ils rassemblé les objets de la même couleur ou ont-ils terni d’une même façon ? L’étoffe tissée par les cheveux avait l’air du chanvre banal. Les franges des côtés étaient de cheveux.
En regardant les prothèses de jambe entassées, je pensai que la direction du musée exposerait mains et jambes conservées, si les nazis avaient senti le besoin de les garder.
Les chaussures sont entassées à travers deux salles. Les nom et prénom sont inscrits à chaque chaussure. Le nom évoque l’individu. Comme on peut distinguer plus clairement l’un avec l’autre que prothèses de jambe, chaussure et cheveux, il y a moins d’obscénité.

Brosses à cheveux, brosses à dents
Cuvettes, pichets
Plus près du corps
Moins je ne peux m’affronter
Je veux voir
L’obscénité augmente
Les objets corporels de chaque individu
S’assemblent
En quantité innombrable
Ces objets corporels rassemblés
Sont d’une obscénité immense
Besoin général de l’être humain, plaisir
Et objets corporels rassemblés sont devant mes yeux
Je les fixe
Ils ne sont pas dissimulés
Les choses que les nazis ont recueillies avec une intention
Sont entassées
Et montrées
Il me semble
Qu’un crime non dissimulé n’est pas un crime
Au moment de la fin de guerre
Les tierces personnes (Européens) ont jugés les criminels (Européens)
Saisis et entassés
Cheveux, prothèses de jambe, chaussures, sacs
Que ceux-ci a recueillis et disposés avec une intention
Les objets dont les propriétaires ont changé l’un après l’autre et puis disparu
Entassés
Expriment
Ainsi
Le grotesque des criminels
Ainsi
Le grotesque des tierces personnes

Parmi tous les bâtiments, les pavillons 4, 5, 6, 7 et 11 sont ouverts et exposés au public. Il y a des photos sur les murs du couloir ni clair ni chaud qui va de l’entrée jusqu’au fond de ces pavillons 5, 6 et 7. Le visage qui regarde en face, rasé et sans chapeau, est dans le cadre de la taille d’à peu près A5, nom et prénom, date de naissance, profession, dates d’entrée et du décès sont inscrits à la main en bas. Lorsqu’on entre au pavillon 6, sortant du pavillon 5, il y a encore des photos sur les murs. Il y en a encore au pavillon 7. Le nombre est énorme. La collection dans la salle est d’une série de photos de face, de profil, et de trois quarts. Seule la photo de trois quarts est avec la casquette pour les garçons, et l’écharpe pour les filles, ce qui nous permet d’identifier le sexe. On aperçoit un grand clou pour soutenir la tête rasée sur le profil. Je choisis les personnes au beau visage, et je lis nom et prénom, profession, pour connaître les individus. Je fais la soustraction pour mesurer le temps entre l’entrée au camp et la mort de la personne. Il y a des gens qui n’ont vécu que quinze jours. Il arrive que je me dise que la personne a vécu non moins de huit mois. Les exemples innombrables me lassent de lire chaque donnée. Je les ai lues relativement avec soin au pavillon 5, mais je n’ai fait que parcourir le tout aux pavillons 6 et 7.

Le brouillard apparut le 5 mars, et la vue blanchoya. Il n’y eut presque plus de neige. Le vent fort souffla. La plupart des champs cultivés légèrement mouvementés était morts, mais la verdeur occupait quelques pour cent.

Il plut le 6 mars, les environs se transformèrent en marécage. L’eau de neige et de pluie restaient dans les creux du champ et aux côtés de la route. Des tas de pailles et des herbes mortes étaient trempés dans une sorte d’étang.

Replika de Jozef Szajna fut représenté dans un endroit réduit à la structure d’un gymnase. Le centre est la scène, et l’amphithéâtre l’entoure. Des tas de papiers journaux et de chiffons sur le sable étendu. Des poupées délabrées sont dressées dans les alentours. D’abord, les prisonniers sortent rampants des papiers journaux et des chiffons, grouillent en gémissant, tripotent les poupées. Un homme quinquagénaire apparaît avec une tenue qui met son corps en relief. Son mouvement puissant. Il traîne le tissu sur lequel sont imprimées les séries de photos, de face, de profil, et de trois quarts. Il lance des objets fumeux dans la tribune, il tire les poupées en bas, il éparpille les photos déchirées comme confettis aux spectateur en hurlant. J’en ai ramassé une pour y trouver le visage d’un prisonnier qui regardait en face. Aucun mot polonais n’est prononcé. Je crois que la fumée, le sable, les photos éparpillées et les prisonnier dénoncent, bien sûr. Mais l’intérêt de Shajna, l’émotion de Shajna, est dans les membres déchirés, les corps entassés, la chambre à gaz. Moi, je le vois, et je suis ému par ce fait.

Je vois les différences selon les individus sur les photos jetées
Je vois le quotidien, la douleur, et l’espoir des individus
Mais les photos dispersées les unes après les autres
Remplissant la tribune avec leur grand nombre
Ecrasent les individualités
Par leur cumul
J’y suis allée pour voir les objets entassés
En Pologne, on ne dit pas Auschwitz mais
Oświęcim
Je vais en bus pour Oświęcim
Le bus s’arrête aussi devant le musée hors de la ville d’Oświęcim
Les objets qui y sont exposés sont
Ce que les nazis ont recueilli parce qu’ils le voulaient
Ce que les tierces personnes ont exposé parce qu’elles le voulaient

Poème publié en 1985, traduit de japonais par moi.

J'ai déjà traduit deux poèmes "sexuels" de cette poétesse qui excellait à la provocation. Ce poème dont le titre est déjà un scandale a été écrit à la même période. Mais il n'est nullement moqueur ni antisémite. Elle dit que le musée d'Auschwitz est obscène, parce qu'il annihile les individualités des morts, et y oppose sa curiosité de femme d'une façon autodérisoire.

Chanteuses japonaises

 Pendant mon séjour en France, j'idéalisais un peu dans ma tête l'image de TOGAWA Jun, chanteuse actrice qui a créé le type des filles japonaises style New Wave. C'est pratiquement depuis mon retour au Japon que j'ai commencé à surfer sur Internet, et j'ai été choqué par le kitch de des chansons de cette chanteuse des années 80 sur YouTube. L'exception est le duo excellent Guernica (Officiellement le trio, car le parolier faisait partie du groupe tout comme King Crimson.) Malgré toutes les différences, elle est une sorte de Catherine Ringer japonaise comme statut. Je ne sais trop comment cette fille excentrique a pu se faire connaître au Japon. Les années 80, c'était un peu différent. Elle est un peu le fantasme de ma génération. Curieusement, c'est sa soeur cadette, également chanteuse actrice, dont on disait souvent "C'est la soeur de Togawa Jun, mais elle est normale!" qui s'est suicidée, mais pas cette fille qui a l'air d'être tout le temps sur le point de craquer. Elle vient de sortir un best of. Elle ne s'est pas calmée.
 Le pianiste UENO Kôji fait la musique de cinéma actuellement. Il est beaucoup plus doué que Joe Hisaïshi, mais il se contente d'être un génie incompris.











 PHEW est une chanteuse qui n'est pas connue au public, mais elle chante depuis trente ans. Son groupe Aunt Sally partageait la même ambiance post-punk avec Joy Division à l'envers de la terre.






 Son premier single en solo en 1980.





Malheureusement, je ne peux trouver ses chansons plus récentes avec image sur YouTube. Elle ne s'est pas calmée non plus.

 KOJIMA Mayumi a commencé en 1996. J'adore cette chanteuse, mais je ne trouve pas grand'chose sur la Toile. Je ne sais pourquoi elle n'a jamais eu de succès commercial.






 Je ne connais pas la nouvelle génération, mais j'aime bien cette chanteuse KOIKE Mitsuko du groupe Beautiful Humming Bird. Ici, le groupe World Standard qui l'accompage n'est pas du tout de la nouvelle génération. Elle est un peu trop jeune fille modèle à mon goût.






 Peut-être qu'aiko est actuellement la meilleure chanteuse des variétés commerciales qui se vendent beaucoup. Ah non, je ne suis pas tellement ironique que ça... D'ailleurs, ce n'est pas comme certains chanteurs et chanteuse des variétés françaises qui se limitent à deux ou trois accords ;-p Il y a bien une différence évidente entre Kojima Mayumi et elle, et c'est probablement ce qui fait vendre.





mercredi 27 août 2008

Solidarité des connards

 ÔTA Seiichi est l'actuel ministre d'agriculture. Il a fait une fausse déclaration, en faisant du logement de son secrétaire son bureau d'élections. Il a déclaré 10 millions de yens (environ 60,000 euros) pour la gestion pour un an, bien qu'il ne coûtait rien. Pourtant, il affirme que tout était correct.
 Ôta est le roi des gaffes. Il était déjà dans un mini scandale depuis sa nomination récente. Dans une émission télé, il a dit qu'il fallait bien surveiller le contrôle de la sécurité des alimentations, parce que les consommateurs japonais font toujours du tapage (yakamashii). Les associations des consommateurs ne sont pas du tout contentes bien sûr. Elles lui ont demandé une excuse, mais il ne l'a pas faite. Le secrétaire général du PLD, Asô le raciste est venu au secours. Ils sont de la même région, et ce sont de bons amis. Asô le mangamania dit: "Dans notre région, le mot yakamashii veut dire "connaisseur", donc le ministre voulait dire que les consommateurs japonais sont connaisseurs." Ce n'est bien sûr qu'un sophisme, et des linguistes affirment que ce mot ne voulait pas dire "connaisseur" dans le contexte.
 La gaffe d'Ôta la plus connue et complètement inadmissible et consternante est celle-ci. Il y a cinq ans, le média parlait beaucoup d'une affaire de la "tournante" des étudiants de l'Université Waséda, université privilégiée au Japon. Ôta a dit dans un débat qui avait lieu dans une école maternelle: "Le viol collectif est encore passable, car ces jeunes ont l'énergie pour cela au moins". Il faisait ainsi allusion aux jeunes actuels qui ont l'air inertes à ses yeux. Ces mots ont fait éclater de rire l'ancien premier ministre Mori qui était là, et la réunion a fini dans une ambiance bon enfant comme cela convenait à l'école maternelle. (C'est ce qu'on rapporte...) D'ailleurs, Mori a fait la gaffe du siècle quand il était le premier ministre : "Le Japon est le pays des dieux dont le centre est l'empereur." Il reste l'homme le plus influent du monde politique malgré tout. Ôta qui a perdu son siège au Parlement en 2003 l'a repris dans deux ans. L'amnésie collective des Japonais est tout à fait efficace. La politique est faite de 90 pour cent d'inepties et 10 pour cent d'inerties au Japon.
On peut mettre de côté la populace oublieuse qui est la gage de la démocratie japonaise. (Je suis désolé de le dire...) Mais pourquoi le premier ministre actuel Fukuda a-t-il nommé Ôta ministre? Fukuda impopulaire voulait qu'Asô le populiste populaire accepte le poste du secrétaire général du parti. Et une rumeur dit que le poste de ministre pour son meilleur ami Ôta était la condition qu'Asô a obligée.
Si Ôta a l'air bien tranquille maintenant face à un scandale qui mènerait forcément à sa démission, c'est probablement grâce au soutien de Monsieur Asô. D'ailleurs, il y a eu quatre ministres d'agriculture en moins d'un an, tous chassés du poste à cause du même problème, dont un a préféré se suicider plutôt que de démissionner. Mais Ôta a bien tort de surestimer l'amitié avec ce fourbe, à mon avis. Il n'est pas conscient de ce que son ami lui a confié le poste maudit. Ce n'est pas une malédition surnaturelle. J'ai une hypothèse concernant la raison pour laquelle le ministre d'agriculture est systématiquement mis en cause par le média depuis quelques temps, mais je ne la dirai pas maintenant.
Et pendant ce temps-là, on dit qu'OZAWA Ichirô le clown sera le chef du plus grand parti d'opposition Parti Démocratique du Japon, trois fois consécutives sans élection.

mardi 26 août 2008

Musique du bon vieux underground japonais






HAÏNO Keiji est un chanteur guitariste phare de la scène underground depuis les années 1970. Il a joué avec pas mal de musiciens étrangers.






Là, il chante, accompagné de YAMAJI Kazuhidé.






Chanteur folk d'Aomori, MIKAMI Kan. Il continue depuis le début des années 1970. Il accompagne la récitation de TAKAGI Kyôzô.






La chanson la plus connue de Mikami, qui est une reprise d'un tube avec sa parole originale. NHK a censuré le passage qui parlait de la masturbation et celui où il traitait d'ISHIHARA Shintarô, le gouverneur actuel de Tôkyô de voyou (la chanson est des années 1970). Mais pourquoi ne nous laisse-t-on pas nous concentrer à la chanson sans interruption?






(La musique est de 1:28 à 4:31.)
Totsuzen Danball, alias les frères Tsutaki, le groupe japonais que je scrobble le plus souvent sur Last.fm a fait une apparition surprise dans une émission consacrée aux musiciens amateurs au début 1990 (une émission d'audition). Le présentateur dit à la fin du morceau qu'il y avait des téléspectateurs qui appelaient que c'était un groupe professionnel (c'était en direct), mais Tsutaki Eiichi, le percussionniste, a répondu qu'ils n'étaient pas tellement pro, car ils n'ont jamais beaucoup gagné. Ils ont commencé en 1977 (premier disque en 1980). Ils ont enregistré des albums avec le saxophoniste Lol Coxhill ou le guitariste Fred Frith.






Totsuzen Danball en 1981.






Le batteur Eiichi est mort de crise cardiaque, mais son frère guitariste Shunji continue tout seul. J'adore la choré.






Friction est un autre groupe qui représentait la scène new wave de Tokyo fin 1970 avec Totsuzen Danball. C'est un très bon groupe, mais ils n'ont sorti que trois ou quatre albums depuis trente ans. Le bassiste chanteur Reck (Friction, c'est lui) faisait momentamément partie de Teen Age Jesus and Jerks de Lydia Lunch et James Chance and the Contorsions avant de former Friction.






Un autre morceau de Friction. L'enregistrement de ces deux clips est récent.